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dimanche 23 novembre 2014

Un index pour La Phalange




La Phalange. Table et Index (1906-1914)
Claude Martin et Akio Yoshii, 
Introduction par Pierre Masson,
Publications de l'Association des Amis d'André Gide, 2014




Claude Martin et Akio Yoshii donnent aux Publications de l'Association des Amis d'André Gide un outil qui intéressera les amateurs de revues littéraires et chercheurs en littérature : La Phalange. Table et Index (1906-1914). Rigoureux et utiles sont en effet la table des sommaires, l'index des auteurs et de leurs contributions, l'index des articles et comptes-rendus critiques et l'index des revues et journaux cités qui occupent une grande part de l'ouvrage.

Une introduction de Pierre Masson rappelle le contexte de la création de La Phalange, où les hoplites sont Vielé-Griffin, Verhaeren, Régnier, Gourmont, Verhaeren, Claudel, Jammes, Fort... Leur sarisse est encore post-mallarméenne. Suivront Nau, Romains, Fontainas, Mockel, Duhamel, Vildrac... Breton y fera même ses débuts.

Le directeur de la revue, Jean Royère, « s’occupe de la critique de la poésie, Apollinaire qui tient la rubrique des romans, Valery Larbaud celle des lettres anglaises, Tristan Klingsor celle des arts ; une rubrique des lettres belges sera plus irrégulière, tenue par Maurice Gauchez. Mais on trouve aussi des contributions régulières d’Albert Thibaudet pour la littérature, de Léon Werth pour la peinture, de son côté Vielé-Griffin entreprend une histoire du symbolisme... », comme le rappelle Pierre Masson.

Les auteurs ont également eu la bonne idée de reprendre en appendices plusieurs articles de Royère, et en ouverture un texte de Valery Larbaud, Une campagne littéraire. Jean Royère et La Phalange 1906-1914, écrit d'abord pour un journal de Buenos Aires avant d'être repris dans la seconde série de La Phalange en 1935 (dont l'ouvrage de C. Martin et A. Yoshii ne traite pas). Larbaud s'y étonne du nombre et de la qualité des collaborateurs de la revue première manière. « La littérature des années 1915-1925 » « en train de se faire », selon Larbaud, qu'on a connu mieux inspiré.

En effet, des noms qu'énumère Larbaud, combien restent ? Ochsé, Lavaud, Koeberlé, Périn, Mandin, Drouot, Hertz... Il faut bien reconnaître que La Phalange n'a jamais été une rampe de lancement, les quelques noms célèbres qu'on retrouve aux sommaires sont nés ailleurs, ont donné leur meilleur ailleurs. La faute à son éclectisme ? A la médiocrité de Royère et de la plupart de ces collaborateurs, médiocrité combinée à un élitisme parfois absurde ? Et qui ira jusqu'au nationalisme...

Et puis, comme l'explique encore Pierre Masson :

« Par ses positions, La Phalange n’était pas très éloignée de la revue belge Antée, qu’avaient fondée en juin 1905 Christian Beck et Henri Vandeputte, et à laquelle collaboraient André Gide et ses proches tels que Marcel Drouin, André Ruyters, Jean Schlumberger, Jacques Copeau et Henri Ghéon, future équipe fondatrice de La Nouvelle Revue française. Aussi, quand Antée, par suite de la faillite de son imprimeur, doit s’arrêter en janvier 1908, est envisagée sérieusement sa fusion avec La Phalange qui accueillerait sous son aile les amis de Gide. Mais va prévaloir alors chez ces derniers l’idée de créer une revue bien à eux. L’échec de cette fusion, qui se traduira par la parution à partir de février 1909 de La NRF, ne sera pas étranger à la rancœur de Royère envers Gide, qu’il essayait depuis deux [ans] d’attirer à La Phalange ; surtout, elle entraînera par la suite une concurrence entre les deux revues, le succès de La NRF et son esprit de groupe contribuant partiellement à l’affaiblissement de l’individualiste et composite Phalange. »

Apollinaire, Thibaudet, Larbaud, Romains, Claudel et Perse rejoignent la NRF, que Royère qualifie de « revue de cons » dans sa correspondance avec Larbaud (parue en deux volumes aux Presses Universitaires de Clermont-Ferrand, collection Cahiers Valéry Larbaud n°48 et 49). A noter qu'il existe aussi une Correspondance Gide-Royère (Editions du Clown Lyrique, 2008) que nous avions évoquée en son temps. On y voit Royère faire sa cour à Gide, et Gide résister aux sirènes de la publication à tout prix.

