25 nouveaux liens viennent de s'ajouter aux ressources en ligne, portant leur nombre total à 210 documents recensés sur la toile : articles de revues et journaux, thèses et mémoires. Ce dernier ajout comporte surtout des documents en anglais, portant à 32 le nombre total de ceux-ci.
Le premier lien vers un article en langue espagnol fait une prometteuse apparition en bas de page : Gide y Cernuda : el moralista y su discipulo, par Emilio Baron de l'Université d'Almeria. Toutes les langues sont les bienvenues : n'hésitez pas à me signaler vos textes ou ceux que vous pouvez découvrir sur internet.
Du côté des documents sonores, trois émissions de radio ont été ajoutées : Je l'entends comme je l'aime, autour de Gide et la musique, Partir avec... André Gide, sur les voyages en Afrique et en URSS à partir des entretiens avec Jean Amrouche, et Le livre du jour, chronique de France Info consacrée à la récente parution de André Gide ou la tentation nomade aux éditions Flammarion. Bonne écoute !
lundi 28 février 2011
Gallimard, 100 ans d'histoire littéraire
Après son Histoire de La NRF et le catalogue de l'exposition pour le centenaire de la revue intitulé En toutes lettres… Cent ans de littérature à La NRF (les deux chez Gallimard en 2009), l'historien maison Alban Cerisier signe, cette fois pour le centenaire de la maison d'édition un très bien fichu Gallimard. Un éditeur à l'œuvre, dans la collection Découvertes... des éditions Gallimard bien entendu.
Présentation de l'éditeur :
Une couverture souvent imitée, voire même plagiée... Je ne résiste pas au plaisir de vous scanner la couverture de cette petite étude de Maurice Marsalet parue en 1955 chez l'éditeur bordelais, spécialisé notamment en ouvrages régionalistes,Raymond Picquot (auteur d'une savoureuse autobiographie, Je suis libraire, aux Editions du Conquistador). Double liseré rouge à l'extérieur, liseré noir à l'intérieur, typographie bien différente et pourtant, au premier coup d'œil, ce André Gide l'enchaîné a quelque chose de familier...
Alban Cerisier, Gallimard. Un éditeur à l'œuvre,
coll. Découvertes Gallimard, 2011, Paris
Présentation de l'éditeur :
"Couverture ivoire à filets rouges et noirs, marquée du monogramme NRF, la collection Blanche inaugure en 1911 le comptoir d'édition d'André Gide et de ses amis.
La modeste association se développe sous l'impulsion de Gaston Gallimard, dont l'engagement et les choix seront toujours guidés par le désir de servir au mieux la littérature. L'entreprise Gallimard est transmise d'une génération à l'autre, avec des valeurs inchangées, " comme un serment qu'on s'est fait ". Riche de 40 000 titres, son catalogue réunit la plupart des grands auteurs contemporains : Claudel, Proust, Malraux, Faulkner, Queneau, Sartre, Camus, Hemingway, Borges, Yourcenar, Duras...
Dans une chronique au long cours, Alban Cerisier entraîne le lecteur dans les arcanes de la plus grande maison d'édition française indépendante"
Les mises en page sont toujours soignées, discutées,
surtout pour l'arrivée de Proust en 1917...
Dans l'hebdomadaire Télérama n° 3189 de cette semaine, Antoine Gallimard donne un long entretien à Nathalie Crom. On peut le lire sur le site de Télérama qui offre par la même occasion un documentaire télévisé tiré des archives de l'INA. Rappelons enfin que le mois prochain s'ouvre à la Bibliothèque nationale de France une exposition retraçant les 100 ans depuis la création du comptoir d'édition de Gaston Gallimard à partir de la NRF. Les trois premiers ouvrages parus sous la couverture blanche étaient Isabelle, de Gide, L'otage, de Claudel, et La mère et l'enfant, de Charles-Louis Philippe...
On dit que c'est Schlumberger, avec l'éditeur Verbeke,
qui a conçu la maquette de la Blanche
" La maquette de couverture a été conçue à l'occasion de la parution des trois premiers volumes de la collection par l'éditeur Verbeke à Bruges. On veille déjà au moindre détail, rien n'est laissé au hasard — on sait, depuis Mallarmé, ce que la poésie doit à la typographie, et inversement. La maquette fin ale relève d'un refus catégorique de traitement décoratif au profit d'une lisibilité intacte, privilégiant unité typographique et sobriété de la composition. Elle se rattache à celle de La NRF par son papier mat de couleur crème, par l'adoption d'une elzévirienne assez fine et allongée, aux contrastes de graisses peu marqués, et par l'impression en deux couleurs, rouge et noir. Elle en diffère cependant par le cadre à filet noir et double filet rouge.
