samedi 24 octobre 2015
Vente de la bibliothèque de Pierre Bergé
Annoncée depuis longtemps, la vente de la bibliothèque de Pierre Bergé débute par une première session vendredi 11 décembre à Drouot. « Ce n'est pas facile de se séparer d'amis de plus de 40 ans ! Et quels amis ! je les aime tous, de saint Augustin à André Gide, même si j'ai un faible que je ne saurais cacher pour Flaubert », explique ainsi l'homme d'affaires dans sa préface au catalogue.
Une exposition itinérante d'une centaine de pièces donne quant à elle un aperçu de la bibliothèque qui rassemble 1600 livres, partitions musicales et manuscrits du XVe au XXe siècle. Mais cette première vente présente 150 ouvrages couvrant six siècles, des Confessions de saint Augustin, imprimées à Strasbourg vers 1470, jusqu’au Scrap Book 3 de William Burroughs, paru en 1979.
On y trouvera le manuscrit autographe des Cahiers d’André Walter, accompagné de trois enveloppes portant des adresses de la main de Pierre Louÿs, Le Voyage d'Urien adressé à Henri de Régnier, un exemplaire sur grand papier de Paludes offert « à Monsieur Stéphane Mallarmé, notre maître très vénéré. » ou encore un exemplaire de l’édition originale de L’Immoraliste (1902) portant un envoi à Léon Blum. Mais aussi quelques livres envoyés à Gide par Bernanos, Cocteau et Céline.
Lot 107
GIDE, André.
[Les Cahiers d'André Walter.] Sans lieu ni date [1890].
Manuscrit autographe de 272 ff. in-8 ou in-12, écrits au recto et numérotés à l'encre par l'auteur
[124 ff. chiffrés de 1 à 122 pour le Cahier blanc ; (1) et 147 ff. chiffrés de 1 à 143 pour le Cahier noir] : maroquin janséniste aubergine, dos à nerfs, coupes filetées or, doublures de maroquin vert ornées, en encadrement, d'un filet doré et de deux listels mosaïqués de maroquin émeraude, gardes de soie verte, tranches dorées (Vermorel).
Précieux manuscrit autographe complet du premier livre d'André Gide.
Bien que dépourvu de titre, il offre l'intégralité du texte des Cahiers d'André Walter, prêt pour l'impression, tel qu'il fut établi par Gide à l'intention de l'imprimeur Deslis, à Tours. Le manuscrit présente plusieurs passages rayés et quelques corrections. Le principal personnage féminin de cette autobiographie déguisée, Emmanuèle, porte encore ici le prénom de la future épouse d'André Gide, Madeleine : le nouveau prénom a cependant été indiqué au crayon noir, en surcharge, sur quelques feuillets.
On a relié au début du volume le manuscrit autographe de Pierre Louÿs, signé des initiales P.C. (Pierre Chrysis), de la fameuse Notice imprimée en tête de l'édition originale (3 feuillets in-4, repliés, à l'encre violette).
“Quand Gide, à l'âge de vingt et un ans, écrivit ses Cahiers d'André Walter, ses relations avec Pierre Louÿs étaient encore assez bonnes pour qu'il lui demandât de se prêter à une petite comédie. Gide voulait faire passer André Walter pour un jeune romantique dont la raison avait sombré et qui était mort avant d'avoir pu publier ses Cahiers. Pierre Louÿs (…) se chargea donc de présenter cette pseudo-œuvre posthume au public. Mais cette préface ne fut maintenue qu'en tête de la première édition, publiée par la Librairie Perrin. Par la suite, elle fut supprimée” (Bibliothèque nationale, André Gide, 1970, n° 123.- Voir aussi la longue notice de Pascal de Sadeleer sur un autre manuscrit de la Notice, in Bibliothèque littéraire R. Moureau et M. de Bellefroid , 9 et 10 décembre 2004, Pierre Bergé & Associés, n° 794).
On trouve à la fin du volume trois grandes enveloppes de papier bleu, avec marques postales, portant trois adresses soigneusement calligraphiées par Pierre Louÿs : celle de l'improbable André Walter, “chez Mr André Gide, à la Roque-Beynard [sic], par Cambremer (Calvados)” ; celle de Gide (“Uzès, Gard”) ; et enfin celle de Maurice Quillot, à Paris, arborant, à la manière d'un testament, quatre grands sceaux à la cire rouge et noire. Ces trois enveloppes, qui contenaient peut-être le manuscrit des Cahiers et de la Notice, étaient sans doute destinées à rendre plus crédible la petite supercherie littéraire.
Les Cahiers d'André Walter furent mis en vente le 27 février 1891. L'édition Perrin déplut à Gide, qui la jugeait incorrecte et en fit envoyer l'essentiel au pilon. Quelques dizaines d'exemplaires de presse échappèrent à la destruction, mais ils furent le plus souvent négligés en raison de l'absence de notoriété de l'auteur. Quant au tirage de tête, il n'en subsiste qu'un exemplaire sur papier de Chine et deux sur Japon. Un exemplaire de cette édition originale, découvert par hasard, séduisit Maurice Barrès qui fit faire à Gide son entrée dans le monde littéraire, le présentant notamment à Mallarmé. Une édition dite “de luxe” annoncée dans l'originale fut effectivement publiée, mais à la Librairie de l'Art indépendant, à qui Gide avait parallèlement confié la publication des Cahiers.
Manuscrit exceptionnel, d'un grand intérêt littéraire : il marque les débuts d'André Gide, le futur “Contemporain capital”.
Dos de la reliure uniformément passé.
Estimation :100 000 / 150 000 €
Lot 112
GIDE, André.
Le Voyage d'Urien. Paris, Librairie de l'Art indépendant, 1893.
In-8 carré : cartonnage à la Bradel, pièce de titre de maroquin rouge, non rogné, couvertures illustrées conservées (Paul Vié).
