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dimanche 7 août 2016

Biskra : une exposition en septembre

Du 23 septembre 2016 au 22 janvier 2017, l'Institut du monde arabe consacrera une exposition à Biskra, reine du désert. Cette exposition présentera surtout des peintures et photographies, mais convoquera aussi d’autres champs de la création, parmi lesquels la littérature, et plus particulièrement celle de Gide.

Présentation de l'exposition :

Le projet est né de l’expérience vécue à Biskra par certains artistes de l’avant-garde européenne autour de 1900 : les textes que la ville a inspirés à André Gide comme L’Immoraliste ou Les Nourritures terrestres, le très célèbre Nu bleu, Souvenir de Biskra de Henri Matisse, et les musiques enregistrées dans les ksour par Béla Bartók qui ont fortement influencé ses compositions des années 1920.

Mais qu’était Biskra lors de la venue de ces artistes ? Une oasis pittoresque, station de tourisme d’hivernage pour les pulmonaires dotée de luxueux hôtels et qui, après l’Indépendance, est devenue une métropole de quelque 300 000 habitants et la capitale d’une wilaya. L’exposition propose de replacer les œuvres d’artistes, du Français Eugène Fromentin en 1848 à l’Algérien Chaouia Noureddine Tabhera en 2014, dans un contexte éclairé par des documents inédits ouvrant de nouvelles perspectives.

Le commissaire de l’exposition, Roger Benjamin, épaulé par des conseillers et historiens algériens propose une lecture postcoloniale des œuvres et des documents qui souligne la richesse des interconnexions entre les faits et leurs représentations. Cette lecture rend compte de la diversité des « héritiers » de cette histoire : les citoyens de Biskra et de la wilaya contemporaine, les immigrés biskris vivant en France, les anciens Biskris pied-noir (italiens, français, juifs), sans oublier le public qui éprouve un attrait certain pour la majesté de cette région du Sahara et de sa population.



Vidéo : Auguste et Marius MAURE, Photographes à Biskra
de Gilles Dupont, du blog Ils ont photographié Biskra

dimanche 30 août 2015

Le Café de Gide, par Hamid Grine


Lors de sa parution en Algérie en 2008, il avait été question ici même du Café de Gide, livre d'Hamid Grine évoquant le souvenir mêlé de Gide et de Biskra. Toutes les tentatives pour se procurer le livre étaient restées vaines, les Editions Alpha ne réussissant pas à le diffuser dans un système éditorial français désormais tenu par des marchands de yaourts. 

Même après le succès de Camus dans le narguilé (Editions Après la lune, 2011), seul ouvrage de Grine disponible en France en version papier, avec La Nuit du henné (Editions Alpha, 2007), disponible en version numérique, Le Café de Gide restait introuvable.

Mais c'était sans compter sur la solidarité du groupe e-gide de Facebook ! Grâce aux membres du groupe, quelques exemplaires ont pu être acheminés d'Oran et Alger, à Bruxelles, via Avignon, pour poursuivre leur course dans la Creuse et en Normandie. Que tous les maillons de cette chaîne littéraire soient ici remerciés.


Hamid Grine, Le Café de Gide
Editions Alpha, Alger, 2008


Le Café de Gide entraîne le lecteur du côté de Biskra. Car c'est la ville et ses habitants, à l'époque du passage de Gide, dans les années 60 et de nos jours, qui sont au cœur de ce récit. Un coup de fil replonge le narrateur, Azzouz, dans son enfance à Biskra, lorsque son professeur de français prononce ce nom qu'il entend pour la première fois. Certains camarades de classe connaissent « le Café de Gide », s'imaginant même qu'il s'agit du nom du propriétaire des lieux...

— Non, Hamma, André Gide n'avait pas de café, c'était un écrivain. Tu comprends ? Un homme qui écrit des livres et non un cafetier.
Son ton était très doux, comme une caresse. On crevait de jalousie, alors que le cancre, nullement conscient de l'honneur qu'elle lui faisait en concentrant son attention sur lui, ne voulait pas lâcher le morceau :
— Mais si Madame, il a un café au M'cid. Pourquoi alors l'appeler le Café de Gide s'il ne lui appartient pas ? martelait-il avec l'entêtement du mauvais élève qui trouve enfin l'occasion de briller à son tour. Refusant de s'embarquer dans une polémique avec un élève qui prenait Gide pour un cafetier, Mme Varennes prit un ton encore plus doux, doucereux même, celui que prennent les adultes quand ils s'adressent aux petits enfants :
— Mais oui, tu as raison Hamma, tout à fait raison... Puis, se détournant de lui, en le payant d'un sourire pour son audace, elle nous fit la leçon :
— André Gide est un grand, très grand écrivain. Il a été prix Nobel en 1947, c'est-à-dire qu'il a eu une consécration mondiale. Pour parler un langage que vous comprendrez aisément, je dirai qu'il a eu la Coupe du monde des écrivains. Mais ce n'est pas à cause de ça que je voulais vous le faire connaître. C'est le premier écrivain Français qui a vécu et aimé notre ville à la fin du siècle der­nier et au début du nôtre...

