lundi 15 novembre 2010

BAAG n°168

Le Bulletin des Amis d'André Gide d'octobre 2010 vient d'arriver, avec le cahier annuel consacré à la Correspondance Gide-Amrouche (établie par Pierre Masson et Guy Dugas, aux Presses Universitaires de Lyon).

Le BAAG est disponible par abonnement et envoyé aux membres de l'Association des Amis d'André Gide.
Abonnement au Bulletin seul (4 numéros/an) : 28€ (abonné étranger : 36€ )
Cotisation annuelle (4 bulletins + cahier annuel) : 39€ (adhérent étranger : 46€)
Plus d'informations sur cette page de Gidiana.



Au sommaire de ce BAAG n°168 :

- André Gide, être en dialogue. Le corps de l'écriture dans sa permanente résurrection, de Carmen Saggiomo.

- Gide 43-44 ou Du danger de publier son Journal en temps de guerre, de Pierre Masson.
Petit complément qui aide à situer la correspondance Gide-Amrouche, publiée par le même Pierre Masson et Guy Dugas aux PUL : opérations littéraires sur le front intellectuel et manœuvres gidiennes depuis l'Afrique du Nord, agrémentées de lettres inédites.

- La famille Gide n'a pas dit son dernier mot, de Yvonne Gide.
Récit de sa rencontre avec André Gide, avec une introduction généalogique d'Alain Goulet. Yvonne Gide compare très drôlement Gide à Michel Onfray qui dans ses récents livres sur la psychanalyse freudienne et non-freudienne oublie tout de même de citer l'avant-propos de Paludes.

- Une lettre.
Lettre reçue par Catherine Gide qui témoigne de l'importance d'André Gide dans la vie d'un de ses lecteurs.

- Robert Levesque : Journal (septembre - novembre 1949)

- Les Dossiers de presse des livres d'André Gide : La Symphonie pastorale, VII (Serge Demidoff, Harry Morton, Les Treize, Louis-Raymond Lefèvre, Fernand Vandérem, Jean-Jacques Brousson, René Gillouin, Berthelot Brunet, Jacques Patin)

- Chronique bibliographique, chronique de la visite des Amis d'André Gide à La Roque-Baignard en juin 2010, par Pierre Lachasse.

Gide et la musique sur France Culture

L'émission de France Culture "Je l'entends comme je l'aime" recevait hier Eric Marty et Michel Drouin pour évoquer Gide musicien et mélomane, amateur de Chopin, bien entendu... On peut encore écouter l'émission ici.

Présentation du site de France Culture :

"Si André Gide nous semble aujourd'hui comme un monument bien sage de l'histoire littéraire, on oublie qu'il fut la grande référence intellectuelle de la première moitié du XXe siècle. On oublie aussi les multiples dimensions de cette personnalité qui dérangea bien des conformismes littéraires, politiques et sexuels. Parmi ses facettes, le goût pour la musique fut une constante. Gide a été un excellent pianiste et ses réflexions musicologiques mêlent une grande culture aux émotions et elles définissent un certain idéal esthétique. Plus qu'aucun autre compositeur, c'est Chopin qu'il a joué et commenté tout au long de sa vie. Entendre Gide musicien permet de découvrir l'ambition musicale de son œuvre.

Michel Drouin, historien, et petit neveu d'André Gide
Eric Marty, professeur de littérature française à l'université de Paris 7, éditeur du Journal de Gide (La Pléiade) et auteur de Gide, qui êtes-vous?

Vous pourrez entendre au cours de l'émission :

- Prélude n°1 en ut majeur op 28 de Frédéric Chopin, interprété par Alexandre Tharaud
- Choral de César Franck, interprété par Aldo Ciccolini
- Iberia d'Isaac Albeniz, interprété par Alicia de Larrocha
- 1er nocturne de Gabriel Fauré, interprété en studio par Agnès Olier
- Le clavier bien tempéré BWV 848 de Jean-Sébastien Bach, interprété par Sviatoslav Richter"

Emmanuel Carrère n'est pas sûr...

