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dimanche 1 avril 2018

Quand Gide portait moustaches

Le club des longues Moustaches, Michel Bulteau
La petite vermillon, La Table Ronde, 208p., mars 2018
ISBN : 9782710387169


Re-voici le livre érudit, décalé et rare d'un auteur qui ne l'est pas moins... Le club des longues Moustaches, de Michel Bulteau, reparaît en poche dans la collection "La petite vermillon" à La Table Ronde.

Michel Bulteau est l'un des derniers poètes-personnages des grands mouvements littéraires, l'un des seize co-auteurs du Manifeste électrique aux paupières de jupes paru en 1971 aux éditions du Soleil Noir, témoignage d'une époque désarticulée dans lequel la "génération noire" jette un pont entre le surréalisme et la beat generation.

En 1988, entre un volume de poèmes, un essai sur Toulet et une biographie de James Dean, Michel Bulteau publie Le club des longues Moustaches, empruntant son titre à une expression forgée par Paul Morand dans un article sur Venise. Ce club rassemble les écrivains qui avaient pour point commun l'amour de la Sérénissime et le port des bacchantes.

Henri de Régnier, Jean-Louis Vaudoyer, Edmond Jaloux, Émile Henriot, Charles du Bos, Francis de Miomandre mais aussi André Gide et de nombreux autres promènent leurs moustaches et leurs airs dandies dans ce petit essai en forme de bijou, vivant camée d'une époque, de lieux et d'une idée de la littérature à jamais enfouis.

Lire les premières pages.


Gide laisse pousser sa moustache autour de 1890 
pour mieux infiltrer les milieux littéraires, 
mais, précurseur d'une nouvelle littérature, 
se fera glabre vers1907.

samedi 28 octobre 2017

Escales africaines, voyage sonore sur les pas de Gide


Après les Nourritures terrestres, c'est le Voyage au Congo qui inspire deux artistes, le plasticien sonore Hughes Germain et le percussionniste burkinabé Oua-Anou Diarra. "Les notes des instruments traditionnels se mêlent à l’électronique, les sons enregistrés « là-bas » se déforment et deviennent musique, les images du début du siècle résonnent avec celles d’aujourd’hui… Dans ce concert, le duo interroge en musique l’expérience du voyage, celle qui déforme le temps, celle qui alimente le récit du voyageur, celle qui nous éloigne pour mieux nous révéler…" Et l'illustre par des extraits du Voyage au Congo, version journal de bord de Gide et version filmée par Marc Allégret.

Plus d'informations sur le site de la Coopérative artistique 109





samedi 7 octobre 2017

Nourritures, par Marie Perruchet et la Cie Body Double





Après s'être intéressée aux figures et aux œuvres de Bret Easton Ellis, David Lynch ou Jerome Bosch, la chorégraphe Marie Perruchet et sa compagnie Body Double proposent une adaptation des Nourritures terrestres d'André Gide samedi 9 décembre 2017 au Tarmac puis les 26 et 27 janvier 2018 au Café de la Danse.

Présentation du spectacle sur le site de la compagnie :




STRUCTURE

Sous la forme de chants poétiques faisant écho à la structure même de l’œuvre d’André Gide, Marie Perruchet souhaite explorer toute la symbolique des sensations. La sensualité, le rapport aux corps, la « possession amoureuse » chère à Gide s’incarne dans des corps mouvant, investit un lieu et se transforme en long plan séquence qui emporte avec lui le spectateur dans une huis clos de 45 mn.
Marie Perruchet organise son processus de création autour de l’improvisation. Tantôt libre, tantôt plus précisément guidée par le texte poétique de Gide, il s’agit pour les danseurs de saisir quelque chose comme une poétique des corps, à la fois poésie et invention d’une forme. Trouver sa place dans l’espace, trouver sa place par rapport à l’autre ; l’invention d’une forme de vie guidée par la ferveur, voilà comment doit s’organiser la danse qui sublime la matière de son propre corps en même temps qu’elle l’interroge et interroge son lien avec autrui.

Il s’agit tout à la fois de trouver son geste, le geste individuel qui prendra place dans des ensembles qui s’inspireront également de l’organicité, la rondeur et la sensualité de certaines sculptures d’Auguste Rodin.
Comme le héros de Gide, les danseurs sont à la recherche d’une certaine volupté . Le volume, la rondeur, une vie s’inventant dans le mouvement, toujours charnel et précis ; les différents impératifs catégoriques gidiens qui guident Nathanaël, le lecteur, les danseurs et les spectateur sur leur propre chemin initiatique guident également le processus de création de la chorégraphie de Marie Perruchet.


LUMIÈRES

Propice à l’intime, à l’introspection, la lumière crée des espaces mouvant d’ombre et de lumière qui dessinent autant le chemin intérieur que celui de la découverte de l’autre. Inspiré des peintures du Caravage, maître incontesté du clair-obscur, Marie réinvente une esthétique baroque qu’elle affectionne.
Les danseurs profitent également de ces jeux de lumières. Présents tout au long de la pièce sur scène, on ne les voit pourtant pas toujours. Une forme d’impermanence s’installe, les corps, leurs courbes, leurs forment se découvrent et se cachent au fil de la pièce. Le spectateur se retrouve pris dans une ambiance proche de celle des Hammams, l’air y est moite et la lumière brumeuse nous donne à découvrir des corps d’une sensualité noble et nouvelle.


LA MUSIQUE

La création musicale pour cette pièce vient avant tout d’une histoire d’envie. La découverte d’une pièce pour orgue de Jean-Sébastien Bach, Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ, fut un choc émotionnel pour Marie qui désirait aussi écrire du mouvement à partir de la partition musicale. L’œuvre de Bach est ainsi présente dans la pièce dans une version pour orgue et piano transformé.

La collaboration pour cette bande son s’est faite avec le musicien guitariste producteur français Alex Liebermann. Marie a travaillé avec lui sur les idées de sensorialité et de sensualité pour que cette création musicale puisse entrer en écho avec le texte gidien qui donne à NOURRITURES ses couleurs et nourrit la ferveur qui s’empare des corps sur scène.

Marie a également demandé l’autorisation à Jozef Wan Wissem (compositeur et collaborateur de Jarmusch) d'utiliser trois de ses morceaux : Sola Gratia 1 et 2 ainsi que Our hearts condemn us. Leur chaleur organique semblait s’imposer pour le travail sur cette pièce.


