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mercredi 27 avril 2011

Quatre parutions

Le numéro 32 de la revue internationale de critique génétique GENESIS est consacré aux « journaux personnels » sur papier, en ligne, vrais ou faux, genèse permanente et objets de la critique génétique... Avec un entretien de Martine Sagaert avec Catherine Viollet sur Les manuscrits du Journal d'André Gide.


François Ouellet, professeur au département des arts et lettres et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur le roman moderne, vient de publier deux ouvrages aux éditions Nota bene dont En marge. Relire vingt-cinq romanciers méconnus du XXe siècle, sur ces auteurs qui habitent l'ombre et la marge, comme Pierre Herbart, René Boylesve, Jean Paulhan, Jean Prévost, Jean Schlumberger... (Textes de Patrick Bergeron, Roland Bourneuf, Bruno Curatolo, Hélène Gaudreau, Patrick Guay, François Lermigeaux, François Ouellet, Jacques Poirier, Paul Renard et Philippe Wah).
Présentation de François Ouellet :

Que ce soit par tempérament ou malgré eux, les romanciers français que nous présentons ici ont en commun de se situer en marge, à la lisière de la métropole littéraire, dans les banlieues souvent grises du texte, tristes dortoirs de second rayon. Bien que plusieurs de ces romanciers aient bénéficié d'un succès d'estime auprès de leurs pairs, la hauteur symbolique des grandes avenues urbaines de l'institution littéraire les confine dans l'ombre ; ils habitent donc aujourd'hui les marges des grands auteurs : Pierre Herbart celles de Gide, Raymond Guérin celles de Céline ou Alexandre Vialatte celles de Kafka; les marges des ouvrages d'histoire littéraire, où dans le meilleur des cas ils sont seulement mentionnés au passage; les marges éditoriales, car lorsqu'ils sont réédités, c'est habituellement dans la collection «L'Imaginaire» plutôt que dans «Folio» et chez de «petits éditeurs» comme Le Dilettante, Le Temps qu'il fait, Le Passeur à Nantes ou Finitude à Bordeaux.

La littérature ne désigne pas seulement les textes que nous lisons, mais aussi le système qui la fait vivre, système régulé par les modes et les idéologies, les opinions et les passions. Elle est donc aussi affairede classe — mais elle le serait de moins en moins —, dont les catégories sont au moins tripartites : la haute, occupée disons par les « classiques »; la mitoyenne, habitée par les écrivains méconnus, dont les œuvres ne sont pas reconnues à leur juste valeur; la basse, sans doute la plus populeuse, que nourrissent les écrivains oubliés et qui, pour la plupart, ne peuvent guère espérer de promotion. Comme dans toute société, les changements de classe sont possibles : il arrive en effet qu'un parfait oublié devienne un grand méconnu (Emmanuel Bove), qu'un méconnu — mais cela est plus rare — parvienne patiemment à se hisser parmi les classiques (Stendhal) ou encore qu'un classique soit retrogradé (disons Romain Rolland). Du reste, les frontières sont rarement étanches, des flottements existent et certains écrivains ne trouvent jamais tout à fait leur place — et c'est tant mieux, cela prouve que la littérature est vivante.



Après sa remarquable édition de la Bibliographie des Editions de Minuit, parue l'an passé, Henri Vignes s'est attaché avec Pierre Boudrot à faire une histoire des premiers temps de la future maison Gallimard à travers le seul filtre des livres qui paraissent au cours de la première décennie de son existence : Bibliographie des Éditions de la Nouvelle Revue française (26 mai 1911 – 15 juillet 1919); toujours aux Editions Cendres.

Présentation de l'éditeur :
Avant l’établissement de la « maison Gallimard » en juillet 1919, les Éditions de la Nouvelle Revue française, issues de la célèbre revue éponyme, ont publié une centaine d’ouvrages à partir de mai 1911, à l’initiative d’André Gide, Jean Schlumberger, Jacques Rivière et Jacques Copeau, et avec l’appui financier de Gaston Gallimard : Proust, Claudel, Valéry figurent à leur catalogue, ainsi que Suarès, Fargue, Larbaud, Saint-John Perse et Drieu la Rochelle.
Avec le renfort des correspondances échangées par ses différents protagonistes, la présente bibliographie retrace cette aventure intellectuelle et humaine, à l’origine d’une extraordinaire réussite culturelle et commerciale. Ces années d’apprentissage témoignent de la rationalisation de pratiques éditoriales qui resteront en usage pendant une grande partie du siècle, tandis que s’élaborent les codes de la bibliophilie moderne, appelée à un formidable essor dans l’entre deux-guerres.
Après une introduction historique, la bibliographie décrit de manière chronologique les 111 titres parus en précisant les variantes de leurs différents tirages. Suivent en annexe une bibliographie, le corpus des correspondances et journaux littéraires sur la période, et l’index des auteurs, préfaciers et traducteurs, des dédicataires, des titres, des imprimeurs et des genres.


