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dimanche 10 juillet 2016

Diario, le Journal de Gide en italien


Le mois dernier est paru en Italie une nouvelle traduction du Journal de Gide, en deux volumes de 1696 et 1568 pages, chez Bompiani. Il s'agit de la maison d 'édition qui avait déjà publié dans les années 50 une traduction en trois volumes de la première version du Journal. Cette fois, l'éditeur Piero Gelli et le traducteur Sergio Arecco proposent la version intégrale du Journal de Gide, telle que Martine Sagaert et Eric Marty l'avaient établie pour l'édition dans la Pléiade en 1996 et 1997.

 Liens vers le site de l'éditeur :

Cette parution a donné lieu à plusieurs articles dans la presse italienne, parmi lesquels :

Gide, le inconfessabili confessioni dell’immoralista, par Piero Gelli, l'éditeur de  ces deux volumes, dans La Stampa

André Gide giorno per giorno: fra poesia, Cristo e ragazzini, par Luigi Mascheroni dans Il Giornale

Donne, uomini e altre passioni: i diari integrali di André Gide, par Daria Galateria dans Il Venerdi, le supplément de La Repubblica
 

vendredi 20 novembre 2015

Vente Christie's de livres et manuscrits


Belle vente Christie's de livres et manuscrits le 2 décembre prochain, avec notamment une correspondance inédite entre Maeterlinck et Florence Perkins, une autre de Montherlant, ou cette superbe version encore inconnue des cahiers manuscrits du Diable au corps, portant les corrections de Cocteau. Cocteau grâce à qui ce manuscrit est arrivé entre les mains de Roland Saucier, dont on retrouve dans cette vente d'autres pièces de la collection, comme ces ouvrages de Gide ou à lui adressés :

Lot 53
Léon-Paul FARGUE (1876-1947). Pour la musique. Poëmes. Paris: NRF, 1914. In-4 (240 x 180 mm). Reliure mosaïquée à "décor rayonnant" signée Paul Bonet (Desmules relieur, Collet doreur) et datée 1955, maroquin vert, box mastic et box violet, doublure et gardes de veau gris clair, dos lisse, couverture et dos conservés, chemise et étui assortis.
Provenance: André Gide (exemplaire nominatif et envoi) - Roland Saucier

ÉDITION ORIGINALE avec l'achevé d'imprimer daté du 1er février. Exemplaire imprimé sur Japon pour André Gide et portant l'envoi autographe signé de Léon-Paul Fargue :"affectueusement". Lhermitte 242; Bonet Carnets 1090.
Couverture et dos légèrement tachés. Dos de la chemise fané.
Estimation : 10.000-15.000€



Lot 54
André GIDE (1869-1951). 1889-1895. Sans lieu ni date [Paris : Arnold Naville, 1931]. In-8. Reliure janséniste de maroquin noisette signée Semet et Plumelle, dos à nerfs, encadrement intérieur de filets dorés, tranches dorées, couverture et dos conservés, étui assorti.
Provenance: Roland Saucier.

ÉDITION ORIGINALE du premier cahier de son journal tirée à seulement 7 exemplaires, celui-ci justifié n° I par Gide au justificatif avec ses initiales. RARISSIME. Naville CXLVIII.
Estimation : 3.000-5.000€




Lot 55
André GIDE (1869-1951). Amyntas. Mopsus. Feuilles de route. De Biskra à Touggourt. Le Renoncement au voyage. Paris: Société du Mercure de France, 1906. In-12 (169 x 112 mm). Broché. Chemise de demi-maroquin bleu nuit signée P.-L. Martin et étui assorti.
Provenance: Madeleine Gide (envoi) -- Roland Saucier.

ÉDITION EN PARTIE ORIGINALE. Feuilles de route avait paru chez Vandersypen en 1899. Tirage à 350 exemplaires sur vergé d'Arches. Précieux exemplaire portant, sur le faux titre, l'ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ À MADELEINE [Gide] "ceci soit l'exemplaire de Madeleine, son André Gide". Talvart 20A
Quelques rousseurs. Dos passé.
Estimation : 6.000-9.000€


Lot 56
André GIDE (1869-1951). Les Nourritures terrestres. Paris: Société du Mercure de France. 1897. Reliure de maroquin havane signée P. -L. Martin et A. Paris Dor., non datée, double filet doré en encadrement, dos à nerfs orné, doublure de même maroquin avec roulette dorée, doubles gardes, tranches dorées sur témoins, couverture imprimée et dos conservés, étui assorti.
Provenance: Alfred Vallette (envoi) -- Roland Saucier.

ÉDITION ORIGINALE. Un des 12 exemplaires sur Hollande van Gelder, second papier après trois sur Japon impérial. Celui--ci, non numéroté, est enrichi d'un ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ de l'auteur à Alfred Vallette, fondateur du Mercure de France.

BEL EXEMPLAIRE, TRÈS FRAIS ET À GRANDES MARGES. Talvart 7A.
Estimation : 8.000-12.000€


Lot 57
André GIDE (1869-1951). Lettre autographe signée à Pierre Louÿs. Datée "lundi minuit" [début juin 1895]. Encre sur papier. 8 pages in-16 (155 x 100 mm) sur 2 feuillets in-8 repliés au chiffre PG [pour "Paul [Guillaume André] Gide"] à froid. Avec enveloppe, suscription "Monsieur Pierre Louys / 1 rue Grétry / Paris".
Provenance: Roland Saucier.

BELLE ET LONGUE LETTRE SONNANT LA RUPTURE DÉFINITIVE ENTRE GIDE ET LOUŸS. Elle fut publiée pour la première fois en avril 1973 dans le Bulletin des amis d'André Gide (n° 18, pp. 5-8).

"[…] Quand nous nous rencontrerons dans la vie et ce sera je pense très souvent car nous avons tous deux le vif amour des nobles choses - lorsque nous nous rencontrerons je serrerai ta main si tu la tends, ou te tendrai la mienne - car il est inutile et fâcheux de donner nos incompréhensions en spectacle - mais ne parle plus d'amitié entre nous […] et je t'assure qu'il m'est très dur […] de me soustraire à ton étreinte, qui si longtemps me fut la meilleure […] Je mets beaucoup de torts de mon côté mais ce qui m'a définitivement peiné ce fut de voir que tu me connaissais assez pour prendre ces torts pour autre chose que des maladresses […] Depuis mercredi soir l'angoisse puis la douleur m'ont complètement privé de sommeil […] et bien qu'un narcotique m'ait complètement grisé et que j'écrive comme en rêve, j'ai voulu l'écrire aussitôt pour ceci: l'ensevelissement de ma mère a lieu demain mardi à midi - je compte sur ta délicatesse et sur ta dignité pour n'y pas venir […] "

[On joint, du même :] - Un télégramme adressé depuis Biskra à "Pierre Louis Hôtel Paris Séville" [1894]: "Impossible rester plus longtemps sans te voir....". Le presse de le rejoindre à Biskra. (Déchirures.)- Une lettre autographe signée à Jules Huret datée "Dimanche" [27 avril 1895]. 2 pages in-12 sur un feuillet replié. Encre sur papier. Au sujet d'un article de Huret à propos du Voyage d'Urien. [Et:] - [Pierre LOUŸS]. Un télégramme signé "Méléagre" adressé à "André Gide Beauséjour" et daté du 4 juillet 1894, le prévenant de son arrivée prochaine.
Estimation : 3.000-5.000€


Lot 91
[André GIDE (1869-1951)]. Corydon. Quatre dialogues socratiques. 1920. In-8 (198 x 140 mm). Broché, couverture imprimée de papier Japon rempliée.
Provenance: bibliothèque d'André Gide.

SECONDE ÉDITION EN PARTIE ORIGINALE parue anonymement et tirée à seulement 21 exemplaires sur papier à chandelle, tous hors commerce. Celui-ci le n° 18 provenant DE LA BIBLIOTHÈQUE D'ANDRÉ GIDE.
Publiés pour la première fois en 1911 sous le titre C.R.D.N., ces "dialogues socratiques" font l'objet, en 1920, d'une nouvelle édition augmentée et imprimée, comme l'originale, sans nom d'auteur et non mise dans le commerce. Il faut attendre 1924 pour que Corydon paraisse pour la première fois en librairie à la NRF.

