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jeudi 4 octobre 2012

Des traductions inédites

La flûte de l'infini, suivi de Poèmes, 
d'après la version établie par Rabindranath Tagore
édition de Jean-Claude Perrier, trad. de l'anglais par André Gide
et Henriette Mirabaud-Thorens. 
coll. Poésie, Gallimard, 2012
192 pages, ISBN 9782070444687, 8€


«Joie du travail, de la tranquillité, de l'équilibre. Sereine gravité de la pensée. Commencé à traduire les poèmes de Kabir», écrit Gide dans son Journal. Nous sommes à la fin février 1916, Gide est à Paris, comme désœuvré : on le croit à Cuverville mais la neige et le verglas ne lui permettront de s'y rendre que début mars, au terme d'un «voyage de dix-huit heures, agrémenté d'une collision à Serquigny; quatre ou cinq morts et une vingtaine de blessés. (Voir les journaux).»

A la guerre se surajoute pour Gide une crise religieuse, qui débouchera sur Numquid et tu ?, l'impression aussi que sa vie est en grande partie derrière lui et qu'il est temps de commencer à écrire ses mémoires. «Jours indiciblement mornes; pluie incessante et vent glacé. Repris la rédaction de mes Mémoires; traduit quelques pièces de Kabir et poursuivi la lecture de Jean-Christophe.» (Journal 28 mars 1916)

Dans ces moments, la simplicité et les questionnements de ce tisserand illettré qui allait devenir le père de la langue et de la littérature hindi, sa spiritualité mêlant hindouisme et islam, ainsi qu'un peu de zen dans son côté paradoxal, apportaient dépaysement et ressourcement à Gide. C'est bien entendu par Tagore, dont il avait traduit de l'anglais des parties du Gitanjali quelques années plus tôt, que Gide eut connaissance des poèmes de Kabîr.

On doit à Jean-Claude Perrier, qui avait déjà exhumé Le Ramier des archives de Gide, cette nouvelle trouvaille. Il explique :  «Pour rompre avec les habituels intitulés "chansons", "poèmes" ou "paroles", nous proposons au lecteur français, sous le beau titre La Flûte de l'Infini, les traductions, totalement inédites, par André Gide, de vingt-deux poèmes de Kabîr, plus un tercet non identifié. En regard, leur version anglaise par Rabindranath Tagore. À la suite, nous donnons l'intégralité du recueil des Poèmes de Kabîr, dans l'édition de 1922 et la traduction d'Henriette Mirabaud-Thorens.»

samedi 11 juin 2011

Jean-Claude Perrier sur France Inter

Jean-Claude Perrier était convié lundi 6 juin à venir parler de son livre André Gide ou la tentation nomade (Flammarion) avec Brigitte Kernel dans l'émission Noctiluque de France Inter. On peut encore écouter l'émission en ligne sur le site de France Inter, et ensuite dans les documents sonore d'e-gide.



Jean-Claude Perrier est journaliste littéraire, directeur de collections dans l'édition et grand voyageur. Écrivain, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs d'archéologie littéraire consacrés à Malraux, Saint-Exupéry ou Pierre Loti.

André Gide ou La tentation nomade, de Jean-Claude Perrier, Flammarion, 2011

vendredi 15 avril 2011

Gide ou la tentation nomade




Dans La Quinzaine littéraire n°1034, du 16 au 31 mars 2011, 
Gilbert Lascault signait une chronique sur le Gide voyageur,
à l'occasion de la parution du livre de Jean-Claude Perrier, 
André Gide ou la tentation nomade en février dernier chez Flammarion.


"Un nomade sensuel et lucide
André Gide (1869-1951) serait un nomade perpétuel. Il n’est jamais sédentaire. Il n’est jamais assis, installé, ni « posé ». Amoureux du mouvement de son écriture et de sa vie, il voyage. Dès qu’il se repose un instant, il souhaite de partir ailleurs (1).

GILBERT LASCAULT

JEAN-CLAUDE PERRIER
ANDRÉ GIDE OU LA TENTATION NOMADE
Flammarion, 192 p., environ 200 ill., 45 €

