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jeudi 27 août 2015

Correspondance Gide - Laurens

La parution de la Correspondance Gide-Laurens, édition établie par Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann, est annoncée pour le 10 septembre prochain par les Presses Universitaires de Lyon. Présentation de l'éditeur :


Les 130 lettres rassemblées dans cette édition retracent l’histoire d’une longue amitié : celle de l’écrivain André Gide pour Paul-Albert Laurens, peintre tout comme son père, le célèbre Jean-Paul Laurens.

Lorsque, après le « bachot », le jeune André Gide est introduit dans l’atelier des Laurens, c’est tout un monde d’artistes et d’écrivains qui s’offre à lui. Mais Gide, orphelin de père, trouve surtout chez eux une seconde famille.

Au cours de leur voyage en Afrique du Nord en 1893 et 1894 – épisode décisif longuement évoqué dans Si le grain ne meurt, et auquel les lettres ici rassemblées apportent quantité d’éclairages inédits – Paul-Albert et André partagent leurs découvertes touristiques et sexuelles et nouent une relation véritablement fraternelle, au point d’en faire une des plus durables et profondes que Gide ait connues. Une amitié qui durera jusqu’à la mort de Laurens, en 1934.

LES AUTEURS
Pierre Masson est professeur émérite à l’Université de Nantes. Directeur du Bulletin des Amis d’André Gide, il a édité une douzaine de correspondances de Gide, et édité ou dirigé les quatre derniers volumes des oeuvres de Gide dans la Pléiade.
Jean-Michel Wittmann est professeur à l’Université de Lorraine. Directeur du Centre d’études gidiennes, auteur de plusieurs études sur Gide, il a participé à l’édition des oeuvres romanesques de Gide dans la Pléiade et codirigé avec Pierre Masson le Dictionnaire Gide (Classiques Garnier).

ANDRÉ GIDE : TEXTES ET CORRESPONDANCES
Collection fondée par Claude Martin, dirigée par Pierre Masson

Cette collection dédiée à André Gide rassemble des correspondances et autres écrits, pour la plupart inédits, et quelques essais consacrés à ce « contemporain capital ».
L’abondante correspondance de Gide, fût-elle avec des auteurs et critiques (Henri de Régnier, André Ruyters, Jean Amrouche) ou avec des acteurs de la vie politique (Eugène Rouart, Léon Blum), apporte un éclairage nouveau et des témoignages précieux sur l’auteur et son époque.

ANDRÉ GIDE & PAUL-ALBERT LAURENS
CORRESPONDANCE (1891-1934)
Édition établie par Pierre Masson
et Jean-Michel Wittmann
2015 - 236 p. - 15 x 21 cm - 20 €
ISBN : 978-2-7297-0894-8 

dimanche 19 janvier 2014

Gide et les écrivains catholiques

Gide et les gidiens seront très présents lors de la dernière des « Trois journées sur l’écrivain catholique en France au XXe siècle » le 6 février à l'Université de Lorraine, CLSH Nancy:

Troisième journée : Université de Lorraine, CLSH Nancy
(6 février 2014)
Salle internationale
(MSH Lorraine : Site de Nancy, 91 avenue de la Libération, Nancy)

9h30-9h45 - Ouverture

Matin
L’écrivain catholique et la vie littéraire

9h45-10h45 - Séance présidée par Jean-Michel Wittmann
         
Clara Debard (Université de Lorraine)
            « Jacques Copeau, dramaturge catholique »
Myriam Watthee-Delmotte (Université catholique de Louvain)
            « La psychanalyse comme apocalypse. Le catholicisme jouvien, de la posture sociale à l’intériorité »

11h-12h - Séance présidée par Denis Labouret

Hervé Serry (CNRS / Université Paris 8)
            « La littérature catholique au catalogue des éditions du Seuil (1950-1960) »
Jeanyves Guérin (Université Sorbonne Nouvelle)
            « La collection “Ce que je crois” : François Mauriac, Maurice Clavel, Gilbert Cesbron, Pierre-Henri Simon »