(Hamid Grine, Le Café de Gide, Editions Alpha, 2008, p.31)

Avant même de lire la première ligne d'un livre de Gide, Azzouz est fasciné par cet écrivain célèbre qui s'est intéressé à sa ville, à lui, d'une certaine manière. Avant de lire Gide, il est avide de voir Biskra par les yeux de l'écrivain, comprendre ce qui a pu le séduire dans cette ville où il se sent à l'étroit, appelé vers un autre destin, se sentant différent des autres garçons de son âge, comme Gide avait pu l'être avant lui.

J'avais envie de respirer un autre air que celui d'un quotidien banal. J'avais mille désirs, mille besoins, mille fantasmes, mille élans. Dans la réalité tout se transformait en frustration. Quand la réalité n'est pas conforme à nos aspirations, on vit une autre vie rêvée peuplée de tout ce qui nous manque. C'est là que j'ai appris que les frustrations développent les facultés créatives. L'abondance pourrit l'esprit. La pénurie le nourrit. C'est pour cela, sans doute, que je me nourrissais de Gide, m'accrochait à Gide. Je le cherchais pour me retrouver. Savoir ce qu'il avait fait pour savoir ce que je ferais, savoir comment il avait vécu pour que j'apprenne de lui comment vivre. Marcher sur ses pas, c'est déjà lui ressembler. Je voulais savourer chaque endroit qu'avait connu Gide, m'imprégner longuement des paysages et des objets qu'il avait visités et aimés. Etablir une parenté avec lui, au-delà du temps, c'est chercher un modèle dans une Algérie qui ne m'en offrait aucun. Ou plutôt aucun qui séduisait mon adolescence bercée uniquement par les chants révolutionnaires.
(Hamid Grine, Le Café de Gide, Editions Alpha, 2008, p.40)
Grâce au père d'un camarade qui a connu Gide, Azzouz se transforme en détective, traquant l'ombre furtive du gaouari – l'Européen – au Jardin Landon, à la palmeraie Ouardi, à l'Hôtel Oasis et bien sûr dans ce café à l'écart de l'agitation, où Gide venait se mélanger aux Biskris (et dont un commentateur du blog nous avait donné il y a quelques années une description). Et où le père de son ami l'accompagnait :

Ce n'est pas facile de revenir sur cette époque, reprit le père. Dans ce café où nous sommes, il y avait, à la tombée du soir, des conteurs populaires qui nous racontaient des histoires magnifiques, avec toujours une morale au final. Le conteur, meddah comme on dit, était souvent accompagné par un flûtiste qui tirait des airs tristes de son instrument. J'essayais de traduire à M. Gide l'essentiel des paroles. Eh oui, à chaque fois, il était émerveillé par la beauté et la subtilité morale des fables.
[...] Ce que je peux te dire, c'est que M. Gide était un grand monsieur d'une exquise politesse. Eh oui, des gens comme lui on n'en voit plus maintenant. A l'époque, alors que nous étions traités comme des bêtes, lui n'élevait même pas la voix sur nous. Par exemple, quand on venait à ce café, qu'il était bien servi ou mal servi, qu'on le faisait attendre ou pas, il accueillait tout avec le sourire. Discret, il avait toujours à la main un livre qu'il faisait semblant de lire à la lumière des bougies. Ainsi, pensait-il se faire oublier dans ce lieu qui ne voyait que rarement des consommateurs européens. Il sourit, sans doute à un souvenir très doux à son cœur, puis murmura comme s'il parlait à lui-même :
M. Gide n'était pas très disert, eh oui, il restait parfois de longues heures à contempler le mausolée blanc de Sidi Zarzour et plus loin, tout au fond, la chaîne des Aurès dont il devinait l'extraordinaire masse sombre et majestueuse. Joignant le geste à la parole, il nous indiqua du doigt le magnifique paysage qui s'offrait au regard de l'écrivain. Si beau fût-il, je le regardais à peine, subjugué que j'étais par les paroles de Aïssa.