Cette maquette sera stabilisée durant l'entre-deux-guerres, une fois le filet horizontal entre l'auteur et le titre supprimé, le monogramme NRF traité typographiquement (Garamond puis Didot italiques), le Didot gras adopté pour l'impression du nom de l'auteur et le titre et enfin les filets rouges et noir pro longés en dos. Au cours des années 1950 apparaissent les premiers résumés en quatrième page de couverture, en remplacement du cadre, du fleuron, du monogramme ou de l'extrait de catalogue, les bandes suivies de peu par les jaquettes, ou couvre-livres, illustrées et imprimées en couleurs (1961). Enfin, à partir de 1964, tous les volumes de la « Blanche » sont rognés et, partant, découronnés. La décennie 1980 verra une tentative d'adoption d'un papier satiné et brillant de type « kromekote », qui sera abandonné pour celui que nous connaissons aujourd'hui." (Gallimard, Les collections, La Blanche)
Une couverture souvent imitée, voire même plagiée... Je ne résiste pas au plaisir de vous scanner la couverture de cette petite étude de Maurice Marsalet parue en 1955 chez l'éditeur bordelais, spécialisé notamment en ouvrages régionalistes,Raymond Picquot (auteur d'une savoureuse autobiographie, Je suis libraire, aux Editions du Conquistador). Double liseré rouge à l'extérieur, liseré noir à l'intérieur, typographie bien différente et pourtant, au premier coup d'œil, ce André Gide l'enchaîné a quelque chose de familier...
samedi 26 février 2011
Le livre du jour sur France Info
(cliquer pour agrandir)
Le 24 février dernier, Le livre du jour de Philippe Vallet sur France Info était l'album André Gide ou la tentation nomade qui vient de paraître aux éditions Flammarion. Le chroniqueur donnait à cette occasion la parole à son auteur, Jean-Claude Perrier, qui explique comment il a eu accès de nombreuses archives inédites pour composer les différents thèmes/chapitres de cette plongée dans le voyage gidien. On peut encore écouter l'émission pendant quelques jour ici.
Beigbeder relit Paludes
Toujours dans le sillage de la parution du premier tome de la biographie Gide, l'inquiéteur, par Frank Lestringant, la chronique de Frédéric Beigbeder publiée le 24 février sur le site lexpress.fr était consacrée à Gide et surtout à Paludes :
"Pourquoi lire Gide aujourd'hui?
André Gide est un romancier subversif qui est devenu le symbole de l'écrivain vieux et chauve à plaid sur les genoux : on appelle cela un malentendu. Né et mort à Paris (1869-1951), ce protestant est l'un des premiers auteurs à pratiquer l'"outing" : il s'est affirmé homosexuel quand tant d'autres restèrent dans le placard toute leur vie (Proust, Mauriac, le général de Gaulle, non je déconne). Créateur de la NRF, il incarne la figure parfaite du grand écrivain bourgeois qu'un punk BCBG devrait vomir, mais toute son œuvre respire la rébellion : liberté, intelligence, pédophilie... Le prix Nobel de littérature qui l'a couronné en 1947 était une consécration à l'ancienneté. Le tome 1 de la biographie monumentale de Frank Lestringant (André Gide l'inquiéteur) est une lecture indispensable parce que inactuelle. Le prof de littérature en Sorbonne commence par cette question : "Pourquoi Gide aujourd'hui ?" Cela m'a donné envie de relire Paludes, dont Léon Blum écrivit : "C'est Narcisse sans miroir."
