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dimanche 22 mai 2016

Journées Catherine Gide : Maria Van Rysselberghe (2/6)

(Bref et subjectif résumé des interventions des 3èmes Journées Catherine Gide qui se sont tenues les 23 et 24 avril 2016 au Lavandou. Les communications intégrales des intervenants seront publiées dans le prochain Bulletin des Amis d'André Gide.)

La Petite Dame, Maria Van Rysselberghe, existait avant sa rencontre avec son grand homme, André Gide. Lors des 3èmes Journées Catherine Gide qui se déroulaient les 23 et 24 avril derniers au Lavandou, Martine Sagaert a évoqué le parcours de Maria Van Rysselberghe, et notamment sa formation.


Martine Sagaert aux 3èmes Journées Catherine Gide


Comment cette femme issue de la bourgeoisie a pu mener sa vie aussi librement ? Pour Martine Sagaert, le milieu familial, entre un père fonctionnaire des chemins de fer qui meurt en 1871, alors que Maria n'a que 5 ans, et une mère qui devient la dirigeante d'une importante maison d'édition et imprimerie belge*, a joué un rôle déterminant.

Sans la couper de la religion, puisque la petite Marie Philomène Monnom racontera plus tard à Béatrix Beck comment elle a perdu la foi un peu avant sa communion solennelle, sa mère l'envoie au Cours d'Éducation pour jeunes filles. Un établissement créé en octobre 1864 à Bruxelles par la pédagogue Isabelle Gatti de Gamont pour soustraire les jeunes filles de l'enseignement religieux dominant.

C'est là qu'elle rencontrera Augustine de Rothmaler qui y enseigne la littérature française, l'anglais, l'allemand. Elle y fera aussi la connaissance de ses amies Marie Closset et Blanche Rousseau, qui avec l'enseignante Marie Gaspar créeront à leur tour des écoles libres, et surtout l'éphémère société secrète des Peacocks. C'est sous ce nom qu'elles apparaîtront d'ailleurs dans une toile de Van Rysselberghe et dans la correspondance de Gide et la Petite Dame.

A son tour, Elisabeth, la fille de Maria et Théo Van Rysselberghe, saura échapper aux conventions bourgeoises, grâce à Maria. « Elle a réussi à faire de sa fille une femme libre et accomplie », comme le souligne Martine Sagaert. Elisabeth qui choisira la voie de l'horticulture, voudra être utile et indépendante, comme sa mère qui s'engage aux côtés de Gide en 1914 dans le Foyer Franco-Belge. La Correspondance avec Gide révèle qu'elle cherchera même à passer un diplôme d'infirmière en 1917.

Une Correspondance qui confirme aussi les dons d'écriture que Maria Van Ryssleberghe a révélés dans ses Cahiers, ou dans ses rares textes : Il y a quarante ans, Strophes pour rossignol, Galerie privée. Des dons de portraitiste, mais aussi pour saisir et rendre une ambiance, ce qu'elle peut avoir de saugrenu, de dramatique ou d'incommunicable.

Aussi déplorera-t-on avec Martine Sagaert que Maria Van Ryssleberghe ne figure dans aucun dictionnaire de la littérature, dans aucune histoire de la littérature, ni en Belgique, ni en France. Pas même dans le Dictionnaire des femmes belges : XIXe et XXe siècles, d'Eliane Gubin, paru en 2006 chez Lannoo Uitgeverij...

Ses textes « parus sous le voile noir identitaire » pour reprendre l'expression de Martine Sagaert, c'est-à-dire sous le pseudonyme de « M. Saint-Clair » ont trompé jusqu'à Gide lui-même... Et encore dans le Malraux par lui-même de Gaëtan Picon paru en 1953 (réédité à l'identique en 1965 !), peut-on lire un portrait de Malraux par la Petite Dame signé par une certaine... Monique Saint-Clair !

