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jeudi 18 juin 2015

Gide s'opposera t-il à l'entrée d'Ormesson dans la Pléiade ?

 
La légende selon laquelle Gide a refusé le manuscrit de Proust ne suffisait manifestement pas.

A l'occasion du Bloomsday, le Nouvel Obs a exhumé un article de 1995 qui nous apprenait que Gide a également refusé de publier Ulysse... dans la Pléiade... en 1931 !

On se frotte les yeux et on relit :

« Après bien des déboires, «Ulysse» fut publié en anglais à Paris en février 1922. Parmi ses premiers lecteurs: Ernest Hemingway. Fidèle à lui-même, il déclare: «Joyce a fait un livre du tonnerre!» Virginia Woolf n'est pas de cet avis, qui évoque «l'œuvre d'un adolescent boutonneux, [...] un livre titubant d'indécence». Yeats (il changera d'avis par la suite) parle quant à lui d'un «livre de fou».
La traduction française ne verra le jour que sept ans plus tard. Signée par Auguste Morel et Stuart Gilbert, elle sera revue par Valery Larbaud (qui a rencontré Joyce à Paris dès 1920) et l'auteur lui-même. Après l'avoir lue, André Gide fait la moue: «Un faux chef-d'œuvre», affirme-t-il. Et lorsque, en 1931, Paulhan lui suggérera de publier «Ulysse» dans la collection de la Pléiade chez Gallimard, l'auteur des «Faux-Monnayeurs» opposera son veto. »
On passera sur le fait qu'en 1931 la Pléiade vient d'être créée par Schiffrin dont elle est encore la propriété, la collection n'intégrant Gallimard qu'en 1933...

Si pour Proust, nous avons les aveux de Gide – aveux pour un crime qui, rappelons-le, a de multiples auteurs – pour Joyce, nombreuses sont au contraire les preuves qui disculpent Gide...


Dans un très intéressant essai paru en 2011 au Cherche-bruit, James Joyce travesti par trois clercs parisiens, Adrien Le Bihan démontait aisément l'accusation. Lors de la réédition en 2010 de la Stèle pour James Joyce de Louis Gillet, Michel Crépu et Philippe Sollers dénoncèrent qui « l'hostilité des surréalistes à l'égard de Joyce », qui celle de la NRF et de Gide en particulier.

Ils piochent pour cela chez le spécialiste de Joyce, Richard Ellmann, qui rapporte des propos tenus par Paulhan en 1954 selon lesquels il y avait à la NRF une hostilité envers Joyce, chez Rivière, Claudel et Gide. Or on sait aujourd'hui que si Rivière avait des réticences d'ordre littéraire et Claudel d'ordre moral, Gide était au contraire séduit par Joyce. C'est également à partir de ces échanges sans fondements que naît la citation attribuée à Gide qualifiant Ulysse de « faux chef d'œuvre »...


 La NRF d'avril 1922 avec l'article 
de Valery Larbaud sur James Joyce

Or grâce à Arnold Benett et Valery Larbaud (qui recommande la lecture de Joyce dès 1922 dans une NRF pas si hostile que ça...), Gide est très tôt amené à la lecture de Joyce. Il sera l'un des premiers à soutenir la parution d'Ulysse, permise grâce à Sylvia Beach – que l'auteur de l'article du Nouvel Obs ignore superbement, ne la citant que comme la créatrice d'un « petit musée » consacré à Joyce ! Gide donnera sa signature pour protester contre les atteintes aux droits d'auteur d'Ulysses aux Etats-Unis.


Le bulletin de souscription de Gide à Ulysses en 1921


Dans Découvrons Henri Michaux, sa conférence annulée en 1942 sous la pression des vychistes, Gide mettra sur le même plan Mallarmé, Rimbaud, Lautréamont et Joyce. Cette même année 1942, il donne au Figaro l'un de ses Interviews imaginaires consacré à Joyce et au plaisir de jouer avec les mots

Ce même plaisir des mots nous fait hésiter entre calembredaine, coquecigrue et calinotade pour qualifier les méfaits de cette presse de caniveau. Qui nous donne toutefois le plaisir de consigner ici l'article de Gide, qui ne figurait pas dans les Gidian Archives.