Chorégraphe : Marie Perruchet

Assistant chorégraphique : Xavier Perez

Assistante : Aurore Godfroy

Pièce pour 3 danseurs

Distribution : Aurore Godfroy Marie Perruchet Nicolas Travaille

Musique Alex Liebermann

Lumières : Tanguy Gauchet

Durée : 50 minutes

Tout Public

 Voir aussi le site du café de la Danse : http://www.cafedeladanse.com/nourritures-1/




dimanche 2 avril 2017

Les Faux-monnayeurs au Lavandou




Les 4e Journées Catherine Gide organisées les 13 et 14 mai prochains au Lavandou exploreront Les Faux-monnayeurs, en conviant tout particulièrement les lycéens qui se penchent cette année sur ce livre inscrit au programme du baccalauréat au côté du Journal des Faux-monnayeurs. Plusieurs interventions de spécialistes d'André Gide promettent de se mettre à leur niveau pour les aider dans la compréhension de ce foisonnement narratif, seul "roman" au sens où Gide entendait cette composition en faisceaux.

Samedi 13 mai
 
9h00 Accueil des participants aux conférences-débats et présentation du programme (interventions
limitées à 20' pour laisser place aux questions et réflexions du public et des lycéens)
9h30 Pierre Masson : Gide avant le Journal des Faux-monnayeurs : données biographiques et problèmes induits
10h00 Christine Ligier : La marche vers le roman : à partir des Cahiers d’André Walter, pratique et réflexion de la forme narrative avec le roman comme horizon
11h00 David Walker : Dimension morale et roman d'apprentissage
11h30 Pierre Masson : Les Faux-monnayeurs, roman symbolique
14h00 Interventions d’élèves de Terminales Littéraires
14h30 David Walker : Les Faux-monnayeurs comme critique du roman
15h00 Christine Ligier : Le Journal des Faux-monnayeurs, construction d'une pratique romanesque
15h30 Suzanne Joncheray : L'image des Faux-monnayeurs dans les manuels scolaires
16h00 Débat - bilan de cette première journée
16h30 Projection du film d’Ambre Fuentes, Après le livre. Une enquête sur André Gide - 1h27

Dimanche 14 mai
 
9h00 Klaus Weber : Trois temps de lecture des Faux-monnayeurs, 1964, 1989 et 2016
9h30 Maryvonne de Saint Pulgent : Les Treilles, Gide et la musique
10h00 Jean-Pierre Prévost : Présentation du jeu de société, le "Jeu des Faux-monnayeurs"
10h30 Visite de la "Villa Théo" à Saint-Clair, ancienne maison du peintre Van Rysselberghe et futur centre d’art du Lavandou en phase d’achèvement.



Réhabiliter Maria Van Rysselberghe


Jacques Roussillat, Maria Van Rysselberghe, la petite Dame d'André Gide, 
Editions Pierre-Guillaume de Roux, Paris, 2017
270 p., 24,50€, ISBN 978-2-36371-180-9


Après l'édition de la Correspondance André Gide-Maria Van Rysselberghe l'an dernier (Cahiers de la NRF, Gallimard), voici un petit livre qui contribuera très probablement à rendre à "la Petite Dame" la part de lumière qu'elle mérite. C'est d'ailleurs l'objectif avoué de son auteur, Jacques Roussillat, membre fidèle de l'Association des Amis d'André Gide : réhabiliter l'écrivain et la figure de la vie littéraire parisienne.

La vie de Maria Van Rysselberghe a un "avant" et un "après" Gide. Avant, on ne sait d'elle et de sa mystérieuse famille belge quasiment rien. Par exemple, sur sa mère : comment la veuve d'un cadre des chemins de fer devient-elle patronne d'une des plus grandes maisons d'édition belges, qui réalise tout à la fois l'annuaire royal et les revues de l'avant-garde artistique ? Ou sur son prénom : quel événement intime lui fait renoncer à Marie pour devenir Maria ?

Monnom. Mon nom. La question du nom sera importante chez Maria. Comme sa mère, la Veuve Monnom, déjà désignée en référence à un homme, c'est en tant que "Petite Dame" d'André Gide qu'elle sera connue. Et cela va durer, se répéter. Ainsi plusieurs pseudonymes l'accompagnent : M. Saint-Clair, pour ses articles dans la NRF, Philomène, son deuxième prénom, dans ses échanges avec Schlumberger, Petite Dame avec Gide et ses proches, Mamie Tit en famille...

Sur cette jeunesse et ces débuts en Belgique, Jacques Roussillat n'apporte pas d'éclaircissements, mais il réussit à décrire le bouillonnement artistique de l'époque. "L'atmosphère de serre chaude", pour reprendre une expression gidienne, dans laquelle Maria éclot à la peinture, à la littérature, aux combats sociaux et à l'amour. Le mariage avec le peintre Théo Van Rysselberghe et la passion avec Emile Verhaeren "préparent" à leur façon la rencontre avec Gide.

A partir de 1918, le risque était grand de voir le livre devenir une paraphrase des Notes pour l'histoire authentique d'André Gide. Jacques Roussillat évite cet écueil en se concentrant sur quelques clés temporelles de compréhension du personnage réel de Maria Van Rysselberghe, longtemps réduite au "petit Eckermann". A commencer par les éditions Gallimard qui escamotent totalement des couvertures des Cahiers de la Petite Dame le nom de leur auteur...

"Confidences à Autheuil", "Années de guerre" ou "Le Vaneau" forment des chapitres courts qui maintiennent l'intérêt du lecteur dans ces réseaux complexes, tant littéraires qu'intimes et familiaux, réseaux complexes que Gide affectionnait, et qu'il a pu entretenir, d'ailleurs, grâce à l'aide matérielle, organisationnelle, osons ce mot barbare, de la Petite Dame. Et si, sur le plan familial, Gide a pu donner libre court à sa volonté d'inventer une nouvelle forme de famille, c'est aussi grâce à la complicité de Maria.

Mais ne tombons pas une nouvelle fois dans la réduction à la part gidienne de la Petite Dame. En contribuant à faire mieux connaître cette personnalité forte, libre, passionnée, le livre de Jacques Roussillat fera aussi très probablement découvrir l'écrivain. Il faut en effet (re)lire Il y a quarante ans pour en apprécier l'atmosphère compressée, ou les portraits vifs de la Galerie Privée, ou bien sûr les Cahiers de la Petite Dame pour, derrière la chronique gidienne, mesurer tout l'art du chroniqueur qui sait écouter, voir et peindre avec ses mots.


samedi 17 décembre 2016

Madeleine intrigue encore



Madeleine intrigue encore. Ainsi après avoir fait l'objet d'une pièce de théâtre aux Etats-Unis, Madeleine Remains: In Memory, A Wife of Genius, de Michael Martin, monologue récemment repris par Karen Ball, ou encore d'une estampe de David Maes à voir jusqu'à fin décembre au musée d'Uzès, Madeleine fait l'objet actuellement d'une exposition photographique à Paris : La Madeleine de Gide.


http://librairie.artcurial.com/events.php?blid=6286#359848


"La librairie d’art d’Artcurial présente La Madeleine de Gide, nouvelle exposition de la photographe Pupa Neumann du 15 décembre au 10 janvier 2017 : une série inédite consacrée à une femme peu connue du grand public, Madeleine Gide, cousine et épouse de l’écrivain André Gide.