Extrait de Malraux par lui-même, G. Picon, Seuil, 1965

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* Le mystère de cette reprise de l'imprimerie Delvingne-Callewaert en 1885, dirigée par le maître-typographe Félix Callewaert (puis sa fille Octavie — évoquée dans la correspondance de Huysmans avec Camille Lemonnier — de 1870 jusqu'à la mort de celle-ci en 1879), reste d'ailleurs à élucider...

lundi 26 mars 2012

Escale du Livre de Bordeaux



Dimanche 1er avril à 11h au Forum de l'Escale du Livre de Bordeaux :

Gide chez Mauriac
Rencontre littéraire

Gide chez Mauriac (Confluences) retrace en un ouvrage collectif et un DVD les thèmes chers aux deux écrivains, la religion, la politique, le corps, la musique... Hommes d'hier, ils nous éclairent sur le monde d'aujourd'hui.
Rencontre en présence de Caroline Casseville, Martine Sagaert, Jean-Pierre Prévost, le réalisateur du film et Jean-Claude Ragot, le directeur du Centre François Mauriac de Malagar.

dimanche 27 novembre 2011

Gide chez Mauriac : un livre et un DVD




 Gide chez Mauriac, sous la direction de Caroline Casseville et Martine Sagaert
120 pages, ISBN : 978-2-35527-081-9
avec le film André Gide chez François Mauriac, de Jean-Pierre Prévost, en DVD,
15€ (12€ jusqu'au 31 décembre 2011 : télécharger le bon de commande)


Les actes du colloque Gide et Mauriac qui s'est tenu en octobre 2010 à Malagar seront disponibles en librairie à partir de janvier 2012. L'ouvrage intitulé Gide chez Mauriac, paraît sous la direction de Caroline Casseville et Martine Sagaert, accompagné d'un DVD du film de Jean-Pierre Prévost, aux éditions Confluences avec le soutien du Centre François Mauriac de Malagar. Commandé avant le 31 décembre, le livre et son DVD sont au prix de 12€ au lieu de 15€ à parution.

Présentation de l'éditeur :

Le livre :
Été 1939, Malagar, domaine de François Mauriac. Dans la campagne bordelaise, à la veille de la guerre, deux hommes se retrouvent, qui deviendront chacun à leur tour Prix Nobel de Littérature : l’aîné, André Gide et le cadet, François Mauriac. Mais cette rencontre n’aurait probablement pas eu lieu sans  l’intermédiaire du fils, Claude Mauriac, qui assiste et participe aux échanges quotidiens que, par ailleurs, il consignera dans son Journal. L’originalité de l’ouvrage collectif Gide chez Mauriac est non seulement de retracer les thèmes chers aux deux écrivains, des plus connus au moins connus (la religion, la politique, le corps , la musique, etc.), mais aussi de faire revivre leur présence.
Hommes d’hier, ils nous éclairent sur notre monde d’aujourd’hui. À côté de l’ouvrage, on trouvera aussi, sous forme d’un DVD, le film de Jean-Pierre Prévost, André Gide chez François Mauriac.
Les auteurs :
Tandis que Martine Sagaert étudie les relations entre Gide et Mauriac, notamment à partir de leurs accords ou désaccords moraux, religieux et artistiques, Peter Schnyder prolonge la réflexion sur le rapport de Gide avec la musique. Dominique Arot poursuit l’évocation de la musique comme art de vivre, à travers la figure de Mozart, centrale et salvatrice pour Mauriac. Puis, il y a ces deux voix, celles de Gide et de Mauriac portées à la radio par les émissions de Jean Amrouche et dont Caroline Casseville souligne la modernité puisqu’elles conjuguent littérature et journalisme. Enfin, Jean Touzot s’interroge sur le rôle de Gide, attiré par Claude Mauriac à Malagar : le Maître secret est-il messie ou démon ? Jean-Pierre Prévost a réalisé Portrait d’André Gide et André Gide, un petit air de famille.


lundi 14 mars 2011

Souvenirs de Toulon

 Le colloque international qui vient de se tenir au Palais Neptune de Toulon, à la Médiathèque d'Hyères et à la Villa Noailles a réuni des gidiens du monde entier autour du thème "Actualités d'André Gide". Pierre Masson a eu la gentillesse de nous adresser quelques clichés-souvenirs et un petit compte-rendu de ces journées "stimulantes pour la vie de l'esprit et des sens". Merci à lui !


Martine Sagaert et Peter Schnyder, les organisateurs du colloque



Séance du vendredi après-midi, sous la présidence de David Walker :
Clara Debard, Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann



Visite de la Villa Noailles à Hyères, samedi matin,
avec Catherine Gide en invitée d'honneur.