 
L'école des femmes, 1929, avec envoi à James Joyce







INTERVIEWS IMAGINAIRES
Aux grands mots les petits remèdes
par André Gide




LUI. — Méfiez-vous : Joyce est un Irlandais. L’Irlande est la patrie des farceurs. Je suis Français et il ne me plaît pas d’être dupe. Se peut-il que vous vous y soyez laissé prendre ? que son Ulysse “vous ait eu”, comme l’on dit ?
MOI. — Louis Gillet ne s’est rendu que petit à petit. De là, le grand intérêt de son livre. Sa Stèle pour James Joyce est un itinéraire, un Gradus ad…
LUI. — Qui mène où ? Qui aboutit à quoi ? C’est ce que je ne parviens pas à comprendre. Sans les obscénités de son Ulysse, Joyce n’aurait jamais pu compter sur cent lecteurs.
MOI. — Il y a, dans tout ce qui est humain, un fond obscène, à revers divin. Je vous avoue que l’impudeur de Joyce me ravit. Trop nombreux sont les Dagoberts qui préfèrent garder leur culotte à l’envers, par crainte, en la remettant à l’endroit, de montrer un instant leur derrière.
LUI. — Joyce ne remet à l’endroit rien du tout. En un temps où nous avons besoin de confiance, il nous invite à ne plus rien prendre au sérieux. Et cela de la façon la plus perfide ; car sa fronde est dirigée (Gillet nous l’explique fort bien) non tant contre les institutions et les mœurs, que simplement contre les formes du langage ; non point contre les pensées et les sentiments que contre l’expression de ceux-ci.
MOI. — Qui nous dupe plus que chose au monde [sic]. En déchirant le revêtement et l’apparence, Joyce met à nu la réalité.
LUI. — C’est beaucoup lui prêter. Je ne puis prendre en considération ses jeux de mots sur lesquels Gillet s’extasie. À de semblables jeux, Hugo se piquait d’exceller, dit Gillet (on cite de lui une charade étourdissante(1), mais du moins ne les faisait-il pas figurer dans ses œuvres. Lorsque, dans Ulysse, Joyce propose pour le nom de Sindbad le Marin pas moins de quinze transformations, je songe à Rabelais, et à sa «Femme folle à la Messe» qui, par interversion de consonne, devient cocassement «La Femme molle à la …»
MOI. — Et voyez ! vous vous en souvenez. Vous n’avez pu vous tenir d’en rire.
LUI. — Je trouve Joyce moins drôle. Et puis, la belle avance, quand j’aurai ri !
MOI. — « D’une bouche qui rit, l’on voit toutes les dents », dit Victor Hugo dans Le Roi s’amuse. Je me souviens de l’amusement que nous prenions, du temps de notre jeunesse, à cette défiguration de mots accouplés, jeu que nous proposa Franc Nohain certain soir, en compagnie de notre ami commun Maurice Quillot, à qui je dédiai mes Nourritures Terrestres. C’était un concours. On s’essayait. Tous les mots ne s’y prêtaient pas. Nombreux ne présentaient ron ni raisime. L’un proposait : L’ique poétart ; l’autre les Orèbres funaisons ; mais quand je ne sais lequel de nous trois hasarda ; Léeize tron, les deux autres s’avouèrent vaincus. Et nous étions malires de rade.
LUI. — Oui ! ce sont jeux d’enfants analogues à ces petites formules dont la signification se cache sous une sonorité bizarre : “Felixonportua – Selnimi – Versimi”. Les initiés seuls comprenaient : “Félix son porc tua, Sel n’y mit, Ver s’y mit”. Et cette autre : “Caillabani. Piaoni. Cocadéso. Vernena” **. Cela me ravissait quand j’étais gosse ; mais il y a longtemps de cela. Ces jeux sont tolérables chez Rabelais qui s’amuse aux possibilités d’une langue encore nouvelle, comme un enfant essaie ses muscles et s’émerveille de leur souplesse, en prend conscience en s’en jouant. Mais à présent notre langue est fixée…
MOI. — Et figée. Béni soit celui qui rompt les adhérences, qui décontenance le mot, le rend suspect. Trop souvent, le mot tient lieu de la chose et la chose peut s’en aller. Nous payons de mots les autres et nous-mêmes. Nous volons et nous sommes volés.
LUI. — Permettez : le maquignon qui vend un cheval sait fort bien ce que le mot “cheval” veut dire ; et celui qui l’achète le sait aussi.
MOI. — Mais moins, peut-être, celui qui parle de dévouement, d’honneur, de foi, de constance, de fidélité…
LUI. — Évidemment le domaine concret est plus aisément saisissable. Pour le reste, le doute est permis. L’amante peut s’inquiéter de l’authenticité des sentiments que l’amant professe et, devant les protestations amoureuses, craignant l’inflation, se demander anxieusement : est-il solvable ? Tout cela me paraît bien banal.