Paludes, c'est une blague de potache qui se mue en chef-d'œuvre. Comment ne pas être convaincu dès la première phrase : "Avant d'expliquer aux autres mon livre, j'attends que d'autres me l'expliquent." Pardonnez Gide, il ne sait pas ce qu'il fait. J'aime les livres pour écrivains : les lire vous donne l'illusion d'en être un. Paludes raconte l'histoire d'un auteur à court d'inspiration qui reçoit des visiteurs circonspects, pour leur lire des extraits d'un livre qui n'existe pas. D'aucuns prétendent qu'il s'agit d'une satire du milieu littéraire alors que c'est un condensé de la littérature du XXe siècle à venir. Et d'ailleurs que signifient ce titre, Paludes, et son héros Tityre ? (Paludes signifie "marais" en latin, et Tityre est le nom d'un berger des Bucoliques de Virgile.) Page 18, Gide répond : "C'est l'histoire d'un célibataire dans une tour entourée de marais." Un écrivain fait un métier absurde : un écrivain, ça pérore durant des heures sur une chose inutile, ça cherche sa voix dans l'obscurité. Paludes est un écrit sur l'écriture, un roman sans roman, un making of, un travail sans résultat. Depuis ses origines, le roman rabâche Don Quichotte : la parodie du rêve d'un fou. L'important, c'est de glousser : "Indécision des reflets ; algues ; des poissons passent. Eviter, en parlant d'eux, de les appeler des "stupeurs opaques"." Je ne sais pas pour vous, mais moi ces stupeurs opaques me réjouissent. C'est depuis Paludes que la littérature a le droit de pratiquer le second degré. La sincérité est souhaitable mais plus obligatoire ; de temps à autre, si l'on n'abuse pas trop de la mise en abyme (quelle affreuse chose qu'un auteur qui se regarde écrire !), il n'est pas interdit de faire confiance à l'intelligence de son lecteur pour sourire avec nous de la pitoyable condition de scribouillard prétentieux. On ne lit plus en 2011 comme en 1895, et cela, c'est aussi à Paludes que nous le devons. Des dizaines de milliers de romans ont voulu l'imiter : vous en avez lu combien, dans votre vie, de romans dont le héros est en train d'écrire un bouquin ? Aucun n'a retrouvé le génie ironique et blasé de Gide : c'est un texte de jeunesse (écrit à 25 ans) et pourtant c'est un chant du cygne. Comme tous les chefs-d'œuvre, Paludes est à la fois un point de départ et un point d'arrivée.
vendredi 25 février 2011
Colloque les 10, 11 et 12 mars
Université du Sud Toulon-Var
5èmes Journées Scientifiques
Actualités d'André Gide
Jeudi 10 mars
Vendredi 11 mars
Samedi 12 mars
Laboratoire BABEL
Salles Bonaparte et Raimu 1 - Niveau 2
Jeudi 10 mars
Palais Neptune - Toulon
Exposition de Martine SAGAERT : André Gide vivant
9h Cérémonie d’ouverture des journées scientifiques de l’Université
10h15 Introduction
Monique LÉONARD, Professeur USTV, Directrice du Laboratoire Babel
Martine SAGAERT, Professeur USTV, Peter SCHNYDER, Professeur Université de Haute Alsace, Directeur du Laboratoire ILLE
Président de séance : Peter SCHNYDER
10h30 Jean BOLLACK, Professeur émérite, Université de Lille - MSH Paris
Le prosaïsme chez Baudelaire, Gide, Rilke.
11h Jean TOUZOT, Professeur émérite, Université Paris IV-Sorbonne
Gide et Mauriac : Au nom du père et du fils
11h30 Lise FORMENT, Doctorante, monitrice Université Paris III - Sorbonne nouvelle
André Gide, lecteur des classiques : une critique d’actualité ?
12h30 Pause déjeuner
Président de séance : Pierre MASSON
14h15 Stéphanie BERTRAND, Professeur agrégé
Les maximes gidiennes, une philosophie moderne distillée avec humour
14h45 Aliocha WALD-LASOWSKI, Maître-assistant à l’Université catholique de Lille
André Gide : écriture rythmique et interprétation musicale
15h15 Patrick POLLARD, Professeur émérite, Université Birkbeck de Londres
Le Roi Candaule
Lecture de Gide par Jéromine Dalmasso
Pause
Président de séance : Jean BOLLACK
16h15 David WALKER, Professeur, Université de Sheffield
La pensée économique et la notion de valeur dans L’Immoraliste
16h45 Justine LEGRAND, Professeur de français langue étrangère, Fondation Robert de Sorbon
Réflexions sur les genres : du littéraire au culturel dans Le Ramier
Lecture de Gide par Hanna AYadi
17h15 Carmen SAGGIOMO, Chercheur, Seconde Université de Naples