PRÉCIEUX EXEMPLAIRE de ce texte que Gide, "soucieux du bien public", avait remisé dans un tiroir pendant huit ans et qu'il se décide à réimprimer, persuadé "que ce petit livre, pour subversif qu'il fût en apparence, ne combattait après tout que le mensonge". Talvart 27-B; Lhermitte 273.

Quelques rousseurs.
Estimation : 4.000-6.000€


Lot 122
Raymond RADIGUET (1903-1923). Les Pélican. Pièce en deux actes illustrée d'eaux-fortes par Henri Laurens. Paris: Éditions de la galerie Simon Kra, 1921. In-folio (327 x 225 mm). 7 eaux-fortes originales dont 2 en pleine page et une en couverture. Broché, couverture illustrée.
Provenance: bibliothèque d'André Gide.

ÉDITION ORIGINALE de cette pièce en deux actes, représentée pour la première fois au Théâtre Michel le 24 mai 1921, et tirée à 112 exemplaires signés par l'auteur et l'illustrateur.
Un des 10 exemplaires de tête sur Japon, celui-ci le n° 2, portant l'ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ DE RADIGUET À ANDRÉ GIDE " à monsieur André Gide / avec mon admiration / Raymond Radiguet. 20 juin 1921". Carteret Illustrés IV, 330 ("Belle édition rare"); Lhermitte 501.

PRÉCIEUX ET BEL EXEMPLAIRE.
Estimation : 4.000-6.000€


Vente aux enchères mercredi 2 décembre 2015 à 14h309, avenue Matignon, 75008 Paris

Exposition publique
Vendredi 27 novembre de 10h à 18h
Samedi 28 novembre de 10h à 18h
Lundi 30 novembre de 10h à 18h
Mardi 1er décembre de 10h à 18h
Mercredi 2 décembre de 10h à 12h



mercredi 31 décembre 2014

Je commence l'année en pleine possession de moi, et résignation souriante à l'inévitable.


A. Gide, photographie de George Platt Lynes, 1932


« Cuverville, 2 janvier [1928].

J'espérais achever ce carnet avec l'année. En retard de deux jours. Le froid me consterne et me recroqueville. Ne suis sorti que deux fois depuis huit jours : visite au malheureux Déhais que les douleurs les plus atroces ne quittent guère ; puis, le lendemain, lointaine visite aux Malendin, pour retrouver chez eux les trois petits de l'assistance qui m'avaient salué si affablement sur la route, à mon retour de chez les Déhais ; et à qui je voulais porter de quoi fêter un peu plus gaîment le 1er janvier. Immensité de la misère humaine. En regard de quoi l'indifférence de certains riches ou leur égoïsme me devient de plus en plus incompréhensible. La préoccupation de soi-même, de son confort, de ses aises, de son salut, marque une absence de charité qui me devient toujours plus dégoûtante. 
Chacun de ces jeunes littérateurs qui s'écoute souffrir du « mal du siècle », ou d'aspiration mystique ou d'inquiétude, ou d'ennui, guérirait instantanément s'il cherchait à guérir ou à soulager autour de lui des souffrances autrement réelles. Nous, fortunés, nous n'avons pas droit à la plainte. Si, avec tout ce que nous avons, nous ne savons pas encore être heureux, c'est que nous nous faisons du bonheur une idée fausse. Quand nous auront compris que le secret du bonheur n'est pas dans la possession mais dans le don, en faisant des heureux autour de nous, nous serons plus heureux nous-mêmes. — Pour quoi, comment, ceux qui se disent chrétiens n'ont-ils pas compris davantage cette vérité initiale de l'Évangile ? 

Écrit une réponse au livre de François Porché; où je ne dis pas le dixième de ce que j'aurais à dire. C'est une flèche que je crains d'alourdir. Il est bon de laisser entendre qu'on en a d'autres dans son carquois. Au demeurant ce n'est pas contre Porché que je tire, et j'espère qu'on le comprendra.

Lu, avec admiration inégale mais parfois très vive, nombre de poèmes de Hölderlin.

Peu ou point de piano; instrument désaccordé, et quatrième et cinquième doigts de la main droite à demi paralysés par les rhumatismes. N'importe; je commence l'année en pleine possession de moi, et résignation souriante à l'inévitable.

Cuverville. 3 janvier [1928].

Malgré toute résolution d'optimisme, la tristesse, par instants, l'emporte : l'homme a décidément par trop saboté la planète. »
(André Gide, Journal 1889-1939,
Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard)

vendredi 26 décembre 2014

Gide à la Mosquée Verte


La presse turque nous apprenait récemment qu'une plaque a été installée par la municipalité de Bursa (Brousse), en Turquie, devant la Mosquée Verte. Sur cette plaque, un extrait de La Marche Turque sur cette fameuse mosquée, et le portrait de son auteur, André Gide.


Le panneau installé par la ville de Bursa devant la Mosquée Verte (source)


La Marche Turque est constituée des pages du Journal de Gide relatant son voyage en Turquie fin avril - début mai 1914. Il les dédie « A Em. », c'est-à-dire à sa femme Madeleine : « Pour vous j'arrache à mon carnet de route et je copie, en post-scriptum aux insuffisantes lettres que je vous adressais de là-bas, ces feuilles plus insuffisantes encore. »


« Brousse. La Mosquée Verte.

Lieu de repos, de clarté, d'équilibre, Azur sacré; azur sans rides; santé parfaite de l'esprit...
Un dieu exquis t'habite, ô mosquée. C'est lui qui conseille et permet la suspension spirituelle, au milieu de l'ogive et la rompant, de cette pierre plate, là, précisément où devraient se rencontrer les deux courbes, à cet endroit secret, actif, qui prennent aise, à ce lieu de coïncidence et d'amour, qui font trêve et s'offrent à se reposer. O sourire subtil! Jeu dans la liberté précise! Que tu en prends donc à ton aise, délicatesse de mon esprit!
Longtemps j'ai médité dans ce saint lieu, et j'ai compris enfin que c'est ici le dieu de la critique qui attend nos dévotions, et que c'est à l'épuration qu'il invite. »
André Gide, La Marche Turque, Journal 1889-1939, Gallimard


mercredi 25 décembre 2013

Une fameuse boulette



— Je tiens de Claudel une anecdote que vous lui aviez rapportée vous-même, il y a une quarantaine d'années. Le héros en aurait été l'un de vos amis protestants qui, si torturé de ne pouvoir se libérer de ses fautes, les avait rédigées sur un bout de papier, avait fait une boulette de ce papier et l'avait avalée. Claudel m'a affirmé que vous aviez reconnu que ce protestant avait voulu singer à la fois la confession et la communion catholiques. Il a ajouté : « Gide m'a dit que c'était un de ses amis, mais je crois bien que c'était lui. Il n'a pas osé me l'avouer... »
Gide haussa les épaules, sans pourtant protester contre ce qu'il avait envie d'appeler l'invention de Claudel.
— C'est tout ce qu'il vous a dit à propos de la confession ?
— Non, mais...
— Je vous en prie, ne soyez pas si timoré vis-à-vis de moi !
— Eh bien, Claudel a ri et il a dit : « Il a fait une fameuse boulette avec son Journal... mais c'est nous qui devons l'avaler ! »
Gide aurait pu rire, lui aussi, mais il se contracta et, haussant de nouveau les épaules : « Quel esprit de commis-voyageur ! »

(Robert Mallet, Une mort ambiguë,
NRF, Gallimard, 1955, pp. 18-19)

jeudi 18 juillet 2013

De quelques parutions


L'actualité éditoriale est décidément très riche en Espagne. Rappelons tout d'abord la récente parution d'extraits du Journal choisis, traduits et commentés par Laura Freixas, aux éditions Alba Editorial. Le même éditeur avait déjà publié Los falsificadores de moneada (traduction Mª Teresa Gallego Urrutia) et Paludes (traduction Cecilia Yepes).




