Affichage des articles dont le libellé est Caractères. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Caractères. Afficher tous les articles

dimanche 3 avril 2016

Parmi quelques ventes aux enchères

Plusieurs ventes aux enchères en avril font apparaître des ouvrages et envois intéressants, à commencer par l’exemplaire de Madeleine Gide des Caractères (À l’enseigne de la porte étroite, 1925).

Dans un lot mêlant Le retour du Tchad de Gide et La Ville Claudel, on trouvera des feuillets dactylographiés signés Théodore Monod : le récit de sa rencontre en Afrique avec celui qu'il nomme « l’homme-qui-ne-croit-plus-au-péché » et son « pocket-bear » Dindiki, que Monod nomme « Kikidigi ».

Du côté d'une vente surréaliste, plusieurs envois à Gide : d'Aragon, de Breton, de Crevel et de Dali. Tout aussi surréaliste, l'édition canulardesque de l'article de Jouhandeau « André Gide et moi » paru en 1951 aux éditions Conneries...

Enfin, le 22 avril chez Christie's on pourra acquérir la médaille et le diplôme du Prix Nobel d'André Gide, estimés autour des 200 000 euros...


Vente de Livres Anciens et Modernes
le 7 avril 2016 à 14h
Ader, 75009 Paris


Lot 202
GIDE (André)
Caractères.
Paris : À l’enseigne de la porte étroite, 1925. — In-16, 45 pp., (3 ff. deux derniers blancs), couverture imprimée et rempliée. Box noir souple, titre et mention « Gide-Madeleine » inscrit au palladium sur le premier plat, dos lisse muet, doublures et gardes de daim gris, non rogné, couverture et dos conservés, étui (reliure moderne).

Édition originale tirée à 650 exemplaires, publiée dans la collection « La Porte étroite ».
Précieux exemplaire, un des 20 de tête sur japon, celui-ci spécialement imprimé pour l’auteur qui l’offrit à son épouse, comprenant sur le faux titre cet ex-dono autographe : « exemplaire de Madeleine. André Gide ».
Il s’agit de Madeleine Rondeaux qui était l’aînée des cousines d’André Gide pour qui il éprouvait une véritable vénération. Il l’épousa le 7 octobre 1895 mais le mariage ne fut jamais consommé. Elle mourut le 17 avril 1938.
Provenance : André Gide. - Madeleine Gide, avec ex-dono de l’auteur. - Ex-libris MD.
Estimation : 1 000 € / 1 500 €
Lien vers le catalogue en ligne




Vente de Livres Anciens et Modernes
le 14 avril 2016
Delorme & Collin du Bocage, Salle 17 - Rue de Provence 75009 Paris


LOT n°151

[CLAUDEL (Paul)].

La Ville. Paris, Librairie de l’Art indépendant, 1893. In-8, bradel vélin à recouvrement moderne, couv. et dos, étui.
Édition originale. Un des 200 ex. sur vélin blanc.
Joint du même auteur : Les Euménides d’Eschyle. Paris, NRF, 1920. In-8, broché. Édition originale numérotée.
GIDE (André). Le retour du Tchad. Paris, NRF, 1928. In-8, broché. Édition originale. Un des 110 ex. destinés aux bibliophiles de la NRF.
Joints 3 feuillets dactylographiés, signés Théodore Monod, datés 21 avril 1926 : Une rencontre sur une piste d’Afrique centrale avec « l’homme-qui-ne-croit-plus-au-péché » (Gide).

Estimation :
Lien vers le catalogue en ligne




Vente de Reliures Contemporaines, Editions Originales, Livres Illustrés
le 15 Avril 2016 à 14h30
Guillaumot-Richard, 69002 Lyon




Lot 254
JOUHANDEAU (Marcel).

ANDRE GIDE ET MOI. S.l, éditions Conneries, 1951.
In-16, broché.
Édition originale.
L’un des 99 exemplaires numérotés non mis dans le commerce sur vélin de Rives (n°29). Ouvrage qui inaugura la Collection « Conneries ».