Lecture de A Naples
Vendredi 11 mars
Président de séance : Patrick POLLARD
9h André-Alain MORELLO, Maître de conférences, USTV
Gide et le dialogue des cultures : relire La Marche turque au XXIe siècle
9h30 Elena SAVELIEVA, Professeur de français langue étrangère, Université d’État de la région de Moscou
André Gide en Russie
Lecture de Gide par Jessica Verse et Florian Bourlet
10h Victoria REID, Maître de conférences, Université de Glasgow
La place de Gide dans l’université britannique
10h30 Frédéric CANOVAS, Professeur associé, Arizona State University
Lire – enseigner Gide aux États-Unis aujourd’hui : approches critiques et parcours personnels
Pause
11h30 Table ronde présidée par Adrien VEZZOSO, Marie-Clotilde ROUSSEAU, Professeur certifié
Angélique BOHRER, David MAURO, Florian BOURLET, Maxime AILLAUD Étudiants, master Littérature : Imaginaires et genèses littéraires
Gide et la jeunesse en France aujourd’hui
12h30 Pause déjeuner
Président de séance : David WALKER
14h15 Clara DEBARD, Maître de conférences, Université de Nancy 2
Éditer les œuvres dramatiques : les exemples d’Œdipe et de Saül
14h45 Jean-Michel WITTMANN, Professeur, Université de Metz
Au risque de « crier comme à des sourds » : l’éditeur scientifique et l’annotation du texte gidien
15h15 Pierre MASSON, Professeur émérite, Université de Nantes
Les Pléiades se suivent et ne se ressemblent pas
Pause
Lecture de Gide par Maxime Aillaud
Président de séance : Jean-Michel WITTMANN
16h15 Roland BOURNEUF, Professeur honoraire, Université Laval
La correspondance Gide – Giono
16h45 Daniel BILOUS, Professeur émérite, USTV
Gide au miroir des pastiches
Signature d’ouvrages sur Gide
Samedi 12 mars
VILLA NOA ILLES - HYÈRES-LES-PALMIERS
En présence de Catherine Gide, invitée d’honneur
9h Accueil des participants
9h30 Jean-Pierre BLANC, Directeur de la Villa Noailles
9h45 François CARRASSAN, Adjoint à la culture, ville d’Hyères
10h15 Visite commentée de la Villa Noailles
Présidente de séance : Martine SAGAERT
11h30 Stéphane BOUDIN-LESTIENNE, Historien, Chargé de mission
Gide et les Noailles : affinités
12h Jacques MÉNY, Cinéaste
Gide face au cinéma
Conclusion du colloque : Peter SCHNYDER – Martine SAGAERT
12h45 Cocktail de clôture offert par la Fondation Catherine Gide
Et du 9 mars au 6 avril
à la Médiathèque Hyères-les-Palmiers :
Exposition de Jean-Pierre PRÉVOST
André Gide – Un album de famille
mercredi 23 février 2011
Un inventaire à la Gide
Au Vaneau il était accroché au-dessus du piano de Gide.
Le masque de Leopardi vient d'être offert par C. Gide
au musée d'Uzès (photo de Joel Yale pour Life)
au musée d'Uzès (photo de Joel Yale pour Life)
Les Interviews imaginaires reliées avec le tissu d'une chemise de Gide, son masque mortuaire, les assiettes de Cuverville, la canne offerte par Francis Jammes, la malle du Congo. C'est un « inventaire à la Gide » unique et émouvant que la description du « fonds Gide » du Musée Georges Borias d'Uzès. Encore faudrait-il ajouter à la liste les nombreux autres objets, portraits, dessins, livres en édition originale, manuscrits, lettres et témoignages non seulement sur André mais aussi sur Charles, Paul et Tancrède Gide. Une liste qui vient de s'allonger.
« Pour sa réouverture, le musée Georges Borias présente quelques-unes de ses dernières acquisitions, réalisées avec l’aide de généreux donateurs et de l’association des Amis du musée », apprend-on sur le blog du musée, notamment un « « ensemble d’objets, dons de Mme Catherine Gide : Diplômes d’André Gide, lettre de félicitations à Gide pour ses 80 ans, disques 78T offerts à Gide lors de son voyage en URSS, masque funéraire du poète Leopardi (ce masque ornait le bureau de Gide), portrait sculpté de Théo Van Rysselberghe par Alexandre Charpentier. »
Le musée d'Uzès a fêté l'an dernier ses cent ans. Créé en juillet 1910 dans les locaux de l'Hôtel de Ville, il se voulait double : musée des beaux-arts sous l'impulsion du peintre José Belon, et « Muzéon Uzétien » des traditions locales sur le modèle de celui créé par Mistral à Arles. En 1945, le conservateur Georges Borias reprend le flambeau. Ce conservateur dynamique donnera son nom au musée.