Après-midi
L’écrivain catholique vu du dehors

14h-15h - Séance présidée par Myriam Watthee-Delmotte
         
Denis Pernot (Université Paris 13)
            « Le Dialogue avec André Gide (1929) de Charles du Bos : une conversion à l’œuvre »
Jean-Michel Wittmann (Université de Lorraine)
            « “Avait mis sa plume au service de son imagination et son imagination au service de l’Église” : Gide et l’impossible écrivain catholique »

15h30-16h30 - Séance présidée par Jeanyves Guérin

Myriam Sunnen (Centre national de littérature, Luxembourg)
            « André Malraux et les écrivains catholiques »
Denis Labouret (Université Paris-Sorbonne)
            « L’écrivain catholique existe-t-il ? »






mercredi 27 juin 2012

Les Faux-monnayeurs à l'agrégation




Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann publient un essai somme sur Le roman somme d'André Gide aux Presses Universitaires de France. Un livre qui fait la synthèse des éclairages apportés depuis 20 ans au plus complexe des romans de Gide et qui tombe à point nommé puisque Les Faux-monnayeurs sont inscrits au programme de l'agrégation 2012-2013. Présentation de l'éditeur :

Pour Gide, l’écriture était à la fois un moyen et un but. Moyen de se dire, mais aussi création artistique de portée universelle. Il était donc nécessaire de partir de son histoire personnelle pour découvrir comment, dans Les Faux-monnayeurs, elle trouve un agencement nouveau qui permet à l’auteur de dépasser ses contradictions. Ainsi s’expliquent les mécanismes si complexes de la narration, mais aussi s’éclairent les formes d’un imaginaire surprenant. Ce roman conçu par son auteur comme une véritable somme apparaît alors comme le lieu de réflexions croisées sur la forme romanesque, sur la morale et sur la politique, à la fois ancrées dans le début du XXe siècle et toujours actuelles.
Une série d’exercices spécifiques au concours de l’agrégation complète cet ensemble.
A propos des auteurs

Pierre Masson, professeur émérite à l’Université de Nantes, directeur du Bulletin des Amis d’André Gide, a réalisé ou dirigé les quatre derniers volumes d’André Gide dans la «Bibliothèque de la Pléiade».
Jean-Michel Wittmann, professeur à l’Université de Lorraine où il dirige le Centre d’études gidiennes, a récemment publié Gide politique. Essai sur Les Faux-monnayeurs (Classiques Garnier, 2011).






De leur côté les Presses Universitaires de Lyon publient une nouvelle édition revue et augmentée de Lire les Faux-monnayeurs, précédent ouvrage que Pierre Masson consacrait  au roman gidien. Présentation de l'éditeur :

« Je tire la barre, et laisse au lecteur le soin de l’opération ; addition, soustraction, peu importe : j’estime que ce n’est pas à moi de la faire », note Gide, arrivant à la fin de la rédaction des Faux-Monnayeurs. Première œuvre qu’il ne qualifie plus de « récit » ou de « sotie » et qui bouscule les règles romanesques de l’époque, elle est particulièrement difficile à résumer, tant les intrigues et les points de vue s’enchevêtrent. Dans cette nouvelle édition de son essai paru en 1990, révisé et complété par des annexes, Pierre Masson prend en charge « l’opération » : il aide le lecteur à démêler les nœuds grâce à une analyse minutieuse de la structure du roman, de la foule des personnages et du symbolisme de la mise en scène. Éclairant également les allusions personnelles égrenées au fil du texte, il s’attache à révéler la singularité du regard gidien.




Alain Goulet nous signale enfin qu'il possède encore une trentaine d'exemplaires de son André Gide. Les Faux-monnayeurs. Mode d'emploi (SEDES, 1991). On peut se les procurer au prix de 11€  (+ 3,25€ de frais d'envoi) auprès de l'auteur via le site Vivastreet.