Édition originale : elle est dédiée au poète Henri de Régnier.
Tirage limité à 300 exemplaires numérotés (nº 3), plus quelques exemplaires sur Chine et sur Japon. Ce voyage du Rien est une odyssée ironique, écrite “en réaction contre l’école naturaliste”. Quelques jeunes gens en quête de “glorieuses destinées” s’embarquent pour un périple allégorique qui débouche dans les déserts glacés de la stérilité.
31 lithographies originales du peintre Maurice Denis.
Le Nabi est parvenu à se libérer de toute servitude descriptive pour mieux investir le texte en créateur. Les lithographies sont tirées en deux tons, sur fond tantôt ocre, tantôt vert pâle. Elles sont quasiment les seules que Maurice Denis ait produites. Il fut, semble-t-il, peu attiré par la pratique de la gravure originale dans le livre. La mise en page dénote un grand raffinement dans les espaces, les initiales et les images. La couverture imprimée est également illustrée.
Le Voyage d’Urien est un des grands livres illustrés dans la tradition du livre de peintre inaugurée par Édouard Manet, Charles Cros et Stéphane Mallarmé en 1874-1875. La collaboration entre le peintre et l’auteur fut des plus étroites. “Ce livre est la trace la plus accentuée du symbolisme, la ratification par les Nabis du principe du livre de dialogue” (Yves Peyré).
Précieux exemplaire de dédicace avec, sur le faux titre, cet envoi autographe signé :
à Henri de Regnier
son ami
André Gide.
Les deux écrivains furent longtemps très liés. De cinq ans son aîné, Régnier fut l'une des admirations littéraires de Gide. Ensemble, ils voyagèrent en Bretagne ; durant ce périple, en 1892, Gide composa son Voyage d'Urien qu'il lui dédia.
Ils devaient se brouiller en raison d'un article que Gide consacra à La Double Maîtresse dans La Revue Blanche en mai 1900, article dans lequel l'écrivain ne ménageait pas ses critiques. Blessé, Régnier ne pardonna jamais l'affront et resta sourd aux tentatives de réconciliation de celui qu'il regardait désormais comme “un médiocre prosateur à la médiocrité prétentieuse”.
Fidèle en dépit du ressentiment, André Gide accorda aux vers de Régnier une place remarquée dans son Anthologie de la poésie française parue en 1949.
Estimation : 20 000 / 30 000 €
Lot 114
GIDE, André.
Paludes. Paris, Librairie de l'Art indépendant, 1895.
Grand in-8 carré : broché, couvertures grises rempliées, plat supérieur imprimé.
Édition originale.
Elle a été publiée à compte d'auteur, à un tirage restreint : 400 exemplaires, plus 9 exemplaires hors commerce – 6 sur papier de Chine et 3 sur papier vert. Le premier des 6 exemplaires de tête sur papier de Chine, justifié avec la lettre “a”.
Le roman ou plutôt la sotie, pour reprendre le terme que Gide affectionnait, est une satire enjouée des cénacles parisiens et du climat oppressant des milieux symbolistes dans laquelle Gide ne s’épargne pas lui-même.
Le retentissement de Paludes fut quasi nul, mais la vogue du nouveau roman devait contribuer à sa fortune littéraire. L'œuvre si “moderne” du point de vue formel a été consacrée par Roland Barthes dans Le Plaisir du texte, puis placée par Nathalie Sarraute au rang des “cinq ou six œuvres les plus importantes de notre temps”.
Précieux exemplaire de Stéphane Mallarmé.
Envoi autographe signé sur le faux titre :
à Monsieur Stéphane Mallarmé
notre maître très vénéré
André Gide
“Sit Tityrus Orpheus”
Virgile
Le don de l'auteur manifeste une admiration profonde envers le maître dont l'extrême exigence était la règle de vie et d'écriture, et dont le disciple pressent qu'il est “le poète qui a décidé de la modernité”.
Toutefois, chez Gide, l'admiration ne saurait être sans réserve, à tel point que dans Paludes même, “M. Mallarmé” est nommément cité à plusieurs reprises sur le mode ironique ou sarcastique.
La lettre de remerciement de Mallarmé pour “l'offre de l'exemplaire A de Paludes”, en date du 21 juillet 1895, relève à peine la “goutte aigrelette et précieuse d'ironie”, pour ajouter : “Merci de l'affectueux honneur qu'y soit mon nom.” Et, pour l'essentiel, la forme novatrice de l'œuvre ne lui a pas échappé : “Vous avez trouvé, dans le suspens et l'à-côté, une forme qui devait se présenter et qu'on ne reprendra pas.”
Frank Lestringant observe finement combien Gide n'a jamais été aussi empressé auprès du maître, ni si proche de lui que durant cette période où il s'émancipait du symbolisme. Ce que le biographe nomme le complexe du fils prodigue : “En face de ce père d'élection, Gide se rend et se sent coupable, infiniment coupable, mais c'est pour être d'autant mieux aimé et favorisé de lui.”
Quant au vœu exprimé en latin à la fin de l'envoi, “Sit Tityrus Orpheus”, il renvoie au sens premier de Paludes. En effet, l'ouvrage est inspiré de deux vers de Virgile à propos de Tityre, le berger des Bucoliques : celui-ci, bien que possédant un champ “plein de pierres et de marécages”, est heureux de son sort. Qu'il en soit de même pour le Poète livré à la solitude et au confinement.
Bel exemplaire tel que paru, broché. Dos fendillé, habilement restauré.
Estimation : 60 000 / 80 000 €
Lot 120
GIDE, André.
L'Immoraliste. Paris, Mercure de France, 1902.
In-12, demi-toile brique à la Bradel, initiales “LB” dorées en queue, non rogné, couvertures conservées (reliure de l'époque).
Édition originale.
