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samedi 22 août 2015

De Lussan à Uzès, berceau des Gide


Jean Lambert, dans Gide familier, se souvient d'un panneau planté au pied de la route grimpant à Lussan et qui signalait l'entrée dans le berceau de la famille Gide. Ce panneau a aujourd'hui disparu mais la petite commune gardoise ne renie rien de ses liens avec les Gide, et les rappelle a plusieurs reprises dans les panneaux d'explications historiques disséminés à travers ses rues.


L'un des panneaux explicatifs de Lussan


Depuis son promontoire rocheux, Lussan domine la vallée de l'Aiguillon, où passait une ancienne route gallo-romaine reliant Nîmes (Nemausus) à Aubenas (Albenate) et Alba-la-Romaine.Tout autour du plateau calcaire des « Garrigues de Lussan », d'une altitude moyenne de 300 mètres, poussent chênes verts, buis et plantes aromatiques comme le thym ou la lavande, encore parcourus par les troupeaux de chèvres et de moutons. L'espace agricole est également occupé par des cultures céréalières et fourragères, des oliviers, des chênes truffiers et ponctuellement par des mûriers qui témoignent du passé séricicole de la commune au XIXe siècle.

Vue depuis Lussan


L'eau et les grottes des Concluses de Lussan, gorges creusées dans la roche par l'Aiguillon, affluent de la Cèze, sont propices à une installation des populations préhistoriques. Au pied de Lussan, à l'emplacement actuel du château de Fan – dont nous reparlerons puisqu'il a appartenu à la famille Gide – une statue gallo-romaine représentant une nymphe a été retrouvée qui ornait un sanctuaire, ou fanum.



 Dominant les Concluses de Lussan, les grottes qui ont abrité 
hommes préhistoriques puis brigands, camisards et résistants



Si au loin se distinguent la chaîne des Cévennes dominée par le Mont Lozère, le Mont Ventoux et même les Alpes par temps clair, deux monts proches et aux formes assez semblables barrent la vue au sud : le Serre de Fons (472 m) et le Mont Bouquet (629 m). La position dominante fait de ces rochers un site idéal pour une installation fortifiée.

 Vue depuis Lussan


Le rempart, ici l'ont dit barri, ceinture le plateau sur 800 mètres de long. Construit au XVe siècle en même temps que le château du haut, aujourd'hui reconverti en mairie – et qui a lui aussi appartenu à la famille Gide ! – ce barri a été remanié au XIXe siècle et couvert par des blocs de pierre taillée. Des tournelles, tours plus hautes que l'enceinte et ouvertes vers l'intérieur, ponctuaient l'ouvrage défensif.

Le château-mairie et à son pied la route qui monte au village


Une dizaine de hameaux, avec le village et les mas, composent aujourd'hui la carte administrative de Lussan qui s'étend sur 4 700 hectares. La commune compte 500 âmes, et possède encore une école, l'école Jules Ferry et ses deux classes. Le tourisme reste ici une activité heureusement contenue et le visiteur se voit offrir des panneaux historiques détaillés, mais aussi un parcours artistique original (présentant notamment une grande œuvre consacrée à Gide), des expositions gratuites, la visite d'une forge animée par une association dynamique... Mais revenons aux Gide.



Le château (XVe s.) et sa tour horloge.


C'est à Lussan que les ancêtres de Gide sont installés depuis au moins la fin du XVIe siècle. Un registre notarial porte une reconnaissance de dettes de Jehan Gido, datée du 11 février 1587. Le Compoix de Lussan (cadastre rudimentaire de l'époque) précise qu'il est ménager avec une maison de dix cannes de couvert, soit environ 38 m2, un jardin potager, un pré, une canebière, une vigne et deux champs, le tout d'une surface de moins de deux hectares. Le terme « ménager » signifie qu'il était propriétaire des bâtiments et des terres, mais aussi du matériel et des animaux de labour, propriétés certes modestes, mais non pas « ouvrier agricole » comme l'indique Frank Lestringant au seuil de sa biographie consacrée à Gide.


Asperges, vignes, fruits et légumes : une parcelle 
comme celle que cultivait Jehan Gido en son temps ?