Si Gide se garde bien de donner de la copie à La Phalange (on ne trouve dans l'index des auteurs et de leurs contributions que quatre poèmes extraits des Nourritures terrestres donnés en mai 1911 sous le titre Quatre chansons), il n'hésitera pas à venir en aide à Royère lorsque celui-ci en aura besoin. Notamment en lui confiant à plusieurs reprises des pages pour Le Manuscrit autographe, que Royère fonde en 1926, et qui comme son nom l'indique, propose des fac-similés de manuscrits d'auteurs célèbres.

Pour aller plus loin :

- les numéros de La Phalange disponibles en ligne sur Gallica.

vendredi 15 octobre 2010

Dans les Cahiers Jean Tardieu


La publication en 2004 de la correspondance entre Jean Tardieu et Jacques Heurgon* montrait la rencontre du poète et du futur professeur avec Gide, Martin du Gard, Groethuysen ou Du Bos aux Décades de Pontigny et à la NRF. Lorsque dans l'immédiate après-guerre Groethuysen sera mourant, c'est Tardieu qui accompagnera Paulhan à son chevet au Luxembourg.

Dans cette après-guerre Tardieu travaille aussi pour la radio où il sera un inventeur et un expérimentateur, au sein du mythique Studio d'Essai de la Radiodiffusion Française qui passait pour avoir la meilleure chambre d'écho de France. « Elle renvoyait avec une fidélité incomparable, une haute-fidélité, les bruits, les sons, les paroles qu'on lui confiait mieux que ne l'avait jamais fait la Nymphe antique », assure Robert Prot**.

Dès sa nomination à la tête du Studio, Tardieu créé cinq comités spécialisés dont celui pour la musique piloté par Pierre Schaeffer et Henri Barraud, et celui pour la littérature avec Jean Amrouche et Raymond Queneau. Et dès 1947, c'est Tardieu en personne qui vient faire des essais au Vaneau pour l'enregistrement de Gide lisant quelques extraits de ses œuvres et l'accompagne le lendemain à la radio. En 49 Amrouche réalisera les fameux Entretiens.

Sous sa couverture qui ne passe pas inaperçue, le second numéro des Cahiers Jean Tardieu qui vient de paraître revient entre autres sur l'estime entre Gide et Tardieu à travers une dédicace du premier au second. Le site des Editions Calliopées, qui diffusent la revue de l'Association Jean Tardieu (mais aussi les Etudes Greeniennes ou la Revue Apollinaire), en donne la présentation suivante :

« Le deuxième numéro des Cahiers Jean Tardieu présente la bibliothèque de Jean Tardieu. Émanant de livres offerts pendant la période de 1944 à 1984, 75 dédicaces sont reproduites. Panorama des relations littéraires ou des amitiés du poète, elles constituent un précieux témoignage sur Jean Tardieu que les notices d'accompagnement et les transcriptions viennent enrichir d'un éclairage global.
Reconnaissance de la part de ses aînés, admiration manifestée par une constellation de poètes plus jeunes ou encore relation chaleureuse évoquée par ses amis peintres ou musiciens apparaissent dans ces dédicaces.
Autant d’instantanés de la vie du poète qui nous permettent de le voir recevant et ouvrant ces livres, et accueillant un instant quelques mots de leurs auteurs à lui seul adressés. Des mots à leur image, réservés ou volubiles, sérieux ou drôles, pudiques ou affectueux.
Cet ouvrage revêt un intérêt incontestable pour les universitaires, professeurs et étudiants. Au delà apparaît l’émotion suscitée par une intimité artistique authentique partagée avec Jean Tardieu. »


Cahiers Jean Tardieu, n°2, Dédicaces à Jean Tardieu
Editions Calliopées - Association Jean Tardieu
ISBN : 978-2-916608-24-2 - 15 €