MOI. — Banal, assurément. Je me souviens d’un conte de Villiers, ‘conte cruel’ entre tous, qui nous rapporte les propos de deux amants : la déclaration où le jeune homme verse son âme, à quoi répond l’amante, et le parfait bonheur est entrevu. Ô conversation merveilleuse ! où le jeune homme trouve enfin l’écho de ses angoisses les plus rares et que, par crainte d’une incompréhension de l’autre, il n’osait formuler. À la fin du conte seulement, il se découvre que la jeune fille est sourde et qu’elle n’a rien entendu.
— ‘Mais vous me répondiez si bien’.
— ‘C’est que je savais par avance tout ce que vous diriez, et que vous ne pourriez dire autre chose’.
LUI. — C'est aussi ce qui fait que, dans les romans, je saute à pieds joints, d'ordinaire, par-dessus tous les dialogues amoureux. Ah ! s'il n'était question que de l'amour, passe encore. Mais Joyce s'en prend à tout. Avec un art diabolique, il emploie son génie à décontenancer tous les vocables. A entrer dans son jeu, nous n'oserions bientôt plus parler. Pourtant, nous avons besoin de mots pour penser. Tout ce qui est original reste particulier et, peu s'en faut, inexprimable. Seules sont échangeables les locutions admises. On ne s'entend que sur les lieux communs. Sans terrain banal, la société n'est plus possible. Et si Joyce s'en était tenu à Ulysse ! Mais son Finnegan's Wake, ce nec plus ultra, ce chant du cygne, nous est présenté par Louis Gillet lui-même comme « un tissu, une tapisserie, une Iliade de calembours ». Après quoi l'on a envie de se faire trappiste.
MOI. — Non. Mais l'on prend les mots pour ce qu'ils sont : des signes et non des substituts. Souvenez-vous du beau conte des Mille et une nuits où certain pauvre affamé se voit convié par un riche marchand à un repas qui s'annonce fastueux. Quel menu ! Rien n'y manque. Mais les assiettes restent vides. Le nom des mets, que le riche énumère, tient lieu des mets mêmes, dont le pauvre, par politesse, doit feindre de se régaler. C'est à de semblables festins que nous invite trop souvent la littérature. De là, le précieux livre de Jean Paulhan, qu'il intitule Les Fleurs de Tarbes, « Il n'est pas une pensée, et jusqu'aux plus subtiles, qui ne nous semble appeler l'expression », nous dit Paulhan. « Mais il n'est pas une expression, continue-t-il, qui ne nous semble volontiers trompeuse ou fausse ».
LUI. — Oui ; jusqu'à ce mot « volontiers » qu'il emploie.
MOI. — « Eh bien ! qu'il soit donc admis que l'on ne s'entend pas » fait-il se récrier un interlocuteur imaginaire. A qui il riposte aussitôt : « Non, il semble que pour rien au monde l'on ne veuille renoncer à tant de déceptions ».
LUI. — La vraie déception serait de devoir y renoncer.
MOI. — Plus loin. Paulhan cite une phrase de Bergson : « Le romancier déchirant la toile habilement tissée — tissée par l'intelligence, et plus encore par le langage — de notre moi conventionnel nous montre sous cette logique apparente une absurdité fondamentale, sous cette juxtaposition d'états simples une pénétration infinie. » Et Paulhan ajoute : « Je ne reconnais ici qu'à demi Balzac, Eliot, Tolstoï et les autres romanciers que Bergson pouvait lire. Mais la remarque devient admirablement exacte sitôt que l'on songe à Joyce ou à Proust. » Il dit encore, et ceci nous mène au cœur du sujet : Ailleurs, Bergson parle du singulier obstacle qu'opposent au poète les mots, où s'évanouit sans recours l'essentiel de la pensée, cet élément « confus, infiniment mobile, inappréciable, sans raison, délicat et fugitif, que le langage ne saurait saisir sans en fixer la mobilité ni l'adapter à sa forme banale ». Il cite enfin dans une note (p. 67) cette comparaison de Sainte-Beuve : « De même qu'autour d'un vaisseau menacé d'être pris par les glaces, on est occupé incessamment à briser le cercle rigide... de même chacun de nous, à chaque instant, devrait être occupé à briser dans son esprit le moule qui est près de prendre et de se former. Ne nous figeons pas.. » Et cette image éclaire admirablement l'effort et le travail politique de Joyce, sa raison d'être et, sous son apparence funambulesque et futile, sa belle serviabilité.
(La suite mardi prochain). André GIDE.