Ajout du 18 septembre 2012 : un "billet agrégatif" fait le point sur les ressources disponibles.

lundi 14 mars 2011

Souvenirs de Toulon

 Le colloque international qui vient de se tenir au Palais Neptune de Toulon, à la Médiathèque d'Hyères et à la Villa Noailles a réuni des gidiens du monde entier autour du thème "Actualités d'André Gide". Pierre Masson a eu la gentillesse de nous adresser quelques clichés-souvenirs et un petit compte-rendu de ces journées "stimulantes pour la vie de l'esprit et des sens". Merci à lui !


Martine Sagaert et Peter Schnyder, les organisateurs du colloque



Séance du vendredi après-midi, sous la présidence de David Walker :
Clara Debard, Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann



Visite de la Villa Noailles à Hyères, samedi matin,
avec Catherine Gide en invitée d'honneur.



"Le colloque « Actualités d’André Gide » qui vient de se tenir à Toulon, grâce à Martine Sagaert et Peter Schnyder, a tenu toutes ses promesses, en révélant les divers aspects par où l’œuvre de Gide nous parle encore aujourd’hui, et en réunissant plusieurs générations qui prouvent la permanence de cette vitalité.

Ouvert à la médiathèque de Hyères avec l’exposition de photos réunies par Jean-Pierre Prévost, et s’achevant à la villa Noailles avec un exposé sur le cinéma, ce colloque inscrivait déjà le parcours de Gide dans la modernité de son siècle. À Toulon même furent tour à tour mises en pratique les méthodes analytiques, sociologiques et génétiques ; on a pu voir ainsi à propos de textes peu étudiés, comme Le Ramier, ou de classiques comme L’Immoraliste, à l’occasion de relations avec les auteurs du passé ou avec les contemporains, qu’on choisisse de faire parler le texte ou l’avant-texte, l’œuvre de Gide est encore grosse d’interprétations nouvelles.

Simultanément, ce furent bien trois générations de lecteurs de Gide qui s’exprimèrent, prouvant qu’on peut continuer, du lycée jusqu’à l’âge des loisirs, en France, en Angleterre, en Russie et aux Etats-Unis, à lire et à faire lire Gide comme un puissant stimulant de la vie de l’esprit et des sens. Catherine Gide était là pour en donner le vivant exemple."

Pierre Masson, texte à paraître dans le BAAG d'avril 2011

vendredi 4 mars 2011

Classiques Garnier

Sous leur couverture jaune des Classiques Garnier, le Dictionnaire Gide et le Gide politique sortiront des presses le 8 mars et seront présentés lors du colloque Gide de Toulon du 10 au 12 mars :




Dictionnaire Gide, sous la direction de Pierre Masson
et Jean-Michel Wittmann, Classiques Garnier, Paris, 2011
n°1, 457 p., 16 x 24cm, 39€ (ISBN 978-2-8124-0241-8)

Présentation de l'éditeur :
De Verlaine à Sartre en passant par Valéry, Mallarmé, Claudel, Proust, Martin du Gard, Giono, Malraux…, André Gide (1869-1951) a fréquenté tout ce que son siècle a compté d’important dans la littérature française et même européenne. Il a construit une oeuvre littéraire majeure sans négliger aucune des grandes questions de son temps, éthiques ou esthétiques. Thèmes, oeuvres, lectures, amis et adversaires : à travers l’exploration d’une pensée et d’une oeuvre, c’est à une traversée du XXe siècle que convie un Dictionnaire Gide.



Gide politique. Essai sur Les Faux-Monnayeurs,
Jean-Michel Wittmann, Classiques Garnier, Paris, 2011
n°17, 213p., 16 x 24cm, 29€ (ISBN 978-2-8124-0240-1)

Présentation de l'éditeur :
Les Faux-Monnayeurs, roman politique ? La formule peut surprendre, s’agissant d’un livre qui met en avant l’idée du « roman pur ». La politique n’en est pas moins inscrite dans le filigrane du texte. L’identité nationale, la place des corps étrangers dans la nation ou dans la société : abordées de façon ouverte, ironique, les questions posées dans Les Faux-Monnayeurs restent brûlantes pour nos sociétés actuelles.