(Hamid Grine, Le Café de Gide, Editions Alpha, 2008, p.54-55)

Ce sont les souvenirs de ce témoin d'une époque engloutie qui ramèneront le narrateur à Biskra, bien des années après qu'il a quitté la ville. Mais de l'enfance du narrateur, il ne reste déjà plus grand chose. Alors, du passage de Gide... En 2002, en partie défigurée par ce que le narrateur, urbaniste, appelle drôlement « des maisons cubiques », la ville ne ressemble plus à ce qu'il a connu dans les années soixante.

Azzouz avance dans les ruines de l'Hôtel Oasis. Au Jardin Landon, il retrouve un ancien camarade qui essaie de sauver ce qui peut l'être des espèces rares qui poussaient là. Même l'ami dont le père avait connu Gide est mort. Il lui a pourtant laissé un document de grande valeur qui permettra, une dernière fois, de remonter le temps : le journal de ce petit garçon qui, en décembre 1903, rencontre André et Madeleine Gide à Biskra.



samedi 10 janvier 2015

Biskra, miroir du désert

Un membre du groupe Facebook nous signale la réédition revue et augmentée du livre de Mohammed Balhi, Biskra, miroir du désert, aux éditions ANEP, que nous avions évoqué lors de sa première parution en 2011. Quatre pages y sont consacrées à André Gide.




(Merci à Jacques Henri de Menetou pour ses photographies)

On peut relire ici un article paru lors de la première publication dans le journal algérien Liberté et un article du Soir d'Algérie.

mardi 15 octobre 2013

Souvenirs d'une rencontre râtée


Patrick Chevrel, notre ami du blog de Maxime Nemo, poursuit ses recherches sur la Biskra au tournant des siècles derniers, et nous fait profiter de l'une de ses trouvailles. Le texte suivant de souvenirs signé André Lebert a paru dans Le Cercle algérianiste n°62 pp.109-110 de juin 1993.