Deux générations plus tard, le nom de famille est francisé en Gide. Théophile Gide est « tisserand à sarge » (fabricant de serges, les étoffes de laines qui font alors la richesse de la région), son fils Etienne est cardeur de laine. Etienne donne naissance à un autre Etienne (1686-1772), qui sera facturier en laine, et à un nouveau Théophile (1682-après 1765), lui aussi tisserand puis négociant en tissus. Dénoncé pour sa participation aux « assemblées du désert », Théophile s'enfuira en 1710 vers l'Allemagne où il fera fortune mais n'aura pas de descendance. C'est lui qu'on peut voir sur l'austère portrait qui est au musée d'Uzès.


A droite : le portrait de Théophile Gide (1682-après 1765)
A gauche le portrait de Joseph Etienne Théophile Gide (1750-1835)
au Musée Georges Borias d'Uzès


La génération suivante essaime un peu partout : un nouvel Etienne, après avoir essayé de reprendre les affaires de Théophile en Allemagne, rentre en France et s'installe à Paris où il fonde la branche parisienne des Gide. Un nouveau Théophile fonde une branche genevoise. Un Xavier inaugure une branche lorraine. Resté à Lussan, Jean Gide (1723-1803) facturier en laine et négociant, épouse en 1749 Anne Guiraud, fille d'un lieutenant de juge. Il offre à son fils aîné des cours de droit et en 1774 une charge de notaire royal à Uzès : Joseph Etienne Théophile Gide (1750-1835) est le premier d'une lignée de notaires et magistrats désormais installée à Uzès.



 Face aux grottes des Concluses, un panneau rappelle
que c'est ici que Théophile Gide s'est caché sous la Terreur.


Il faut noter qu'il est question de Joseph Etienne Théophile Gide sur le chemin qui descend aux Concluses de Lussan. Figure de la Révolution – il participa à la rédaction des cahiers de doléances comme secrétaire du district d'Uzès aux côtés de Rabaut-Saint-Etienne – ses sympathies Girondines font peser sur lui de graves menaces sous la Terreur. Le 17 juillet 1793, il rejoint Lussan où, aidé par son frère, il gagne les bois des Concluses pour s'y cacher. Il y restera jusqu'en septembre 1794, s'abritant dans une grotte (la baumo de Moussu Gide), aidé par des paysans sympathisants. A la chute de Robespierre, il reprendra ses activités politiques et deviendra président du directoire départemental de 1795 à 1799.



Paul Tancrède Gide (1800-1867)


Son frère Jean Pierre Gide (1754-1826), propriétaire et greffier du juge de Lussan, épouse en secondes noces Anne Pagès avec qui il a deux filles, et un fils : Paul Tancrède, le grand-père qu'André Gide ne connaîtra pas. Né à Lussan le 8 avril 1800, Paul Tancrède est juge de paix à Uzès en 1830, puis juge, puis président du tribunal de 1839 à sa mort le 1er juin 1867. Enterré à Uzès, sa tombe avait fait l'objet il y a quelques années d'une indélicate procédure de reprise de la part de la commune.



Le tribunal d'Uzès


Paul Tancrède est « médiocrement placé à la tête du tribunal d'Uzès où on se plaint de sa lenteur, d'une faiblesse qui tient à l'extrême douceur de son caractère », notent ses supérieurs. Une autre note de ses chefs le décrit « magistrat instruit, capable, consciencieux, mais manquant absolument des qualités essentielles d'un chef de corps, la fermeté, l'activité. M. G. est un obstacle à la répression de nombreux abus que la cupidité des gens d'affaires et la nonchalance de certains magistrats ont introduit dans cet arrondissement. »


 Maison natale de Charles Gide face à l'église Saint-Etienne à Uzès




C'est son fils cadet, Charles Gide (1847-1932) qui consigne ces remarques, avec cette rigueur toute protestante pour la vérité, fut-elle déplaisante à entendre. Son fils aîné est Paul Gide (1832-1880), le père d'André. Tous deux naissent à Uzès, dans une maison face à l'église Saint-Etienne, louée par l'oncle Théophile. Puis la famille s'établira non loin de là dans un appartement de l'hôtel du Sollier, propriété de la famille Chastanier. Une famille de Lussan, qui y a notamment fondé une filature de soie, et est apparentée aux Gide par un premier mariage de Jean Pierre Gide.



 L'entrée de la maison de la grand-mère de Gide
à Uzès, du côté de la Place aux Herbes


C'est dans cet appartement traversant, donnant d'un côté sur la place aux herbes par une ruelle étroite (la maison voisine ayant été détruite, ce côté prend aujourd'hui l'aspect d'une placette adjacente à la grande place), de l'autre sur le boulevard par une terrasse, qu'André Gide passera ses vacances à Uzès auprès de sa grand-mère Clémence Gide, née Granier, ainsi qu'il le raconte dans Si le grain ne meurt.