(1) Je la redonne ici, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore. Elle vaut d’être retenue, car c’est un modèle du genre : Mon premier a été volé. Mon second se bourre comme une pipe. Mon troisième vaut cent francs. Mon tout est un véhicule. C’est Tilbury. 1° tout le monde sait que Alcali vola Til ; 2° Bu c’est phale et Phale se bourre (Phalsbourg) ; 3° Ry vaut ly (Rivoli) et ly c’est 5 louis (100 frs) (Lycée St-Louis).
(2) Pour ceux qui n’auraient pas aussitôt compris : “Caille a bas nid— Pie a haut nid— Coq a des os — Ver n’en a”.

mardi 3 novembre 2009

Gide à l'IMEC

De l'autre côté du périphérique caennais, à Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine présente l'exposition En toutes lettres... Cent ans de littérature à la NRF. Dans la grange aux dîmes de l'abbaye d'Ardenne, les panneaux et vitrines rassemblés à la Fondation Bodmer en début d'année se déploient de nouveau. Si là aussi l'obscurité propice aux papyrus et codex règne, l'ensemble a néanmoins été enrichi de lettres et manuscrits tirés du fonds de l'IMEC, dont de nombreuses "Archives Paulhan".




Ne ratez pas à l'entrée, dans la pénombre, le premier numéro de la NRF monté sur un piédestal et protégé par un cube de verre, objet d'un culte farouche qui eut ses disciples, ses bulles et ses papes. La chronologie de cette religion s'étale quant à elle aux murs, sur fond rouge. L'ombre de Gide s'y profile dès le début, une première station intitulée "Avant l'histoire 1890-1908" montrant les revues de l'époque : Antée, L'Ermitage ou Les Marges.

Sous le titre "La revue d'André Gide 1908-1918" on retrouve les deux "premiers numéros" de la NRF : celle de novembre 1908, premier premier numéro ou faux-départ, et celle de février 1909, débarrassée des mallarméoclastes. Mais c'est Jean Schlumberger et non Gide, qui se fait le porte-parole du groupe, dans ses "Considérations" qui ouvrent le numéro et définissent la ligne éditoriale de la revue.





Dans une lettre à l'en-tête de Chelsea et datée de 1911, Valery Larbaud fait savoir à Gide : "Vous (je veux dire l'administration de la NRF) êtes un peu chiches de numéros spécimens et de service gratuit...". L'écriture d'André Gide a entouré l'adresse et ajoute : "prendre note de cette adresse pour l'envoi des numéros suivants de la revue". Larbaud apportera sa grande connaissance de la littérature anglo-saxonne à la NRF. Pour la publicité et les numéros gratuits bien distribués, il faudra faire confiance à Gaston Gallimard.

1911, c'est aussi le début du comptoir d'édition de la NRF. Isabelle, d'André Gide, et L'Otage, de Claudel sont les premiers ouvrages publiés par la NRF. Si Isabelle a une couverture bleue cartonnée, L'Otage prend déjà l'aspect bien connu rouge et noir sur fond beige choisi parmi quatre maquettes. Diffusée à proximité par un haut-parleur, la voix de Gaston Gallimard (interrogé en décembre 1972 par Madeleine Chapsal) nous apprend que Gide avait aussi découvert que l'édition première d'Isabelle portait tantôt 26 tantôt 27 lignes par page. "Il a tout déchiré mais, bien malin, en a conservé 5 ou 6 exemplaires...".




Autres curiosités : L'édition de Du côté de chez Swann chez Grasset (1913) portant en recouvrure l'estampille NRF (1917). Le compte-rendu d'une réunion de septembre 1920 de Paulhan à Rivière : "Radiguet veut une promesse ferme d'acceptation" précise Paulhan. "Il nous fait suer" note en marge Rivière qui ajoute : "(excusez-moi) ". La carte de presse de François Mauriac (1924), "critique du journal la NRF". La carte de visite de Jules Supervielle avec au dos ces mots de la main de Gide : "Le type dont voici la carte [est] à surveiller pour la NRF"...

Un détour par Pontigny, un hommage à Rivière. La visite se poursuit, toujours aussi fascinante. "Je ne sens rien venir pour Angèle" écrit Gide à Rivière, de Colpach en avril 1921. Alors que Larbaud envoyait ses lettres de Chelsea, c'est de la Brasserie Cyrano (!) que le 4 mars 1926 André Breton écrit à Paulhan : "Monsieur, j'ai l'honneur de vous informer que je vous tiens pour un con et un lâche". La première partie de l'exposition s'achève sur les années "A la mesure de Jean Paulhan 1925-1940).




Une pause est bienvenue. On s'installe dans un confortable fauteuil club devant une table basse. La première table est consacrée à Gide. A la disposition du public, de nombreux ouvrages dont l'Hommage à André Gide de la NRF, les correspondances avec Schlumberger, Rivière, Paulhan, les trois volumes de André Gide et le premier groupe de la NRF, Le diable à la NRF de Cabanis, les deux premières revues... Et en prime la diffusion du film de Marc Allégret "Avec André Gide" ! La seconde table, tout aussi opulente, est consacrée à Paulhan.

Ce petit salon blotti tout au fond de la majestueuse grange aux dîmes est posé au pied d'une immense image : sur quelques dizaines de mètres-carrés se déploie la silhouette de Gide, saisi en pleine course lors des fameux exercices à la villa Noailles (en 1936, je crois). C'est, je l'ai déjà écrit, mon image préférée de Gide l'insaisissable...





