Après avoir échangé des lettres
(L'Ermitage, 1898-1900) et des billets (NRF, 1921) avec
Angèle*, Gide envoie des Lettres à « des êtres réels » via la NRF, à
partir du numéro du 1er juin 1928. L'événement est assez important
pour ouvrir un sommaire qui se poursuit avec Le village indien
d'Hemingway, la fin de La Gonfle, farce paysanne de Roger
Martin du Gard, Le mystère Laïc de Cocteau ou la suite des
Conquérants de Malraux (Gide continue aussi de tenir dans ce
numéro sa Chronique des faits-divers).
La première de ces
Lettres est
adressée à Jean Paulhan et annonce le programme de cette nouvelle
série qui prendra fin en janvier 1929, avec les lettres à
René Schwob et à
François Porché :
LETTRES
1.
A JEAN PAULHAN
Paris, le. 25 avril 1928.
Mon cher ami,
Depuis plus d'un an, la Nouvelle Revue
Française inscrit à son programme des Lettres d'André Gide.
Je me suis longtemps demandé ce que promettait cette annonce. Mais
voici que Paul Souday, dans un récent article, parle élogieusement
d'une lettre de moi à François Mauriac, parue dans une
publication du Capitole ; j'ai pensé qu'elle intéresserait,
peut-être, ceux de nos lecteurs qui ne la connaîtraient pas encore,
et que j'y pourrais joindre une seconde, également adressée à
Mauriac, au sujet de sa Vie de Racine. André Rouveyre, dans
une récente chronique dramatique, cite une lettre que je lui écrivis
à propos de l'absurde querelle soulevée contre Paul Valéry. J'ai
pensé qu'elle était de sorte à n'intéresser pas seulement les
lecteurs du Mercure, et que j'y pourrais joindre une nouvelle
lettre à Rouveyre sur le même sujet. J'ai pensé que, dans les
numéros suivants de la N. R. F., je pourrais livrer de même
certaines lettres dont le caractère privé n'exclut pas l'intérêt
général. Dans l'Ermitage et dans les premiers numéros de la revue
que vous dirigez aujourd'hui, j'adressais ainsi des lettres
ouvertes à une Angèle imaginaire. Le caractère un peu factice de
cette fausse correspondance me gênerait aujourd'hui ; il m'apparaît
préférable de m'adresser à des êtres réels. Je retrouve dans mes
tiroirs d'anciennes lettres non envoyées ; j'en ressortirai
peut-être quelques-unes. J'en pourrai donner certaines autres dont
je me trouve avoir gardé le double, sans du tout songer pourtant à
cette publication ; d'autres enfin, qui ne sont pas encore écrites,
des lettres à n'importe qui...
Ceci me permettra de tenir votre
imprudente promesse.
Il nous a semblé intéressant de
donner dans de prochains billets ces lettres parues dans la NRF :
Août 1928 : à André Gide [lettre de Rouveyre en réponse à celles parues en juin], Réponse ouverte, A André Gide [lettre ouverte de Rouveyre en réponse aux mêmes], à André Rouveyre [extraits de lettres de Gide à Rouveyre et 1923 et1924 publiés par Rouveyre dans l'appendice de Le reclus et leretors,] I. 2 juin 1923, II. 9 juin 1923, III. 10 juin 1923, IV. 12 avril 1924,
V. Cuverville, 31 octobre 1924, VI. Cuverville, 5 novembre 1924, VII. Cuverville, 10 novembre 1924, VIII. Cuverville, 22 novembre 1924, IX. Cuverville-en-Caux, vendredi, X. 14 décembre1924
[Dans le numéro de décembre 1928, Gide
donne des Feuillets.]
Ainsi s'achèvera cette série de «
lettres ouvertes », Gide ne reprenant la plume que dans la NRF
d'avril 1929 avec des Pages retrouvées, où l'on s'amusera à
lire un brouillon du Journal et des Feuillets de
1929, avec notamment cette première version d'une phrase qui
deviendra célèbre : « Quand les gens intelligents font les bêtes,
il est naturel qu'ils y réussissent mieux que les sots. »**
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** Qui deviendra : « Quand les gens intelligents se piquent de ne pas comprendre, il est tout naturel qu'ils y réussissent mieux que les sots. » en ouverture des Feuillets de 1929.