 La terrasse de la maison de la grand-mère de Gide
donnant sur le boulevard à Uzès



Suite :

Le château du Fan (à venir)
Musée Georges Borias à Uzès (à venir)

mercredi 28 septembre 2011

Racines rouennaises

De passage à Rouen, Alain Goulet a découvert une page de Fenêtre sur tour, la lettre d'information de la direction des archives départementales de Seine Maritime, consacrée à Gide et qu'il a eu la gentillesse de nous signaler. Intitulé André Gide, un écrivain aux racines rouennaises, l'article signé Philippe Priol rappelle les origines normandes de Gide du côté de sa mère et de sa femme, les Rondeaux. Un portrait de son ancêtre Jean-Marin Rondeaux de Sétry, les signatures au bas du contrat de mariage des parents d'André et la façade de l'hôtel familial à Rouen illustrent cette page. Il faut rappeler également que la ville de Rouen a récemment fait l'acquisition de la bibliothèque de Gide, devenant le second fonds gidien le plus important, après celui de la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet.





HOMMES ET LIEUX [par Ph. Priol]
André Gide, un écrivain aux racines rouennaises,

Le 19 février 1951, André Gide mourait à Paris. Celui qui affirmait à Barrès qu’étant né d’un père uzétien et d’une mère normande, il ne savait où s’enraciner, avait pourtant bel et bien des origines rouennaises. Par sa mère, née Juliette Rondeaux, il appartenait à ce patriciat rouennais qui se distingua, aux XVIIIe et XIXe siècles, aussi bien dans le monde de la magistrature que celui des affaires.

Les Rondeaux
C’est vers 1650 qu’un certain Nicolas Rondeaux, originaire de Fleury-La-Forêt, en lisière de la forêt de Lyons, va commencer à inscrire sa trace dans le paysage rouennais. Appartenant sans doute à ces familles paysannes qui pratiquaient le commerce, c’est à Rouen qu’il va réellement affirmer ses qualités et ses mérites. Bien que ne sachant ni lire ni écrire, il va rapidement s’imposer. Installé comme marchand-épicier-droguiste, il parviendra à l’honorabilité bourgeoise et fera partie de la compagnie de la Cinquantaine, autrement dit une milice composée d’arbalétriers chargée d’assurer la sécurité des habitants.
L’ascension de la famille sera ensuite fulgurante, puisque son petit-fils, Jean Marin Rondeaux de Sétry (1720-1805) sera conseiller à la Cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie et seigneur de Saint-Etienne-du-Rouvray. Le fils de ce dernier, Charles-Marin Rondeaux de Montbray (1753-1820), éphémère
maire de Rouen en 1792, exercera comme manufacturier. C’est le bisaïeul de l’écrivain.
La Révolution ayant bouleversé le cours des choses, Edouard Rondeaux (1789-1860), son grand-père, suit l’initiative paternelle et se lance dans les affaires. Manufacturier, négociant, indienneur à Bolbec, puis au Houlme, membre de la chambre de commerce et conseiller général, il incarne la parfaite figure du notable rouennais. Epoux de Judith Pouchet, d’une famille de manufacturiers protestants, il élève ses enfants dans la religion réformée. C’est le 27 février 1863, à Rouen, que leur fille, Juliette Rondeaux, épouse Paul Gide,  professeur à la Faculté de droit de Paris. Ils sont les parents d’André.
Gide à Rouen
Si venant du Vieux-Marché, l’on remonte l’actuelle rue de Crosne jusqu’au croisement de la rue de  Fontenelle, l’on remarquera, à hauteur de ce croisement, sur la droite, un immeuble à la belle ordonnance classique, aux fenêtres hautes et claires, surmontées de camées sculptés ; il fait l’angle des deux rues, il s’agit de l’hôtel de Bois-Guilbert, alias l’hôtel Rondeaux. Construit en 1785 par un descendant de l’économiste bien connu, Pierre Le Pesant, seigneur de Bois-Guilbert, cousin éloigné des Corneille, Edouard Rondeaux, grand-père de Gide l’avait acquis en 1832. C’est là qu’était née la mère de l’écrivain en 1835. Plus loin, aux abords de l’Hôtel-Dieu, au numéro 18 de la rue Lecat, vivait son oncle, Emile Rondeaux. Plusieurs des romans de Gide, dont l’enfance devait se dérouler épisodiquement à Rouen, ont pour cadre ces demeures et leurs habitants.