« Georges Borias semble avoir eu assez rapidement la volonté d'inclure André Gide parmi les personnages que le musée se devait d'évoquer, en le rattachant à ses origines familiales uzétiennes. D'ailleurs le premier objet acquis ne concernait pas l'écrivain lui-même, mais son grand-père Tancrède Gide : le faire-part de son décès fut offert par M. Arraud en 1949 », explique l'actuel conservateur du musée Brigitte Chimier*.
En 1953 un stylographe, quelques fragments manuscrits et un exemplaire hors-commerce du Journal 1942-1949 complètent le fonds à ses débuts. « Les choses démarrèrent vraiment en 1969, avec l'exposition en l'honneur du centenaire d'André Gide », poursuit Brigitte Chimier. Dans le BAAG n°12 de juillet 1971, Georges Borias plaide « Pour une salle André Gide au musée d'Uzès » comprenant « un ensemble digne de celui que le musée de Sète a consacré à Valéry. »
La collection s'étoffe dans les années 70. En 1978, le musée s'installe dans l'ancien palais épiscopal et une salle Gide peut enfin être créée. Martine Peyroche d'Arnaud prend le relais de Georges Borias en 1987. On lui doit le catalogue** de la collection Gide publié en 1993 avec une introduction de Jean Lambert : quelques 250 documents, objets et œuvres d'arts. « Un ouvrage que j'espère actualiser prochainement car le fonds s'est beaucoup enrichi depuis », m'écrivait très récemment Brigitte Chimier.
Peut-être à l'occasion de l'exposition « André Gide : un album de famille » qui se tiendra cet été au musée d'Uzès, après Ravello et Paris. Nul doute qu'après « André Gide et ses peintres », record de fréquentation au musée en 1993, ou « Désir du Sud. André Gide, Rudolf Lehnert et le Maghreb » en 2004, l'exposition réunie par Jean-Pierre Prévost à partir de son livre éponyme et avec l'aide de la Fondation Catherine Gide ne soit un succès !
______________________________
* Brigitte Chimier : Le fonds Gide du musée d'Uzès, Uzès Musée Vivant (bulletin de l'association des amis du musée d'Uzès), n°41, juin 2010
** Musée d'Uzès, collection André Gide, Martine Peyroche d'Arnaud, Editions de l'Equinoxe, Marguerittes, 1993
La salle Gide au musée Georges Borias
mardi 22 février 2011
Revue de presse
C'est demain mercredi 23 janvier, quatre jours après le soixantième anniversaire de la mort de Gide, que paraissent Gide, l'inquiéteur, premier tome de la biographie signée Frank Lestringant et André Gide ou la tentation nomade, album compilé et commenté par Jean-Claude Perrier. Deux ouvrages aux éditions Flammarion. Et le Dictionnaire Gide est annoncé chez Garnier, sous la direction de Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann. Revue de presse avec ces trois textes qui se font écho et parfois se répondent :
A gauche : André Gide ou la tentation nomade,
de Jean-Claude Perrier, Flammarion, février 2011
A droite : André Gide, l'inquiéteur,
de Frank Lestringant, Flammarion, février 2011
"Gide, in extremisLE MEILLEUR portrait peint de Gide fut réalisé en 1892 par Jacques Emile Blanche : Gide n'y figure pas. On y voit, s'ignorant et s'enlisant dans un ennui pâteux, ses amis Pierre Louys et Henri de Régnier. Gide était prévu, mais n'est pas venu poser : il était ailleurs. Pourtant, en négatif, on ne voit que lui. Son absence réunit à la fois sa présence et son mystère. Était-ce simplement ce Narcisse aux talents masturbatoires ? Ce laborieux de la gloire littéraire engoncé à jamais dans les cols amidonnés de son enfance névrotique et de sa puberté lyrique ?Cet ami possessif, ce collègue influençable, cet immature permanent plein aux as et ce pape des lettres frotté aux chairs enfantines ? Gide est-il, enfin, ce spectre mallarméen propageant son XIXe siècle jusqu'à l'exacte moitié du XXe ? Oui, non, peu importe : plus qu'un « inquiéteur » (son titre quasiment officiel), il fut le supplicié de lui-même : torturé dans sa chair quand l'homosexualité vouait ses adeptes aux gémonies ou au suicide (selon l'exemple de son ami d'enfance Émile Ambresin, fils de pasteur) ; tourmenté par son impossible fidélité à une épouse et cousine qu'il n'honora jamais, préférant l'abandonner au ciel pluvieux de Basse-Normandie* tandis qu'il vaquait, persécuté par ses propres mensonges, avec des jeunesses bronzées sous le soleil de toutes les libertés ; hanté, sa vie durant, par la présence mortifère du fantôme de sa mère, professionnelle de l'étouffement, de la suspicion et de l'interdit ; harcelé par son envie de s'enfermer pour écrire et par son désir de s'évader pour vivre (« Je trouve qu'il n'y a que des lieux de passage. Rien n'est habitable plus de quinze jours », phrase mégagidienne) ; lacéré