ISBN : 978-2-86742-182-2


Un dernier mot enfin pour vous signaler le nouveau livre de David H. Walker : Consumer Chronicles. Cultures of Consumption in Modern French Literature, ou comment dresser une histoire de la société de consommation française à travers les témoignages littéraires tirés de Huysmans, Balzac, Zola, Céline ou Gide.

Présentation de l'éditeur :

The consumer revolution, extending market forces into every area of social and private life, has been perceived as a challenge to core elements in French culture, such as traditional artisan crafts and small businesses. Historians and sociologists have charted the increasing commercialisation of everyday life over the twentieth century, but few have paid systematic attention to the crucial testimony provided by authors of fiction. Consumer Chronicles offers close readings of a series of novels, selected for their authentic portrayal of consumer behaviour, and analysed in relation to their social, cultural and historical contexts. Walker’s study, offering an imaginative interdisciplinary panorama covering the impact of affluence on French shoppers, shopkeepers and society, provides telling new insights into the history and characteristics of the consumer mentality.

"A work of impeccable scholarship, and possesses the virtues of ample illustration, detailed demonstration, and the relentless, exhaustive pursuit of a single broad topic." Professor David Bellos, Princeton University



samedi 13 novembre 2010

Gay Icon Project à Sheffield

Le Gay Icon Project de l'Université de Sheffield, et qui s'y déroule en novembre et décembre, accueille le professeur David Walker pour une soirée consacrée à André Gide le 8 décembre prochain (la précédente est consacrée à Oscar Wilde). On remarquera que les organisateurs n'ont pas classé la manifestation dans la catégorie « littérature » mais dans « impact social ». 


mercredi 14 octobre 2009

V. Gide et le réalisme social (Colloque Gide à la BnF)

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Au tour de David H. Walker, professeur à l'université de Sheffield, de prendre la parole sur le thème : «Gide et le réalisme social». L'auteur aux «personnages égoïstes» a «longtemps évacué le réalisme social des fictions». Pour des questions d'art, de stratégie ou d'évolution d'une pensée qu'il était trop tôt de noter et de figer.
Comme Jean-Michel Wittmann l'avait démontré plus tôt, un jeu intertextuel permet toutefois au lecteur «de rétablir la vérité qui échappe au protagoniste», quand ce n'est pas simplement l'ironie. David H. Walker se penche alors sur un chapitre évacué de Geneviève qu'on peut lire dans la nouvelle édition de la Pléiade (En marge de Geneviève, Une suite abandonnée, tome 2, pp. 880- 907).
Dans ce chapitre Gide «va au-delà des cercles de la richesse» : Geneviève évoque comment elle se partage entre Walter, peintre en vue, et Sylvain, prote linotypiste. Et permet à Gide une incartade dans ce monde autour duquel il tournait depuis longtemps sans oser entrer. L'amorce d'un chapitre que la Petite Dame juge inintéressante alors que Roger Martin du Gard en espère beaucoup... Gide abandonnera finalement le récit de Sylvain, part sociale de la chronique d'une famille bourgeoise commencée avec l'Ecole des femmes.
Dans Robert ou l'intérêt général, Gide va pourtant se livrer à une «anatomie de la classe bourgeoise». « Gide ne versera jamais dans le réalisme social mais apportera la critique du capitalisme », note David H. Walker. Gide y reprend aussi l'idée de la fausse-monnaie sans en exclure cette fois la dimension sociale.
Et déjà, dans l'Ecole des femmes, Gide n'avait-il pas analysé un mouvement de l'histoire du capitalisme, « ce grand tournant bourgeois qui tourne le dos aux valeurs immobilières et se dirige vers les actions en bourse » ? David H. Walker voit là le pendant à la ballade des biens immeubles des Nourritures terrestres...
J'ai oublié de mentionner que la communication de David H. Walker, faite au galop, s'ouvrait sur un rapport de police du 11 juillet 1934 informant les autorités que Gide «songe à briguer un siège aux législatives». Renseignement trop général; Gide n'est jamais là où on l'attend : s'envolant pour l'URSS alors que paraît Geneviève, le Retour de l'U.R.S.S. compromet l'achèvement de sa troisième partie.
Pour la suite et fin du compte-rendu de ce colloque, c'est par ici...