La scrupuleuse visite de la première partie de l'exposition, la station devant les 95 minutes du film de Marc Allégret et le temps de feuilleter tout de même tous ces beaux ouvrages mis à notre disposition ont passablement entamé l'après-midi. L'exposition n'ouvre que de deux à six heures de l'après-midi ! C'est bien le seul reproche qu'on pourrait lui faire. Si, peut-être déplorer aussi l'éclairage zénithal des vitrines : penchez-vous pour étudier un manuscrit de près et votre ombre l'occulte aussitôt.

C'est donc avec une approche en biais pour éviter les ombres projetées et sans prendre le temps de noter tout ce qu'il y a d'intéressant que nous parcourons la seconde partie des vitrines : des "années sombres 1940-1953" à nos jours pour conclure par des "Extérieurs" NRF (Vieux-Colombiers, Pontigny, Mesures...). Nous nous heurtons alors à une bibliothèque qui contient l'intégrale des numéros de la NRF, pendant au premier numéro de l'entrée...





L'exposition se poursuit jusqu'au 23 décembre, tous les jours sauf le lundi, de 14h à 18h à l'IMEC, près de Caen (entrée gratuite). Plusieurs débats et colloques seront organisés en marge de l'exposition : voir ce précédent billet ou rendez-vous sur le site de l'IMEC.

Une visite virtuelle de l'exposition est disponible sur le site du centenaire de la NRF.

lundi 20 juillet 2009

Bonsoir les choses d'ici bas

Dans le Monde des Livres du 16 juillet dernier, Jean-Philippe Rossignol signe un étonnant article sur le Journal de Valery Larbaud qui vient de paraître chez Gallimard. Il s'ouvre par cette phrase qui donne le ton : « Valery Larbaud arrive à temps. » Et tout au long de sa critique, M. Rossignol semble en effet découvrir Larbaud.

Si cette nouvelle édition du Journal de Larbaud est très largement inédite, deux volumes parus en 1954 et 1955 donnaient aussi le ton. De même que ses Poèmes d'un riche amateur (1908), sa Fermina Marquez (1911), son Barnabooth (1913), ses Amants, heureux amants (1921) ou Jaune, Bleu, Blanc (1927). Si Larbaud arrive à temps, c'est que Rossignol arrive en retard.

Il faut dire que de la littérature du début du vingtième siècle, le critique ne retient qu'un « sinistre paysage » : « D'un côté, les écrivains de gauche, les conformistes, ceux-là mêmes classés par Céline dans la catégorie comique des "sous-Zola sans essor" ; de l'autre, les adeptes de Maurras et du sentiment de décadence. » Notons au passage que M. Rossignol ne sait pas que c'est la critique qui, selon Céline dans Bagatelles pour un massacre, a traité ce dernier de « sous-Zola sans essor »...

Et sur Gide : « A la même période (toujours sur le territoire de La NRF), Gide essaie de prendre les choses en main dans ses essais critiques. Goethe, Shakespeare ou Joseph Conrad. Beau travail d'archéologie. Mais, hélas, le souffle de l'étranger ne passe pas dans ses romans. Histoires poussiéreuses, personnages sans corps et aux noms impossibles, grande tradition de l'interdit, de la honte. Gide rate le coche et s'engouffre dans une porte étroite. »

Conrad, de l'archéologie ? Et Bennett ? Et Rabindranath Tagore ? Et Withman que Larbaud traduisit également ?

Histoire poussiéreuse Les Nourritures Terrestres ? Et Paludes dont Larbaud disait : « Ce livre était trop en avance sur le goût moyen de l'époque où il parut ; qu'au point de vue esthétique, il s'écartait trop définitivement du Réalisme, dont les formules étaient familières au public, et de l'école du roman psychologique encore en pleine floraison. » dans la NRF de juillet 1921 ?

Tradition de l'interdit et de la honte, Corydon, Si le grain ne meurt, L'Immoraliste, Amyntas ?

Quant aux « personnages aux noms impossibles » (Barnabooth !), cela est tellement bête que les bras nous en tombent. Et le reste avec au jeu de mots sur la porte étroite... Pourtant, M. Rossignol, avec un nom pareil, doit savoir ce qu'il en est de la fiente de l'esprit qui vole.

Pour le reste, M. Rossignol fait de l'homme du dialogue intérieur une sorte de sur-Morand, cosmopolite et polyglotte. Larbaud ne fait nullement passer « le souffle de l'étranger dans ses romans ». En être fin, cultivé, amateur de fiches et de meubles de rangement qui vont avec (on peut visiter à la bibliothèque de Vichy la reconstitution de son bureau), Valery Larbaud rangeait chaque culture dans un compartiment (de première, ajouterait M. Rossignol). Larbaud chantait la différence, l'altérité, célébrait l'étranger, et non le melting-pot. Il ne mélangeait pas, il traduisait.