Les auteurs des 75 dédicaces : Adamov Arthur, Albert-Birot Pierre, Alechinsky Pierre, Alyn Marc, Aragon Louis, Arland Marcel, Arnaud Noël, Bachelard Gaston, Bazaine Jean, Belaval Yvon, Blanchot Maurice, Borgeaud Georges, Boulanger Daniel, Breton André, Bury Pol, Busse Jacques, Caillois Roger, Calet Henri, Char René, Clancier Georges-Emmanuel, Cluny Claude-Michel, Cocteau Jean, Cortot Jean, Deguy Michel, Delbourg Patrice, Des Forêts Louis-René, Duhamel Georges, Dumayet Pierre, Eluard Paul, Ernst Max, Fauré Gabriel, Follain Jean, Fombeure Maurice, Frénaud André, Gide André, Guillevic Eugène, Jaccottet Philippe, Leiris Michel, Macé Gérard, Martin du Gard Roger, Michon Pierre, Mondor Henri, Morand Paul, Norge Géo, Obaldia René de, Paulhan Jean, Pieyre de Mandiargues André, Ponge Francis, Prévert Jacques, Queneau Raymond, Réda Jacques, Ribes Jean-Michel, Rouveyre André, Schmidt Albert-Marie, Sollers Philippe, Spies Werner, Supervielle Jules, Topor Roland, Tournier Michel, Tzara Tristan, Vieira da Silva Maria-Elena.



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* Jean Tardieu et Jacques Heurgon, Le ciel a eu le temps de changer, Correspondance 1922-1944, établie et annotée par Delphine Hautois, IMEC, 2004

** Jean Tardieu et la nouvelle radio, Robert Prot, Coll. Logiques Historiques, L'Harmattan, Paris, 2006


mercredi 14 juillet 2010

La Revue blanche

La Saga des Revues par Gérard Courtois revient dans Le Monde de demain (et déjà en ligne sur le site du journal) sur La Revue blanche de Thadée et Louis-Alfred Natanson, cette "page blanche offerte aux avant-gardes entre 1889 et 1903.

dimanche 11 janvier 2009

Correspondance André Gide - Jean Royère

Editeur de textes rares et de plaquettes de bibliophilie, les Editions du Clown Lyrique livrent "Votre affectueuse insistance", une correspondance entre Jean Royère et André Gide. Cinquante-trois lettres, dont dix-huit de Gide, échangées entre 1907 et 1934. Lettres réunies, annotées et présentées par Vincent Gogibu, spécialiste de la littérature de la fin du XIXe siècle et qui dirige l'édition de la correspondance de Remy de Gourmont. L'évocation de Remy de Gourmont et de Jean Royère nous replonge dans l'univers des revues littéraires...

Jean Royère est né en 1871 à Aix-en-Provence. De 1887 à 1893, il dirige avec René Ghil les Ecrits pour l’art, où collaboraient des poètes tels que John-Antoine Nau et F.T. Marinetti, le fondateur du futurisme. Mallarméen en diable, cet ancien professeur en Roumanie puis fonctionnaire au service des eaux cultivait le goût pour le symbolisme et ce qu'il appellera, avec l'abbé Bremond, le musicisme. "Ma poésie est obscure comme un lys", aimait à dire Royère, défendant l'Art pour l'Art contre l'invasion des préoccupations sociales en poésie.

En 1906 Jean Royère fonde La Phalange qui sera publiée, avec l'aide financière du "Cubain devenu poète français" Armand Godoy, jusqu'en 1914. Y collaborent Albert Thibaudet, André du Fresnois, Léon Werth, Edouard Schneider, Henri Franck, Louis de Gonzague Frick, John-Antoine Nau, Robert Randau, Riciotto Canudo, Ernest Tisserand, Tristan Klingsor, Paul Drouot, Julien Ochsé, Louis Chadourne, André Spire... Mais aussi Guillaume Apollinaire, Gustave Kahn, Emile Verhaeren, André Gide, Henri de Régnier, Remy de Gourmont, Jules Romains, Moréas...

En mai 1926, Royère lance une nouvelle revue : Le Manuscrit autographe, qui comme son nom l'indique, reproduira de nombreux fac-similés de manuscrits de poètes et cela jusqu'en 1933, le temps de trente-quatre numéros. André Gide y donnera sa "Préface inédite pour une nouvelle édition des Nourritures terrestres" en septembre 1926, un "Rilke" en mai 1927, "Cogitations" en juillet 1929, "Confidence" en mars 1930 et une "Lettre à Armand Godoy" en janvier 1933. Armand Godoy dont Royère devint après-guerre le collaborateur et conseiller, avant de sombrer dans l'oubli et de mourir en 1956.