Télérama n° 3174, du 10 novembre 2010, publie un dossier sur le phénomène Houellebecq. Catherine Millet est invitée à donner son avis sur le récipiendaire du prix Goncourt, comme Emmanuel Carrère qui le verrait bien jouer le rôle de "contemporain capital" comme on le disait pour... qui ça déjà ?

dimanche 14 novembre 2010

Camus philosophe




Albert Camus philosophe
: c'est le titre d'une très prometteuse conférence qu'organise l'association "Mai pourquoi ?" le vendredi 19 novembre à 18h30 à Nogent-le-Rotrou, en Eure-et-Loir, avec Eugène Kouchkine, de l'Université d'Amiens et membre de la Société des Etudes Camusiennes. Je vous renvoie au blog de l'association pour plus d'informations.

Albert Camus philosophe, c'est également le sujet sur lequel travaille actuellement Michel Onfray, qui est précisément évoqué dans le BAAG n°68 d'octobre sur lequel je reviendrai demain... Je vous invite aussi à consulter cet ancien billet sur Jules Bloy qui évoque Camus et cet autre à partir du livre Les mythes dans l'œuvre de Camus de Monique Crochet.

Les ressources en ligne (onglet en haut de cette page sous le titre du blog) vous fourniront quant à elles un lien vers une étude de Raymond Gay-Crosier intitulée André Gide et Albert Camus : Rencontres, parue dans Études littéraires, vol. 2, n° 3, 1969, p. 335-346.

samedi 13 novembre 2010

Gay Icon Project à Sheffield

Le Gay Icon Project de l'Université de Sheffield, et qui s'y déroule en novembre et décembre, accueille le professeur David Walker pour une soirée consacrée à André Gide le 8 décembre prochain (la précédente est consacrée à Oscar Wilde). On remarquera que les organisateurs n'ont pas classé la manifestation dans la catégorie « littérature » mais dans « impact social ». 


mardi 9 novembre 2010

Fruits of the Earth

Alan Sheridan (André Gide : a life in présent), et Patrick Pollard (André Gide, Homosexual Moralist) évoquent Les Nourritures terrestres dans l'émission Centurions de BBC Radio 7 diffusée le 4 novembre dernier. Plus que deux jours pour écouter ici leur échange...

vendredi 5 novembre 2010

The Vatican Cellars : un groupe pop anglais

Un flyer très amusant pour la sortie de l'album
"The Same Crooked Worm"

Le nom de ce groupe anglais aura bien entendu retenu notre attention... Ainsi que leur très amusant flyer qui reprend la couverture du "Penguin Modern Classics" de Straight is the gate et The Vatican Cellars dans la traduction anglaise de Dorothy Bussy.

Un album très agréable à écouter, d'une "pop" anglaise très classique, aux arrangements soignés, aux textes plutôt pas bêtes, une voix et un style entre une nonchalance à la Morissey et des échos de Divine Comedy. On peut écouter quelques morceaux sur le Myspace du groupe et télécharger deux titres sur le site wiaiwya.


Lecture à Angers

La bibliothèque municipale d'Angers fête actuellement le bicentenaire de Chopin. Et samedi 27 novembre de 16h15 à 17h15, le comédien Philippe Mathé du Bibliothéâtre lira les premières pages d'une œuvre de Gide (l'œuvre surprise choisie est annoncée à chaque début de l'heure). Je vous recommande d'une façon plus générale les lectures, spectacles grand format et spectacles de poche de cette compagnie.

mercredi 3 novembre 2010

Vente de livres le 9 novembre

Une jolie vente de livres a lieu le mardi 9 novembre à 14h à la salle Rossini, 7, rue Rossini, Paris 9e (exposition le 8 novembre de 10h45 à 18h et le 9 novembre de 10h45 à 12h). Beaucoup de belles éditions bien illustrées et quelques éditions originales dont celle des Faux monnayeurs. Le catalogue complet est disponible ici, d'où je tire quelques descriptifs de lots alléchants :

André GIDE
Les Faux-monnayeurs
(Paris, NRF, 1925).
In-4 - Broché.
Edition originale.
Un des 121 exemplaires réimposés sur papier vergé Lafuma Navarre.
Minimes piqûres à quelques feuillets.