Cette parution s'est accompagnée en avril d'un portrait-hommage par Luis Antonio de Villena aux éditions Cabaret Voltaire, dynamique maison spécialisée dans la littérature française. Le texte du journaliste est suivi des témoignages d'Oscar Wilde, Marcel Proust, Maurice Sachs, Klaus Mann, Pierre Herbart, Lucien Combelle et Luis Cernuda.




Dans leur belle collection El Pasaje de los Panoramas, les éditions errata naturae poursuivent la publication en espagnol des livres de Maria Van Rysselberghe. Après Hace quaranta años (Il y quarante ans, paru en septembre 2012), c'est au tour de Para un ruiseñor (Strophes pour un rossignol) d'être présenté au public espagnol.



Après Philippe Hellebois et son Lacan lecteur de Gide (Editions Michèle, coll. Je est un autre, 2011), la psychanalyse continue de s'intéresser à Gide. C'est en Argentine que vient de paraître Tres ensayos sobre la perversión. Figuras de la perversión en la clínica, el arte y la literatura, el psicoanalista par Tomás Otero, psychanalyste. Ces « trois figures de la perversion » sont Osvaldo Lamborghini, Alejandra Pizarnik et André Gide.





Du côté des revues signalons encore dans le numéro de juillet de la revue Esprit (Contre les maîtres à penser), l'entretien avec Eric Marty intitulé "Le pouvoir de dire « je ». Les intellectuels, la politique et l'écriture". (consultation payante)

Dans la revue internationale en ligne Cerise Presse (Summer 2013, Vol. 5, Issue 13), Victoria Best consacre un long article aux relations entre Gide et Madeleine sous le titre "Wilful Blindness: The Marriage of André and Madeleine Gide". (consultation gratuite)

Dans un article du Huffington Post d'hier 17 juillet 2013, Jeannine Hayat attire enfin notre attention sur un livre qui avait échappé à nos filets... Mais il n'est pas trop tard pour signaler cet essai de Éric Garnier intitulé L'Homoparentalité en France. La bataille des nouvelles familles, sorti en février 2012 chez Thierry Marchaisse. L'auteur essaie de faire de Gide "un pionnier de la famille homoparentale" et donne le témoignage de Catherine Gide dans un chapitre qui a pour nom "Fille de pionnier".




lundi 3 juin 2013

Vente aux enchères


Près d'une cinquantaine de lots de la vente Audap & Mirabaud d'autographes et manuscrits, livres anciens et modernes du lundi 17 juin à Drouot intéresseront les gidiens. Citons notamment :


Lot 26
GIDE André. Ménalque (fragment). Manuscrit autographe signé. (Paris), vers 1895 ; 18 pages gr. in-4 sur papier fin grisâtre.
PRÉCIEUX MANUSCRIT D’UNE ŒUVRE DE LA JEUNESSE D’ANDRÉ GIDE.
Elle paraîtra d’abord dans le numéro de janvier de la revue L’Ermitage avant d’être incorporée dans Les Nourritures terrestres (livre IV).
Il y a d’assez nombreuses ratures et des lignes supprimées que l’on parvient à lire encore.

Estimation : 5000/6000€

Lot 34
GIDE André. [Journal]. Automne 1889 - 24 novembre 1928. Dactylographie originale sur papier pelure de couleur avec corrections autographes à l’encre ou au crayon. Sans date ; in-4 (275 x 205 mm) de [206] feuillets de papier extra-fin rose, blanc, jonquille dactylographiés d’un seul côté, reliure ancienne demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, tête dorée, non rogné (Semet & Plumelle).
DACTYLOGRAPHIE ORIGINALE DU “ JOURNAL ” DE GIDE COMPORTANT DE NOMBREUSES CORRECTIONS DE SA MAIN à l’encre et au crayon.
Ce tapuscrit est constitué de neuf parties à paginations particulières :
1.?Automne 1889 - 15 mai 1892. Pages 1-24. Papier rose.
2.?Novembre 1892 - juillet 1895. Pages 1-28 plus 11 bis. Papier rose.
3.?5 janvier 1902 - 9 février 1902. Pages 1-36. Papier blanc. Transposition des pages 5-13 entre les pages 20-21.
4.?Fin février 1902 - septembre 1903. Pages 1-13. Papier blanc.
5.?17 mars 1904 - juillet 1905. Pages 1-7 plus une (8 sept. 1904). Papier blanc.
6.?(3 mai 1904). Pages 2-4. Papier blanc.
7.?6 février 1907 - 18 juillet 1927. Pages 1-24 plus 9 bis. Papier rose.
8.?Août 1927 - 2 janvier 1928. Pages 1-34. Papier jonquille.
9. 3 janvier 1928 - 24 novembre 1928. Pages 1-34. Papier rose.
De très nombreuses pages portent des corrections mineures : coquilles, orthographe, etc. tandis que 46 autres contiennent des ajouts, des retraits et des modifications diverses de la main de l’auteur. Des passages sont supprimés d’une croix au crayon gras bleu ou à l’encre mais ils demeurent lisibles, d’autres sont renvoyés d’un chapitre à l’autre et il y a des indications de calibrage d’un prote (romain corps 8, etc) attestant que le tapuscrit a été envoyé à l’imprimeur.
Il est probable que, entre cette version et le texte final imprimé pour la première fois (Journal, 1889-1939, Gallimard 1939), il existe des variantes qu’elle permettra de relever.
Seuls des fragments du Journal avaient été imprimés à très petits nombre (7 ex., 13 ex., …).

Lot 35
GIDE André. Carte autographe signée à “ Mon cher Michel ” [Allégret ?].
La Souco, 14 février 1930 ; une page in-12 au verso d’une carte postale de Roquebrune (A.-M.).
Il est flatté de la demande qu’il a reçue. “ À mon retour à Paris je regarderai s’il reste encore un exemplaire d’Un esprit non prévenu ” mais il craint que le livre ne soit épuisé. “ Ah ! que je voudrais avoir pu m’embarquer avec les Chadourne et vous rejoindre.
Ce sera pour l’an prochain… ”.
Les Bussy dont il est l’hôte le chargent d’affectueux messages.
Joints du même :
INSCRIPTION AUTOGRAPHE sur une feuille de papier du Japon : “ Dans tout l’azur, rien que ce qu’il fallait de blanc pour une voile - de vert pour une ombre dans l’eau. André Gide ”.
UNE PAGE AUTOGRAPHE très raturée (tirée du Journal ?) : “ J’éprouvai souvent, en écrivant ces mémoires, combien il m’est plus aisé de peindre le mal que le bien – ou si l’on veut le laid que le beau de ma figure… ”.

Lot 57
LÉAUTAUD Paul.
Lettre autographe signée (à un responsable des Cahiers André Gide). Paris, 28 juin 1952 ; une page in-8.
Il décline la proposition qui lui est faite de collaborer aux Cahiers André Gide : “ Je n’ai pas un mot à ajouter au peu que j’ai écrit sur lui ” ; et le reste de la lettre développe les réticences qu’il a vis-à-vis de l’écrivain.

Lot 63
LOUŸS Pierre. Sappho [Poème autographe, huit tercets sur 1 page ½] suivi d’une lettre autographe signée P.L. à André Gide (2 pages ½). S.l.n.d. ; ens. 4 pages in-8 sur papier quadrillé.
Le poème, intitulé Sappho sur le promontoire de Leucade. Sapphique, commence ainsi : “ Ô mer ! mer triomphante et bouleversée // Toi qui m’exaspérais au temps d’autrefois… ” et se termine ainsi : “ Si je ne peux plus voir les yeux adorés // Si j’ai fini d’aimer j’ai fini de vivre // Viens rouler sur mon corps, ô mer toujours ivre // Tes flots effarés ! ”.
Dans la lettre à André Gide qui suit Louÿs analyse le poème en technicien du vers puis il passe à Madame Bovary : “ …Je t’en ai dit du mal parce que tu vibres d’un demi-ton au-dessus de moi… C’est égal je ne digère pas encore les dix premières pages ”. Son frère lui a rapporté d’Angleterre un très bel exemplaire de Shelley. “ Je le dévore ”.
Il a lu les trois derniers actes de Ruy Blas : “ Ah ! que c’est bien aussi ! ”.
Il termine : “ Je t’ai écrit il y a huit jours six longues pages d’injures au sujet de Victor Hugo. Et puis, découragé, j’ai remis la lettre dans mon tiroir… ”.