Qui est cette femme avec qui Gide a passé plus de 40 ans de sa vie, sans même avoir posé une main sur elle ? Quelle sorte de femme accepterait cette situation sans bouleversement ? Était-elle une femme soumise ? Une tordue ? Une idiote ?… ou simplement une femme libre ? De là s’est révélée la série La Madeleine de Gide et le fantasme que Pupa Neumann projetait sur cette femme. Une femme entre un mur et une table, qui attend…

La Madeleine de Gide, nouveau travail de Pupa Neumann est né d’une participation au concours “PHOTO-ROMAN” d’Havas Paris pour Les Rencontres de la photographie d’Arles dont le principe était de mettre en images des mots.

Pupa Neumann a ainsi imagé trois lignes extraites de Si le grain ne meurt d’André Gide : “Ma cousine était très belle et elle le savait. Ses cheveux noirs qu’elle portait en bandeaux faisaient valoir un profil de camée (j’ai revu sa photographie) et une peau éblouissante.

Au lieu d’illustrer simplement le texte, Pupa Neumann a cherché à en savoir davantage sur Madeleine.

Texte de Nathalie Fiszman, extrait de la préface du catalogue de l’exposition

Le personnage de Madeleine Gide avait tout pour séduire Pupa Neumann. J’écris « le personnage », car la vraie Madeleine Gide n’est présente, ici, que par ce qu’elle représente : la pureté poussée à son extrême, associée à de la tristesse ou peut-être un sens aigu du sacrifice.
La vraie Madeleine était la cousine d’André Gide et n’a jamais consommé son mariage avec lui. Il l’aimait d’un amour bien trop pur pour la toucher, réservant cela aux garçons. Si lui dissociait l’amour en pur et impur, qu’en était-il de cette femme qui est restée mariée avec lui, l’a accompagné, l’a protégé, l’a aimé ? Détruisant ainsi sa beauté pour se consacrer aux autres et aux tâches domestiques ? Renonçant à la vie en quelque sorte.
La Madeleine de Pupa Neumann, est toujours très belle. Elle incarne, par son teint pur et ses poses la fragilité et la grâce. Elle est tantôt sexuée, tantôt pas, illustrant ainsi son combat intérieur. On découvre une jeune femme résignée, au teint d’opale, les cheveux lisses, sur d’autres clichés, une effrontée, très sexuelle, en pâmoison, ou tenant un médaillon – religieux ? – entre les dents. Ses bras sont des cygnes, ses cheveux, un indice de son état. Parfois elle crache. Et parfois, elle redevient une petite fille qui joue avec de drôles de hochets. Elle joue, mais elle est figée. Madeleine est une poupée mécanique qui assume son destin. Ses cheveux ne sont plus naturels, et la photographe lui a ajouté des rubans qui ont perdu la légèreté des rubans qui volent au vent quand les petites filles courent. Ceux-là sont lourds, immobiles, et révèlent le poids et l’absence de mouvement.
Finalement, les photos où Madeleine est la plus vivante sont les plus inquiétantes aussi. Pupa Neumann donne à voir une Madeleine sexuelle, peut-être en secret dans ses fantasmes. Une Madeleine en soutien gorge avec un serre tête de petite princesse, qui est aussi une petite fille qui découvre un jouet lapin.
La force de cette série de photos, c’est de nous interroger sur les femmes en général, qui sont bien entendu libres d’être des maîtresses, des femmes qui aiment le sexe ou qui en rêvent, ou des femmes dégoutées, amusées, étonnées et même très sages. Des femmes- enfants, des petites filles très éveillées ou perverses, de drôles de poupées. La Madeleine de Pupa Neumann nous donne certainement un goût de nos propres démons ou en tout cas nous oblige à nous demander quelles sont les femmes qui sommeillent en nous."

Pupa Neumann : http://www.pupaneumann.com/
Artcurial, librairie d’art : 61, Avenue Montaigne – 75008 Paris
Accès : Métro Franklin-Roosevelt Bus : 28, 42, 80, 73, 93
Heures d’ouverture : Du lundi au vendredi de 9h00 à 19h00. Le samedi de 10h30 à 19h La librairie sera ouverte les dimanche 4, 11 et 18 décembre de 10h30 à 19h
Exposition du 15 décembre 2016 au 10 janvier 2017


vendredi 21 octobre 2016

Du côté de la Twittosphère

Emmanuel Macron était à Montpellier mardi 18 octobre pour le troisième et dernier meeting de « diagnostic » de l'état de la France.

« Après "La France qui subit" à Strasbourg et "la France qui choisit" au Mans, c'est sur le thème de "la France qui unit", que l'ancien ministre de l'Economie a enjoint pendant près d'une heure et demie la France à ne pas se penser "fragile", en citant pêle-mêle Albert Camus, André Gide, Jean Vilar mais aussi Danton et les tirailleurs sénégalais. », nous apprenaient les journaux dès le lendemain.

La twittosphère nous apprenait même qu'Emmanuel Macron avait soulevé les foules avec l'évocation de... La Symphonie pastorale !













En voilà un qui a retenu les leçons de son professeur de français...

Ce qui ne sera peut-être pas le cas de cette lycéenne qui vient d'achever Les Faux-monnayeurs :










Le phénomène désormais connu sous le nom de code "Gidobaque" n'en est qu'à ses premières victimes...


samedi 1 octobre 2016

André Gide inspire David Maes au Musée d'Uzès




Depuis 2010, le musée d’Uzès s’associe à la biennale de l’estampe organisée par l’association SUDestampe dans divers lieux du Gard. Du 30 septembre au 31 décembre 2016, David Maes investit à nouveau la salle André Gide du musée pour y présenter des estampes spécialement réalisées pour l’exposition, librement inspirées par deux livres d’André Gide : Thésée et Et nunc manet in te.

L'artiste explique ce qui, dans les œuvres de Gide, continue de l'inspirer :
« Brigitte Chimier, conservateur du musée Georges Borias, m’a proposé de réaliser une série de gravures en relation avec l’œuvre d’André Gide. Ce sont ces gravures que je présente au musée dans le cadre de la biennale de l’association SUDestampe et de la manifestation miNuit Blanche à Uzès.

Deux livres de Gide ont attiré mon attention, Thésée (1946) et Et nunc manet in te (1951). Le thème du sacrifice parcourt ces deux livres, et c’est à partir de ce thème que j’ai choisi de travailler. Sacrifice compris dans sa double acception : celle de l’offrande faite à une divinité, celle du renoncement volontaire à quelque chose ou à quelqu’un.

