vendredi 30 mai 2008

Les Poésies d'André Walter

Fac-similé de la première page du manuscrit
des Poésies d'André Walter,
contenu dans l'édition aux Oeuvres Représentatives, 1930


Le 21 mai dernier passait aux enchères à Sotheby's Paris le manuscrit autographe signé des Poésies d'André Walter (Paris, 1892), estimé entre 60 et 80.000 euros. C'est le troisième ouvrage publié par Gide, après Les Cahiers d'André Walter, et écrit en même temps que le Traité du Narcisse à l'été 1891 à La Roque. Au début de cette même année, Barrès a présenté Gide à Mallarmé. André Gide est devenu un familier du salon littéraire de Mallarmé, chaque mardi rue de Rome.


Les Poésies d'André Walter sont l'unique recueil de poèmes de Gide et déjà, dans les Cahiers, le faux journal cédait parfois la place à des vers. Poésies ? "De la prose rythmée, avec quelques rimes ça et là : mais certaines pages ont beaucoup de douceur, et l’auteur rencontre parfois la simplicité, la naïveté d’un primitif", juge Alcide Bonneau dans la Revue Encyclopédique (1er mai 1892). "Presque tout est délicieusement pensé et senti dans cette plaquette", écrit Francis Viellé-Griffin (Entretiens Politiques et Littéraires, juillet 1892). "Un ensemble en dehors de l'esthétique", ajoute Camille Mauclair dans L’Art libre en juin 1892 conseillant aussi "Le mieux est de lire ces choses ingénues, ces fleurs d'une âme liante et subtile de métaphysicien maladif."


Les poésies sont une série de paysages, le paysage comme personnage principal, leitmotiv des mallarméens, et "des émotions par lui causées". Des paysages parmi lesquels s'annoncent déjà Polders-Paludes... Ce Gide poète et symboliste, c'est le "premier Gide"*, au visage glabre et aux longs cheveux. Celui qui veut épouser Madeleine et écrit pour elle. Celui d'avant la crise personnelle. "Il m'apparut bientôt que le plus sage triomphe était, sur ce terrain, de laisser vaincre, de ne s'opposer plus à soi", écrira plus tard Gide dans une préface aux Cahiers et Poésies**. Et sur le plan littéraire : "Je cherchais à plier la langue ; je n'avais pas encore compris combien on apprend plus en se pliant à elle."***


Une note en bas de page de cette même préface révèle aussi que Gide n'aimait pas relire les Cahiers, sans pour autant les renier, et leur préférait les Poésies : "Par contre, je relis avec plaisir certaines de ces Poésies (...). Je les écrivis presque toutes en moins de huit jours, peu de temps après la publication des cahiers, ce qui explique leur titre, et cette attribution à un André Walter imaginaire, encore que celui-ci fût déjà mort en moi. Même il ne me paraît pas que l'André Walter des Cahiers eût été capable de les écrire ; je l'avais déjà dépassé."


* voir Le silence sonore : la poétique du premier Gide, Walter Geerts, 1992, Presses universitaires de Namur,
279 pages.
** Préface de André Walter, Cahiers et Poésies, André Gide, Les Œuvres Représentatives, 1930
*** Ibidem

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