A la lecture de phrases aussi incompréhensibles que « Sa compréhension du français - scansion et mesure - le mène ailleurs, ce qui est rare » (quel est l'ailleurs rare de la compréhension du français ?), « A la même période (toujours sur le territoire de La NRF) » (il n'est pas question de la NRF avant cette incise), ou « Aux quatre points de l'Europe » (sic), on se dit qu'il ne peut s'agir que d'un papier écrit à la hussarde, vite, avant les congés estivaux.

Oui, M. Rossignol découvrant Larbaud : un hussard qui arrive en retard. On s'affligerait de la tenue de la critique littéraire si dans son introduction, le critique ne donnait lui-même l'explication de cet état désastreux du journalisme : « Le Journal s'ouvre en 1901. On le lit dans son intégralité. » Les autres livres, manifestement pas.

lundi 4 mai 2009

Modernité de Paludes

On n'en finit pas de découvrir la modernité de Gide... C'était au tour de Gérard Guégan dans Sud-Ouest dimanche dernier. L'écrivain qui, comme moi, place Paludes très haut, fait toutefois retarder la modernité de Paludes de 25 ans puisque le livre n'a pas paru en 1920 mais en 1895... Tout comme le Prométhée date de 1899 et non de 1925.

1920 est l'année d'une nouvelle parution de Paludes qui en effet toucha une nouvelle génération, au sortir d'une autre guerre. Ces petites erreurs de chronologie me donnent l'occasion de revenir sur deux critiques de Paludes parues à 26 ans d'intervalle, d'une édition à l'autre :

En juillet 1895, c'est Camille Mauclair qui traite de Paludes dans le Mercure de France :

"J'aime Paludes, parce que c'est le livre d'un homme qui en a assez et qu'on y voit exprimées avec une intensité et une émotion admirablement sincères quelques-unes des raisons nerveuses, quelques-uns des désenchantements intellectuels et sentimentaux qui font que nous en avons assez. M. André Gide ne s'est pas déréglé jusqu'à crier cela sur les toits, et à prendre à partie toute la terre pour lui imputer le grief de son pessimisme : il dit cela tout doucement et presque en souriant. Il dit comme une chose de tous les jours le navrement du "tous les jours", et je crois bien que depuis Laforgue personne n'avait eu cette façon exquisément désespérée et paisiblement prête aux larmes de trahir sa lassitude de l'ordinaire et du prévu. Par son style, que l'on sait le plus souple et le plus simplement artiste chez M Gide, par sa composition adroite et d'un laisser-aller inusité et savant, par la spéciosité de ses épisodes, de son sujet même, Paludes est un livre d'exception : on n'en voit pas d'analogues, et l'on ne s occupe guère d'écrire pour en produire de semblables. Et pourtant Paludes est un livre qui concerne notre pensée et notre préoccupation constante. Il touche à ce qui nous fait souffrir. C'est l'histoire de l’homme couché : il ne se dérange pas, il regarde autour de lui, il se distrait de petites choses toujours pareilles. C'est Narcisse sans miroir. Il a un petit domaine qui ne lui plaît pas, et il n'en sort pourtant point. Il aime mieux s’y accommoder, et se figurer qu'il se l'est accommodé, il ne s'en va pas et il ne sait même pas pourquoi. Il est là, il y reste machinalement. C'est l'homme ordinaire, celui dont Emerson a tenté de nous montrer la consolante grandeur immanente. C'est l'homme du laisser faire, de l'accepté, de l’installé : c'est nous tous, dans notre profession et notre vie quotidienne. Et le désir de la Chimère de la Tentation, "des parfums nouveaux, des fleurs plus grandes, des plaisirs inéprouvés", ne tente personne de ceux à qui l'écrivain confie l'idée de Paludes. A quoi sert ce livre ? Nous acceptons tout ce dont vous voulez vous plaindre, lui disent-ils. Et puis d'abord, qu'est ce que vous voulez ? — Et de fait, il ne veut rien qu'autre chose, et tout l'autre chose que les autres lui proposent le laisserait insatisfait. Eux s'en contentent, et s'en fabriquent le bonheur coutumier : lui, non. Il a l'air compliqué et gobe-la-lune auprès d'eux et pourtant c'est le simple qu'il voudrait. Il ne sait pas…

"Des héros ! des héros ! et que tout le reste fût des levers de rideau !" s'écrie douloureusement Laforgue. Et il ne parle pas davantage. M André Gide aussi est l'homme qui voit tout en levers de rideau, en bagatelles, en corvées ennuyeuses, en amis trop connus, et qui ne voudrait pas user sa vie sans voir le héros au moins, s'il ne peut l'être. Mais il se tait comme Laforgue. Il regarde en soi même et ne dit plus rien. Il contemple les autres gesticuler. Il est presque humilié de leur gesticulation qui ne le contente point. Il est lui aussi l'homme couché : et nous le sommes tous, et le héros n’apparaît pas, et tout est identique…