Lot 196
GIDE André.
Les Nourritures terrestres. Paris, Mercure de France, 1897 ; in-12, reliure janséniste ancienne maroquin vert, dos à quatre nerfs (passé), doublures de maroquin vert émeraude serties d’un filet doré, gardes de soie noire brochée à motifs verts, tranches dorées sur témoins, couverture et dos (Ch. Septier).
Édition originale, dédiée à Maurice Quillot. – UN DES 12 EXEMPLAIRES SUR PAPIER VERGÉ DE HOLLANDE (n° 10). – On a fixé face au titre un portrait de Gide jeune légèrement chargé : dessin original à la mine de plomb (50 x 45 mm).
JOINT UNE LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE D’ANDRÉ GIDE ET DEUX AUTRES DE PIERRE LOUŸS.
1.?“ Je crois que, sans grand travail, vous pourriez glaner ces citations dans le recueil de Morceaux choisis que j’ai fait paraître chez Gallimard. Sur le point de partir pour un lointain voyage… il ne m’est pas facile de procéder moi-même à cette sélection… Quant à la phrase dont vous parlez : Famille je vous hais ” par pitié, si vous la citez, ne la détachez pas de son contexte… ” (Paris, 1er janvier 1938 ; 2 pages in-8).
2.?Deux longues lettres de Pierre Louÿs à son frère Georges. A. “ …Gide est venu me voir hier. Nous avons passé la soirée ensemble de 3 h à 9 h d’une façon macabre et follement gaie… Ce n’est pas du tout pour sa maladie nerveuse qu’il a été réformé.
Le pauvre garçon est tuberculeux. Quand il m’a appris cela, j’ai répondu naturellement : Moi aussi et depuis longtemps. Alors il a été pris d’un accès de fou-rire qui m’a gagné tout de suite et qui ne nous a pas quitté… ”.
Il donne des nouvelles de sa santé, évoque des compagnons de caserne. B. “ Quant à Gide… il n’a comme moi qu’une maladie latente et si il a été réformé, c’est qu’il s’était fait précéder à Nancy par un rapport exagéré à dessein, de son médecin ”. Louÿs révèle à son frère qu’il se sait malade depuis l’âge de quinze ans et qu’il s’attendait à ce que sa vie soit très courte. “ Je n’ai désiré qu’une chose… réaliser le plus tôt possible ces rêves dont tu me parles… ” (Abbeville, 10 décembre ; 8 pp. in-8 ; Caserne, mardi, 4 pp. in-8).
De la bibliothèque Paul Voûte, d’Amsterdam (cat., Paris, 1938, n° 342).
Estimation : 1000€



Signalons encore plusieurs lettres de Gide à Eugène Rouart (lot 27 et lot 31), à Jacques des Gachons (lot 28), à Maurice Barrès (lot 29), à Eugène Montfort (?) (lot 30),  à Félicien Challaye (lot 33), à Maurice Sachs (lot 36), à Louis Cognet (lot 37), à Marcel Achard (lot 38)... ainsi que des lettres à Gide signées Simenon (lot 84), Albert Thibaudet (lot 87). Sans oublier quelques dizaines de belles éditions originales dont plusieurs avec envoi autographe.

Vente aux enchères du Lundi 17 juin 2013 à 14h
Autographes et Manuscrits, Livres Anciens et Modernes
Drouot Richelieu - Salle 11 - 9, rue Drouot - 75009 Paris
Exposition : samedi 15 juin de 11h à 18h
et lundi 17 juin de 11h à 12h


lundi 25 mars 2013

Deux carnets du Journal en vente




Encore une vente importante à signaler mercredi 3 avril par l'étude Étude Néret-Minet, Tessier et Sarrou. Parmi de nombreux livres et manuscrits, au lot 208, deux carnets du Journal d'André Gide pour une partie des années 1934 et 1935. Carnets auxquels Martine Sagaert n'avait pas pu avoir accès pour la dernière édition du Journal dans la Bibliothèque de la Pléiade et qui présentent donc plusieurs passages inédits. Estimation : 30 à 35.000 euros... Description du catalogue :

Lot n° 208
GIDE André [Paris, 1869 - id., 1951]
Ecrivain français 

Ensemble de 2 carnets autographes, format 16 x 12 cm (1934) et 16,5 x 10 cm (1935), reliés en toile souple. Il s'agit de fragments de son «Journal» pour les années 1934 et 1935.
1) Carnet «1934». 137 pages, toutes numérotées. A la suite de 2 pages de notes (adresses d'amis et de correspondants: Rosenberg,Louis Gérin, Louis Ducreux, Gabilanez, etc., tâches à effectuer, livres à envoyer), le journal commence le 6 février à Syracuse et se termine à Cuverville le 1er octobre par ces lignes qui diffèrent sensiblement de l'édition établie du vivant de l'auteur, dans la collection de la Pléiade, en 1947 (pp. 1220-1221): «J'ai délaissé ce carnet, l'esprit occupé par cette pièce (sans titre encore) dont j'ai achevé de brouillonner le 1er acte. Lu la Fortune des Rougon; relu l'Assommoir. Relu avec le plus grand profit le Discours de la Méthode. On trouve la fautive expression «quoi qu'ils en aient», pour «malgré qu'ils en aient» dans Balzac - Député d'Arcis, p.198 (Flammarion) que nous avons la constance de lire à haute voix sans en sauter une ligne. (Excellents morceaux d'une écriture remarquable dans les premiers chapitres; du Sur-Balzac) et point de ralliement pour quantité de personnages de la Comédie Humaine. Somme toute, enchanté de cette lecture, que je me promettais depuis longtemps.»
On relèvera dans ce carnet d'autres passages ne figurant pas dans l'édition originale du premier tome du journal (1889-1939): «Mais inadmissibles toutes, presque toutes, les pages écrites en vue de mes Nouvelles Nourritures. Projet que, décidément, j'abandonne. Tandis que je croyais, au contraire, devoir abandonner Geneviève. J'y pourrai verser ceci dans cela.» (6 février) - A propos des jeunes élèves d'un «collège de prêtres» en promenade: «J'imagine quelle instruction l'on va pouvoir donner à ces cancres; quelles graines faire germer sur ce terreau...» (8 février) - «Méphisto fait le jeu de Goethe; mais c'est Goethe qui tient les cartes, et, pour jouer, il ne s'en remet pas à Méphisto.» (lignes biffées à la suite de la relation de la journée du 11 février) - «On voit ici, chez des fleuristes, des «haemanthus» couleur corail, qui me rappellent certaines fleurs du Congo (dont je parle, du reste, dans mes notes de voyage.) Le héros de roman que l'on peint à sa ressemblance, on lui fait faire ce que l'on aurait voulu faire, ce que l'on aurait peut-être fait si... bref ce que l'on n'a pas fait; et il serait imprudent d'en induire. Il y a quatre jours je me suis offert un chapeau de marque anglaise, assez coûteux, mais vraiment à ma convenance. Il est si rare de trouver un chapeau qui vous plaise! Je me souviens d'être entré chez Adrienne Monnier certain jour (il y a déjà longtemps) à la suite d'un jeune homme qui portait un chapeau si séduisant que je ne pus me retenir de lui en demander la provenance. Et deux ans plus tard, passant à Oxford, j'en commandais deux d'un coup, encore qu'ils coûtassent fort cher. L'un devait être pour Théo [le peintre Théo van Rysselberghe]. Mais finalement je gardais la paire. Mes Caves étaient déjà écrites; c'est un pareil chapeau que je voyais à Lafcadio. Il eut l'heur de plaire à Colette, certain soir de Ballets russes; elle me demanda de le lui abandonner un peu et en resta coiffée pendant l'entracte. Celui que je viens d'acheter ne le vaut pas. Très bien tout de même. Il se trouve que, pour la première fois de ma vie, je suis parti en voyage avec trois chapeaux. Et pour la première fois de ma vie, depuis que j'ai acheté ce dernier, je sors sans chapeau du tout, ce qui est fort agréable suivant l'usage de Karlsbad où les ombrages constants le permettent.» Gide termine ces remarques futiles par l'expression anglaise «Not worth noticing» qui justifient évidemment leur suppression dans la version publiée du Journal (21 juillet). - «Mais d'excuses L. G. n'a-t-il pas? [Louis Gérin, vingt ans, mineur du Borinage et écrivain séduit par la littérature de Gide.] Il y aurait de ma part une sorte d'ingratitude à n'en point tenir compte. Evidemment un grand besoin d'amour et de vénération gonfle son cœur qui trouve ici prétexte à s'épancher. [...] Très douloureux de contrister certains pour qui je gardais l'affection la plus vive, je sus toujours passer outre, estimant que les considérations du cœur n'ont pas à fléchir la raison. Mais il s'agit ici de ne point faillir aux espoirs qu'ont reporté sur moi des créatures désespérées. Comment ne point tenir compte des sympathies que mes déclarations m'ont acquises? Ne plus considérer que l'extrémité de mes pensées, n'en plus présenter que la pointe, c'est une façon de trahir celles-ci; je ne puis; mais il me paraît aujourd'hui plus fâcheux se risquer d'affaiblir des convictions et des confiances en exposant des ratiocinations compliquées, que de décevoir par mon silence.» (22 juillet) - «Bien forcé de reconnaître que ce qui m'arrête aujourd'hui, c'est aussi, c'est beaucoup, la peur de l'opinion.» (24 juillet) - «Le point d'arrivée seul leur importe, non le précautionneux et lent acheminement de la pensée. Je n'ai point à leur faire [part] de mes perplexités, de mes doutes. Un temps vient où «les jeux sont faits». (25 juillet) - Parfois Gide se perd dans des considérations sans doute sincères dans l'instant, mais qui, publiées, auraient pu être instrumentalisées par ses ennemis: «Vends tout ton bien et le donne aux pauvres.» Aucune considération d'amitié, de parenté, etc., ne doit m'arrêter. Depuis longtemps déjà cette préoccupation m'habite. Ne pas attendre, pour me déposséder, de n'avoir plus à en souffrir. Vendre, mais comment? Donner, mais à qui? Pour un catholique, la chose est simple. Le geste de vente et de don, je suis depuis longtemps prêt à le faire; mais de telle manière que je ne doive penser, sitôt ensuite, qu'il eût mieux valu le faire autrement. Quels pauvres secourir de préférence? Je m'en suis tenu jusqu'à présent à ceux que je connaissais par moi-même et qui venaient à moi directement. Ce lent émiettement ne doit plus me satisfaire. Ce qu'il faudrait, c'est un don total à quelque institution en qui je puisse avoir confiance. Mais, en dehors des institutions religieuses, en existe-t-il? et que l'on ose aveuglément favoriser? Non, ce n'est pas pour moi que je voudrais garder rien en réserve, (et le profit de mes livres me met suffisamment à l'abri) mais pour la détresse de bientôt et que j'imagine déjà si affreuse que demain je pourrai déplorer de n'avoir conservé plus rien qui me permette de secourir. Pour l'amour du geste, je ne dois point céder à une précipitation inconsidérée.» (28 juillet)... - A rebours du journal, tête-bêche, deux pages où se mêlent à nouveau adresses (Mme Emmanuel Signoret, Jacques Drouin, Jean Lebasque, Vladimir Pozner...), tâches à accomplir («Aragon (Epreuves -mère de Dimit.) - envoyer Pages choisies à Robert Sapeir - envoyer l'adaptation des Caves à Louis Fürnberg - Pierre-Quint: Journal des Faux.-M.»....) et listes de courses («papier timbré - savon oreilles - encre de couleur - plumes).