Jean-Michel Wittmann a notamment publié des essais critiques sur André Gide et sur Maurice Barrès, dont il a édité plusieurs œuvres, en accordant une attention privilégiée à la question de la décadence dans l’histoire des idées et des représentations autour de 1900.

mardi 22 février 2011

Revue de presse

C'est demain mercredi 23 janvier, quatre jours après le soixantième anniversaire de la mort de Gide, que paraissent Gide, l'inquiéteur, premier tome de la biographie signée Frank Lestringant et André Gide ou la tentation nomade, album compilé et commenté par Jean-Claude Perrier. Deux ouvrages aux éditions Flammarion. Et le Dictionnaire Gide est annoncé chez Garnier, sous la direction de Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann. Revue de presse avec ces trois textes qui se font écho et parfois se répondent :
A gauche : André Gide ou la tentation nomade,
de Jean-Claude Perrier, Flammarion, février 2011
A droite : André Gide, l'inquiéteur,
de Frank Lestringant, Flammarion, février 2011




"Gide, in extremis

LE MEILLEUR portrait peint de Gide fut réalisé en 1892 par Jacques Emile Blanche : Gide n'y figure pas. On y voit, s'ignorant et s'enlisant dans un ennui pâteux, ses amis Pierre Louys et Henri de Régnier. Gide était prévu, mais n'est pas venu poser : il était ailleurs. Pourtant, en négatif, on ne voit que lui. Son absence réunit à la fois sa présence et son mystère. Était-ce simplement ce Narcisse aux talents masturbatoires ? Ce laborieux de la gloire littéraire engoncé à jamais dans les cols amidonnés de son enfance névrotique et de sa puberté lyrique ?
Cet ami possessif, ce collègue influençable, cet immature permanent plein aux as et ce pape des lettres frotté aux chairs enfantines ? Gide est-il, enfin, ce spectre mallarméen propageant son XIXe siècle jusqu'à l'exacte moitié du XXe ? Oui, non, peu importe : plus qu'un « inquiéteur » (son titre quasiment officiel), il fut le supplicié de lui-même : torturé dans sa chair quand l'homosexualité vouait ses adeptes aux gémonies ou au suicide (selon l'exemple de son ami d'enfance Émile Ambresin, fils de pasteur) ; tourmenté par son impossible fidélité à une épouse et cousine qu'il n'honora jamais, préférant l'abandonner au ciel pluvieux de Basse-Normandie* tandis qu'il vaquait, persécuté par ses propres mensonges, avec des jeunesses bronzées sous le soleil de toutes les libertés ; hanté, sa vie durant, par la présence mortifère du fantôme de sa mère, professionnelle de l'étouffement, de la suspicion et de l'interdit ; harcelé par son envie de s'enfermer pour écrire et par son désir de s'évader pour vivre (« Je trouve qu'il n'y a que des lieux de passage. Rien n'est habitable plus de quinze jours », phrase mégagidienne) ; lacéré par son besoin de gloire quand il comprend, en même temps qu'il s'acharne, ses insuffisances et son absence de génie. Pourtant, je le dis sans
plaisir de manier le sophisme, Gide a fait de cette absence de génie la matière même de son génie,
de son art. Il est le seul génie de toute l'histoire de la littérature à ne pas être génial. Quant à sa phrase, elle jouit d'une particularité saisissante : elle ne peut s'imiter. On imitera, on pastichera Proust, Malraux, Céline, et avant eux Péguy, Chateaubriand, Hugo, Flaubert même : pour Gide la tentative est impensable. Non qu'il ne possède pas de style, au contraire : il semble les renfermer tous à la fois. Sa phrase scintille, si elle ne flamboie pas ; elle avance, remplie de nuances et riche d'une précision qui donne le vertige ; elle serait bancale quand, in extremis, un à-coup imprévisible lui confère son altitude. C'est une prose étrange, faite simultanément de reculs et d'avancées, d'élans de témérité et de retraits craintifs ; du moins est-ce une prose, en cela si confondue avec la pensée qu'elle abrite, qui ne se rature pas. Qui ne se reprend, ni ne se dédit. L'inquiéteur Gide est surtout un inquiété, un inquiet : comme tous les froussards, il se précipite dans les dangers, et en devient courageux à son propre étonnement. Il n'est jamais modeste et jamais prétentieux ; le plus souvent, il est humain à l'instant même où il allait sembler aveugle ou hautain. Gide est un écrivain qui se rattrape sans cesse, qui à la dernière minute fait mouche, emporte tout : ce n'était pas gagné, mais soudain le voici vainqueur. Personne n'y comprend plus rien. Il était ailleurs ; il est là pourtant. Toujours là."