Offrande

Dans Thésée, Gide bâtit un récit autour de ce personnage complexe de la mythologie grecque. Thésée est celui qui réussit à tuer le Minotaure, ce monstre possédant le corps d’un homme et la tête d’un taureau, né des amours de Pasiphaé et d’un taureau blanc envoyé par Poséidon. Le Minotaure fut enfermé par le roi Minos dans le labyrinthe, situé à Cnossos (Crète) et conçu par Dédale, afin qu’il ne puisse s’en échapper et que nul ne découvre son existence.

Lors d’une guerre provoquée par la mort d’un des fils du roi Minos, Athènes est affamée par un terrible siège qui ne prend fin qu’à partir du moment où les Athéniens proposent à Minos de choisir le tribut qu’il veut pour le lever. Minos exige alors que tous les neuf ans, Egée, roi d’Athènes et père de Thésée, lui livre sept jeunes hommes et sept jeunes femmes qui seront sacrifiés au Minotaure. Thésée se porte volontaire.

C’est à partir de cette histoire de sacrifice de quatorze jeunes personnes que j’ai choisi de réaliser quatorze portraits de jeunes gens que je connais ou que j’ai eu l’occasion de croiser. Une partie de cette série de portraits occupe un des murs de la salle André Gide. Parmi ces portraits se trouve une gravure du Minotaure que j’ai réalisée en 2002 pour l’exposition « Le Minotaure » qui a eu lieu à la Chapelle des Jésuites à Nîmes.

Renoncement
Face à ces portraits se trouve un grand triptyque : I am a Wonder : Among Flowers. Cette gravure est dédicacée à Madeleine Gide, femme d’André Gide et le sujet de Et nunc manet in te (ce titre est tiré d’un poème de Virgile, le Culex, et signifie « Et maintenant elle survit en toi »). Ecrit peu après la mort de Madeleine, Et nunc manet in te apparaît comme une sorte de confession dans laquelle Gide dresse le portrait de sa vie conjugale, son côté « impossible » dû à son homosexualité. Pour cette raison, mais pas seulement, Madeleine a passé sa vie dans une forme de renoncement au point où elle en devient presque absente.

I am a Wonder : Among Flowers n’est pas un portrait de Madeleine, mais une tentative de lui donner une certaine présence dans cette salle dédiée à son mari. »

David Maes, I Am a Wonder : Among Flowers (Pour Madeleine), triptyque, pointe-sèche, 2016


Exposition David Maes, « Offrandes inégalables », du 30 septembre au 31 décembre 2016. Musée Georges Borias, ancien Evêché, 30 700 Uzès. Tél. 04 66 22 40 23. Blog du musée.
Ouvert du mardi au dimanche, en octobre de 15h à 18h, en novembre et décembre de 14h à 17h. Fermé le 1er novembre et le 25 décembre.
Entrée : 3€. Groupes : 1,50€/personne. Gratuit pour les scolaires.

Visites guidées : plein tarif 5€, tarif groupes 3€ / personne, sur réservation.

Programme complet de la Biennale 2016 SUDestampe sur www.sudestampe.fr

mardi 20 septembre 2016

Gide-Wilde. Deux immoralistes à la Belle Époque

Pierre Masson, Jean-Pierre Prévost,
André Gide-Oscar Wilde. Deux immoralistes à la Belle époque
Editions Orizons, septembre 2016, 312 pages
23€, ISBN : 979-10-309-0092-7



Voilà un livre qui tombe à pic. Alors que s'ouvre bientôt l'exposition Oscar Wilde, l'impertinent absolu au Petit Palais, Pierre Masson et Jean-Pierre Prévost publient André Gide – Oscar Wilde. Deux immoralistes à la Belle Époque (éditions Orizons). Nos amis nous ont parlé depuis plusieurs années de ce livre qu'ils avaient écrit et qui ne trouvait pas d'éditeur. Saluons donc le sens de la publicité d'Orizons !

Il faut dire que devant le côté « fatras » de l'ouvrage, il y avait peut-être de quoi prendre peur. Et un véritable éditeur aurait sans doute mis bon ordre dans cette accumulation d'éléments thématiques, de chapitres disparates, d'illustrations pas toutes utiles ni très bien choisies, le tout en marge du récit principal... (Sans parler de l'affreuse couverture, de la titraille déconcertante ou des numéros de notes décalés...) Les auteurs renoncent heureusement assez tôt à vouloir dresser le portrait de l'époque pour se centrer sur la chronologie, ici capitale.

Les deux derniers tiers, appuyés sur des extraits de la Correspondance de Gide et ses souvenirs ou ceux de ses proches, en se concentrant précisément sur Gide, montrent très bien comment ce dernier va recomposer un Wilde à sa façon, et, ce faisant, intégrer leurs brèves rencontres et la silhouette de Wilde dans différents récits. Ou encore comment ce que les auteurs nomment « l'épisode crucial d'Alger », va être lui aussi réinventé et réinjecté dans l'œuvre.

Il faut donc dépasser le côté un peu raté de la forme, qui risque de faire trébucher le lecteur à tout instant, pour s'attacher au texte et au fond tous deux très intéressants. Le livre permet, par son analyse des prolongements wildiens dans l'œuvre de Gide, de réévaluer les rapports entre les deux écrivains : pour Gide, des rapports jusque là très surévalués sur le plan personnel, et sous-estimés sur le plan littéraire...

Bibliographie gidienne in progress


Stéphanie Bertrand, maître de conférences en langue et littérature françaises (XXe-XXIe siècles) à l'Université de Lorraine, nous signale l'avancée de son projet de bibliographie gidienne en ligne. Un peu plus de 600 références bibliographiques, des œuvres de Gide à leurs commentaires sous formes de mémoires, thèses, ouvrages ou articles, sont déjà recensés à l'adresse : https://www.zotero.org/groups/bibliographie_andr_gide/items




La base de données est hébergée par Zotero, un outil 
collaboratif de gestion et de partage de références.


dimanche 7 août 2016

Biskra : une exposition en septembre

Du 23 septembre 2016 au 22 janvier 2017, l'Institut du monde arabe consacrera une exposition à Biskra, reine du désert. Cette exposition présentera surtout des peintures et photographies, mais convoquera aussi d’autres champs de la création, parmi lesquels la littérature, et plus particulièrement celle de Gide.

Présentation de l'exposition :

Le projet est né de l’expérience vécue à Biskra par certains artistes de l’avant-garde européenne autour de 1900 : les textes que la ville a inspirés à André Gide comme L’Immoraliste ou Les Nourritures terrestres, le très célèbre Nu bleu, Souvenir de Biskra de Henri Matisse, et les musiques enregistrées dans les ksour par Béla Bartók qui ont fortement influencé ses compositions des années 1920.