2) Carnet «Juillet 35 - Décembre 35». Manuscrit de 43 pages sur 87 pages numérotées. Le texte est généralement écrit sur le feuillet de droite, le feuillet opposé recueillant les éventuels ajouts et notes. Les trois premières pages du manuscrit ne sont pas datées; elles constituent en effet la fin du récit commencé à Hossegor le 31 mai dans un précédent carnet. Après une interruption de deux mois, le journal reprend à Lenk, le 30 juillet, par ces lignes, inédites dans le volume publié par Gide de son vivant, en 1947: «M. Monnier le tout jeune et fort sympathique professeur d'histoire à Genève, dont, par heureux hasard et conséquence de l'encombrement de l'hôtel, je suis appelé à partager la table aux repas de midi et du soir - me recommande vivement de lire les mémoires de Tocqueville. Il m'avait identifié dès le premier soir, mais s'amusait d'abord à ne pas le laisser voir.»
Le journal se poursuit les 1er, 2, 3, 4, 7, 15 et 27 août, passe au 17 septembre, continue avec les 6, 28, 30 octobre et se termine à la date du 21 novembre. Dans ce second carnet, les passages supprimés par l'auteur lors de la publication ne sont ni moins considérables, ni moins intéressants que dans le premier. Certains évoquent son attirance socratique pour les adolescents qui ne pouvaient peut-être pas être ainsi livrés impunément au public, fût-ce dans le luxueux écrin de la Pléiade; d'autres agitent la question sociale qui tourmentait Gide à cette époque où le communisme le séduisait: «Mais, presque atteint le sommet dernier, une exquise rencontre m'invite à rebrousser chemin - non tout aussitôt toutefois, pour ne point trop avoir l'air de suivre; mais suivant pourtant et rattrapant bientôt. Rien de plus «enticing» que ce petit paysan de quatorze ans qui accompagne son oncle et un cousin fort vulgaires, à travers les monts du Valais, pendant les vacances. Ils sont de Winterthur. Comme ils ne parlent que le Bernois, la conversation avec eux trois n'est pas aisée. Mais quelle joie, quelle confiance, quel abandon! chez ce petit qui feint de rattacher son soulier pour rester en arrière avec moi. Quelle reconnaissance enjouée lorsque je lui laisse un des francs qu'en sortant mon mouchoir j'avais maladroitement semés sur la route.» (30 juillet) - «Il y a ceux qui ont à se plaindre (de ce que nous appellerons, pour plus de commodité: cet état de chose) et il y a les satisfaits. Mais il y en a, de plus, quelques uns qui ne sont pas satisfaits d'un état de choses, dont, personnellement, ils n'ont nulle raison de se plaindre. Je veux dire qu'ils auraient toutes les raisons du monde, égoïstement, d'être satisfaits; mais que, précisément, ils ne sont pas égoïstes et ne peuvent considérer comme bon un état de choses qui les favorise iniquement. Alors ils s'élèvent de toutes les forces de leur cœur et de l'esprit contre cet «état de choses», et travaillent à un changement radical, dussent-ils eux-mêmes en pâtir, convaincus qu'il ne peut faire place qu'à un état meilleur, fût-ce à travers un désordre provisoire. Ce n'est pas du tout que ces mécontents aiment et cherchent le désordre, ainsi qu'on le leur reproche; mais le remplacement d'un ordre fâcheux par un ordre différent paraît forcément désordonné d'abord. Alors les satisfaits s'étonnent et demandent si c'est par aveuglement ou par sottise que ceux dont je parle travaillent à «scier la branche sur laquelle ils sont assis (1)». L'aveuglement et la sottise ne sont que du côté de ceux qui s'étonnent et par là se montrent incapables de concevoir une pensée ou un acte qui ne soit pas intéressé.
- (1) «Sages réflexions de Candide», citées par l'Action Française du 23 mai 1935.
- Questions sociales. C'est une chose que de les méconnaître; c'en est une autre que d'en avoir préservé ses écrits. L'homme, à vrai dire, ne commence à m'intéresser que lorsqu'il n'a plus à remplir sa panse. Il y a là une question de charbon pour alimenter la machine; faute de quoi rien plus ne va. Evidemment. Charbon d'abord! Et je consens que surtout la question du manger passe avant toute autre pour qui se sent privé. Même, cette question m'apparaît aujourd'hui si pressante que je n'en peux distraire ma pensée... Mais, encore une fois, c'est ce que fait l'homme rassasié qui m'importe. Tout le reste n'est qu'avant-propos. Mais honte à celui qui passe outre. Je me souviens, du temps que j'écrivais mon Prométhée - et même avant, car c'était, il m'en souvient, à Alençon - j'écrivais une histoire très fantaisiste, que je pensai alors pouvoir enserrer en ce livre encore en formation; il y était question d'un Caliban Démos appelé enfin à se produire au grand jour; on l'appelait; il sortait de dessous la chaise percée qui servait de trône à sa puissance, si crotté, si souillé d'excréments qu'il prêtait à rire et surtout à se boucher le nez. On l'invitait à parler et, mal instruit, il ne parvenait à rien dire... C'était excessif, saugrenu... Je regrette pourtant aujourd'hui de n'avoir pas mené à bien ce conte dont, peut-être, après ma mort, on retrouvera dans mes papiers le brouillon.» (s.d. - probablement 31 juillet) - «Je n'oublierai pas cet enfant radieux qui, ce matin, dans la chambre de vaporisation, vint s'asseoir intentionnellement, sur le large banc de bois pourtant vide, à côté de moi, contre moi. Il entrait avec ses deux frères, l'un à peine plus âgé, l'autre plus jeune, à peine un peu moins beau que lui, robuste, doré comme un épi, souriant de tout son corps. Il me parla des chevaux de sa mère, plus je crois par besoin de causer que pour me faire connaître qu'il était riche.» (1er août). - Les dernières pages, lisibles dans l'autre sens, en retournant le carnet, recèlent le même contenu prosaïque déjà signalé plus haut: des noms et des adresses (Armand Godoy, Pierre de Massot, Henri Thomas, Giono, Paul Doncoeur, Yves Allégret, Malraux, Maurice Saillet, Pascal Pia...), des livres à envoyer (à Michel Lévesque, à Robert [Lévesque], au Cercle des Malades de l'Institut Hélio-Marin de Berck...), et des listes de courses («Roger Cavaillès: shampoing pour Cuverville» - «Brosse à dents - slipperie - caleçon de bain - espadrilles -réchaud - théière»).