(Fenêtre sur tour, Lettre d’information de la direction 
des Archives départementales de Seine-Maritime n°6)

mardi 20 septembre 2011

Yvonne Gide


Ouest-France rend hommage à Yvonne Gide, décédée le 16 septembre dernier à l'âge de 87 ans. Cette lointaine cousine d'André descend de Xavier Gide, né le 21 février 1737 à Lussan et décédé à Bernis le 14 septembre 1814, arrière-arrière grand-oncle d'André dont le fils Pierre Xavier, né le 23 octobre 1771 à Paris, allait donner naissance à la branche lorraine et catholique de la famille et devenir avocat puis juge suppléant au tribunal de Sarrebourg.

Yvonne Gide fut professeur d'anglais (elle eut notamment un certain Michel Drucker pour élève) et surtout une musicienne passionnée, spécialiste de la musique d'orgue, collectionneuse de clavecins et d'épinettes, créatrice du festival d'orgue d'Argentan dans l'Orne... Dans le BAAG n° 168 d'octobre 2010, elle racontait, entre autres anecdotes personnelles et familiales, sa rencontre avec André Gide :

« Ce fut en 1946 (le 30 avril) que je me décidai à lui rendre visite sur les conseils d'anciens professeurs. Je me présente donc rue Vaneau, et tout d'abord je me trompe de porte, sonnant chez Mme Van Rysselberghe qui me désigne fort courtoisement la porte voisine. Je sonne à nouveau et suis introduite par Yvonne Davet. Je me présente, et par chance, André Gide est là et accepte de me recevoir dans son petit bureau encombré de papiers, de livres entassés sur un piano à queue.
André, très grand, légèrement voûté, se tient un peu sur la défensive et me prie de m'asseoir. Je ne suis pas trop intimidée car j'ai toujours été habituée à la froideur des premiers contacts chez les Gide, quels qu'ils soient. Après avoir conversé sur mes projets à la Sorbonne et sur mes goûts musicaux (je prends des cours d'orgue à l'Oratoire avec Marie-Louise Girod), André Gide me propose de m'aider, ce que je refuse tout net, ma visite étant un « hommage gratuit » à l'écrivain. Elle dura une vingtaine de minutes. André Gide me parla de ses problèmes de santé et de son cœur fatigué par l'âge et les voyages.
Je pris donc congé et eus l'occasion de revenir une fois en l'absence de l'écrivain. Je fus accueillie très chaleureusement par Yvonne Davet. Ce fut ma dernière visite. De retour avenue Marceau, je relatai ma visite chez André Gide : Tante Amélie et Pierre en furent un peu ébranlés et très gentiment m'appelèrent « le canard sauvage » de la famille. » 
(Yvonne Gide, La famille Gide n'a pas dit son dernier mot
Bulletin des Amis d'André Gide, n°168, octobre 2010)

samedi 29 août 2009

Les Gide à Lussan

Le Midi Libre nous plongeait récemment et très approximativement aux sources gardoises de la famille Gide à travers trois articulets consacrés au Château du Fan à Lussan, au temple du village et à la Grotte des Camisards toute proche [note du 22/08/2015 : ces articles ne sont plus en ligne].