"Le colloque « Actualités d’André Gide » qui vient de se tenir à Toulon, grâce à Martine Sagaert et Peter Schnyder, a tenu toutes ses promesses, en révélant les divers aspects par où l’œuvre de Gide nous parle encore aujourd’hui, et en réunissant plusieurs générations qui prouvent la permanence de cette vitalité.

Ouvert à la médiathèque de Hyères avec l’exposition de photos réunies par Jean-Pierre Prévost, et s’achevant à la villa Noailles avec un exposé sur le cinéma, ce colloque inscrivait déjà le parcours de Gide dans la modernité de son siècle. À Toulon même furent tour à tour mises en pratique les méthodes analytiques, sociologiques et génétiques ; on a pu voir ainsi à propos de textes peu étudiés, comme Le Ramier, ou de classiques comme L’Immoraliste, à l’occasion de relations avec les auteurs du passé ou avec les contemporains, qu’on choisisse de faire parler le texte ou l’avant-texte, l’œuvre de Gide est encore grosse d’interprétations nouvelles.

Simultanément, ce furent bien trois générations de lecteurs de Gide qui s’exprimèrent, prouvant qu’on peut continuer, du lycée jusqu’à l’âge des loisirs, en France, en Angleterre, en Russie et aux Etats-Unis, à lire et à faire lire Gide comme un puissant stimulant de la vie de l’esprit et des sens. Catherine Gide était là pour en donner le vivant exemple."

Pierre Masson, texte à paraître dans le BAAG d'avril 2011

mercredi 30 juin 2010

Actualités et "Actualité de Gide"

« Gide, Kessel, Saint Exupéry, Malraux : tous numériques à la rentrée. Gallimard se retrousse les manches pour sortir les grands de son catalogue... » apprend-on du site ActuaLitté. Simples versions numériques des textes ou « adaptées » comme celle prévue du Petit Prince ? Gide ne manque pas d'illustrations sonores, visuelles et issues de la critique. On imagine alors facilement tous les enrichissements possibles de l'œuvre par la vie.

Mais un tel objet numérique a un coût bien évidemment supérieur aux versions dites « homothétiques », pour reprendre le jargon. D'ailleurs selon le Syndicat National de l'Edition, le problème de la TVA rend déjà la version numérique simple aussi chère qu'une version papier. Un excellent papier du New Yorker donne une idée des enjeux économiques et de la guerre que se livrent les éditeurs et les sites marchands de l'internet sur la question du prix de l'e-book...

« Le deuxième livre sorti de la presse de Gutenberg traitait de la mort de l'édition. » Cette running-joke citée par Ken Auletta montre aussi le dérisoire des grands discours des uns et des autres. Ce sont des parts de marché qui sont en jeu. Pas l'avenir du livre qui se joue ailleurs quand on sait que « 40% des Américains ont lu un livre ou moins l'an dernier ». Amusante idée aussi que celle des étudiants qui pourraient n'acheter qu'un chapitre d'un livre électronique comme on n'achète qu'une plage d'un disque...

Alors puisque l'e-book ne sera jamais un livre, autant qu'il soit autre chose. Année Chopin oblige, l'Express.fr consacre une petite critique aux Notes sur Chopin d'André Gide sous la plume de Bertrand Dermoncourt. Voilà l'exemple parfait d'un livre qui pourrait devenir « autre chose » dans une version numérique !

Toutes ces questions devraient être au cœur du prochain colloque international « Actualité d'André Gide » qui se tiendra les 10 et 11 mars 2011 à Toulon, autour de trois axes : éditer, interpréter, valoriser. Martine Sagaert, organisateur du colloque, a essuyé les plâtres de cet « au-delà du livre » avec le CD-ROM André Gide : l'écriture vive*. Le site Fabula donne les grandes lignes de ce colloque dans son appel à contributions.


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* Presses universitaires de Bordeaux, coll. "Horizons génétiques", 2009. Signalons aussi avant lui Les Caves du Vatican. Édition génétique, conçue et présentée par Alain Goulet et réalisée par Pascal Mercier, CD-ROM, Gallimard et université de Sheffield, 2001

lundi 7 juin 2010

Balade (et digressions) dans le Var

En septembre 2001, Le Lavandou inaugurait les avenues André Gide et Van Rysselberghe, dans le quartier Saint-Clair qui domine la plage du même nom. Au 19 de l'avenue Van Rysselberghe se dresse encore l'atelier de Théo Van Rysselberghe, racheté par la ville pour devenir un « centre d'art » et affublé désormais, au motif noble de montrer quelques œuvres du peintre, d'un affreux panneau planté tout contre sa façade.