Tirage unique à 300 exemplaires sur vergé d'Arches.
“Le chef-d'œuvre de Gide, d'une lumineuse cruauté” (Charles Du Bos).
Bien accueilli par la critique, “le livre, s'il ne conquit pas à Gide la grande notoriété que lui vaudraient plus tard La Porte étroite et Les Caves, consacra son originalité et sa maîtrise aux yeux du public lettré” (En français dans le texte, Paris, 1990, n° 330).
Plus tard, le régime de Vichy accusa l’Immoraliste, non seulement l’ouvrage mais l’auteur ainsi surnommé, d’avoir corrompu la jeunesse.
“Le succès précédent de Gide, Les Nourritures terrestres, eut plus d'influence sur la jeunesse, mais il est somme toute vague et sirupeux. Ici les tendances destructrices implicites dans l'obsession païenne du corps, l'homosexualité latente que le désert fait ressortir, sont annonciatrices de certains aspects de sa propre vie, si profondément modifiée par sa rencontre avec Wilde et Douglas” (Connolly).
Précieux envoi autographe signé :
à Léon Blum
son ami
André Gide
Superbe provenance.
André Gide et Léon Blum (1872-1950) se rencontrèrent en 1888, sur les bancs du lycée Henri IV, en classe de philosophie. Ils demeurèrent liés toute leur vie, partageant une même passion pour la littérature.
Exemplaire en modeste demi-reliure du temps portant, comme la plupart des livres de la bibliothèque de Léon Blum, les initiales “L.B.” dorées en pied du dos. Ex-libris Hubert Heilbronn.
Dos légèrement insolé. Petite fente sans gravité à la coiffe supérieure.
Estimation : 10 000 / 15 000 €
Lot 151
COCTEAU, Jean.
Le Coq et l'Arlequin. Notes autour de la musique. Avec un portrait de l'auteur et deux monogrammes par P. Picasso. Paris, La Sirène, Collection des Tracts, nº 1, 1918 [janvier 1919].
In-16 : broché, chemise, étui en demi-maroquin rouge.
On joint :
COCTEAU, Jean. Lettre à André Gide. Sans lieu, 1er décembre 1919.
Lettre autographe signée, 1 page in-4.
Édition originale.
Elle est ornée d'un portrait de l'auteur en frontispice reproduisant un dessin à la mine de plomb portant : “à mon ami Jean Cocteau, Picasso, 1916.”
Élégante plaquette, la première de la “Collection des Tracts” lancée par les éditions de la Sirène, imprimée par Protat. Les éditions de La Sirène publièrent trois livres de Cocteau, à l'époque où elles jouèrent un rôle important en faveur de la jeune littérature.
Dédiée à Georges Auric, cette suite de notes brèves et d'aphorismes sur la musique et l'art en général est un véritable manifeste de l'esprit nouveau où l'auteur érige en système de façon brillante les enseignements de Parade – ce premier ballet résolument moderne (1917), mis en œuvre par un quatuor légendaire : Diaghilev, Picasso, Erik Satie et Jean Cocteau.
Très amusant envoi autographe signé sur le faux titre :
a André
Gide
“Le Piano et le
papillon ”
ou
Le Coq et l'Arlequin
Son ami, de
tout cœur
Jean Cocteau
Mai 1919
Cet envoi affectueux précède de peu une des célèbres brouilles entre Jean Cocteau et André Gide, dont l'amitié avait débuté en 1912 par une lettre admirative du plus jeune à l'auteur de Paludes.
Dans cet essai, qui imposait Erik Satie et la musique nouvelle aux oreilles acouphéniques des musicologues et lettrés sortant des canonnades de la Grande Guerre, Cocteau avait cité Gide sans mettre de guillemets. Il fit amende honorable quelque temps plus tard : “Un oubli de guillemets m'enrichissant d'une phrase dite par ANDRE GIDE : La langue française est un piano sans pédales , je me fais un scrupule de signaler au lecteur cette interpolation involontaire. J.C.”
Presque aussitôt, Gide riposta dans la Nouvelle Revue française par une Lettre ouverte à Jean Cocteau dans laquelle il pointait l'incompétence musicale de l'auteur du Coq et l'Arlequin. Cocteau répliqua :
“Il y a en vous du pasteur et de la bacchante” (Les Écrits nouveaux, août 1919).
On joint une lettre autographe signée adressée par Jean Cocteau à André Gide le 1er décembre 1919 afin de mettre un terme à la controverse :
Mon cher Gide,
Je n 'ai pas lu votre dernier article et ne le lirai jamais. La consigne autour de moi est de se taire sur ce chapitre. Seul moyen de me défendre contre les bas réflexes de réponse.
Donc, rien ne me gêne pour serrer la main que vous me tendez
Votre Jean Cocteau
Estimation : 4 000 / 6 000 €
Lot 165
BERNANOS, Georges.
Sous le soleil de Satan. Paris, Plon, sans date [1926].
In-12, broché, couvertures de papier jaune imprimées, sous étui-chemise.
Édition originale.
Premier roman publié par l'auteur, Sous le soleil de Satan apporta à Georges Bernanos une notoriété immédiate. Adapté au cinéma par Maurice Pialat, Palme d'or en 1987, il reste avec Le Journal d'un curé de campagne son œuvre la plus populaire.
Remarquable envoi autographe signé au recto du premier feuillet :
à André Gide,
en témoignage de gratitude spirituelle pour tout ce que vous m'avez donné malgré vous, pour tout ce que votre lucide génie nous dispense de cette âme que vous réservez, et que Dieu seul est capable de forcer,
G. Bernanos
Surprenante reconnaissance de dette de la part de l'écrivain catholique – le peintre impitoyable du mal, de l'imposture et de la grâce – envers l'auteur de Corydon, conspué par les gardiens du Temple de l'époque.