A 20 kilomètres d'Uzès, le village de Lussan

En 1550, le seigneur de Lussan, Gaspart d'Audibert, rentre de la campagne d'Italie. C'est dès cette époque qu'un Guido, cardeur de laine venu d'Italie, est signalé dans le village. En 1598, un recensement fait état d'un Jehan Gido qui possédait au village, outre une petite maison, un pré, un jardin, une canebière, une vigne et deux terres.
Dès 1610 la francisation du patronyme en Gide est attestée. Les Gide sont alors des commerçants en laine, facturiers, tisserands et tailleurs prospères. Ils contribuent à l'achat de la cloche et de l'orgue du temple de ce bastion huguenot. Les archives d'un notaire signalent que Nicolas d'Audibert «arrente à Théophile Gide, tisserand de serge et tailleur d'habits la moitié des fruits décimaux de Lussan des dits lieux des Palisses, Chazel et Audabiac pour 415 livres par an» le 13 juin 1666.
Les prénoms Etienne (ou Estienne) et Théophile se transmettent comme cela est d'usage à l'époque et c'est un autre Théophile Gide que retiennent les chroniques en 1710 : dénoncé pour sa participation aux «assemblées du désert», il fuit comme de nombreux protestants du Gard avec sa femme et l'un de ses fils en Saxe.
Son fils Etienne est resté au village pour s'occuper des affaires familiales et se marie en 1715, à l'église et non «au désert» pour préserver l'héritage familial. Dénoncé lui aussi, il subit des pressions et des menaces sur sa famille. En 1774, on retrouve son petit-fils Jean-Pierre-Théophile notaire royal à Uzès. Il prend part en 1789 à la rédaction des cahiers de doléance de Lussan et d'Uzès.
En 1793, sous la Terreur, il se cache dans la fameuse Grotte des Camisards tandis que sa femme et son fils sont emprisonnés à l'évêché d'Uzès avant d'être relâchés. Il semblerait que cette grotte ou une autre toute proche porte aujourd'hui le nom de «Grotte Gide»... Mais c'est le château de Fan, construit au 16e siècle par le seigneur d'Audibert déjà évoqué, qui va devenir la résidence des Gide à Lussan.
La fortune des Gide leur permet en effet d'acheter nombre des possessions des Audibert qui ont fui vers l'Angleterre. Jean-Pierre-Théophile Gide achète le château de Fan, bâti au bord du ruisseau éponyme, en 1795. Il devient président du tribunal d'Uzès puis conseiller à la cour de Nîmes en 1812.




Le temple de Lussan, inauguré en 1822
(Photo du site de Jean-Charles Griebel)

Le 29 septembre 1822 est inauguré le nouveau temple de Lussan. «La Commune, presque toute protestante, a donné 20,000 francs; le gouvernement a fourni 1,000 francs; les fidèles ont supporté le restant des dépenses.» (Statistique des églises réformées de France, A. Soulier, 1828) On possède même un récit de ces cérémonies qui ont quintuplé pendant plusieurs jours la population du village, signé des initiales T.G. Théophile Gide lui-même ?
«La commune de Lussan est située à l'extrémité nord de l'arrondissement d'Uzès, sur les confins de celui d'Alais; elle se compose, indépendamment du chef- lieu, de quatorze hameaux répandus tout autour, et dont quelques-uns en sont éloignés d'une lieue. On peut juger par là que son territoire est vaste; en effet, il a dans quelques directions, deux lieues de diamètre.
La situation du village de Lussan est remarquable. Il s'élève au milieu d'un vallon, sur un plateau ayant la forme d'un cône tronqué; on y gravit par deux chemins et par deux portes, car il est entouré d'un rempart formé naturellement par le roc, et surmonté d'un parapet servant de barrière au chemin qui ceint de tous côtés le village. Du haut de cette terrasse, chacun de ses habitans, dominant le vallon , peut facilement distinguer ce qui se passe dans ses champs.
Les habitans sont laborieux et sobres, d'un caractère doux et affable. De l'esprit naturel n'est point rare parmi eux. Les cinq sixièmes environ de la population professent la religion réformée, et y sont très attachés. Dans des temps qui ne sont pas encore assez éloignés pour que beaucoup d'entre eux n'en aient conservé le souvenir, ils invoquaient Dieu sous la voûte du ciel, au milieu des bois ; heureux encore lorsque la persécution ne les y trouvait point ! Depuis plusieurs années, des lois plus douces leur avaient permis de se réunir dans une remise, pour prier. Enfin, grâce à la bienveillance protectrice des autorités constituées, à une allocation considérable sur les fonds communaux, et aux secours du gouvernement, ils ont pu, avec l'aide de leurs propres moyens, et de ceux de leurs coreligionnaires des communes de Valérargues, de Fons, et autres du canton dont Lussan est le chef-lieu ; et soutenus de plus par le zèle actif et éclairé de quelques citoyens recommandables, édifier un temple qu'on ne peut voir sans rendre justice au mérite et aux soins de M. Guiraud, architecte, chargé d'en diriger les travaux.
Le consistoire avait fixé l'inauguration de ce temple au dimanche 29 septembre 1822. Des invitations avaient été adressées à M. le sous-préfet d'Uzès, aux autorités civiles et militaires du canton, et aux consistoires des églises voisines, pour y envoyer des députations. Chacun des habitans s'était préparé à faire, suivant ses moyens, la meilleure réception aux nombreux étrangers que la cérémonie attirerait.
Dès le matin le son de la cloche annonça le premier service divin.
On voyait à la tête des députations qui furent introduites dans le temple, le pasteur de Lussan, M. de Sabatier-Plantier ; à ses côtés marchait le vénérable M. Roux, pasteur, président du consistoire d'Uzès; venaient ensuite messieurs les pasteurs Tachard de Nîmes, Olive de Saint-Amboix, Germain Encontre de Saint-Jean de Maruejols, Meynadier de Valon, Nicolas de Montaren, Broussous de Saint-Chaptes, Gibert de Castelmoron ; messieurs les anciens et diacres députés des divers consistoires, parmi lesquels on distinguait M. le baron de Chabaud-Latour qui, avec messieurs Tachard pasteur, et Gide notaire ancien, composait la députation du consistoire de Nîmes; on y remarquait aussi M. Gide père, conseiller à la Cour royale de Nîmes, ancien de l'église d'Uzès, M. Jean-Baptiste Chastanier, maire de Lussan, et M. Salel son adjoint (catholique.)» (Relation de la cérémonie d'inauguration du temple de Lussan, département du Gard, célébrée le 29 septembre 1822. Archives du christianisme au 19e siècle, Bureau des Archives du Christianisme, Paris, 1823)