Paul VALERY - [Gio COLUCCI]
Cimetière marin
Editions A l'enseigne de la Trirème - 1945.
In-4 - En feuilles, tirage limité à 160 exemplaires, 1/150 sur pur chiffon non numéroté, chemise, étui, dédicacé pour monsieur Cabrol par l'illustrateur.
Ouvrage illustré de 15 pochoirs en couleurs

Paul VALERY - [Maurice Elie SARTHOU]
Regards sur la mer
Editions Vialetay - Paris, 1966.
In-folio, en feuilles, chemise.
Tirage 151 exemplaires, I / XXV (n° I) sur japon nacré réservé aux collaborateurs.
18 lithographies originales en double page.
Joint deux cartes écrites par Dora Sarthou relatives à l'ouvrage et adressées à Jacques et Jacqueline Vialetay et une grande composition en double page à l'aquarelle et gouache non retenue pour cet ouvrage.
Provenance bibliothèque Vialetay.

LOUYS (Pierre).
Aphrodite, Moeurs antiques.
Paris, A. et F. Ferroud - 1909.
In-4 - Maroquin parme, sur le premier plat encadrement mosaïqué orné de roses, miroir, collier, et peigne décoré, dos orné d'un paon doré, guirlande de fleurs et papillons mosaïqués au second plat, encadrement intérieur avec filet et fleur de lotus aux angles, doublure et gardes de soie brochée
(Flammarion-Vaillant).
43 compositions de Raphaël Colin, dont 5 hors texte, gravées sur bois en couleurs par Ernest Florian.
Tirage à 497 exemplaires, celui-ci sur Japon impérial.
Jolie reliure mosaïquée.

Stéphane MALLARME - [Albert AYME]
L'Après-midi d'un faune.
Aux dépens d'un amateur - 1966.
In-folio, en feuilles, dans son emboîtage d'éditeur orné et signé par Albert Aymé.
Tirage à 60 exemplaires numérotés sur papier pur chiffon.
25 aquarelles et texte en sérigraphie 4 couleurs, 5 gravures originales en relie

mardi 2 novembre 2010

"Edmond m'apporte une paire de sabots neufs"


Il y a quelques semaines Jean-Claude Guédon nous signalait un problème de cahier manquant dans une ancienne édition des Romans et récits de la Pléiade. Ce professeur de littérature comparée à l'Université de Montréal et grand défenseur de la libre diffusion des connaissances scientifiques sur le web se trouve être également l'arrière-petit-fils d'Edmond Guédon, jardinier de Gide à Cuverville.

Jean-Claude Guédon a accepté de partager avec nous une lettre autographe de Gide, adressée à son arrière-grand-mère, épouse d'Edmond Guédon, à l'occasion de la mort de celui-ci. Je le remercie très chaleureusement pour son autorisation de publier cette lettre émouvante, ses encouragements et son combat pour le partage du savoir !

Voici aussi l'occasion de faire revivre cette belle figure au travers du Journal de Gide, et qui donne lieu presque à chaque fois à de remarquables entrées de ce Journal – la taille des espaliers me semble notamment une intéressante parabole botanique dont Gide a le secret et l'épisode du prisonnier Allemand à ranger avec ce que Roger Stéphane nomme « la course à la preuve » du Foyer Franco-Belge dans l'évolution du patriotisme gidien...



 Lettre autographe d'André Gide à la veuve d'Edmond Guédon
(Archives familiales de Jean-Claude Guédon, encore merci à lui !)