A noter ce site qui rend hommage à Royère (et à Vincent Gogibu) et donne une tentative de bibliographie. Le site des Amis de Remy de Gourmont consacre aussi une page à La Phalange ici.

On trouvait Royère pédant et sans humour. Il n'en manque pourtant pas quand, fidèle à son Art et sa tenue, il raille la NRF "revue de cons" très "potache distingué". Ou quand il donne du "maître illustre" à André Gide qu'il considère parfois comme un "vieux forban"... Jean Royère – André Gide, Lettres (1907-1934) "Votre affectueuse insistance", Paris, Editions du Clown Lyrique, 2008, 16 €.

vendredi 21 novembre 2008

Il y a cent ans : la NRF resserrait les cravates

Il y a 100 ans, André Gide, Jacques Copeau, Jean Schlumberger, Michel Arnaud (Marcel Drouin), Henri Ghéon et Eugène Montfort fondent La Nouvelle Revue Française dont le premier numéro paraît le 15 novembre 1908. Montfort, ex-directeur des Marges, insère dans ce premier numéro, à l'insu des autres, un article contre Mallarmé signé Boquet, directeur de la revue lilloise Le Beffroi.

Cet attentat contre Mallarmé accusé "d'impuissance" fait éclater le groupe. Un second "premier numéro" – sans Monfort et ses amis – est publié en février 1909. André Gide sera le directeur de la NRF jusqu'en 1914. La Nouvelle Revue Française se veut le concurrent direct du Mercure de France, fondé en 1890, vivier des symbolistes et des jeunes auteurs dont André Gide qui lui donna ses premiers textes.

Au Mercure règne l'étonnant Remy de Gourmont, qui fait d'abord l'éloge des premiers ouvrages de Gide et l'accueille. "Le poste de commandement de Gourmont était le Mercure de France, celui de Gide la NRF. Grâce à eux, ces deux revues ont régenté les lettres dans le monde entier", commente Jean Dutourd. Entre les deux hommes toutefois, une incompréhension se change bientôt en "rivalité littéraire" de prédominance si l'on en croit Paul Léautaud :

"J'ai lu aussi de petits comptes rendus d'un livre, ou plaquette que Rouveyre vient de publier sur Apollinaire, et sur Gourmont. A propos de celui-ci, il en profite pour s'en prendre encore à Gide, dont il dit qu'il détestait Gourmont. Il parle encore là de ce qu'il connaît à peine. Il est bien certain que Gide ne pouvait guère aimer les tendances d'esprit de Gourmont, mais le débat se situait sur un bien autre plan. Rivalité littéraire, donc de prédominance, chez Gide. J'ai vu cela de près. Sans Gourmont, c'est peut-être au Mercure que Gide eût fait toute sa carrière, mais à condition d'être le premier. Or, la place était prise."

"Gourmond – une âme désespérément opaque", note Gide le 13 février 1907 dans son Journal. Déjà, dans une entrée de 1904, il expliquait son "malaise" devant Gourmont : une gêne et une hostilité. "[...] la pensée, chez lui, n'est jamais chose vive et souffrante ; il reste toujours outre et la tient comme un instrument." Montfort, qui rouvre Les Marges, oppose d'ailleurs "Gide contre Gourmont" en mai 1910. Mais qu'on ne s'y trompe pas : la NRF ne fait pas table rase des revues anciennes mais prône au contraire un retour au classicisme, à la littérature pour elle-même. Et c'est cela qui change tout, ainsi que le souligne François Nourrissier :

"Il faut faire un effort d'imagination pour mesurer, neuf décennies passées, la force de rupture que recelait la bombe NRF. Rupture avec quoi ? Avec qui ? Les six "gidiens" n'apparaissent pas dans un désert. On trouve là le faisandé et l'académique, le chauvin et le parisien, le décadent et le licencieux, Claudine et Colette Baudoche, la cambrure 1900 et les langueurs fin de siècle. La NRF ne va pas naître d'un désir, si banal en littérature, de faire table rase, mais d'un retour à la rigueur et aux inspirations classiques. On nettoie. On ne se débraille pas : on ressert les cravates."

C'est par ce texte de Nourrissier que le site des éditions Gallimard ouvre une très intéressante histoire de la NRF à consulter ici.