Ce que ne précise pas la notice, c'est que cette plaquette en forme de canular littéraire est une reprise d'un article de Jouhandeau paru dans Combat. Jouhandeau l'évoque dans Carnets de l'écrivain : « Or, il arrive que des gens, un peu gênés, bien sûr, viennent me demander de signer cet opuscule qu'ils ont payé très cher. A qui profite l'opération ? »

Estimation : 100€ / 150 €
Lien vers le catalogue en ligne



Vente de Livres et manuscrits : Littérature et livres illustrés de la Renaissance au XXe siècle
le 22 avril à 14h
Christie's - Paris


Lot 177
André GIDE (1869-1951). Médaille de son prix Nobel de littérature, 1947. Or, 23 carats (208 grammes), 66 mm de diamètre. Avers : Buste de profil d’Alfred Nobel tourné vers la gauche, légende “ALFR. NOBEL” et ses dates en chiffres romains. Revers : allégorie de la Muse couronnant le poète, signée Erik Lindberg, légende “INVENTAS VITAM IUVAT EX COLUISSE PER ARTES”, en pied dans une tabula ansata « A. GIDE MCMXLVII » encadré par la mention ACAD. SUEC. Tranche marquée « GULD 1947 » (Kungliga Mynt och Justeringsverket - Monnaie Royale de Suède) (petit choc et enfoncement au-dessus des 4 lettres XCOL de la légende) ; dans son écrin carré d’origine en maroquin rouge, intérieur doublé de satin et de daim crème (125 x 125 mm).

[Joint] Diplôme de prix Nobel d’André Gide, en suédois, daté du 10 décembre 1947, 2 feuilles (343 x 242 mm chacune) calligraphiées en capitales en rouge, bleu et gris, avec deux scènes (encre, gouache et rehauts d’or) signées par Berta Svensson–Piehl, celle de gauche vue de Stockholm, celle de droite vue de Paris avec allusions à l’œuvre de Gide, Les faux Monnayeurs, Prométhée). Le tout dans un portefeuille en veau fauve à décor doré sur ais de bois, au monogramme AG au plat supérieur, dentelle intérieure dorée, signé G. Herdberg, Stockholm (coins et angles frottés, quelques épidermures).
Provenance : Fondation Catherine Gide.

En 1947 André Gide reçoit le prix institué en 1895 par Alfred Nobel, qui récompense tous les ans depuis 1901 une œuvre majeure qui « a fait la preuve d'un puissant idéal ». Sur les 40 Prix Nobel de littérature attribués jusqu’en 1947, six seulement le furent à des écrivains français : Sully Prudhomme, premier titulaire du prix en 1901, Frédéric Mistral (1904), Romain Rolland (1915), Anatole France (1921), Henri Bergson (1927) et Roger Martin du Gard (1937).

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Académie royale de Suède, à l’issue d’un débat passionné, concluait : « On a souvent reproché à Gide de dépraver et de désorienter la jeunesse…C’est l’ancienne accusation que l’on porte contre tous les émancipateurs de l’esprit ». Le Prix Nobel consacrait ainsi « l'accent unique d'une voix qui s'élevait au-dessus des tragédies pour affirmer obstinément le devoir de bonheur ... Par un paradoxe dont il goûtait l'ironie, l'écrivain de toutes les ruptures et de toutes les inquiétudes a été salué dans les dernières années de sa vie comme le plus classique de nos écrivains modernes » (Pierre Lepape, Livret des célébrations nationales, 2001).
F. Lestringant, Andre Gide l'inquiéteur, Tome 2, Paris, 2012, pp. 1141- 1150.

Lien vers le catalogue en ligne



Vente Binoche et Giquello Bibliothèque R. & B.L. Dada-Surréalisme
le 26 avril à 14h
Sotheby's, 75008 Paris


LOT n°10
ARAGON (Louis) - CARROLL (Lewis)
LA CHASSE AU SNARK
Une agonie en Huit Crises. Traduit pour la première fois en français par Aragon. Chapelle-Réanville - Eure, The Hour Press, 1929. Grand in-8, cartonnage rouge illustré de l'éditeur.
Édition originale de la traduction d'Aragon, éditée par Nancy Cunard dont il fut amoureux. Ce livre est le troisième (et le seul en français) publié par The Hours Press, maison d'édition éphémère fondée et dirigée par Nancy Cunard, active de 1925 à 1931. Tirage à 365 exemplaires (celui-ci sur alfa) signés par Aragon. ENVOI autographe signé: à André Gide pour son petit 14 juillet - bien respectueusement Aragon 1935
Estimation : 1200€ / 1800€