par son besoin de gloire quand il comprend, en même temps qu'il s'acharne, ses insuffisances et son absence de génie. Pourtant, je le dis sansplaisir de manier le sophisme, Gide a fait de cette absence de génie la matière même de son génie,de son art. Il est le seul génie de toute l'histoire de la littérature à ne pas être génial. Quant à sa phrase, elle jouit d'une particularité saisissante : elle ne peut s'imiter. On imitera, on pastichera Proust, Malraux, Céline, et avant eux Péguy, Chateaubriand, Hugo, Flaubert même : pour Gide la tentative est impensable. Non qu'il ne possède pas de style, au contraire : il semble les renfermer tous à la fois. Sa phrase scintille, si elle ne flamboie pas ; elle avance, remplie de nuances et riche d'une précision qui donne le vertige ; elle serait bancale quand, in extremis, un à-coup imprévisible lui confère son altitude. C'est une prose étrange, faite simultanément de reculs et d'avancées, d'élans de témérité et de retraits craintifs ; du moins est-ce une prose, en cela si confondue avec la pensée qu'elle abrite, qui ne se rature pas. Qui ne se reprend, ni ne se dédit. L'inquiéteur Gide est surtout un inquiété, un inquiet : comme tous les froussards, il se précipite dans les dangers, et en devient courageux à son propre étonnement. Il n'est jamais modeste et jamais prétentieux ; le plus souvent, il est humain à l'instant même où il allait sembler aveugle ou hautain. Gide est un écrivain qui se rattrape sans cesse, qui à la dernière minute fait mouche, emporte tout : ce n'était pas gagné, mais soudain le voici vainqueur. Personne n'y comprend plus rien. Il était ailleurs ; il est là pourtant. Toujours là."Signé Moix, Yann Moix, Le Figaro Littéraire du jeudi 17 février 2011
* Le Cuverville(en-Caux) de Gide est en Seine-Maritime, ex-Seine-Inférieure et donc en Haute-Normandie
(cliquez pour agrandir)
"La lecture de Gide relève de l'hygiène intellectuelle"
"Pierre Masson, directeur du centre d'études gidiennes de l'Université de Nantes, a dirigé l'édition des Romans et récits d'André Gide dans la Pléiade. Il nous parle de l'écrivain à l'occasion du 60e anniversaire de sa mort.
Quel livre de Gide conseillez-vous à quelqu'un qui veut découvrir son œuvre?L'œuvre de Gide est très diverse, aucun de ses livres n'est semblable aux autres. On peut commencer par L'Immoraliste; ce n'est pas son roman le plus riche, mais celui qui pose une question essentielle: jusqu'où peut-on aller dans l'affirmation de soi, sachant que cette affirmation est de toute façon vitale? Cette question est posée dans une forme impeccablement classique, mais son inquiétude reste brûlante.En quoi André Gide a-t-il influencé la littérature du 20e siècle ?Au lendemain de la guerre de 14-18, c'est l'invitation sensuelle des Nourritures terrestres qui a fait de lui un maître de vie. Mais il a orienté l'écriture romanesque dans deux grandes directions: sur le plan psychologique, dans une présentation des personnages qui préfigure l'ère du soupçon définie par Nathalie Sarraute. Sur le plan de la construction narrative, dans une réflexion du roman sur lui-même qui triomphera à l'époque du Nouveau Roman.Qui sont les héritiers de Gide aujourd'hui?Pas évident. Les romanciers français d'aujourd'hui sont souvent en empathie avec eux-mêmes, là où Gide garde toujours une distance ironique, et bien peu s'essaient à une réflexion générale sur la nature humaine. De la poésie hédoniste des Nourritures terrestres, Le Clézio (je pense au Chercheur d'Or) est l'un des rares représentants. Pour la critique moraliste, Kundera est peut-être son meilleur héritier, mais en plus amer.Pourquoi lire Gide aujourd'hui?La lecture de Gide relève de l'hygiène intellectuelle: si son univers n'a pas le pouvoir de fascination d'un Proust ou d'un Céline, c'est parce qu'il laisse toujours le lecteur à distance, obligé de s'interroger devant les situations proposées, libre de choisir sa position. Par exemple, rien n'est plus actuel que Les Caves du Vatican : au moment où l'on voit partout renaître les conservatismes et les dogmes, cette mise en scène ironique des fanatiques de tout bord, ceux de la foi comme ceux de l'athéisme, a quelque chose de salutaire et de libérateur. Mais cette dissidence n'a rien d'un renoncement, et Gide, des Nourritures à Thésée en passant par le Voyage au Congo, nous rappelle toujours que nous sommes fils de cette terre, et responsables d'elle."Propos recueillis par Adeline Journet, publiés le 18/02/2011 par le site lexpress.fr
Pierre Masson a dirigé avec Jean-Michel Wittmann
le Dictionnaire Gide à paraître bientôt chez Garnier...