Maison Van Rysselberghe à Saint-Clair, Le Lavandou

Déprédation administrative mineure à côté de bien d'autres enlaidissements, défigurations, centreculturélisations comme en dénonce régulièrement Renaud Camus. Il est tout de même regrettable que lorsqu'une ville, un conseil général ou une région se souvient de son grand homme, l'administration en question ne se souvienne pas en même temps de son œuvre ou des raisons qui lui ont fait choisir ce lieu, le plus souvent incompatibles avec toute dénaturation.

Cependant villes, départements et régions se souviennent de plus en plus et suivent ce qui semble être un engouement touristique réel - avec miroitement des fameuses « retombées économiques ». Il suffit de lire chaque été les articles des journaux régionaux qui proposent des balades « sur les pas des écrivains », nom d'un site qui connaît aussi un beau succès et d'une collection des éditions Alexandrines qui publient justement une Balade dans le Var.

Parue en mai dernier sous la direction de Martine Sagaert, éminente gidienne, spécialiste de critique génétique, cette Balade dans le Var évoque donc Gide parmi les nombreux artistes qui ont élu domicile plus ou moins longuement dans le Var. J'ai déjà esquissé l'attirance de cette région sur Gide dans ce billet. Une attirance toute faite de chaleur amicale et qui lie intimement Saint-Clair au clan Van Rysselberghe, Maria allant jusqu'à emprunter le pseudonyme littéraire de M. de Saint-Clair.

Vers la fin du dix-neuvième siècle, l'architecte Octave Van Rysselberghe construit pour le peintre Signac une villa à Saint-Tropez. Au Lavandou, il bâtit et modifie également des villas non loin de celle de Cross, dont celle qui abritera l'atelier de son frère Théo Van Rysselberghe à partir de 1911.

La présence gidienne dans le Var n'a rien d'anecdotique puisque c'est sur une plage du Lavandou que Gide rejoint Elisabeth Van Rysselberghe. « Et c'est ainsi qu'un dimanche de juillet, au bord de la mer dans la solitude matinale d'un beau jour, fut conçu l'enfant que nous attendons », selon la charmante formule de Maria Van Rysselberghe. Il fallait un lieu propice à ce projet ancien.

Oui, le Var, propice pour vivre « sans trop de vêtements », autre formule cette fois d'Elisabeth mais que Gide partage. Une lettre de Martin du Gard à Louis Jouvet citée dans cet ouvrage nous le montre à Porquerolles qui « parcourt l’île en caleçon de bain, piquant du nez dans toutes les criques, courant parmi les micocouliers et les magnolias, se roulant dans le sable », et revient déjeuner « avec des éponges dans les oreilles, une barbe de varech et des coquillages au cul, comme un dieu marin qui s’est colleté avec Amphitrite. »

Version un petit plus délurée que celle des Notes sur André Gide :

« Ce matin, à l'aube, il était levé et parti à l'aventure, parcourant l'île comme un sauvage ivre, à moitié nu, s'égratignant aux buissons de tamaris et d'arbousiers, courant après les papillons, cueillant des fleurs et des baies aux arbustes, se baignant dans toutes les criques pour comparer la tiédeur des eaux, bondissant de roche en roche pour pêcher, dans les creux, des algues, des coquillages, des insectes de mer dont il remplit son mouchoir. Il a reparu à midi passé dans la salle à manger de l'hôtel, avec du sable dans les oreilles et du varech collé sur tout le corps, riant, l'œil fou, saoulé de lumière, de chaleur, de joie, et scandant d'une voix enivrée ces vers de Hérédia :

Le soleil, sous la mer, mys-té-ri-euse aurore,

Éclaire la forêt des coraux abyssins...! »


Balade dans le Var, collectif (sous la direction de Martine Sagaert)

préface de Jacques Serena, Éditions Alexandrines, mai 2010

Lien vers la page du site des éditions.