LOT n°75
BRETON (André)
CLAIR DE TERRE
Avec un portrait par Picasso. Paris, Sans nom d'éditeur, Collection Littérature, 1923. In-8, broché.
Édition originale de cet ouvrage dédié à Saint-Pol-Roux. Tirage à 240 exemplaires. Exemplaire sur offset avec la reproduction du portrait à l'eau-forte de Breton par Picasso, portant cet ENVOI autographe signé: A André Gide André Breton 18 février 1924. Breton et Gide se rencontrent en 1916 mais font réellement connaissance en 1920, date à laquelle Breton entre à la N.R.F. En mars 1922, Breton fait paraître dans Littérature, nouvelle série ***, une « vraie fausse » interview de Gide qui énervera ce dernier: « Tout ce que me fait dire André Breton dans sa fausse interview, ressemble beaucoup plus à lui qu'à moi même »
Estimation : 1000€ / 1500€


LOT n°187
CREVEL (René)
L‘ESPRIT CONTRE LA RAISON
Édition ornée d'un portrait par Tchelitchew. Marseille, Cahiers du Sud, 1927. In-12 carré, broché, chemise demi-maroquin, étui.
Édition originale, ornée d'un portrait par Tchelitchew. EXEMPLAIRE D'ANDRÉ GIDE sur alfa portant un ENVOI autographe signé couvrant toute la page de garde daté Berlin 1928: Exemplaire d'André Gide En rentrant de la clinique, je retrouve à mon hôtel avec une vieille odeur de lion qui lui fait enfin mériter son nom, un ballot de ces livres. Je n'oserais vous envoyer cet essai au nom prétentieux si ce n'était une occasion de vous redire combien de confiance m'ont redonné quelques mots de vous, un après midi, le long du petit canal, ici. Le corps va aussi bien que possible. La raison est perdue pour toujours. Quant à l'esprit, croyez qu'il peut faire mieux. René. Berlin 1928. (3 petites taches au second plat de la couverture)
LOT n°187
Estimation : 2000€ / 3000€

LOT n°198
DALI (Salvador)
L'AMOUR ET LA MÉMOIRE
Paris, Éditions Surréalistes, 1931. Plaquette in-12, brochée, chemise demi-maroquin noir, étui.
Édition originale illustrée en frontispice d'un photomontage reproduit de Luis Buñuel représentant Salvador Dalí et Gala. Exemplaires sur vélin blanc. ENVOI autographe signé: Pour André Gide hommage de l'auteur Salvador Dalí
Estimation : 2000€ / 2500€

LOT n°202
DALI (Salvador)
MÉTAMORPHOSES DE NARCISSE
Paris, Éditions Surréalistes, 1937. In-4, broché.
Édition originale illustrée d'une photographie de Gala par Cecil Beaton sur la couverture et de 3 hors-texte dont un en couleurs. ENVOI autographe signé: Pour André Gide Hommage de Salvador Dalí 1938
Estimation : 1200€ / 1500€

Lien vers le catalogue en ligne

lundi 15 décembre 2008

Gide et La Bruyère

Comme je reprends ces derniers soirs La Bruyère, je découvre la préface de Jouhandeau qui m'avait totalement échappée... C'est sans doute un trait de la jeunesse que d'aller directement à ce qu'elle croit l'essentiel, en l'occurrence le texte, sans se soucier des prologues. Ainsi longtemps je sautais à pieds joints par-dessus les préfaces. Ainsi bien avant de découvrir André Gide j'ai contourné ses préfaces à Vol de nuit, La dame de pique, Le voyage en Orient ou à La faim.

Dans L'art de la Préface, paru récemment chez Gallimard, Pierre Bergé donne précisément celle aux Caractères aux côtés de celle de Gide aux Essais de Montaigne et celle de Malraux aux Cahiers de la Petite Dame. Bergé, qui a toujours si bien su soutenir le talent des autres, préfère mettre en lumière ces textes oubliés plutôt que de donner les siens, comme si tout avait été dit – pour en revenir à la Bruyère !

Gide était en désaccord profond avec cette pensée qui ouvre Les Caractères selon laquelle "Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent." "Depuis le sortir de l'enfance je me heurte à ce décret de La Bruyère et n'ai cessé de m'élever contre lui", écrit-il dans un Feuillet de 1937 pour soutenir le progrès moral comme technique.