Livres Anciens 
Livres Modernes
Autographes et Manuscrits 
Vente mercredi 3 avril 2013 à 14h
Drouot Richelieu  - Salle 11
Expositions publiques :
Mardi 2 avril de 11h à 18h
Mercredi 3 avril de 11h à 12h
 

lundi 18 février 2013

Au hasard du Journal

(encadré donné à la suite d'un article sur Ne jugez pas, dans le Nouvel Observateur n°262 du 17 novembre 1969 pour les cent ans de Gide)


Au hasard du "Journal" de Gide

Contemporains

VALERY
• « Valéry ne saura jamais toute l'amitié qu'il me faut pour écouter sans éclat sa conversation. J'en sors meurtri. Hier, j'ai passé avec lui près de trois heures. Plus rien, ensuite, ne tenait debout dans mon esprit. »

CLAUDEL
• « Jeune, il avait l'air d'un clou ; il a l'air d'un marteau pilon. Front très peu haut, mais assez large ; visage sans nuances, comme taillé au couteau ; cou de taureau continué tout droit par la tête, où l'on sent que la passion monte congestionner aussitôt le cerveau. [..] Il me fait l'effet d'un cyclone figé. »

COCTEAU
• « Lu « le Livre blanc », de Cocteau... Que d'agitation vaine dans les drames qu'il raconte! Que d'apprêt dans son style ! De souci de la galerie dans ses attitudes !... Que d'artifices !... Pourtant certaines obscénités sont racontées d'une manière charmante. Ce qui choque, et beaucoup, ce sont les sophismes pseudo- religieux. »

MAURIAC
• « Comme il est angoissé, et que je l'aime ainsi ! Mais de quel profit ces angoisses ? Puisse un temps venir pour lui où celles-ci lui paraîtront aussi vaines et aussi chimériques, aussi monstrueuses qu'elles me paraissent à moi aujourd'hui. Mais chez lui, désormais, le pli est si fort qu'il se croira perdu s'il se délivre. L'habitude de vivre la tête en bas force de contempler tout à l'envers. »

MARTIN DU GARD
• « Martin du Gard incarne à mes yeux une des plus hautes et nobles formes de l'ambition : celle qu'accompagne un constant effort de se perfectionner soi-même et d'obtenir, d'exiger de soi le plus possible. Je ne sais si je n'admire pas; plus encore que les plus beaux dons, une obstinée patience. »

GUEHENNO
• « Il parle du cœur comme on parle du nez. »

FREUD
• «Ah ! que Freud est gênant ! et qu'il me semble qu'on fût bien arrivé sans lui à découvrir son Amérique ! Il me semble que ce dont je lui suis le plus reconnaissant, c'est d'avoir habitué les lecteurs à entendre traiter certains sujets sans avoir à se récrier ni à rougir. Ce qu'il nous apporte surtout, c'est l'audace ; ou, plus exactement, il écarte de nous certaine fausse et gênante pudeur. Mais que de choses absurdes chez cet imbécile de génie ! »

PROUST
• « Longtemps j'ai pu douter si Proust ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail (ce qui me paraissait très légitime) ; mais hier et déjà l'autre jour, j'ai pu me convaincre qu'il était réellement très souffrant. Il dit rester des heures durant sans même pouvoir remuer la tête ; il reste couché tout le jour, et de longues suites de jours. Par instants il promène le long des ailes de son nez le tranchant d'une main qui parait morte, aux doigts bizarrement raides et écartés et rien n'est plus impressionnant que ce geste maniaque et gauche, qui semble un geste d'animal ou de fou. »

MALRAUX
• « ...Deux heures durant, je m'émerveille de son éblouissante et étourdissante faconde (oh ! je ne donne aucun sens péjoratif à ce mot — qui, originairement du moins, n'en avait point. J'ajoute pourtant qu'il est naturel qu'il en ait pris un — que les auditeurs-victimes lui en aient donné un ; par revanche). André Malraux, de même que Valéry, sa grande force est de se soucier fort peu s'il s'essouffle, ou lasse, ou « sème » celui qui l'écoute et qui n'a guère d'autre souci (lorsque celui qui l'écoute, c'est moi) que de paraître suivre, plutôt que de suivre vraiment. »

DE GAULLE
• « L'accueil du général de Gaulle [26 juin 1943, à Alger] avait été très cordial et très simple ; déférent presque à mon égard, comme si l'honneur et le plaisir de la rencontre eussent été pour lui. On m'avait parlé de son « charme ». On n'avait rien exagéré. Pourtant, on ne sentait point chez lui comme à l'excès chez Lyautey, ce désir ou souci de plaire qui entraînait ce dernier à ce que ses familiers appelaient : « la danse de la séduction ». Le Général restait très digne et même un peu sur la réserve, me semblait-il, comme distant. [...] il est certainement appelé à jouer un grand rôle et semble « à la hauteur ». Nulle emphase chez lui, nulle infatuation ; mais une sorte de conviction profonde qui inspire la confiance. Je ne ferai pas de difficulté pour raccrocher à lui mes espoirs. »