J’aime Paludes comme tout ce qu'écrit M. André Gide, parce que cela vient d'une âme extrêmement fine, hautaine et souffrante, et qu'il y a éparses dans ses livres quelques unes des choses du cœur que nous aurions tous voulu dire aux grandes minutes passionnées de notre vie. C'est le caractère spécialement prenant de son œuvre, qu'elle naît du dedans, intensément. C'est très difficile, littérairement parlant, d'imaginer, de construire et d'écrire ce petit livre apologique, et il est fait avec un charme et une légèreté que peu d’entre nous ont connus. Mais on ne s'en aperçoit même pas, tant on va d’un bout à l'autre avec l'impression qu'il faut ici s'occuper non d'un talent, mais d'une âme. Je ne sais rien qui soit plus attachant que ce caractère : c'est ce que je me figure par le mot simplicité. Avec sa nervosité, ses violences, ses lassitudes, son ennui et son ironie, Paludes est un livre qui dit simplement des choses simples, les choses de l'ordinaire qui sont notre chagrin permanent, les choses quotidiennes qui font mal..."

En juillet 1921, Valery Larbaud se charge de l'annonce de la ré-édition dans la NRF :

"Cette nouvelle édition de Paludes va permettre au grand nombre de lecteurs qu'André Gide s'est acquis depuis la publication de La Porte étroite, de faire connaissance avec la plus importante de ses œuvres antérieures aux Nourritures terrestres.

Nous venons de la relire, — dans notre vieil exemplaire du Mercure de France, — après vingt années écoulées et avec "toute cette cynique et sombre connaissance de ce qui arrive et de ce qui doit arriver, avec toute l'expérience et toute la méfiance, et toutes les désillusions amassées" au cours de ces vingt années : une sévère épreuve à faire subir à un livre écrit il y a vingt-cinq ou vingt-six ans, et par un jeune homme.

Eh bien, notre toute première impression a été que, d'abord, pour être daté de 1896, Paludes ne date guère (et pourtant Dieu sait dans quelle espèce de charabia prétentieux il était de mode d'écrire alors, et de quels dangereux exemples Gide était entouré !) — et ensuite que, pour être l'ouvrage d'un homme de moins de vingt-cinq ans, il témoigne d'une remarquable maturité d'esprit. Même, nous avons eu le sentiment que, lors de notre première lecture (vers l'époque de notre majorité légale), un certain nombre de choses avaient dû, faute de maturité chez nous, échapper à notre attention ; par exemple, des passages comme celui-ci : "Hubert n'a rien compris à Paludes ; il ne peut se persuader qu'un auteur n'écrive pas pour distraire, dès qu'il n'écrit plus pour renseigner. Tityre l'ennuie ; il ne comprend pas un état qui n'est pas un état social ; il s'en croit loin parce qu'il s'agite." Les observations d'ordre général contenues mais non directement exprimées dans ces phrases se suivaient de trop près pour que nous eussions le temps de nous y arrêter. Et pourtant, nous savions déjà si bien que la poésie n'a pour fonction ni de renseigner ni de distraire, et nos pensées ordinaires planaient, alors, à tant de lieues au-dessus de tout état social ! Mais c'est que la vie ne nous avait pas encore appris à découvrir dans les livres ces formules algébriques où les moralistes ont su la condenser : nous ne suivions plus. Mais à quoi bon essayer de retrouver l'état d'esprit dans lequel nous étions, nous les jeunes contemporains d'André Gide, à l'époque où nous avons lu pour la première fois Paludes ? Qu'il nous suffise de dire tout de suite que cette seconde lecture, plus attentive, plus reposée, plus critique, nous a été encore plus agréable et même, oui, plus profitable que la première.

C'est un livre charmant. Pour la désinvolture, l'aisance distinguée, l'élégance dans le laisser-aller, je ne trouve à lui comparer — parmi ses contemporains — que les livres de Jean de Tinan, et pour la vivacité et le bonheur du dialogue, que ceux de Mme Colette. Tout y marche si allègrement qu'on ne cesse guère de sourire, et parfois même on ne peut s'empêcher de rire tout haut, comme à ce passage, d'une absurdité exquise :

"Tu me rappelles ceux qui traduisent : "Numero Deus impare gaudet", par : Le numéro Deux se réjouit d'être impair, et qui trouvent qu'il a bien raison. Or s'il était vrai que l'imparité porte en elle quelque essence de bonheur, — je dis de liberté — on devrait dire au nombre Deux : mais, pauvre ami, vous ne l'êtes pas, impair ; pour vous satisfaire de l'être, tâchez au moins de le devenir."