Petite histoire 
d'une réception manquée

Après la guerre, j'avais retrouvé mon poste de jeune administrateur-adjoint à la commune mixte de Biskra dont le bâtiment administratif portait encore l'inscription de l'ancien bureau arabe — où j'eus le privilège de servir, six années durant — les anciens de Biskra se souviendront bien sûr de l'hôtel Oasis, proche de l'hôtel des Zibans, (résidence autrefois, du Cardinal Lavigerie), situé en bordure des allées de palmiers et de faux poivriers de cette charmante cité, l'ancienne Vescéra — dite Reine des Zibans.
Cet établissement était tenu par un vieil Alsacien, monsieur Schmidt, avec qui j'avais sympathisé, puisqu'issu moi-même d'une famille alsacienne et lorraine. Or, un soir, prenant place à ma table, dans la grande salle du restaurant, je reconnus, à ma droite, l'écrivain André Gide — front très haut, grosses lunettes d'écaille — qui dînait en compagnie de deux dames. J'avais lu tous ses ouvrages sans avoir eu la chance de me trouver en présence du maître. Très ému par cette rencontre imprévue, mon repas avalé à la hâte, je courus à la cité Byr, où nous résidions, pour annoncer la nouvelle à mes collègues ainsi qu'à un médecin de l'A.M.S.(1) féru de littérature.
Et tous de s'exclamer — « quelle chance inespérée — il faut absolument inviter André Gide à prendre le thé et organiser une petite réunion en son honneur — chargez-vous donc de cette mission puisque vous avez été l'heureux annonciateur de cet événement ».
Et moi, fier comme Artaban, de me précipiter chez monsieur Schmidt pour lui demander, tout d'abord, si j'avais bien reconnu Gide et non son sosie par hasard...
— « Oui, monsieur — c'est bien André Gide qui se trouvait, hier, dans la salle à manger, avec sa femme et une amie. André Gide descend chez moi depuis très longtemps ; je lui donne toujours la même chambre. Il a écrit ici, un de ses livres (l'Immoraliste ?) ou peut-être à Touggourt...
— « Comment pourrai-je l'aborder pour l'inviter dans notre cité ? »
— « Oh c'est très simple, monsieur Lebert, ce soir, après dîner, vous vous tiendrez dans mon bureau et lorsque mon hôte y viendra, je vous présenterai — aucune difficulté ».
Fort de ces promesses, je les transmis à mes camarades qui se préparèrent à recevoir dignement l'auteur des «Caves du Vatican»*. Le lendemain, après dîner, j'étais, vous le devinez, passablement ému dans le bureau de monsieur Schmidt, me préparant à saluer l'hôte illustre par une courte harangue, jugée digne en la circonstance.
Brusquement la porte s'ouvre : André Gide s'avance, très grand, impressionnant, un classique : « Iphigénie en Tauride » sous le bras.
Empereur romain, dont il avait la stature, André Gide se retourne me dévisage de haut en bas, sévèrement, derrière ses grosses lunettes. Courageusement, je tente de m'exprimer.
Il échange quelques propos avec le directeur de l'hôtel lorsque celui-ci, me voyant, dit :
— « Monsieur Gide, vous avez ici un ami, administrateur-adjoint, qui voudrait vous saluer ».
Tel un empereur romain, dont il avait la stature, André Gide se retourne me dévisage de haut en bas, sévèrement, derrière ses grosses lunettes. Courageusement, je tente de m'exprimer.
« Maître — mes camarades et moi serions très honorés si... avions cru devoir... votre présence serait pour nous... » mon beau discours ne tient pas devant ce regard de glace et, très troublé, je balbutie quelques mots indistincts.
C'est alors que l'écrivain relève la tête, me fixe d'un regard terrible et répond froidement, « Monsieur — je suis venu à Biskra pour préserver mes, loisirs — j'entends les préserver — Adieu !» et de pivoter sur ses talons.
Quand j'arrivai, penaud, à la cité Byr, on devine les propos de mes camarades, fort déçus et persuadés que j'avais été un fort mauvais diplomate en l'occurrence. Auraient-ils fait mieux ?
Peu de temps après cette rencontre, il m'a été rapporté, de bonne source, qu'André Gide et ses compagnes passèrent quinze jours aux Ouled Djellal où il fut éblouissant d'érudition et charmant de surcroît...
Félix [sic] qui potuit rerum cognoscere causas, comme l'écrivait le vieil Horace.

André Lebert

(1) Assistance médico-sociale

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* Publiées en 1914

lundi 6 octobre 2008

Sur le front éditorial

Gallimard réédite "En URSS 1936" de Pierre Herbart. Un journal du séjour que le gendre de Gide fit en URSS pour la revue Littérature Internationale. Il y est longuement question du voyage que Gide fit lui-même en URSS, averti avant même de partir par un Pierre Herbart plein de désillusions. Lire ici une critique parue dans l'Humanité.

Hamid Grine évoquait lors de récents entretiens ce projet : Le Café de Gide vient de paraître en Algérie aux Editions Alpha. Je n'ai pas encore pris connaissance de ce roman mais l'article qu'on peut lire ici à son sujet est assez alléchant.

jeudi 31 juillet 2008

Wilde, entre les lignes

"Ceux qui n'ont approché Oscar Wilde que dans les derniers temps de sa vie, imaginent mal, d'après l'être affaibli, défait, que nous avait rendu la prison, l'être prodigieux qu'il fût d'abord... C'est en 1891 que je le rencontrai pour la première fois."

Cet "être prodigieux" qu'évoque Gide dans Prétextes, il le rencontre aux mardis de Mallarmé l'année même où Wilde publie le Portrait de Dorian Gray et lui-même les Cahiers d'André Walter. "Wilde ne m'a fait, je crois, que du mal. Avec lui, j'avais désappris à penser. J'avais des émotions plus diverses mais je ne savais plus les ordonner", juge d'abord Gide dans l'entrée du 1er janvier 1892 de son Journal. Un mal pour un bien : ébranlé dans ses certitudes face à l'esprit et surtout l'immoralisme de Wilde, assumé aussi bien dans sa vie que dans ses oeuvres sans pour autant renoncer à la rigueur artistique, Gide doute.

Le hasard fait se croiser leurs routes encore à deux occasions : en mai 1894 à Florence et en janvier 1895 à Blidah. Cette rencontre algérienne que Gide, dans un premier instinct, cherche à fuir, est longuement relatée notamment à la fin de Si le grain ne meurt. "Wilde avait observé jusqu'à ce jour vis-à-vis de moi une parfaite réserve. Je ne connaissais rien de ses moeurs que par ouï-dire; mais dans les milieux littéraires que nous fréquentions l'un et l'autre à Paris, on commençait de jaser beaucoup."