Morale

• « J'ai été plus courageux dans mes écrits que dans ma vie, respectant maintes choses qui n'étaient sans doute pas respectables et faisant cas beaucoup trop important du jugement d'autrui. »
• « Mon esprit n'est que trop enclin, par nature, à l'acceptation ; mais dès que l'acceptation se fait avantageuse et profitable, j'entre en garde ; un instinct m'avertit ; je ne puis accepter d'être avec eux « du bon côté » ; je suis de l'autre. » (1940.)
• « Les extrêmes me touchent. »
• « Il se passe en mon être intime ce qui se passe pour les « petits pays » : chaque nationalité revendique son droit à l'existence, se révolte contre l'oppression. Le seul classicisme admissible, c'est celui qui tient compte de tout. Celui de Maurras est détestable parce qu'il opprime et supprime et rien ne me dit que ce qu'il opprime ne vaut pas mieux que l'oppresseur. La parole aujourd'hui est à ce qui n'a pas encore parlé. » (1921.)
• « Je méprise de tout mon coeur cette sagesse à laquelle on ne parvient que par refroidissement ou lassitude. »
• « Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. Sans eux, c'en serait fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre une justification
secrète. Ils sont, ces insoumis, le « sel de la terre » et les responsables de Dieu. Car je me persuade que Dieu n'est pas encore et que nous devons l'obtenir. » (1946.)
• « Mon tourment est plus profond encore ; il vient également de ce que je ne puis décider avec assurance
: le bien est ici, de ce côté ; le mal est là. Ce n'est pas impunément que, toute une vie durant, mon esprit s'est exercé à comprendre l'autre. J'y parviens si bien que le « point de vue » où il m'est le plus difficile de me maintenir, c'est le mien propre. »
•  « Les discours du « rat qui s'est retiré du monde », qu'il soit artiste ou philosophe, sentent toujours un peu son fromage. » (A propos de Montherlant, 1941.)
•  « Toute théorie n'est bonne que si elle permet non le repos mais le plus grand travail. Toute théorie n'est bonne qu'a condition de passer outre... »
• « Se maintenir du moins... Mais non, dès que l'on n'est plus tendu vers un progrès, l'on retombe. »
• « L'on ne peut pourtant pas parvenir à me faire croire à Dieu, en me persuadant qu'il est plus hygiénique d'y croire, ou plus confortable ! C'est, au contraire, précisément dans le dédain du confort que je m'affermis et je m'affirme. Et c'est là ce qui me fait rejeter de dessous ma tête le mol et doux oreiller de Montaigne. C'est peut-être aussi bien pour ce qu'il m'enlèverait de confort que je souhaite le communisme ; comme aussi c'est pour cela qu'eux le craignent. » (1932.)
• « Je me laisse aujourd'hui persuader que l'homme même ne peut changer que, d'abord les conditions
sociales ne l'y invitent et ne l'y aident — de sorte que ce soit d'elles qu'il faille d'abord s'occuper. Mais il faut s'occuper des deux. »
• « Il faut suivre sa pente : mais en montant ! »
• « Connais-toi toi-même : maxime aussi pernicieuse que laide, une chrysalide qui se regarderait vivre ne deviendrait jamais papillon. »

Moeurs

• « Socrate et Platon n'eussent pas aimé les jeunes gens, quel dommage pour la Grèce, quel dommage pour le monde entier ! »
• [...] Les pédérastes, dont je suis [...], sont beaucoup plus rares, les sodomites beaucoup plus nombreux que je ne pouvais croire d'abord. J'en parle d'après les confidences que j'ai reçues, et veux bien croire qu'en un autre temps et dans un autre pays, il n'en eût pas été de même. Quant aux invertis, que j'ai fort peu  fréquentés, il m'a toujours paru qu'eux seuls méritaient ce reproche de déformation morale ou intellectuelle et tombaient sous le coup de certaines accusations que l'on adresse communément à tous les homosexuels.
« J'ajoute ceci, qui pourra paraître spécieux, mais que je crois parfaitement exact : c'est que nombre d'hétérosexuels, soit par timidité, soit par demi-impuissance, se comportent en face de l'autre sexe comme des femmes et, dans une conjugaison en apparence normale, jouent le rôle de véritables invertis. L'on serait tenté de les appeler des lesbiens. Oserai-je dire que je les crois très nombreux ?
« Il en va comme pour la religion. Ceux qui en ont, tout ce qu'ils peuvent faire de plus aimable pour ceux qui n'en ont pas; c'est de les plaindre. »
• « [...] On nous admet plaintifs : mais si nous cessons de l'être, on nous taxe aussitôt d'arrogance. Mais non, mais non, je vous assure. Nous sommes simplement ce que nous sommes ; nous nous donnons pour tels,  sans nous targuer, mais sans nous désoler non plus.»

mercredi 16 mai 2012

The Perennial Youth of André Gide, par Justin O'Brien


 The Saturday Review of Litterature
"with a french accent" (31 mars 1951)


Dans une pile de The Saturday Review of Litterature, revue américaine parue entre 1924 et le début des années 80, un numéro « frenchy » attire notre attention : alors qu'on y voit en couverture un vieil homme portant lorgnon, canne et melon se pencher sur les boites des quais, le titre dans l'angle annonce « The Perennial Youth of André Gide », par Justin O'Brien. Ouvrant ce numéro du 31 mars 1951, l'éditeur du Journal en anglais rend hommage à Gide en donnant en avant-première la préface au 4e volume à paraître à l'époque.

In a stack of The Saturday Review of Literature, an American magazine published between 1924 and the early 80s, a "Frenchy" issue attracts our attention : the cover shows an old man with monocle, stick and bowler hat who is looking in the boxes of parisian booksellers. And a title announces "The Perennial Youth of Andre Gide," by Justin O'Brien. Opening this issue of March 31, 1951, the translator and editor of the Journals honors Gide with a preview of his preface to the fourth volume that is about to be published.



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The Perennial Youth of André Gide

Justin O'Brien

« I HEARTILY scorn," André Gide wrote at the age of sixty-one in his "Journal" for January 1931, "that sort of wisdom that is attained only through cooling off or lassitude." We must not then expect to find him even twenty years later, soothing himself or his reader with the maxims of senility. In the fourth volume of his "Journals," written between his seventieth year and his eightieth, his mind had lost neither its incisive vigor nor its vital warmth. We find the same disciplined intelligence freely expressing itself, equally removed from facility and dryness, in a constantly maturing thought which is as far from smugness as it is from feverish restlessness. Ever in contact with life, that intelligence maintained a perpetual ardor—the hard, gemlike jerveur which his "Fruits of the Earth" extolled over fifty years ago. This was doubtless the secret of Gide's perennial youth and of his undiminished favor with the young.

Rich with the lessons of experience, a man in his eighth decade must of necessity take many a backward glance. The Second World War naturally suggested parallels with the First one; voluntary exile from France and loved ones recalled the past and even the dead. Problems encountered in writing and fresh attacks launched by his enemies caused him to review his judgments of earlier works: in 1942, for instance, and again in 1946 he reconsidered the significance, effectiveness, and artistic achievement of his "Corydon" and again returned to that book through an interviewer's indiscreet question at the time of the Nobel Prize Award. Several times he turned back to the period of his flirtation with Communism, the better to define the misunderstanding which led to his position of the early Thirties. And the postwar emphasis, largely among the existentialists, on the necessity of committing oneself and writing a "litterature engagée" led him to re-examine his past commitments and eventually to issue in 1950 under the ironic title of "Litterature engagée" a collection of his tendentious and polemical writings, all of which he considered as extra-literary. Indeed, he had already noted in mid 1940: "The social question! ... If I had encountered that great trap at the beginning of my career I should never have written anything worthwhile."

But, like his own Theseus venturing into the unknown while unwinding his link with the past and tradition in the form of Ariadne's thread, Andre Gide found it more natural to look forward. Even in the early stages of the war he foresaw with remarkable clarity the postwar plight of France; elsewhere he reflected on the literature and art of the future. Despite his extensive travels and those he undertook the moment Tunis was liberated, he deplored the fact that the map was still studded with territories unknown to him. Finally, but without dread or false solemnity, he frequently meditated on death and the possibility of an after-life. Some of the finest pages of this latest "Journal" in fact, reflect a serene contemplation of his own—of everyman's—future.
Nothing was perhaps more characteristic of Andre Gide than this consistently healthy forward-looking attitude. Not altogether lightly he early identified himself with Prometheus, who revolted against the gods and communicated to man "the devouring belief in' progress." That active belief never left him. Recognizing his inaptitude for contemplative stagnation, he could state at seventy-three that "real old age would be giving up hope of progress." Thus it is that, smiling at his impulse to improve himself so late in life, he continued the study of German, exercised his memory by learning hundreds of lines of French verse by heart, and, rediscovering Virgil, devoted three or four hours a day to the arduous and delightful deciphering of Latin. His mind always open and alert, he reread the French classics and Shakespeare and Goethe and Euripides, often revising his impressions with startling results. Leaving the main highway, he explored such diverse writers as Cyril Tourneur, Eichendorflf, Grimmelshausen, James Hogg, Dashiell Hammett, Pearl Buck, Jorge Amado, and Ernst Junger. In his eightieth year we find him discussing the latest volume by Sartre, catching up on the contemporary dramatists, disputing with Koestler and James Burnham. Simultaneously he could become captivated, as in the past, by a new treatise on radioactivity, a study of the metamorphoses of sea animals, a history of Moslem customs, or a revolutionary approach to surgery. A lively curiosity was always one of his dominant characteristics.