Mais qu’était Biskra lors de la venue de ces artistes ? Une oasis pittoresque, station de tourisme d’hivernage pour les pulmonaires dotée de luxueux hôtels et qui, après l’Indépendance, est devenue une métropole de quelque 300 000 habitants et la capitale d’une wilaya. L’exposition propose de replacer les œuvres d’artistes, du Français Eugène Fromentin en 1848 à l’Algérien Chaouia Noureddine Tabhera en 2014, dans un contexte éclairé par des documents inédits ouvrant de nouvelles perspectives.

Le commissaire de l’exposition, Roger Benjamin, épaulé par des conseillers et historiens algériens propose une lecture postcoloniale des œuvres et des documents qui souligne la richesse des interconnexions entre les faits et leurs représentations. Cette lecture rend compte de la diversité des « héritiers » de cette histoire : les citoyens de Biskra et de la wilaya contemporaine, les immigrés biskris vivant en France, les anciens Biskris pied-noir (italiens, français, juifs), sans oublier le public qui éprouve un attrait certain pour la majesté de cette région du Sahara et de sa population.



Vidéo : Auguste et Marius MAURE, Photographes à Biskra
de Gilles Dupont, du blog Ils ont photographié Biskra

dimanche 10 juillet 2016

Diario, le Journal de Gide en italien


Le mois dernier est paru en Italie une nouvelle traduction du Journal de Gide, en deux volumes de 1696 et 1568 pages, chez Bompiani. Il s'agit de la maison d 'édition qui avait déjà publié dans les années 50 une traduction en trois volumes de la première version du Journal. Cette fois, l'éditeur Piero Gelli et le traducteur Sergio Arecco proposent la version intégrale du Journal de Gide, telle que Martine Sagaert et Eric Marty l'avaient établie pour l'édition dans la Pléiade en 1996 et 1997.

 Liens vers le site de l'éditeur :

Cette parution a donné lieu à plusieurs articles dans la presse italienne, parmi lesquels :

Gide, le inconfessabili confessioni dell’immoralista, par Piero Gelli, l'éditeur de  ces deux volumes, dans La Stampa

André Gide giorno per giorno: fra poesia, Cristo e ragazzini, par Luigi Mascheroni dans Il Giornale

Donne, uomini e altre passioni: i diari integrali di André Gide, par Daria Galateria dans Il Venerdi, le supplément de La Repubblica
 

dimanche 3 juillet 2016

Deux parutions

 
Après Proust et Lyautey (2009, Non Lieu), le prolifique Christian Gury publie un Gide et Lyautey. Précédé de Gide et certains faits-divers, toujours aux éditions Non Lieu. Sur la rencontre entre Gide et Lyautey, lors d'un voyage de Gide en mars-avril 1923 au Maroc en compagnie de Paul Desjardins, Pierre Hamp et Henri Bidou, on sait surtout que Gide a passé son temps à fuir Lyautey.

Deux raisons à cela : Gide détestait le côté officiel, protocolaire, et les manières de Lyautey. Lors de sa rencontre avec de Gaulle en 1943, Gide comparera d'ailleurs drôlement la séduction des deux hommes : « on ne sentait point chez lui [de Gaulle], comme à l'excès chez Lyautey, ce désir ou souci de plaire qui entraînait ce dernier à ce que ses familiers appelaient en riant : "la danse de la séduction". »



Présentation de l'éditeur :
André Gide collectionnait les « découpures » de presse, notamment relatives aux faits divers et affaires de mœurs de la Belle Epoque, en liaison avec l'écriture de Corydon, son essai sur l'homosexualité. Les thèmes de l'erreur judiciaire et du scandale l'interpellaient, sa propre vie flirtant avec les risques, tant en Europe qu'en Afrique. En Afrique justement, début 1923, il part avec l'intention de faire « des rencontres ». Il a accepté l'invitation d'Hubert Lyautey à lui rendre visite au Maroc. Gide a d'autant plus de raisons d'admirer Lyautey qu'il peut le considérer comme un disciple, sinon, mieux, comme son meilleur disciple, les théories de l'écrivain se trouvant par lui mises en pratique, à grande échelle. En effet, le maréchal-résident a démontré, sur le sol du Maroc, que « l'uranisme n'est en lui-même nullement néfaste au bon ordre de la société, de l'État ; tout au contraire », illustrant cette affirmation, d'allure certes un peu téméraire, martelée aux dernières pages de Corydon. Aujourd'hui, la justice sanctionnerait les mœurs licencieuses du militaire comme celles de l'écrivain


Après les Souvenirs d'un buveur d'éther de Jean Lorrain et avant Sixtine, de Remy de Gourmont, le Mercure de France réédite une autre petite pépite : Olivia, de Dorothy Bussy, traduit avec l'aide de Roger Martin du Gard (coll. Bibliothèque étrangère). L'amoureuse de Gide lui avait fait lire cette longue nouvelle dès 1933, mais Gide n'y avait pas apporté une grande attention. La Petite Dame nous raconte la suite de l'histoire, et le formidable succès d'Olivia, qui paraîtra finalement en 1949 :
« Il a mis beaucoup d'insistance (une insistance dans laquelle il y a sans doute un peu de remords) à me faire lire le manuscrit d'Olivia, une nouvelle écrite par Dorothée, qu'elle lui avait montrée il y a quinze ans et à laquelle il n'avait attaché aucune importance. Malgré le découragement qu'elle en avait éprouvé, elle a fini par la faire lire à ses amis anglais du monde littéraire, où elle a eu un tel succès qu'elle se décide à la publier. Martin, qui l'a lue dans une sommaire et très mauvaise traduction de Dorothée, s'est proposé pour la refaire en français, ce qui ne laisse pas de l'embarrasser un peu, vu son ignorance de l'anglais, mais à en juger d'après le premier chapitre qu'il a soumis à Gide, il nous paraît qu'il va s'en tirer admirablement bien, sinon sans beaucoup de peine. »
Olivia connaîtra un beau succès, le cinéma et le théâtre s'y intéresseront. Un film sera tiré en 1950, réalisé par Jacqueline Audry, avec Edwige Feuillère et Simone Simon dans les rôles principaux. Une façon de boucler la boucle puisque c'est le film Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform, 1931), d'après la pièce de Christa Winsloe, dont Gide et Dorothy Bussy avaient parlé dans leur Correspondance, qui incitera Dortothy à lui envoyer sa nouvelle...