A ces qualités s'ajoute une espèce de malice, ou de taquinerie, à laquelle André Gide ne devait jamais complètement renoncer dans la suite, et qui est une des caractéristiques de son style. Cette malice, plus abondante ou plus visible dans Paludes que dans aucun autre livre de Gide, se manifeste tantôt par la recherche, pour le plaisir de les franchir, des obstacles que présente la syntaxe, tantôt par une manière aisée et naturelle d'être difficile et de paraître artificiel, tantôt enfin par des caprices déroutants, comme celui qui l'a fait placer tout à la fin de son livre, en post-face, ce qui en est réellement l'argument, la préface et l'explication :

"Il fallait, resongeant de là-bas à Paris, à cette agitation sur place, à cette localisation du bonheur, à cette myopie des fenêtres, à ces contrôles du plaisir, à cette interception du soleil..., il fallait certes que lui-même [l'auteur] en fût loin et depuis longtemps, pour songer même à en sourire...
... Il trouva du même coup ridicule également le contrôlé, le contrôleur, celui qui veut lever les contrôles, et celui qui ne sait pas y échapper."

Tel est en effet le "sujet" de Paludes, qui est, bien plutôt qu'un roman, une comédie morale, et dont la donnée initiale, la situation, est beaucoup plus près du théâtre que de toute autre forme littéraire. Paludes est l'histoire d'un monsieur qui est en train d'écrire un livre intitulé Paludes, et qui en parle à tout le monde, et qui le soumet, à mesure qu'il l'écrit ou l'imagine, au jugement de ses amis et connaissances. Or, les deux seuls ouvrages (à ma connaissance) qui ont une donnée analogue, sont The Rehearsal, et The Critic de Sheridan. Et c'est comme une comédie qu'il faut lire Paludes.

Une des surprises de notre re-lecture a été le personnage d'Angèle. Nous ne l'avions pas aussi bien discerné, la première fois. Peut-être parce que Gide s'est amusé à le dessiner, pour ainsi dire, en silhouette blanche sur un fond de hachures. Mais qu'il est bien venu ! Quelle gentille Française, quelle aimable petite femme de Paris ! Nous n'avions pas su voir, autrefois, que c'était précisément ce fait d'être quelconque qui lui donnait toute sa valeur, son caractère national et local : la grâce et l’affinement, sans plus. On comprend qu'André Gide lui ait été fidèle, et qu'il lui adresse encore de ces lettres, qu'elle lit, nous pouvons en être sûrs, comme la Serena Bruchi de W. S. Landor, "depuis le commencement jusqu'à la fin".

Nous nous demandons aujourd'hui, en 1921, comment il a pu se faire qu'un livre si amusant, parfois si drôle, et si franc de maniérisme et d'esprit de coterie, et qui contient, avec un certain nombre de personnages divertissants ou sympathiques (entre autres "notre jeune ami Tancrède") un type de jeune femme si réussi, n'ait pas donné immédiatement à André Gide, auprès du public, la situation qu'il n'a obtenue qu'après L'Immoraliste et La Porte étroite. Mais c'est là une question qui se pose et se posera toujours, à propos de beaucoup d'autres livres, tout au long de l'histoire littéraire : comment se fait-il que les ouvrages les meilleurs et les plus importants ne sont reconnus, à leur apparition, que d'une partie si restreinte du public qui lit ?

En ce qui concerne Paludes, on peut répondre : que ce livre était trop en avance sur le goût moyen de l'époque où il parut ; qu'au point de vue esthétique, il s'écartait trop définitivement du Réalisme, dont les formules étaient familières au public, et de l'école du roman psychologique encore en pleine floraison (c'était plutôt aux contes philosophiques du XVIIIe siècle qu'il fallait remonter si on voulait absolument trouver à Paludes quelque ancêtre). Mais surtout, ce livre traitait, poétiquement, de certains problèmes qui n'avaient encore commencé à préoccuper qu'un petit nombre d'esprits, et seulement parmi les très jeunes gens. Et il donnait une solution à ces problèmes. En effet, « le contrôleur, le contrôlé, celui qui veut lever les contrôles, et celui qui ne sait pas y échapper » sont également ridicules et font les frais de cette jolie comédie. Mais n'est pas ridicule celui qui échappe aux contrôles malgré lui, parce qu'il ne peut pas ne pas y échapper, parce qu'il ne peut pas faire autrement, — celui qui, dès qu'il est libre, sort de Paris parce qu'il est comme aspiré par les gares, entraîné par les grands "rapides", — celui qui échappe aux contrôles parce que c'est sa destinée, et qui, ou bien ne s'aperçoit même pas qu'il y échappe, ou bien regrette d'y échapper et s'en excuse, et pense que "c'est mal". C'est à ce dernier que va la sympathie d'André Gide, parce qu'il y a dans ce personnage un conflit dramatique qui l'intéresse, et l'intéressera toujours ; et c'est essentiellement ce qu'un jeune critique espagnol, M. Marichalar, appelait récemment "le paludisme d'André Gide". Avec ce personnage-là finit la comédie, et une autre histoire commence : celle des Nourritures terrestres."