Wilde voyage avec "Bosie", le jeune lord Alfred Douglas. Gide note la tyrannie qu'il exerce sur Wilde et le mélange d'agacement et "d'amoureux plaisir de se laisser dominer" de ce dernier. Wilde "tombe le masque". Quelques jours plus tard, à Biskra, Gide note cette pensée de Wilde qui sera si souvent citée : "J'ai mis mon génie dans ma vie, je n'ai mis que mon talent dans mes oeuvres". A Biskra encore, Wilde se fera le pourvoyeur de Gide en lui "offrant" Mohammed, le petit musicien.

Deux mois plus tard, le procès que lance Wilde contre le marquis de Queensberry, le père de Bosie, se retourne contre lui et l'envoie pour deux ans en prison. A sa sortie, Wilde s'installe à l'été 1897 en France, à Berneval-sur-Mer, près de Dieppe, sous le nom de Sebastian Melmoth. C'est là que Gide vient lui rendre visite et c'est là qu'il s'entend dire "Ecoutez, dear, il faut maintenant que vous me fassiez une promesse. Les Nourritures terrestres, c'est bien... C'est très bien... Mais, dear, promettez-moi : maintenant n'écrivez plus jamais Je."*

Un conseil littéraire en forme d'avertissement que Gide ne suivra qu'à moitié en publiant Corydon (1924), puis plus du tout dans Si le grain ne meurt (1926). Mais revenons à cette fin du dix-neuvième siècle. Wilde et Gide se verront encore deux fois à Paris. Lors de leur dernière rencontre, Wilde apparaît à Gide "profondément misérable, triste, impuissant et désespéré" et quelques jours plus tard, par lettre, Wilde demandera 200 francs à Gide.

Pour la suite, qu'on me permette de citer la quatrième de couverture du livre de Gide sur Oscar Wilde : "En décembre 1900, alors qu'il séjournait dans le sud algérien, à Biskra, André Gide apprit par les journaux la mort d'Oscar Wilde. L'éloignement ne lui permettant pas de se joindre au cortège qui suivit la dépouille du poète, il décida d'écrire aussitôt "ces pages d'affection, d'admiration et de respectueuse pitié ". Réunis pour la première fois en 1946, ces deux courts textes d'André Gide sur Oscar Wilde (In memoriam et le De profundis) furent publiés respectivement en 1903 (In Prétextes) et en 1905."

Si longtemps Gide a admiré l'esprit de Wilde, sa conversation plus que son oeuvre, sa maîtrise nouvelle de l'anglais lui fera revoir progressivement son jugement. "Certainement, dans mon petit livre sur Wilde, je me suis montré peu juste pour son oeuvre et j'en ai fait fi trop à la légère, je veux dire : avant de l'avoir connue suffisamment", note Gide dans son Journal (29 juin 1913). Et Gide annonce "Plus tard j'espère bien pouvoir revenir là-dessus et raconter alors tout ce que je n'ai pas osé dire d'abord. Je voudrais aussi expliquer** à ma façon l'oeuvre de Gide, et en particulier son théâtre – dont le plus grand intérêt gît entre les lignes."

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* Il faut noter que Proust fera à Gide la même recommandation : "Je lui apporte Corydon dont il me promet de ne parler à personne; et comme je lui dis quelques mots de mes Mémoires : "Vous pouvez tout raconter, s'écrie-t-il; mais à condition de ne jamais dire : Je." Ce qui ne fait pas mon affaire."
** C'est Gide qui souligne.

samedi 10 mai 2008

Gide à Biskra (bientôt un roman)

Juste après avoir rédigé le précédent billet évoquant Gide à Taormina, j'ai appris qu'un livre était en préparation sur les liens entre Gide et un autre lieu fondamental de son oeuvre et de sa vie (mais comment séparer l'une et l'autre ?) : Biskra.

Le journaliste, essayiste et romancier algérien Hamid Grine (La Nuit du Henné, édition Alpha Design, Alger, 2007) prépare un livre intitulé "Le café de Gide" où il retracera les six séjours de Gide à Biskra, ses rencontres, ses habitudes. Une façon aussi pour Hamid Grine de parler de la Biskra de son enfance.

Pour en savoir plus sur Hamid Grine, c'est par ici.