« Edmond m'apporte une paire de sabots neufs. Travaillé avec lui à la taille des pruniers. » (Journal, 3 mars 1916)

Edmond, c'est Edmond Guédon, jardinier au château de Cuverville. Une figure qui apparaît à plusieurs reprises dans le Journal, tout comme Louis Mius contre qui Gide peste ce même mois de mars 1916 :

« La taille de nos arbres fruitiers est terriblement en retard; la sève presse. Je m'y suis mis activement et chaque jour y ai passé près de quatre heures. Il me prend contre Mius de grandes rages à découvrir l'absurde disposition des espaliers. Comme il sacrifie tout à l'aspect et que le moindre vide le désoblige, il s'arrange de manière à ramener de n'importe où un rameau, pour suppléer à celui qui manque, et qu'il aurait dû savoir obtenir. Rien ne dira à quelles contorsions acrobatiques, à quelles saugrenues dispositions mes arbres se voyaient obligés par ce pauvre cerveau. Son rêve aurait été d'écrire son nom partout avec des branches; je retrouve sur les espaliers les formes de toutes les lettres de l'alphabet. Et, pour réobtenir aujourd'hui des dispositions un peu rationnelles, il faut oser de vrais saccages, dont les arbres ne se remettront pas de longtemps. » (Journal, 19 mars 1916)

Comment ne pas songer avec cet art de conduire les arbres à l'art qui consiste à amener les esprits à donner ce qu'ils ont de meilleur, quitte à élaguer, à couper dans le vif ? Dans son Anatomie d'André Gide, Roger Bastide l'exprime bien : « André Gide est plus jardinier qu’herboriste, et quand il soigne ses fleurs, c'est encore aux hommes qu’il pense et à la culture des âmes. »

« Il recommence à neiger. Continué néanmoins la taille des arbres, avec Edmond. Je prends à ce travail un intérêt toujours plus vif, à mesure que je sens que je le fais mieux. Je reviens même à certains arbres dont la taille me semblait, à la revoir, insuffisante. Avec quelle attention je vais suivre la pousse du printemps. » (Journal, 26 mars 1916)

Gide a une affection particulière pour Edmond Guédon. Au détour de l'évocation de « D. », un « homme de peine », Gide explique ainsi : « J'avais pour lui cette sorte d'amitié que je n'ai plus, dans tout le pays, que pour notre vieil Edmond […]. » (Journal, 1er août 1930). Il note aussi l'été 1930 :

« J'ai plaisir à causer avec Edmond, notre jardinier; mais il vieillit; il se plaint de douleurs, de démangeaisons, d'insomnies.
– L'appétit ?
– Oh ! Ça, l'appétit tient toujours. C'est ce que je répétais au docteur : « Quand je serai mort, je mangerai encore. – Vieux gredin ! » qu'il m'a dit. » (Journal, 21 juillet 1930)

On sait aussi que Madeleine était très attentive aux nombreux jardiniers, hommes de peine, domestiques et fermiers de Cuverville. Edmond l'appelait-il « Madame Gilles » comme Gide s'en amuse parfois chez les autres habitants des environs ? Elle essaie en tout cas de lui remonter le moral :

« Edmond, notre jardinier, a depuis quelque temps mauvais sommeil. Les rhumatismes le font souffrir et on ne sait quelle inquiétude nerveuse, quasi morale, le tient éveillé. Ses nombreux enfants sont pourtant tous en bonne santé, heureux; leurs nouvelles familles prospèrent, lui-même a toujours fait de son mieux; mais cette âme simple et honnête craint toujours d'être au-dessous de sa tâche, d'avoir oublié quelque chose, d'être en reste. Et lorsqu'il s'endort aussitôt, fatigué par sa journée de travail, il se réveille dès avant l'aube, beaucoup trop tôt, se lève, se recouche, s'agite.
– C'est aussi les oiseaux qui me réveillent quand ils commencent à crier, dit-il à ma femme. Celle-ci proteste :
– Mais, Edmond, les oiseaux ne crient pas, les oiseaux chantent. Puis elle ajoute : Et vous ne trouvez pas beau qu'ils soient toujours de bonne humeur ? Alors, lui, l'air bougon :
– Eh bien ! On peut dire qu'ils en ont de la chance, ceux-là ! » (Journal, 1er août 1930)