Signé Moix, Yann Moix, Le Figaro Littéraire du jeudi 17 février 2011

* Le Cuverville(en-Caux) de Gide est en Seine-Maritime, ex-Seine-Inférieure et donc en Haute-Normandie

(cliquez pour agrandir)






"La lecture de Gide relève de l'hygiène intellectuelle"
"Pierre Masson, directeur du centre d'études gidiennes de l'Université de Nantes, a dirigé l'édition des Romans et récits d'André Gide dans la Pléiade. Il nous parle de l'écrivain à l'occasion du 60e anniversaire de sa mort.

Quel livre de Gide conseillez-vous à quelqu'un qui veut découvrir son œuvre?

L'œuvre de Gide est très diverse, aucun de ses livres n'est semblable aux autres. On peut commencer par L'Immoraliste; ce n'est pas son roman le plus riche, mais celui qui pose une question essentielle: jusqu'où peut-on aller dans l'affirmation de soi, sachant que cette affirmation est de toute façon vitale? Cette question est posée dans une forme impeccablement classique, mais son inquiétude reste brûlante.

En quoi André Gide a-t-il influencé la littérature du 20e siècle ?

Au lendemain de la guerre de 14-18, c'est l'invitation sensuelle des Nourritures terrestres qui a fait de lui un maître de vie. Mais il a orienté l'écriture romanesque dans deux grandes directions: sur le plan psychologique, dans une présentation des personnages qui préfigure l'ère du soupçon définie par Nathalie Sarraute. Sur le plan de la construction narrative, dans une réflexion du roman sur lui-même qui triomphera à l'époque du Nouveau Roman.

Qui sont les héritiers de Gide aujourd'hui?

Pas évident. Les romanciers français d'aujourd'hui sont souvent en empathie avec eux-mêmes, là où Gide garde toujours une distance ironique, et bien peu s'essaient à une réflexion générale sur la nature humaine. De la poésie hédoniste des Nourritures terrestres, Le Clézio (je pense au Chercheur d'Or) est l'un des rares représentants. Pour la critique moraliste, Kundera est peut-être son meilleur héritier, mais en plus amer.

Pourquoi lire Gide aujourd'hui?

La lecture de Gide relève de l'hygiène intellectuelle: si son univers n'a pas le pouvoir de fascination d'un Proust ou d'un Céline, c'est parce qu'il laisse toujours le lecteur à distance, obligé de s'interroger devant les situations proposées, libre de choisir sa position. Par exemple, rien n'est plus actuel que Les Caves du Vatican : au moment où l'on voit partout renaître les conservatismes et les dogmes, cette mise en scène ironique des fanatiques de tout bord, ceux de la foi comme ceux de l'athéisme, a quelque chose de salutaire et de libérateur. Mais cette dissidence n'a rien d'un renoncement, et Gide, des Nourritures à Thésée en passant par le Voyage au Congo, nous rappelle toujours que nous sommes fils de cette terre, et responsables d'elle."