Georges Bernanos (1888-1948) ne devait jamais cacher cette manière d'attirance-répulsion qui marqua ses rapports avec André Gide (1869-1951) : “Je défie qu'on trouve dans tous mes livres une ligne à sa louange. Il est vrai que je ne saurais partager la conviction un peu trop sommaire de Paul Claudel ou de Henri Massis, qui le croient possédé du diable, mais, loin d'être tenté de trop d'indulgence envers lui, j'avoue que je dois faire un effort pour rester juste à l'égard d'un grand écrivain – l'un des plus grands de notre littérature – et qui honore notre langue. ”
Bernanos ne cessera d'interpeller son aîné sans le nommer dans tous ses livres, jusqu'à l'ultime Monsieur Ouine (1943), portrait de l'intellectuel en décomposition dont Gide fut, de l'aveu de son auteur, la principale source d'inspiration. Il fut même le seul à prendre sa défense lorsque Gide se vit attaqué par Aragon dans les Lettres françaises en novembre 1944.
Et Bernanos de regretter à sa mort de ne jamais l'avoir rencontré.
Quant à André Gide, il fut enthousiasmé par ce premier roman de Georges Bernanos, pourtant encore proche de l'Action française à l'époque.
Couvertures légèrement usées.
Estimation : 10 000 / 15 000 €
Lot 173
CÉLINE, Louis Destouches, dit Louis-Ferdinand.
Voyage au bout de la nuit. Roman. Paris, Éditions Denoël et Steele, 1932.
Fort in-12, broché, emboîtage de toile noire.
Édition originale.
Exemplaire non justifié, imprimé sur alfa. Le tirage numéroté est limité à 10 exemplaires sur vergé d'Arches et 100 sur alfa.
Surprenant envoi autographe signé sur le faux titre :
A Monr Andre Gide
Tres respectueux et
Sincere Hommage
Louis Celine
Gide a noté à la plume, au recto du premier feuillet blanc, les pages correspondant aux passages du livre qui l'ont particulièrement marqué, et dont il a brièvement noté le sujet : 61 / 201-202 (bonté) / 274 (le bout de la nuit) / 295 / 359-60 = le cochon / 386-87 x tout ce chap. de 384 à 394 / 405 - quand tout sera dit / 407 lâcheté / 548 description x.
Une des provenances les plus improbables pour ce chef-d'œuvre de la littérature du XXe siècle.
En 1932, Céline croit encore à ses chances de décrocher le Goncourt et se démène pour la promotion de son roman. Il envoie donc très logiquement un exemplaire au “contemporain capital”. La suite est connue et l'écrivain, dont le roman a suscité une polémique inouïe, y verra l'origine de tous ses maux : “Le triomphe du Voyage m'a été aussi pénible que les cyclones de Bagatelles” écrira-t-il dans une lettre à Daragnès en 1948.
Dans une page de son Journal consacrée à la publication de Bagatelles pour un massacre, André Gide revient sur son admiration pour le Voyage : “Vous vous souvenez du raffut que firent ses deux premiers livres. La presse était éberluée et ne savait plus quel ton prendre. Certains articles s'indignaient ; d'autres s'extasiaient. (...) Une entre-lecture cursive m'avait d'abord fait considérer Mort à crédit comme fort inférieur au Voyage au bout de la nuit , que j'avais lu avec un épatement inégal, mais par moments (vers la fin du livre surtout) considérable.”
La note élogieuse, rédigée vers 1939, est d'autant plus remarquable que, dans Bagatelles (publiées à peine cinq ans après le Voyage), Gide était sévèrement malmené et ses préférences sexuelles dénoncées de manière odieuse : “Monsieur Gide en était encore à se demander tout éperdu de réticences, de sinueux scrupules, de fragilités syntaxiques, s'il fallait ou ne fallait pas enculer le petit Bédouin, que déjà depuis belle lurette le Voyage avait fait des siennes” (Bagatelles, p. 82).
Il était déjà loin le temps du “Très respectueux et sincère hommage ” à celui que Céline qualifiera désormais en privé de “cuistre tarabiscoté”…
Exemplaire parfait.
Estimation : 30 000 / 40 000 €
lundi 29 octobre 2012
Journée d'études en Roumanie
mercredi 11 juillet 2012
Appel à communications
DEPARTEMENT DE LANGUE ET LITTERATURE
CENTRE D’ETUDE SUR L’IMAGINAIRE IMAGINES
AVEC LE SOUTIEN DE
LA FONDATION CATHERINE GIDE
JOURNEE D’ETUDES
L’IMMORALISME GIDIEN
Dans l’année où les gidiens de partout fêtent le 110ème anniversaire de la publication de L’Immoraliste, nous voyons comme opportune une invitation adressée aux plus jeunes passionnés de Gide à re-visiter, re-valoriser et ré-interpréter le plus connu récit d’André Gide.
Cette œuvre qui marque un seuil dans la création gidienne, cette œuvre que son auteur a refusé de nommer «roman» malgré les dimensions qui le légitimaient à le faire, cette œuvre controversée et à laquelle on a déjà dédié bon nombre d’études ne cesse pas de fasciner les lecteurs et de les inviter à la sonder de nouveau.