Le Chateau de Fan à Lussan,
propriété des Gide entre 1795 et 1920
(Photo du site de Jean-Charles Griebel)

Le fils de Jean-Pierre-Théophile Gide, Tancrède Gide, sera notaire et lui aussi président du tribunal d'Uzès. Il aura deux fils : Paul, le père d'André Gide, et Charles, le grand économiste si souvent évoqué par André Gide. André n'a pas connu Tancrède, mort bien avant sa naissance, mais sa mère le décrivait comme «un huguenot austère, entier, très grand, très fort, anguleux, scrupuleux à l'excès, inflexible, et poussant la confiance en Dieu jusqu'au sublime.» (Si le Grain ne meurt).
La famille Gide conservera le château de Fan jusqu'en 1920, mais c'est à Uzès chez son oncle Charles Gide, où vit encore la mère de ce dernier Clémence Granier, veuve de Tancrède, qu'André Gide et ses parents vont passer les vacances de Pâques. Les Gide vendent le château de Fan en 1920 à la commune qui en fera sa gendarmerie dans les années 60. Il a été aujourd'hui transformé en résidence de plusieurs appartements.
Dans Gide Familier, Jean Lambert signale en juillet 1954 : «Au départ de la route qui grimpe vers le village de Lussan, un écriteau indique : Berceau Famille Gide. On a pensé, en le posant, plutôt à Charles qu'à André.»
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La lignée Gide n'est pas facile à remonter, notamment en raison des prénoms similaires de génération en génération, qui semblent avoir abusé notamment Alan Sheridan dans les arbres généalogiques qu'il donne en annexe de «André Gide : A life in present» (Harvard University Press, 1999).
Ne disposant pas des tableaux généalogiques dressés par Claude Martin dans André Gide ou la vocation du bonheur (Fayard, 1998) ni de la Promenade à travers la généalogie de Gide (Bulletin des Amis d'André Gide n°72), je me suis appuyé sur les recherches personnelles de Guy Massot.
Signalons enfin qu'avant leur arrivée en France, Jean Delay (La Jeunesse d'André Gide) relie les Guido à une famille aristocratique florentine. Charles Gide évoquait également une légende selon laquelle les Gide descendraient de Saint Egide – alias Saint Gilles – l'évangélisateur de la Camargue venu de Grèce.
L'étymologie d'Egide, du germain gisil, «descendant (de haute origine)», qui se confondit avec Aegidius, «le protecteur» (du grec aigidos, «bouclier» – celui de Zeus et d’Athéna), est d'ailleurs amusante par sa recherche de haute lignée dans son origine germanique. Le dernier Bulletin des Amis d'André Gide donne d'ailleurs une note d'anthroponymie :
«deux explications du patronyme Gide sont possibles. La plus simple est que Gide soit une francisation du nom de personne germanique Gido. [...] Le nom Gido dérivait d'un terme vieux germain et vieil anglais gidd qui signifiait chant ou poème. [...] Les Gide et Gidde sont presque exclusivement méridionaux et il est possible qu'ils ne dérivent pas de Gido, mais d'une variante du prénom Gilles.»