Propos recueillis par Adeline Journet, publiés le 18/02/2011 par le site lexpress.fr








Pierre Masson a dirigé avec Jean-Michel Wittmann
le Dictionnaire Gide à paraître bientôt chez Garnier...






"Où sont les héritiers de Gide ?

Rien n’est moins évident que l’héritage d’un écrivain. Non les droits et les espèces sonnantes mais le legs moral, littéraire ou intellectuel assuré par un successeur ou un légitimaire comme on disait autrefois, qu’il se réclame du Maître ou que la critique de son temps puis les historiens de la littérature le désignent comme tel. Innombrables ont été les enfants de Maurice Barrès, mais peu osèrent le revendiquer quand l’air du temps n’y inclinait pas. Modiano héritier de Simenon ? On l’a dit. John Le Carré dans la succession de Graham Greene ? Cela se défend, du moins pour le tourment de la trahison. Rien ne désarçonne les historiens de la littérature comme de ne pas trouver de filiation lorsqu’un jeune écrivain naît à la littérature. Il leur fait l’effet d’une météorite chue d’une planète inconnue; généralement, ils ne tardent pas à y mettre un bon ordre et à lui dégotter de prestigieux parrains pour peu que, pressés par ses interviewers, il avoue avoir lu les Essais de Montaigne et conserver un Musil plein de qualités à son chevet. Voilà pour les ascendants, mais la logique est identique pour les descendants.

Et Gide ? Qui pour prendre la suite du « contemporain capital », ainsi que le qualifia André Rouveyre en 1924 ? Là, le patrimoine est trop important, trop divers, pour échoir à un seul. Frank Lestringant a son idée sur la question. Professeur de littérature à la Sorbonne, auteur de travaux sur Agrippa d’Aubigné, Alfred de Musset et l’expérience huguenote au Nouveau Monde, il vient de publier le premier volume d’une somme biographique impressionnante sur Gide, qui court de sa naissance à la fin de la première guerre mondiale (1165 pages, 35 euros, Flammarion). Interrogé par L’Express sur les actuels héritiers de Gide, il a répondu ceci* :

« Pas évident. Les romanciers français d’aujourd’hui sont souvent en empathie avec eux-mêmes, là où Gide garde toujours une distance ironique, et bien peu s’essaient à une réflexion générale sur la nature humaine. De la poésie hédoniste des Nourritures terrestres, Le Clézio (je pense au Chercheur d’Or) est l’un des rares représentants. Pour la critique moraliste Kundera est peut-être son meilleur héritier, mais en plus amer »

En effet : pas évident. D’autant que même s’il accorde à chacun d’eux une partie de l’héritage, il place son volume sous le signe de l’inquiétude, précisant que Gide a créé le néologisme d’« inquiéteur », s’étant voulu l’inquiéteur de son siècle, écrivant dans une page de son Journal en 1935 : « Belle fonction à assumer : celle d’inquiéteur ». L’auteur de L’Immoraliste et de Corydon a bousculé ses contemporains. Mais qui parmi les écrivains d’aujourd’hui nous trouble au point de nous inquiéter ?"

Pierre Assouline, billet publié le 22 février 2011 sur le blog la république des livres.

*C'est Pierre Masson et non Frank Lestringant qui a répondu aux questions de L'Express

samedi 10 octobre 2009

II. Gide, Paludes et Paul Bourget (Colloque Gide à la BnF)

Jean-Michel Wittmann, professeur à l'Université Paul Verlaine de Metz, avait intitulé sa communication « Quand l'écrivain remet son ouvrage sur le métier : l'exemple d'une page supprimée dans Paludes ». Deux scènes supprimées du chapitre « Le Banquet » entre 1895 et 1920 dont une qui infléchit le sens du livre.