Calendrier de l’événement :
- 1er août 2012 : envoi des propositions : titre de l’intervention, résumé (1 page) et mots-clés, notice bio-bibliographique
- 1er septembre 2012 : communication des résultats de la sélection opérée par le comité scientifique
- 2 novembre : journée d’étude, Faculté des Lettres, Université de Pitesti, Roumanie
Les propositions d’interventions seront adressées à : gide.2012[at]hotmail.com pour le 1er août au plus tard. Site de l'Université de Pitesti (Roumanie).
maître assist. dr. Diana LEFTER - Présidente du comité
prof. univ. dr. Alexandrina MUSTATEA – Directrice du Centre IMAGINES
maître de conf. dr. Crina ZARNESCU
maître de conf. dr. Mihaela MITU
assist. univ. dr. Adriana APOSTOL
vendredi 1 juillet 2011
Sur le front éditorial
EAN 9782745322548, 296 p.,60€
Publiés pour la première fois en Allemagne en 1961, Les Cahiers du comte Kessler débutent en 1918 et s’achèvent en 1937. Œuvre d’un diplomate et d’un grand amateur d’art, cet ouvrage constitue un document exceptionnel de l’histoire politique et intellectuelle de l’Allemagne de l’entre-deux guerres. Témoin des dernières heures de la guerre de 1914 et des balbutiements du Reich, fin commentateur politique, Kessler rend également compte de plusieurs de ses entretiens avec nombre d’artistes et de scientifiques célèbres. Ainsi rencontre-t-on Cocteau et Radiguet à Paris lors d’un déjeuner au Bœuf sur le toit, Hofmannsthal à Weimar, Thomas Mann, André Gide et Albert Einstein à Berlin.
A la faveur de ces Carnets, on assiste également aux confessions de Kessler lorsqu’il apprend le décès de la célèbre danseuse Isadora Duncan, ou encore après la mort de son vieil ami Hofmannsthal. Commentateur politique et artistique, Kessler se fait aussi le rapporteur d’anecdotes passionnantes qui ont le charme de l’intimité des grands hommes : Albert Einstein expliquant les raisons qui le poussent à croire en l’existence de dieu lors d’un diner chez Kessler, le désespoir de Stresemann face à la candidature de Hindenburg.
Les Cahiers de celui dont Julien Green disait qu’il avait été cet « allemand d’autrefois, courtois et instruit » révèlent l’horreur et le merveilleux de cette période de l’Histoire où les pires brutes entreprennent la destruction de l’intelligence européenne.
jeudi 22 juillet 2010
"Album" de Ravello
Jeudi 15 juillet, ouverture de la session Gide du festival de Ravello 2010 avec à gauche le professeur Giovanni Dotoli de l'Université de Bari, à droite Giovanella Fusco-Girard de l'Université de Naples, et au centre le réalisateur Jean-Pierre Prévost, auteur du film "André Gide, un petit air de famille" (2007) et de l'exposition "Gide : un album de famille", présentée jusqu'au 22 août à la Villa Rufolo dans le cadre du festival.
Sous les voûtes de la Villa Rufolo, l'exposition réalisée par Jean-Pierre Prévost avec l'aide de la Fondation Catherine Gide présente une centaine de photographies regroupées sur des colonnes-totems.
Les photographies de l'exposition feront l'objet d'un livre intitulé "Gide : Album de famille", à paraître en septembre chez Gallimard et présenté en avant-première à Ravello.
Vendredi 16 juillet : dialogue entre Pierre Masson et Emilia Surmonte sur le thème "Gide à Ravello. Renaître à Ravello : le baptême d'un immoraliste"." Près de Salerne, quittant la côte, nous avions gagné Ravello. Là, l’air plus vif, l’attrait des rocs pleins de retraits et de surprises, la profondeur inconnue des vallons, aidant à ma force, à ma joie, favorisèrent mon élan." (André Gide, L'Immoraliste, Folio n°229, p.64)
Le "baptême de Ravello" évoqué par Pierre Masson et Emilia Surmonte n'est pas que symbolique :
"Nous demeurâmes à Ravello quinze jours ; chaque matin je retournais vers ces rochers, faisais ma cure. Bientôt l’excès de vêtement dont je me recouvrais encore devint gênant et superflu; mon épiderme tonifié cessa de transpirer sans cesse et sut se protéger par sa propre chaleur.
Le matin d’un des derniers jours (nous étions au milieu d’avril), j’osai plus. Dans une anfractuosité des rochers dont je parle, une source claire coulait. Elle retombait ici même en cascade, assez peu abondante, il est vrai, mais elle avait creusé sous la cascade un bassin plus profond où l’eau très pure s’attardait. Par trois fois j’y étais venu, m’étais penché, m’étais étendu sur la berge, plein de soif et plein de désirs ; j’avais contemplé longuement le fond de roc poli, où l’on ne découvrait pas une salissure, pas une herbe, où le soleil, en vibrant et en se diaprant, pénétrait. Ce quatrième jour, j’avançai, résolu d’avance, jusqu’à l’eau plus claire que jamais, et, sans plus réfléchir, m’y plongeai d’un coup tout entier. Vite transi, je quittai l’eau, m’étendis sur l’herbe, au soleil. Là des menthes croissaient, odorantes ; j’en cueillis, j’en froissai les feuilles, j’en frottai tout mon corps humide, mais brûlant. Je me regardai longuement, sans plus de honte aucune, avec joie. Je me trouvais, non pas robuste encore, mais pouvant l’être, harmonieux, sensuel, presque beau." (André Gide, L'Immoraliste, Folio n°229, pp.67-68)
"Plus rapproché du ciel qu’écarté du rivage, Ravello, sur une abrupte hauteur, fait face à la lointaine et plate rive de Paestum. C’était, sous la domination normande, une cité presque importante; ce n’est plus qu’un étroit village où nous étions, je crois, seuls étrangers. Une ancienne maison religieuse, à présent transformée en hôtel, nous hébergea ; sise à l’extrémité du roc, ses terrasses et son jardin semblaient surplomber dans l’azur. Après le mur chargé de pampres, on ne voyait d’abord rien que la mer ; il fallait s’approcher du mur pour pouvoir suivre le dévalement cultivé qui, par des escaliers plus que par des sentiers, joignait Ravello au rivage. Au-dessus de Ravello, la montagne continuait. Des oliviers, des caroubiers énormes ; à leur ombre des cyclamens ; plus haut, des châtaigniers en grand nombre, un air frais, des plantes du nord ; plus bas, des citronniers près de la mer. Ils sont rangés par petites cultures, jardins en escalier, presque pareils, que motive la pente du sol ; une étroite allée, au milieu, d’un bout à l’autre les traverse ; on y entre sans bruit, en voleur. On rêve, sous cette ombre verte ; le feuillage est épais, pesant ; pas un rayon franc ne pénètre ; comme des gouttes de cire épaisse, les citrons pendent, parfumés ; dans l’ombre ils sont blancs et verdâtres ; ils sont à portée de la main, de la soif ; ils sont doux, âcres ; ils rafraîchissent.L’ombre était si dense, sous eux, que je n’osais m’y arrêter après la marche qui me faisait encore transpirer. Pourtant les escaliers ne m’exténuaient plus ; je m’exerçais à les gravir la bouche close; j’espaçais toujours plus mes haltes, me disais : j’irai jusque-là sans faiblir ; puis, arrivé au but, trouvant dans mon orgueil content ma récompense, je respirais longuement, puissamment, et de façon qu’il me semblât sentir l’air pénétrer plus efficacement ma poitrine. Je reportais à tous ces soins du corps mon assiduité de naguère. Je progressais.