Présentation de l'éditeur :


  En relevant la tête, j’ai rencontré son regard fixé sur moi. Sans réfléchir, sans avoir prémédité mon geste, j’ai cédé à une impulsion inconnue d’une violence irrésistible et je me suis tout à coup trouvée à ses genoux, couvrant ses mains de baisers et répétant à travers mes sanglots : « Je vous aime ! Je vous aime ! Je vous aime ! » Je sentais sous mes lèvres la douce chaleur de sa peau, la dureté de ses bagues

     Venue parachever son éducation en France, Olivia, une jeune Anglaise de seize ans à peine, va être subjuguée par la directrice de son école, la très belle MlleJulie qui lui fait découvrir la poésie, le théâtre, la peintureRien de plus vrai, de plus frais que ce premier amour d’une adolescente entraînée sans défense dans une aventure qui la dépasse. Mais si elle sait très bien jouer avec les sentiments exaltés de sa jeune élève, Mlle Julie vit en même temps une autre passion. Avec pour seules armes sa candeur et sa pureté, Olivia va se retrouver au cœur d’un drame. « Lyrisme passionné, spontanéité qui jamais n’échappe au contrôle, goût parfait, tels sont les caractères distinctifs de l’art de l’auteur », a écrit Rosamond Lehmann, qui ajoutait : « c’est pourquoi Olivia est une des rares œuvres que je relirai avec la certitude de n’en avoir jamais épuisé le suc. »

      Quand Olivia parut en Angleterre en 1949, simplement signé « par Olivia », ce fut un succès immédiat. On sait aujourd’hui que l’auteur se nommait Dorothy Bussy, qu’elle était la sœur de Lytton Strachey, et une grande amie de Virginia Woolf et d’André Gide qu’elle traduisait en anglais. Née en 1865 et décédée en 1960, elle n’a écrit que ce mince roman devenu un classique.

dimanche 22 mai 2016

La Correspondance Gide-Maria Van Rysselberghe dans la presse


De nombreux articles ont salué la parution de la Correspondance André Gide-Maria Van Rysselberghe parue le mois dernier chez Gallimard.(Mise à jour le 29 mai avec l'ajout de l'article du Nouvel Obs)

Dans Le Magazine Littéraire, on s'amusera de voir la relation de Gide et la Petite Dame qualifiée « d'amitié amoureuse » ! La médiocrité décorée (l'auteur est le type qui prétend parler de Gide et de Maria Van Rysselberghe avec une rosette à la boutonnière. Et chez lui, cela fait vraiment l'effet d'un doublon dans le genre spécialité charcutière...) fait en outre commencer les Cahiers de la Petite Dame en 1911... Bref, circulez, il n'y a rien à lire. D'ailleurs, ce prétendu spécialiste de Gide n'a rien lu.



Le Magazine littéraire (cliquer pour agrandir)


Ce n'est pas le cas de la fidèle Jeanine Hayat qui, dans le Huffington Post, montre qu'elle a lu Gide et Maria. Et pas seulement leur Correspondance...

Jacques Drillon, dans le Nouvel Obs du 28 avril, traduit pour nous l'une des expressions fétiches de la Petite Dame, « donner son maximum », dans le langage moderne : « Il sont au taquet, toujours. ». Lire l'article ci-dessous :


Le Nouvel Obs (cliquer pour agrandir)


Claire Devarrieux, dans Libération, signe également un très bon article, riche, s'appuyant sur de nombreuses citations.

Enfin, il faut signaler l'article de Christophe Mercier dans Les Lettres Françaises (lire ci-dessous). Sa conclusion résume assez bien l'effet de cette Correspondance : « De cette lecture, Gide sort plus humain, et grandi. »

Les Lettres Françaises (cliquer pour agrandir)



Correspondance 1899-1950, André Gide et Maria Van Rysselberghe, édition présentée, établie et annotée par Peter Schnyder et Juliette Solvès, Gallimard, collection Les Cahiers de la Nrf, 2016.

dimanche 13 mars 2016

Gide-Malraux à Rémalard-en-Perche


L'exposition Gide-Malraux : 30 ans d'amitié, réalisée par Jean-Pierre Prévost, sera présentée du 30 avril au 16 mai à Rémalard-en-Perche dans le cadre du festival littéraire Réma...lire. Un ensemble d’animations autour du livre et de la lecture, avec des conférences, tables-rondes, films, sans oublier des visites au pays de Mirbeau, Martin du Gard...

Entrée gratuite, exposition ouverte tous les jours de 15h à 18h à l'espace Octave Mirbeau de Rémalard-en-Perche (Orne), et aussi de 10h à 12h les week-ends et jours fériés. Salon de thé. Possibilité de visite guidée gratuite pour les groupes et scolaires. Renseignements auprès de l'Office de tourisme du Perche rémalardais au 02 33 73 71 94.


Pendant le festival :

Samedi 19 mars à 16h30 à la salle des fêtes de Bellou-sur-Huisne :
Dans les coulisses de la littérature 1/2
"Du Petit-Séminaire de Nogent-le-Rotrou aux salons parisiens : itinéraire de l'abbé Mugnier", conférence en images, gratuit.

Samedi 7 mai à 16h30 à l'espace Octave Mirbeau : 
Dans les coulisses de la littérature 2/2
"Une Petite Dame et un grand homme : Maria Van Ryssleberghe et André Gide"
conférence en images, gratuit

Dimanche 8 mai à 15h au château du Tertre, à Serigny :
Visite chez Roger Martin du Gard, écrivain et ami
SUR INSCRIPTION, nombre de places limité, au 02 33 73 71 94

Samedi 14 mai toute la journée : le festival accueille l'Association des Amis d'André Gide pour son excursion annuelle (plus d'informations dans le BAAG en cours de distribution).

Dimanche 15 mai à 14h à l'espace Octave Mirbeau :
Table-ronde Gide-Malraux
Projection en avant-première de "Après le livre. Une enquête sur André Gide", un film-voyage par Ambre Fuentes
Echanges avec le public
Gratuit


Naissance d'une Bibliothèque Gidienne





Anne-Sophie Angelo
Le Sens des personnages
chez André Gide

Entre 1902 et 1925, l’existence du personnage gidien est plurielle : morale, fondée sur la notion de caractère ; symbolique, car il invite le lecteur à articuler particulier et général ; temporelle, enfin, par le biais d’une trajectoire qui peut faire l’objet d’un jugement moral.
No 1, 469 p., 15 x 22 cm
Broché, ISBN 978-2-8124-5987-0, 29 €
Relié, ISBN 978-2-8124-5988-7, 68 €


Pierre Masson
Les Sept Vies d’André Gide

Biographies d’un écrivain
En partant des écrits d’André Gide, cet ouvrage suit la formation et l’évolution de cette personnalité complexe sous sept angles : la vie du corps, la vie des autres, la vie nomade, la vie de famille, la vie d’écrivain, la vie morale, la vie spirituelle.
N° 2, 546 p., 15 x 22 cm
Broché, ISBN 978-2-406-05669-0, 34 €
Relié, ISBN 978-2-406-05670-6, 73 €