Toute l'humanité d'Edmond se retrouve dans le fameux épisode du prisonnier allemand qui travaille à Cuverville en octobre 1916. Le sourire d'Edmond et le sourire du prisonnier semblent jeter un pont entre les peuples, un pont par-dessus l'incompréhension de Valentine et toutes les incompréhensions que Gide tâchera plus tard de lever :

« La pluie tombe avec abondance et les gouttières sont encombrées de feuilles mortes. Mais, pour dresser la grande échelle, Edmond avait besoin d'un coup de main. On se décide à appeler à la rescousse le prisonnier unique qui travaille à côté, dans la cour des Freger. Je n'avais fait que l'entrevoir, perché sur un pommier dont il gaulait les pommes. Son aspect et l'expression de son visage m'avaient retenu de lui parler. C'est un Saxon, court et râblé, de 32 ans. Nous apprenons par Valentine, qui a engagé conversation, qu'il est cultivateur et père de trois jeunes garçons.
« Des futurs soldats », m'a-t-il dit tout de suite », ajoutait-elle avec indignation en rapportant ce mot qui semblait sorti de l'histoire romaine. Elle ajoutait : « Jamais un Français n'aurait dit ça. » — Tant pis !
Valentine cherche toujours beaucoup plus à se passionner qu'à s'instruire. Quand on lui demande de quels termes le soldat s'est servi, elle hésite; elle ne sait plus, on en vient à se demander si elle a bien compris.
Donc nous avons été chercher cet homme; qui, dans cette manœuvre difficile et même un peu périlleuse, car l'échelle n'en finit plus, se montre remarquablement adroit et fort. Edmond ne cache pas son épatement. Edmond a cinq fils sous les drapeaux, mais on voit bien tout de même que cet «ennemi» ne lui est nullement antipathique; il me l'exprime dans son langage hésitant, maladroit, confus; on voit qu'il a peur de dire des bêtises, peur de s'exprimer mal; mais pourtant, mis en confiance :
« II est tellement rapide ! Il allait trop vite, même... C'est un cultivateur, à ce qu'on dit... (Un long silence.) Oui; enfin, un homme comme nous. (Nouveau silence; puis, doucement, en souriant, mais tristement et comme tendrement :) Ces gens-là, ils ne demandent pas non plus à mourir... »
Dans la crainte alors qu'Edmond ne s'attendrisse à l'excès, je lui rapporte le mot du Saxon à Valentine; que d'abord il ne comprend pas. J'explique :
« Oui, de futurs soldats. Il veut dire : moi, je suis prisonnier; mais j'ai fait de la graine; j'en ai laissé trois là-bas, qui plus tard pourront me remplacer, me venger. »
Mais, tout en expliquant, je songe au sourire qu'avait cet Allemand tout à l'heure, en nous rendant service, à son regard — un sourire si enfantin, un regard si limpide — que je doute décidément si Valentine l'a bien compris. » (Journal, 28 octobre 1916)

En 1949, alors que Cuverville est désormais bien loin, Gide continue d'adresser ses vœux à la famille Guédon (le Robert mentionné dans la lettre est l'un des fils d'Edmond). Il apprend en ce début janvier la mort de son vieux jardinier et adresse à sa veuve le billet suivant (transcription de l'image plus haut)  :

«                                    12 janvier 49,

Les souhaits et les vœux que j'envoyais 
hier à Robert vont donc arriver trop tard :
le triste faire-part que je reçois ce matin
me l'apprend. La mort d'Edmond Guedon
m'émeut profondément : l'estime et 
l'affection que j'avais pour lui depuis 
ma première enfance n'avaient fait que
grandir avec l'âge et c'est de tout
cœur que je m'associe à votre deuil.
Avec mes sentiments fidèles 
et du fond du passé

                                       André Gide. »