Déjà, le 12 octobre 1921, il expliquait : "Chaque été je relis en partie Les Caractères ; non que j'admire particulièrement La Bruyère ; il est dix auteurs de ce temps que je lui préfère et qui m'étonnent davantage ; mais précisément il n'en est aucun dont l'étoile soit plus rassurante. Très souvent, et principalement dans le premier livre, on se demande si ce qu'il dit valait vraiment la peine d'être dit, tant cela paraît simple et raisonnable ; mais on lui sait gré de le dire pourtant, et si simplement. Il ne cherche ni à étonner ni à plaire ; mais à exprimer raisonnablement ce dont il est sûr."

Et de poursuivre : "Je suis tourmenté par le désir de refaire les caractères, il n'y aurait sans doute aucune immodestie à le tenter ; j'adopterais le plan du livre et chercherais à exprimer avec cette même simplicité les nouveaux aspects de notre époque, et tout ce qu'un "honnête homme" d'aujourd'hui peut penser raisonnablement sur les moeurs, sur la société et les éléments divers qui la composent, sur la littérature, sur la religion et sur les arts. J'y dirais d'aussi simples choses, et aussi simplement que ceci : Il faut sans doute moins de patience et moins d'effort pour mûrir un art qu'il n'en faut pour l'empêcher de se corrompre."

En 1925, une petite plaquette intitulée Caractères* paraît mais Gide qui reprend cette dernière "pensée", même si Gide n'aime pas ce mot. "J'ai deux choses toujours en train, dit-il, pour lesquelles je note tout ce qui me vient : Les Nouvelles Nourritures, auxquelles je n'écris guère que d'inspiration, quand ma plume ne peut aller assez vite pour suivre ma pensée, en métro, dans la rue, n'importe où ; puis, Les Nouveaux Caractères, à la manière de La Bruyère, où le bon sens surtout se fera entendre", confie-t-il à la Petite Dame qui le note le 9 août 1926.

Ce matériau classé sous les initiales N.C. pour Nouveaux Caractères ne donnera pas lieu à une parution à part. Il se répartira finalement entre Divers (voir note), Les Nouvelles Nourritures et le Journal, notamment dans les Feuillets. La simplicité et le bon sens continueront à séduire Gide tout au long de sa vie :

"Je relis les caractères de La Bruyère. Si claire est l'eau de ces bassins, qu'il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur." (Journal, 26 septembre 1926, à Hammamet)

"Le soir, lu quelques pages de La Bruyère, qui m'ont lavé de toutes les agitations, les tourments, les médiocres et vaines contorsions de ce jour" (Journal, 21 octobre 1929)

A la fréquentation des Caractères, on en vient malgré soi à faire du La Bruyère : Jouhandeau n'a pas tort car si l'on remarque bien, les passages du Journal de Gide qui suivent l'évocation de la lecture des Caractères donnent eux aussi dans cette imitation. Dans la préface de Jouhandeau, on trouvera encore relevés deux traits des Caractères qui n'auront pas manquer de plaire à Gide : la dénonciation des injustices** et la singularité***.

_______________________

* Plaquette parue aux éditions La Porte Etroite en tirage confidentiel, ces textes seront repris en 1931 dans l'édition de Gallimard intitulée Divers.
** "Sans qu'il y ait chez La Bruyère l'intention de fronder, d'attenter à l'ordre établi, son honnêteté absolue et son information éclairée annoncent avec une sorte d'inévitable et inconsciente logique ce qu'il se contente d'appeler un avenir, ce que nous appellerons l'abolition des privilèges et l'échafaud. "Le peuple n'a guère d'esprit et les grands n'ont point d'âme. Je ne balance pas; je veux être peuple."", Marcel Jouhandeau, préface aux Caractères, Gallimard, 1965.
***"Il me semble qu'on n'a pas assez remarqué la liberté avec laquelle La Bruyère envisage parfois une sorte d'individualisme, de no man's land qu'il appelle singularité, où l'on accède par des voies réservées. On dirait qu'il prospecte un domaine réservé, au-delà du bien et du mal, hardiesse particulièrement sympathique chez un psychologue de son milieu et de son époque." Ibid.