Sous presse
Ryo MORII, André Gide, une œuvre à l'épreuve de l'économie, 2016

En préparation
Greta KOMUR-THILLOY et Pierre THILLOY (sous la direction de), André Gide — l'art de la fugue. Littérature et musique, 2016.
Jean-Michel WITTMANN (sous la direction de), Gide, l'identité à l'épreuve de la littérature, 2016.
Evelyne MÉRON, Et nunc manet in vobis -André Gide, maintenant et plus que jamais, 2016.
Pierre LACHASSE, recueil d'études, 2017.
André GIDE, Textes inédits. Les Anthologies du BAAG, 1, sous la direction de Pierre MASSON,2017.
André GIDE, Jean MALAQUAIS, Correspondance (1935-1950), édition revue et complétée par Pierre MASSON et Geneviève MILLOT-NAKACH, 2017.

samedi 27 février 2016

Colloque « GIde l'Européen »




Du 16 au 18 mars à l'Université de Haute-Alsace, à Mulhouse, se déroulera le colloque « André Gide l'Européen », organisé par l’Institut de recherche en langues et littératures européennes (ILLE — EA 4363).

Liste des communications :

Meriem AHMED
Thésée et la nouvelle quête de la Cité perdue

Biljana ANDONOVSKA
Gide, le surréaliste : la réception d’André Gide par le surréalisme serbe

Christine ARMSTRONG
Lafcadio Wluiki et Bernard Profitendieu : une double représentation de la bâtardise européenne

Stéphanie BERTRAND
Penser l’Europe d’aujourd’hui avec Gide

Frédéric CANOVAS
« Décidément je n’aime point Rome » : regards ambivalents chez André Gide et Maurice Denis

Stefania CARISTIA
La réception d’André Gide dans les revues italiennes d’après-guerre (1944-1952)

Paola CODAZZI
André Gide et le principe de l’union dans la différence

Martina DELLA CASA
L’Europe chrétienne, l’Europe christique selon André Gide

Paola FOSSA
André Gide et la revue La Voce (1908-1916)

Ambre FUENTES
La réception d’André Gide autour du monde

Mechthilde FUHRER
La « Préface » à l’Avertissement à l’Europe de Thomas Mann par André Gide (1937)

Robert KOPP
Gide et les limites de l’art

Thierry LAURENT
La réception d’André Gide en Lituanie

Pierre MASSON
De la Belgique au Luxembourg : étapes d’une éducation européenne

Vincenzo MAZZA
Gide et Kafka réunis par le théâtre. Le Procès, un spectacle européen ?

Marie-Gabrielle QUENTIN DE GROMARD
L'Œdipe de Gide, un héros nietzschéen ?

Carmen SAGGIOMO
Gide et la culture italienne comme fondement de l’identité européenne

Peter SCHNYDER
« Comment peut-on être Suisse ? »

Elżbieta SKIBIŃSKA
Gide en polonais

Nicolas SURLAPIERRE
Place de l’Europe : Gide et Benjamin

Slaven WAELTI
Gide-Nosferatu ou les séductions du cinéma allemand

Jean-Michel WITTMANN
Gide, du « génie des races » à la « culture européenne »

Maja VUKUŠIĆ ZORICA
Gide, « homme occidental » en Croatie

Avec aussi : 

Du 16 mars au 8 avril,
Portraits d’amis européens d’André Gide
exposition présentée par Jean-Pierre Prévost



jeudi 18 février 2016

Les insoumis ont enfin leur maître

L'actualité nous fournit l'occasion de donner ici une autre lettre de Gide.

Lundi 15 février dernier, Jean-Luc Mélenchon concluait son discours d'entrée en campagne par une citation d'André Gide : 




Après avoir joué du « Familles politiques, je vous hais » pour faire cavalier seul dans cette campagne électorale au grand dam de ses camarades communistes, Jean-Luc Mélenchon devrait se méfier des citations gidiennes...

Celle-ci prend naissance en 1946, alors que Gide est en Egypte, et répond à l'appel d'un jeune homme de 23 ans. Il s'appelle Bernard Enginger. Né à Paris dans une famille bourgeoise, il suit des études au collège de Jésuites d'Amiens, puis dans un lycée parisien jusqu'au baccalauréat avant une classe préparatoire à l'école coloniale. Selon Jean-Paul Trystram, jeune professeur que Gide retrouve en Egypte, et qui va partager le voyage vers l'Inde avec Bernard Enginger (voir lettre ci-dessous), il serait le neveu du dernier gouverneur français de Pondichéry*, qu'il rejoint alors pour travailler dans l'administration coloniale.

Pendant la guerre, Bernard Enginger a pris part dans la Résistance au réseau Turma Vengeance. Il sera arrêté en 1943 par la Gestapo et déporté au camp de concentration de Buchenwald. Ainsi qu'il l'explique dans sa lettre à Gide et dans ses mémoires, les livres de Gide, découverts en 1940 avec Les Nourritures terrestres, l'ont aidé à survivre dans les camps. La lettre à Gide reflète un esprit à la recherche d'un cheminement spirituel : il le trouvera en Inde auprès de Sri Aurobindo et Mirra Alfassa, connue sous le surnom de « Mère », et publiera sous le surnom de « Satprem » de nombreux ouvrages sur le yoga et la « spiritualité » née à Auroville.

« Un bon maître a ce souci constant : enseigner à se passer de lui. » Bref, Gide l'anti-guru lançait dans sa réponse à Bernard Enginger un appel à l'insoumission totale. Et à faire advenir Dieu par l'homme ! Et à préserver la civilisation, la culture ! Mélenchon en « nouveau maître » des insoumis, « sel de la terre » et « responsables de Dieu », avouez que c'est roulant ! A moins qu'à l'image de « Satprem », il ne décide d'ouvrir un ashram, un Mélenchonville. Qu'il se méfie : pour la convertir en déesse, les adeptes de Mère l'ont murée vivante avant de l'empoisonner...

_________________
* Jean-Paul Trystram, Souvenirs sur André Gide, Bulletin des Amis d'André Gide, n° 95, juillet 1992, pp. 311-331

24 février.

A Nag-Hamadi où je retrouve le charmant accueil du docteur Girardot et de Mme Girardot, dont j'avais gardé si bon souvenir. Rencontre inopinée de Jean-Paul Trystram que je retrouve avec un vif et profond plaisir. Il se rend en Afghanistan, pour occuper un poste de professeur à Kaboul ; nous accompagne dans une tournée à travers les champs de canne à sucre et jusqu'au barrage.