"Où sont les héritiers de Gide ?Rien n’est moins évident que l’héritage d’un écrivain. Non les droits et les espèces sonnantes mais le legs moral, littéraire ou intellectuel assuré par un successeur ou un légitimaire comme on disait autrefois, qu’il se réclame du Maître ou que la critique de son temps puis les historiens de la littérature le désignent comme tel. Innombrables ont été les enfants de Maurice Barrès, mais peu osèrent le revendiquer quand l’air du temps n’y inclinait pas. Modiano héritier de Simenon ? On l’a dit. John Le Carré dans la succession de Graham Greene ? Cela se défend, du moins pour le tourment de la trahison. Rien ne désarçonne les historiens de la littérature comme de ne pas trouver de filiation lorsqu’un jeune écrivain naît à la littérature. Il leur fait l’effet d’une météorite chue d’une planète inconnue; généralement, ils ne tardent pas à y mettre un bon ordre et à lui dégotter de prestigieux parrains pour peu que, pressés par ses interviewers, il avoue avoir lu les Essais de Montaigne et conserver un Musil plein de qualités à son chevet. Voilà pour les ascendants, mais la logique est identique pour les descendants.Et Gide ? Qui pour prendre la suite du « contemporain capital », ainsi que le qualifia André Rouveyre en 1924 ? Là, le patrimoine est trop important, trop divers, pour échoir à un seul. Frank Lestringant a son idée sur la question. Professeur de littérature à la Sorbonne, auteur de travaux sur Agrippa d’Aubigné, Alfred de Musset et l’expérience huguenote au Nouveau Monde, il vient de publier le premier volume d’une somme biographique impressionnante sur Gide, qui court de sa naissance à la fin de la première guerre mondiale (1165 pages, 35 euros, Flammarion). Interrogé par L’Express sur les actuels héritiers de Gide, il a répondu ceci* :« Pas évident. Les romanciers français d’aujourd’hui sont souvent en empathie avec eux-mêmes, là où Gide garde toujours une distance ironique, et bien peu s’essaient à une réflexion générale sur la nature humaine. De la poésie hédoniste des Nourritures terrestres, Le Clézio (je pense au Chercheur d’Or) est l’un des rares représentants. Pour la critique moraliste Kundera est peut-être son meilleur héritier, mais en plus amer »En effet : pas évident. D’autant que même s’il accorde à chacun d’eux une partie de l’héritage, il place son volume sous le signe de l’inquiétude, précisant que Gide a créé le néologisme d’« inquiéteur », s’étant voulu l’inquiéteur de son siècle, écrivant dans une page de son Journal en 1935 : « Belle fonction à assumer : celle d’inquiéteur ». L’auteur de L’Immoraliste et de Corydon a bousculé ses contemporains. Mais qui parmi les écrivains d’aujourd’hui nous trouble au point de nous inquiéter ?"Pierre Assouline, billet publié le 22 février 2011 sur le blog la république des livres.
*C'est Pierre Masson et non Frank Lestringant qui a répondu aux questions de L'Express
mercredi 16 février 2011
Gide, l'inquiéteur dans le Magazine Littéraire
Le Magazine Littéraire de février
consacré à Louis-Ferdinand Céline
est le premier à faire une critique - élogieuse -
de André Gide, l'inquiéteur, premier tome
de la biographie de Frank Lestringant
à paraître le 23 février chez Flammarion.
A noter que ce numéro consacre également
plusieurs pages au centenaire de Gallimard.
Dans le Cercle Littéraire de la BnF du 2 février dernier, qui avait pour invités Frédérique Clémençon, Roger Grenier et Mathieu Lindon, le rédacteur en chef du Magazine Littéraire Laurent Nunez faisait déjà une courte présentation de la biographie signée Frank Lestringant.