SINCE the fourth volume of the "Journals" covers the period of the Second World War the reader might justly expect conflict and the occupation of France to play a large part in Andre Gide's reflections from day to day. In the beginning, however, he deliberately planned to omit events, noting that thought was most valid when it could not be modified by circumstances. In September 1940 he reflected that "the number of stupidities an intelligent person can say in a day is not believable. And I should probably say just as many as others if I were not more often silent." In contrast to the invasion of the timely, to the anguish resulting from current events, there is always the timeless, to be found in the classics of art and literature. In an article dated 1936 he had written: "I have a great need to maintain in myself the feeling of permanence; I mean a need of feeling that there are human products that are invulnerable to insults and degradation, works on which temporal changes have no influence."

But viewed without perspective the timeless often appears to be merely the untimely; to some it may seem shocking that only a month after the French defeat of 1940 Gide could momentarily forget his country's tribulation by reading Goethe in the original. Throughout the "Journals," to be sure, from 1889 to 1949 thoughts out of season abound: Unzeitgemdsse Betrachtungen, to borrow from Nietzsche a title that Gide obviously liked. Almost equally frequent are statements to the effect that the artist is "out of harmony with his time" and that this constitutes his raison d'etre: "He counteracts; he initiates. And this is partly why he is so often understood at first by but a few" (July 6, 1937).

Yet, whether in the south of France for the first two and a half years of the war or in North Africa for the duration, Gide was unable to maintain such an ideal aloofness. Never do his "Journals" come so close to journalism ("I call 'journalism' everything that will be less interesting tomorrow than today," he wrote in 1921) as during the long siege of Tunis in 1942-43. There we have a marginal history of events recorded by an eyewitness whose vision was necessarily limited, a sort of "Journal of the Plague Year" with all the dispassionate, flat reportage of Defoe's document. There is a fascination for us who were on the outside in sharing the intimate feelings of a particularly sensitive person on the inside of the vast concentration camp set up by Hitler. Despite Gide's effort to heighten and enliven that account by a running description of the child Victor, a portable microcosm of all that was distasteful in the world around him, nonetheless this is the part of the "Journals" that will doubtless age least well. Several times in recent years Andre Gide had expressed the desire for simultaneous publication of those pages in French and English, in the naive hope, unshared by his French publisher, that such a delicate attention would somewhat mitigate the sting of his remarks about the American forces in Tunisia. But Americans are hardly so susceptible as not to appreciate such frankness; the men who took part in the North African campaign should be interested in the way they looked to "those they were about to liberate, especially since that view changed so drastically upon contact. During the decade from 1939 to 1949 Andre Gide's creative activity did not slacken, for he wrote (in addition to this volume of the "Journal") the "Imaginary Interviews," a play entitled "Robert ou l'intérêt général," a book on Paul Valery, "Autumn Leaves," and "Theseus", which last should come to be considered as one of his major works. Meanwhile he finished his inspired translation of "Hamlet," compiled an "Anthology of French Poetry," wrote several prefaces including that for the collected edition of Goethe's drama, and with Jean-Louis Barrault adapted to the stage Kafka's "The Trial"—besides working on still unrealized film-scenarios of his novels "Isabelle" and "Les Caves du Vatican." One of the last entries in the latest volume of his "Journal" (June 4, 1949) states: "Some days it seems to me that if I had at hand a good pen, good ink, and good paper I should without difficulty write a masterpiece." An index of Gide's continuing vitality can be found as readily in the attacks directed against him as in his own production. Throughout his long career he had been the object of frequent, often savage, assaults. If they are remembered at all in literary history, some of his accusers — such as Henri Beraud, Jean de Gourmont, Rene Johannet, Camille Mauclair, Eugene Montfort, and Victor Poucel—will receive mention only for the crude shafts they aimed at Gide. Others like Francis Jammes and Henri Massis have sullied their reputations by contributing to the picturesque and fanciful Gide legend.

DESPITE the intention of such critics, they did not bury their enemy very deep. During and after the recent war the weight of his years did not keep him from serving frequently again as whipping-boy. As early as July 1940 an anonymous journalist in Le Temps accused him of exerting a baneful influence on youth and contributing to the forming of a "deliquescent generation." A year later in California Fernand Baldensperger blamed the French defeat on such demoralizers as Gide, Proust, et al. In January 1942 Rene Gillouin echoed in Geneva an unfounded accusation of Gide's having led a susceptible young reader to suicide. Hardly had Paris been liberated than Louis Aragon, the literary spokesman of the French Communist Party, which could not forget Gide's return from Moscow, repeated the charge of anti-patriotism and defeatism made in the Provisional Consultative Assembly in Algiers by a certain Giovoni. Soon thereafter Julien Benda and Edmond Buchet separately accused Gide of anti-intellectualism and Alexandrinism, somewhat as Arthur Koestler was to do in English. Probably the most categoric crushing of Gide was found in an interview with the Catholic poet Paul Claudel, a contemporary and early friend, published in March 1947. "From the artistic point of view, from the intellectual point of view, Gide is worthless," said Claudel. Gide himself was more equitable toward his former friend, for in February 1943 he noted in the "Journal":

There is and always will be in France (except under the urgent threat of a common danger) divisions and parties; in other words, dialogue. Thanks to that, the fine equilibrium of our culture: equilibrium in diversity. Always a Montaigne opposite a Pascal; and, in our time, opposite a Claudel, a Valery. At times one of the two voices prevails in strength and magnificence. But woe to the times when the other is reduced to silence! The free mind has the superiority of not wanting to be alone in enjoying the right to speak.

If there could have been any doubt before, there can surely no longer be any since the publication in 1949 of the correspondence between Claudel and Gide that to the world at large the name of Paul Valery was less appropriate in the above passage than would have been that of Andre Gide.

Another important Catholic writer, François Mauriac, who never ceased to admire and to acknowledge his debt to Gide, seems to have recognized this when, writing in Le Figaro about certain pages detached from the latest "Journal," he finds Gide's thought "serenely aggressive as on his finest days" and regrets that "this elderly Faust, who is so dear to us, should fix himself permanently in the definitive affirmation that man must be put in the place of God."

Coming from the pen of Mauriac the expression "serenely aggressive" is most appropriate. In his eighth decade Andre Gide had achieved a measure of serenity, manifest in his "Theseus" and "Autumn Leaves" as well as in his "Journal." One thinks of the Olympian serenity of Goethe, Gide's lifelong companion, and notes with pleasure that during the ten years covered by this volume Gide reread both the "Conversations with Eckermann" and Boswell's "Life of Samuel Johnson," as if recognizing the company in which he belongs. In fact, the complete "Journals," representing sixty years of a varied life, form one prolonged, intimate conversation, a single, often interrupted dialogue of the author with himself. Such a document precludes the necessity of any other interlocutor; after all, Montaigne had neither Boswell nor Eckermann. The serenity to which Gide attained was that of a dynamic equilibrium between opposing tendencies within him, the classic balance toward which he had tended ever since youth. Yet there was nothing static about this condition; as he noted in the "Journal": "The sole art that suits me is that which, rising from unrest, tends toward serenity."

On the last page of the most recent instalment of his "Journals" Andre Gide had scribbled a note implying that he had forever ceased to keep a journal. Since this was in fact the end of his long and rich self-scrutiny, the final distilation of his reflections on man and the universe, what definitive revelation or ultimate message does it contain for his readers? Those who followed him this far knew him better than to expect such a thing or be surprised by his note of December 15, 1948: "Last words ... I do not see why one should try to pronounce them louder than the others. At least I do not feel the need of doing so."

Justin O'Brien is professor of French at Columbia University. This essay will form the introduction to his edition of the fourth volume of Gide's "Journals" which will be published, by Alfred A. Knopf on April 9.


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« Je méprise de tout mon cœur cette sorte de sagesse à laquelle on ne parvient que par refroidissement ou lassitude. »