[Il faut noter ici que ces pages à placer entre les interventions d'Evariste, le fin critique, et de Barnabé, le moraliste, où l'on ne trouve plus dans l'édition de 1920 que l'épisode du ventilateur pour littérateurs qui les séparait, ont été signalées pour la première fois par Christian Angelet dans le Bulletin des Amis d'André Gide n°54 d'avril 1982.]

La première de ces scènes caviardées montre le dialogue de sourds entre le protagoniste de Paludes et « Baldakin surtout journaliste » qui, lui, écrit « Briarée ». « - Eh ! Oui. L'homme aux cents bras, reprit-il – le géant Briarée. Et savez-vous qui c'est, Briarée ? - ??? - Eh bien, Monsieur – c'est le Peuple. »

Cette opposition à Baldakin traduisait la position de Gide face à la question de la collectivité, le corps social figuré par le géant Briarée, et de l'individu, main détachée qui serait le sujet de Paludes. Mains chaudes, mains froides et main détachée dans le marais tiède de Paludes : les forces sociales vues comme un jeu énergétique énoncé par la théorie de la décadence de Paul Bourget où l'on retrouve aussi la comparaison entre l'organisme social et l'organisme vivant.

Jean-Michel Wittmann voit donc ici « une réponse à Paul Bourget, une réécriture ironique de Paul Bourget », d'autant qu'il note en 1921 chez Gide une définition de l'individualisme :

« La perfection classique implique, non point certes une suppression de l'individu (peut s'en faut que je dise : au contraire), mais la soumission de l'individu, sa subordination, et celle du mot dans la phrase, de la phrase dans la page, de la page dans l'œuvre. » (Réponse à une enquête de La Renaissance sur le classicisme, 8 janvier 1921, reprise dans Incidences, Gallimard, Paris, 1925)

Paraphrase de Paul Bourget (qui reprenait lui-même Nisard...) :

« [L’organisme social] entre en décadence aussitôt que la vie individuelle s'est exagérée sous l'influence du bien-être acquis et de l'hérédité. Une même loi gouverne le développement et la décadence de cet autre organisme qui est le langage. Un style de décadence est celui où l'unité du livre se décompose pour laisser la place à l'indépendance de la page, où la page se décompose pour laisser la place à l'indépendance de la phrase, et la phrase pour laisser la place à l'indépendance du mot. Les exemples foisonnent dans la littérature actuelle qui corroborent cette hypothèse et justifient cette analogie. » (Essai de psychologie contemporaine, Paris, 1883)

[Notons que là aussi Christian Angelet rapprochait ces deux citations dans une note de son Symbolisme et invention formelle dans les premiers écrits d'André Gide, Romanica Gandensia, Gent, 1982]

Ce n'est donc pas par pure conception esthétique (pas de social en art), ni parce que dans l'intervalle des 25 ans entre les deux éditions de Paludes ce débat n'était plus d'actualité que la page fut écartée. « Il était toujours d'actualité, c'est même pour son actualité qu'elle a été supprimée et parce les réponses suggérées n'étaient, elles, plus d'actualité », avance Jean-Michel Wittmann.

En 1920, les Faux Monnayeurs vont permettre à Gide de revenir sur le sujet avec la part actuelle de sa pensée (la famille comme cellule sociale, autre allusion à la théorie de la décadence). « Gide dialogue avec Bourget mais aussi avec le Gide de 1895... Il fait valoir l'intérêt supérieur du groupe puis de l'individu. « Bourget a raison, mais je n'ai pas tort » semble dire Gide. »

« Gide remet constamment son ouvrage sur le métier, débat avec les autres et avec lui-même par la référence à d'autres textes. Les réflexions sociales et morales, pour des raison d'art, ne s'expriment pas mais passent par un jeu d'allusions intertextuelles », conclut Jean-Michel Wittmann.

Alain Goulet commente alors : « Je n'avais pas pris conscience que ce passage supprimé était aussi éclairant pour le débat majeur sur l'individu et la société dont le summum se trouve dans Les Faux Monnayeurs. »


Pour la suite du compte-rendu du colloque, c'est par ici...