Retrouvez tous les enregistrements
du Cercle Littéraire de la BnF
en partenariat avec Le Magazine Littéraire
mardi 15 février 2011
Colloque Proust et ses amis
Proust et ses amis II, à la Fondation Singer-Polignac
les 11 et 12 mars 2011 (sur inscription).
Ces deux journées de colloque se terminent par l'intervention de Frank Lestringant sur André Gide le 12 mars à 17h... Programme détaillé et inscriptions sur le site de la Fondation Singer-Polignac.
Bonnes nouvelles d'Uzès
En décembre dernier e-gide décidait de soutenir l'appel lancé par les Amis d'André Gide pour la protection des tombes de Tancrède et Clémence Gide, les parents de Charles et Paul Gide et grand-parents d'André. Des tombes menacées par une procédure de reprise et par une "restructuration" annoncée du cimetière d'Uzès. Des tombes menacées surtout par l'oubli.
Notre appel et vos soutiens et messages à la mairie d'Uzès permettaient d'obtenir enfin une réponse de Monsieur le Maire. Souvenez-vous, c'était ici. Une réponse qui, toutefois, ne rassurait pas vraiment... Nous en appelions en même temps au ministre de la culture afin qu'il porte son attention sur le dossier. Très rapidement les services du ministère entraient en contact avec la DRAC du Languedoc-Roussillon. Qui elle non plus n'allait pas chômer...
Début janvier la DRAC nous apprenait que le dossier pour la protection des tombes Gide à Uzès serait étudié le 8 février en commission. Et le 12 février dernier notre efficace correspondante à Montpellier annonçait, comme nous nous y attendions, que si l'inscription au titre des Monuments Historiques n'était pas envisagée, "le Conservateur Régional des MH a pris conscience de ce problème et va alerter la commune sur l'entretien de ce cimetière." Une bonne nouvelle qui ne nous empêchera pas de rester vigilants.
Nombreux devraient d'ailleurs être les visiteurs à aller se recueillir sur ces tombes au sortir du musée d'Uzès qui proposera cet été l'exposition de la Fondation Catherine Gide et de Jean-Pierre Prévost "André Gide, un album de famille". Le fonds Gide du Musée Georges Borias devrait d'ailleurs à cette occasion s'enrichir de nouveaux objets. Rappelons que le tout premier à avoir intégré ce fonds concernait Tancrède : le faire-part de son décès offert en 1949 au musée par M. Arraud... Actuellement, le musée présente des dessins, peintures et maquettes réalisés par des enfants à partir des œuvres exposées. A voir en ligne sur le blog du musée.
Notre appel et vos soutiens et messages à la mairie d'Uzès permettaient d'obtenir enfin une réponse de Monsieur le Maire. Souvenez-vous, c'était ici. Une réponse qui, toutefois, ne rassurait pas vraiment... Nous en appelions en même temps au ministre de la culture afin qu'il porte son attention sur le dossier. Très rapidement les services du ministère entraient en contact avec la DRAC du Languedoc-Roussillon. Qui elle non plus n'allait pas chômer...
Début janvier la DRAC nous apprenait que le dossier pour la protection des tombes Gide à Uzès serait étudié le 8 février en commission. Et le 12 février dernier notre efficace correspondante à Montpellier annonçait, comme nous nous y attendions, que si l'inscription au titre des Monuments Historiques n'était pas envisagée, "le Conservateur Régional des MH a pris conscience de ce problème et va alerter la commune sur l'entretien de ce cimetière." Une bonne nouvelle qui ne nous empêchera pas de rester vigilants.
La vigilance se poursuit avec l'aide de la DRAC
pour la protection des tombes Gide
et de leur environnement au cimetière d'Uzès,
Nombreux devraient d'ailleurs être les visiteurs à aller se recueillir sur ces tombes au sortir du musée d'Uzès qui proposera cet été l'exposition de la Fondation Catherine Gide et de Jean-Pierre Prévost "André Gide, un album de famille". Le fonds Gide du Musée Georges Borias devrait d'ailleurs à cette occasion s'enrichir de nouveaux objets. Rappelons que le tout premier à avoir intégré ce fonds concernait Tancrède : le faire-part de son décès offert en 1949 au musée par M. Arraud... Actuellement, le musée présente des dessins, peintures et maquettes réalisés par des enfants à partir des œuvres exposées. A voir en ligne sur le blog du musée.
Exposition des travaux d'élèves 2009-2010 :
jusqu'au 1er mai au musée d'Uzès.
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