Hier soir je reçois cette lettre d'un inconnu : Bernard Enginger, significative au point que j'en veux consigner ici copie :

« Voilà cinq ans que je désire vous écrire. Je découvrais à cette époque vos Nourritures terrestres ; j'avais 17 ans. Je ne saurais vous dire combien j'ai été bouleversé. Depuis, je n'ai plus été le même. Je veux ici vous dire mon respect et mon admiration. Des centaines de lettres pareilles à celle-ci ont dû vous parvenir. Ce n'est pas seulement cela que je voulais vous écrire.

« Je me suis battu cinq ans contre vous. Votre Ménalque sait dire : « Quitte-moi. » C'est trop facile. J'ai lutté contre cette tyrannie spirituelle que vous exerciez sur moi. Je vous aimais, et certains passages de vos livres, m'ont aidé à vivre dans les camps de concentration. J'ai puisé chez vous la force de m'arracher à un confort bourgeois et matériel. J'ai cherché avec vous « non point tant la possession que l'amour ». J'ai fait une table rase pour être neuf à la loi nouvelle. Je me suis libéré. Cela ne suffit pas. « Libre pour quoi ? » C'est la terrible question. Je me suis enfin détaché de vous, mais je n'ai point trouvé de nouveaux maîtres, et je reste pantelant. L'effrayante absurdité des Sartre et des Camus n'a rien résolu et n'ouvre que des horizons de suicide.

« Je vis encore avec tout ce que vous m'avez appris. Mais j'ai soif. Tous les jeunes ont soif avec moi. Vous pouvez quelque chose. Et pourtant je sais que l'on est seul, toujours.

« Je n'attends pas de vous une solution commode à mon petit problème. Ce serait trop facile, une solution collective. Chacun doit trouver son chemin qui n'est pas celui du voisin. Mais une lueur de vous pourrait indiquer le sens qu'il faut prendre... S'il y a un sens.

« Oh! Maître... Si vous saviez le désarroi de toute notre jeunesse... Je ne veux pas abuser de votre temps. Je n'ai pas dit tout ce que je voulais dire. Il y aurait trop à dire.

« C'est un appel que je vous lance. Pardonnez ma maladresse : je sais que vous n'aimez pas la sympathie1.

« Je veux vous dire quand même toute mon immense admiration et l'espoir que je mets en vous.

« Croyez, Maître, à mes sentiments très fidèles et respectueux.

«Bernard ENGINGER.
Hôtel de Paris. Le Caire
(jusqu'au 27 février)
en partance pour Pondichéry. »

Il va prendre à Suez le même bateau que Trystram, qui gagne l'Afghanistan par les Indes. Je confie à celui-ci une première lettre hâtive, qui ne me satisfait guère; puis, à tête plus reposée, écris ceci, sans grand espoir de pouvoir atteindre encore B. E. au Caire — et c'est pourquoi j'en prends copie.

Cher Bernard Enginger,

Pressé par le départ de Trystram, je vous écrivais trop précipitamment hier soir. Voici plutôt ce que j'aurais dû vous dire :

Pourquoi chercher de « nouveaux maîtres » ? Catholicisme ou communisme exige, ou du moins préconise, une soumission de l'esprit. Fatigués par la lutte d'hier, les jeunes gens (et nombre de leurs aînés) cherchent et pensent trouver, dans cette soumission même, repos, assurance et confort intellectuels. Que dis-je ? Ils y cherchent même une raison de vivre et se persuadent (se laissent persuader) qu'ils seront de meilleur service et assumeront leur pleine valeur, enrôlés. C'est ainsi que, sans trop s'en rendre compte, ou ne s'en rendant compte que trop tard, par dévouement — ou par paresse — ils vont concourir à la défaite, à la retraite, à la déroute de l'esprit; à l'établissement de je ne sais quelle forme de « totalitarisme » qui ne vaudra guère mieux que le nazisme qu'ils combattaient.

Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. Sans eux, c'en serait fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre une justification secrète. Ils sont, ces insoumis, le « sel de la terre » et les responsables de Dieu. Car je me persuade que Dieu n'est pas encore et que nous devons l'obtenir. Se peut-il rôle plus noble, plus admirable et plus digne de nos efforts ?

P.-S. — Oui, je sais bien, j'écrivais dans mes Nourritures : « Non point la sympathie : l'amour. » Mais moi aussi, le premier, j'ai, suivant mon propre conseil, « quitté mon livre », et passé outre. Même à soi-même, il importe de ne point s'attarder.

1. Allusion évidente à une phrase de mes Nourritures : « Non point la sympathie : l'amour. »
 (André Gide, Journal, 1939-1949, pp. 294-296)

samedi 6 février 2016

Walter Benjamin, un opéra à Lyon


Le festival de mi-saison de l’Opéra de Lyon se déroulera du 15 mars au 3 avril. Quatre œuvres seront présentées, dont Benjamin, dernière nuit, une création de Michel Tabachnik, sur un livret de Régis Debray. En quatorze scènes, ce drame lyrique met en scène les derniers instants de Walter Benjamin avant son suicide à Portbou, le 26 septembre 1940, en faisant défiler les grandes rencontres qui ont jalonné sa vie : Hanna Arendt, Arthur Koestler, Bertolt Brecht ou André Gide. Plus d'infos.

A signaler : samedi 6 février à 18 heures, en préambule au festival, Régis Debray évoquera la vie de Walter Benjamin. Plus d'infos.

Une parenté avec les Faux-monnayeurs ?


Dans les Brèves critiques du Monde des livres, Violaine Morin attire notre attention sur un livre de Patrice Franceschi : Il est minuit, monsieur K. (Points, 2016).

« Ce roman à l’atmosphère de film d’espionnage doit beaucoup à un aîné, Les Faux-Monnayeurs, d’André Gide, à qui l’auteur emprunte une morale de la vérité et du mensonge, mais aussi un style qui manie avec dextérité et ironie l’art de la maxime », explique la critique.

Présentation de l'éditeur :

Dans un bar perdu de Madagascar, le bar de la Dernière Chance, deux agents secrets, Monsieur O et Monsieur K, s’affrontent pour la possession du dossier le plus incroyable de l’histoire de l’espionnage : le dossier Alpha. Son contenu empêchant tout emploi de la force, ils ne disposent, le temps d’une nuit, que de la puissance des mots pour vaincre ou mourir. À minuit, un combat hors normes s’engage.
À la fois roman philosophique sur le mensonge et comédie amère sur la pantomime du monde, Il est minuit, monsieur K est le face-à-face de deux hommes confrontés à la certitude tragique qu’il n’existe d’autre vérité que celle des jeux de masques.

Écrivain, aviateur et marin, Patrice Franceschi partage sa vie entre écriture et aventure. Ses romans, nouvelles, récits, poésie ou essais sont inséparables d’une existence engagée, libre et tumultueuse, où il tente « d’épuiser le champ du possible ». En 2015 il a reçu le prix Goncourt de la nouvelle pour Première personne du singulier.