Je m’étonnais parfois que ma santé revînt si vite. J’en arrivais à croire que je m’étais d’abord exagéré la gravité de mon état ; à douter que j’eusse été très malade, à rire de mon sang craché, à regretter que ma guérison ne fût pas demeurée plus ardue." (André Gide, L'Immoraliste, pp.64-66)
Sur le mur de "l'ancienne maison religieuse, à présent transformée en hôtel", une plaque posée en 1999 par la société S3 Studium rappelle la présence d'André Gide. C'est à partir du 15 avril 1897 qu'avec Madeleine il passe trois semaines à Ravello, entrecoupées d'excursions à Naples, Amalfi, Minori et La Cava. Il versera ses souvenirs dans l'Immoraliste qui paraîtra en 1902 au Mercure de France. Cette plaque le relie à E.M. Forster, récemment évoqué ici, qui séjourna lui aussi à l'Hôtel-Pension Palumbo de Ravello en mai 1902.Il voyage alors à travers l'Italie en compagnie de sa mère, Lily, qui note que son fils retrouve la santé à Ravello et y est "étonnamment et étrangement plus calme". Il y retrouve aussi l'inspiration devant les paysages et se souvient comment The story of a panic est venue à lui : "Je pense que c'est en mai 1902 que j'ai fait une promenade autour de Ravello, je me suis assis dans une vallée à quelques miles du village, et le premier chapitre de l'histoire a foncé dans mon esprit comme s'il m'attendait là. Je l'ai reçu comme une entité et l'ai écrit d'un trait aussitôt de retour à l'hôtel." (E.M. Forster : a life, de Nicola Beauman, Knopf, 1994)
vendredi 16 juillet 2010
L'Immoraliste au Festival de Ravello

Dimanche 18 juillet à 21h45 à la Villa Rufolo, représentation de L’Immoraliste, d'après le récit d'André Gide, de Ciro Scuotto, Adriano Saccà et Raffaele Ricciardi, sur une musique de Luca Marino (entrée : 20 euros). Plus d'informations par ici sur le site du festival et sur la page Facebook de l'évènement.
L'exposition André Gide : un album de famille, de Jean-Pierre Prévost est ouverte depuis hier et jusqu'au 22 août et ce soir à 19h, dialogue entre Pierre Masson et Emilia Surmonte autour de L'Immoraliste, à l'auditorium de la Villa Rufolo (voir ce précédent billet pour plus d'informations).
Le programme officiel du Festival de Ravello est disponible ici (document pdf).
vendredi 9 juillet 2010
Festival de Ravello

Après Chicago, direction Ravello en Italie pour son célèbre festival consacré cette année à « La Follia »... et en partie à André Gide. Présentation du site du Festival :
Du 15 juillet au 22 août à la Villa Rufolo, exposition « André Gide: un album de famille » de Jean-Pierre Prévost avec la collaboration de la Fondation Catherine Gide
Dédiée à André Gide, Prix Nobel de littérature 1947, cette exposition entend retracer la vie de l'écrivain à travers les positions originales et anti-conventionnelles qui ont influencé ses écrits et ses réflexions sur la liberté personnelle et sociale. Une manière d'album-souvenir avec des commentaires de Catherine Gide, la fille de l'écrivain, et une narration de Jean-Pierre Prévost, avec une parenthèse sur les voyages de Gide en Italie, dont la Campanie et Ravello au début du 20e siècle, où la « folie de la liberté » a trouvé écho dans le récit L'Immoraliste.
Auteur, réalisateur et photographe, on doit à Jean-Pierre Prévost des films, documentaires et séries pour la télévision française, canadienne et américaine. Il a réalisé deux films sur André Gide, Portrait d’André Gide et André Gide. Un petit air de famille, publié notamment les Entretiens avec Catherine Gide, et monté deux expositions photographiques autour de Gide.
Vernissage le jeudi 15 juillet à 12h : Interventions de Giovanni Dotoli et Giovannella Fusco Girard
Giovanni Dotoli enseigne la littérature française à l'Université de Bari. Essayiste et poète, auteur de plus de 500 publications, directeur de collection, il a reçu le grand prix de l'Académie Française en 2000.
Giovannella Fusco Girard, enseigne la littérature française à l'Université de Naples “L’Orientale”, et étudie les formes modernes de poésie et d'écriture narrative. Elle a publié de nombreux essais notamment consacrés à Baudelaire, Mallarmé, Apollinaire, Cocteau et Ponge.
Vendredi 16 juillet à 19h : Gide à Ravello. Renaître à Ravello : le baptême d'un immoraliste, par Pierre Masson et Emilia Surmonte
André Gide écrit à Ravello quelques-unes des pages les plus significatives de son récit L'Immoraliste, témoignant d'une vision du monde libératrice, d'une réflexion plus radicale sur la recherche du bonheur et le conflit entre les désirs de l'individu et les conventions sociales. Son protagoniste, après avoir recouvré la santé à Ravello, décide d'accepter son homosexualité et de se libérer de l'emprise de sa femme.
Pierre Masson est professeur émérite de l'Université de Nantes, Président de l'Association des Amis d'André Gide, et l'un des meilleurs experts mondiaux de l'œuvre de Gide. Il est l'auteur de nombreux essais sur Gide et l'éditeur de plusieurs de ses Correspondances ainsi que des Essais critiques, Souvenirs et Voyages, Romans et Récits de la Bibliothèque de la Pléiade.
Emilia Surmonte enseigne la langue et civilisation françaises à l'Université de Naples «L'Orientale» et poursuit des recherches en littérature moderne notamment sur la réécriture des mythes. Elle est l'auteur de Déclinaisons de la passion chez Yourcenar et de nombreux articles.
lundi 28 juin 2010
Select-Collection
Dans une citation du précédent billet, Jacques Brenner fait allusion à l'édition de Si le grain ne meurt dans « la Select-Collection aux couvertures si laidement illustrées ». Aujourd'hui, ces couvertures sont jugées « kitsch » et même recherchées. On se demande même si l'on en oserait de pareilles aujourd'hui, non plus pour l'aspect « kitsch » cette fois...
En 1914, les éditions Flammarion lancent la Select-Collection, des romans populaires sous un format simple et condensé (des in-8° brochés, format 17x24 avec texte sur deux colonnes), d'abord sous couverture rose illustrée au centre, puis avec illustration photographique pleine page. Ce sont ces couvertures qui sont aujourd'hui recherchées.
Une publicité au dos demande : « Avez-vous lu dans Select-Collection » et donne la liste des récentes parutions avant de conclure : « Select-Collection publie les chefs-d'œuvre du roman contemporain ». En 1927, les numéros 267 et 269 de la collection qui en comptera près de 350 sont Si le grain ne meurt (texte non intégral) et L'Immoraliste.
Pour ces volumes de Gide qui nous intéressent dans leur première édition en 1927, leur prix est alors de 1,75 francs soit environ 0,99 de nos euros. En 1935, dans une nouvelle édition, ils coûtent 2 francs et 2,50 francs, soit 1,13 euros et 1,41 euros.
Les couvertures de ces différentes éditions sont à voir sur Imagide...
jeudi 24 septembre 2009
Tout Arrive ! (émission du 28/04/09)
Résumé du site de l'émission :
"- En compagnie de Pierre Masson, Eric Marty, et Laurent Nunez, la première partie décrit d'abord la manière de considérer l'oeuvre gidienne en 2009. Comment ces nouvelles parutions peuvent permettre, peut-être, de réévaluer Gide "moderne radical", dont on connaît souvent plus le journal qu'une oeuvre romanesque dans laquelle il y a incontestablement des ratages.
L'aspect biographique est également développé ici, notamment dans sa relation privilégiée à Paul Valéry ou à sa cousine Madeleine, qui sera tout au long de sa vie comme un "mariage garde-fou". (Enregistrement n°1)
- Puis, entrecoupée de quelques archives sonores, la seconde partie se penche plus directement sur quelques-uns des textes majeurs de Gide. Une oeuvre dans laquelle les textes s'opposent parfois, traversés pourtant dans leur succession par une certaine angoisse ainsi qu'une vraie thématique gidienne, celle de la liberté.
Bref, on échange ici sur le superbe Paludes (où le lecteur est au coeur), sur les Nourritures terrestres, L'Immoraliste ou bien Les Caves du Vatican et la Symphonie pastorale (moins réussis sans doute). Et l'on achève cette seconde partie par quelques mots du théâtre de Gide, bien méconnu. Quelques relectures d'épisodes bibliques à redécouvrir. (Enregistrements n°2 et 3)"
Enregistrement n°1 :
Enregistrement n°2 :
Enregistrement n°3 :
samedi 16 mai 2009
Tout arrive ! sur France Culture
L'animateur Arnaud Laporte et ses invités abordent dans la première partie de l'émission quelques aspects biographiques (enfance, mariage avec Madeleine, Marc Allégret, lettres brûlées, correspondance et amitié avec Valéry) en lien avec les grands thèmes gidiens. Dans la seconde partie de l'émission, il est fait une large part aux oeuvres regroupées dans ces deux volumes de la Pléiade (Paludes, Les Faux-Monnayeurs, Les Caves, notamment).
De nombreux bons moments et quelques très bons à écouter ici.
dimanche 19 avril 2009
Correspondances, Dan Brown et Gide en dvd
Quelques chiffres : 27 500 lettres sont actuellement connues et on en découvre encore chaque année. Sur ce total, un peu moins de la moitié émanent de Gide, un peu plus de ses 2 200 correspondants recensés. Pierre Masson donne une liste non-exhaustive de 79 publications de correspondances gidiennes depuis 1946. De son vivant, Gide a publié ses correspondances avec Raymond Bonheur, Francis Jammes, Paul Claudel et Charlie du Bos.
Pierre Masson annonce également les "à paraître" en 2009 : avec Gaston Gallimard, avec Marcel Drouin. En 2010 : avec Jean Amrouche (mort il y a 47 ans le 16 avril dernier). Ou encore avec Daniel Simond.
A lire aussi dans ce BAAG n°162 :
L'Immoraliste ou l'exaltation de l'inculture, par Véronique Dufief-Sanchez. La spécialiste de la notion de savoir chez les écrivains et qui avait soutenu en 2007 à la Sorbonne une habilitation à diriger des recherches intitulée "De René à l’Immoraliste. Philosophie du roman personnel (1802-1902)", revient sur le "roman personnel".
Le facétieux Jocelyn Van Tuyl rapproche les "Intrigues et complots" des Caves du Vatican et de Anges et Démons, best-seller de Dan Brown. L'auteur du Da Vinci Code se serait-il inspiré de Gide ? "L'hypothèse s'avère impossible à confirmer : en effet, nos tentatives de contacter Brown sont demeurées sans réponse", déplore l'auteur...
Manfred Schleming (de l'université de la Saar) étudie les relations franco-allemandes à travers la NRF.
Une nouvelle partie du Journal inédit de Robert Levesque (mars à mai 1948).
La suite des dossiers de presse des oeuvres de Gide.
Une critique de "Henri Ghéon, camarade de Gide. Biographie d'un homme de désirs" de Catherine Boschian-Campaner paru en 2008 aux Presses de la Renaissance.
A signaler enfin dans la chronique bibliographique, à la suite de l'annonce de la parution des Entretiens 2002-2003 de Catherine Gide parus récemment dans les Cahiers de la NRF chez Gallimard, cette autre annonce de la parution prochaine d'un DVD rassemblant les deux films de Marc Allégret "Gide au Congo" et "Avec André Gide" ainsi qu'en boni l'enregistrement de ces entretiens donnés par Catherine Gide.
mercredi 16 juillet 2008
Lieux gidiens : La Roque
Il s'agit en fait d'une évocation de la vie de Gide à La Roque-Baignard, petite commune du Calvados où se trouvait le château familial.
C'est en 1851 que le château et son domaine sont achetés par le grand-père maternel d'André Gide. Peu de temps avant, l'oncle de Gide, père de Madeleine sa cousine et sa future femme, avait acheté non loin de là le Chateau de Cuverville-en-Caux. Cuverville était le lieu où l'on passait l'été avant de retrouver La Roque en septembre.
André Gide hérite de La Roque par sa mère qui, devenue veuve, en a fait sa demeure personnelle.
Gide le vendra en 1900 (et vendra les dernières fermages en 1909) pour s'installer à Cuverville, dont Madeleine a fait sa maison, sa retraite, son tombeau.
L'article de Bibliobs.com explique comment, selon une longue tradition, le châtelain est devenu maire. Il renvoie aussi à un extrait de l'Immoraliste dans lequel le héros est propriétaire d'un domaine nommé La Morinière, voisin de La Roque et qui existe bel et bien, mais qui est en réalité une transposition de La Roque.
vendredi 25 avril 2008
Gide à Taormina
Certes, Taormina n'est pas Biskra dans la cartographie intime de Gide. Mais elle y joue un rôle important, depuis l'Immoraliste jusqu'à la fin de la vie d'André Gide. C'est de retour de son premier voyage en Afrique du Nord qu'il découvre la ville, en 1894. Il y reviendra l'année suivante avec Madeleine lors de leur voyage de noces. Un détour lors de périples italiens qui n'a sans doute rien d'innocent...
Depuis plusieurs années circulent dans toute l'Europe, sous le manteau, des images en provenance de Taormina. Images de jeunes pâtres italiens, vêtus seulement de couronnes de fleurs. On les doit au peintre allemand devenu photographe Wilhelm von Gloeden*, baron de son état, à qui l'on a conseillé l'air italien pour soigner sa tuberculose. Il a 22 lorsqu'il découvre Taormina en 1876 et tombe sous le charme de la ville et de ses garçons. La carrière de Taormina "paradis des pédérastes" est lancée.
"Taormina vit de sa mauvaise réputation, ce qui est plus difficile que de vivre d'une bonne", ironisera plus tard Jean Cocteau qui raconte comment un marin a fait un esclandre en voyant dans une boutique de cartes postales l'image de son grand-père dénudé... Cocteau que Gide rencontre en 1950, un an avant sa mort, à Taormina. Truman Capote notera la scène et les exubérances de Cocteau : "Sa gaieté rivalisait avec les grelots d'une charrette à âne qui traversait la place. Il éparpillait les mille flèches de son esprit (…), se répandait, s'exaltait, tour à tour pressant et câlin, lui entourant les épaules, lui caressant les genoux et les mains, le baisant même sur ses joues parcheminées de Mongol." Gide resta impavide, pour finalement lâcher: "Mais restez donc tranquille, vous dérangez le paysage."
Comme avant lui Wilde, Gide, Cocteau et tant d'autres, Truman Capote séjourne au Grand Hôtel Timéo d'où il envoie de nombreuses lettres à ses amis**. Dans l'une d'elles adressée à Andrew Lyndon et datée du 15 mai 1950, il évoque Catherine Gide avec la rosserie qu'on lui connaît : "La fille de Gide est venue lui tenir compagnie. Elle m'a ébahi: 1) parce qu'elle est aussi laide qu'un poêle à bois, 2) parce qu'elle est beaucoup plus que jeune que je l'imaginais, à peine 23 ou 24 ans. Comment croire que cette vieille chèvre y soit pour quelque chose ?"
Gide offrira même le titre d'un recueil de portraits et d'impressions que Capote écrira plus tard. Capote venait de recevoir un article très critique sur l'un de ses livres et s'en émouvait. "Les chiens aboient..."***, commenta simplement Gide. Dans une autre lettre à William Goyen, Truman Capote décrit l'un des passe-temps de Gide à Taormina : "Il descend chez le coiffeur et y passe l’après-midi à se faire savonner le visage par des petits garçons de dix à douze ans. C’est un charmant vieux monsieur assez fantomatique."
* Voir ici quelques photographies du baron Wilhelm von Gloeden
** "Un plaisir trop bref (lettres)", Truman Capote, 10/18
*** "Les chiens aboient", Truman Capote, Gallimard, L'Etrangère.