Selon Jean-Claude Perrier, Gide n’est pas un « globe-trotter » (comme Pierre Loti et Paul Morand), ni un aventurier (comme Henri de Monfreid), ni un « travel-writer » professionnel (comme Jack London ou Albert Londres). Il veut bouger (2).
Nomade paradoxal, il adore les demeures nouvelles et les jardins qu’il découvre ; puis il les quitte pour en trouver d’autres. Dans Les Nourritures terrestres (1897), il décide et désire : « Partons ! Et ne nous arrêtons que n’importe où ! »
Les déplacements de Gide sont très fréquents. Une masse de documents « gidiens » (conservés) précise les dates exactes de ses randonnées et les motifs multiples et ambigus. Le Journal de Gide, ses écritures variées, ses correspondances, les témoignages contemporains, en particulier les indispensables Cahiers de la Petite Dame de Maria Van Rysselberghe, les très nombreuses photographies exposent les trajets de l’écrivain mobile et ondoyant. Il y a des années où il ne séjourne qu’à peine en France. En 1893-1896, il entreprend (avec son épouse Madeleine) un long voyage de noces atypiques et chastes. Il est totalement absent de la métropole en 1925-1926, à son premier voyage en Afrique de l’Ouest ; à cause de la guerre, il est réfugié en Afrique du Nord (1942-1945). Telles années (comme 1923 ou 1930-1931) donnent le tournis ; Gide, alors, ne tient pas en place… Et il jouit de la capacité de lire et d’écrire partout, dans tous les lieux, dans toutes les situations, même dans l’inconfort… À la manière du chat que Kipling décrit, l’écrivain nomade s’en va tout seul et « tous lieux se valent pour lui ».
L’ouvrage méthodique de Jean-Claude Perrier donne les étapes de l’odyssée de Gide. Tout commence en 1888 en Angleterre, à 19 ans. Il sera anglophile, voire anglomane. La littérature d’expression anglaise occupera une part importante de sa bibliothèque. Il reviendra régulièrement en Angleterre et n’ira jamais aux États-Unis. Il traduira des textes de Shakespeare, de William Blake, de Walt Whitman, de Joseph Conrad, de Rabindranath Tagore.
Pour Gide, l’Afrique du Nord est un espace de sensations, de plaisirs, de rencontres, d’amours. Il visite les déserts, les oasis, les villes (1893-1945). À 24 ans, il se décrit comme à la fois « vierge et dépravé ». Quand il publie Les Nourritures terrestres, il imagine les faims, les désirs, les tentations, les attentes, les dénuements, les espérances, la sensualité, les délices, la ferveur. Il célèbre ce territoire solaire qui parvient à le guérir de sa maladie physique. Il aime et respecte les habitants, leurs coutumes, le style de leurs vies, la religion.
Régulièrement, Gide est heureux en Italie (1894-1950). Parfois, il éprouve des réserves. À Naples, il n’est d’abord pas séduit : « Tout ce que l’âme italienne a de vulgaire, de déclamatoire, de voluptueusement sentimental, s’exagère dans la mélodie. » Puis, en écoutant les canzoni, il cède : « Au demeurant, cela chatouille à l’endroit faible et, pour peu que le printemps s’en mêle, me voilà pris. » À Rome, il est tantôt joyeux, tantôt déçu : « Rome nous ennuie. » Et il photographie ensuite les jeunes garçons, les modèles romains… Florence est sa ville italienne préférée, par sa beauté calme et, peut-être, à cause du David de Donatello.
De 1892 à 1948, il passe assez souvent en Suisse et en Allemagne. Parfois, la Suisse lui paraît trop sage, « honnête » : « C’est un pays trop chaste pour mon goût. » En 1894, durant l’été, il s’aventure jusqu’en Haute-Engadine en un hommage à Nietzsche ; il pratique aussi des heures de piano ; et il achève Paludes… En Allemagne, il lit et relit Hölderlin, Heine, Schiller, Rilke, surtout Goethe, Leibniz et Nietzsche. En 1931, il passe quelques jours avec Thomas Mann et sa famille. Il photographie aussi des jeunes athlètes (1932-1934).
À plusieurs reprises (de 1924 à 1944), il découvre la faune et la flore d’Afrique. Lucide, critique, Gide révèle les tares de l’administration coloniale française, soumise aux grandes compagnies qui mettent l’Afrique en coupe réglée. Dans son Voyage au Congo (1927), il propose des réformes utiles qui seront adoptées par la suite… Plus tard, en 1950, il célèbre « l’immense continent noir » ; il écrit : « On le croyait muet ; on croyait qu’il n’avait rien à nous dire. On sait aujourd’hui que simplement on ne savait pas l’écouter. »
Du 17 juin au 22 août 1936, Gide (et cinq jeunes intellectuels) observe l’URSS : « Oui, (écrit-il) je pensais que, pour bien voir et entendre, six paires d’yeux et d’oreilles ne seraient pas de trop. » S’il aime le peuple de l’URSS, il constate les dysfonctionnements du gouvernement, une grande misère résignée, la dictature. « La moindre critique (remarque-t-il) est passible des pires peines, et du reste aussi étouffée. » Après son Retour de l’URSS (1936), la presse communiste attaque Gide avec violence… Le 20 juin 1936, pour les funérailles de l’écrivain Maxime Gorki, Gide dresse l’éloge de Gorki. Sur une photographie, on voit, sur la tribune de la place Rouge, à Moscou, Gide, Boulganine, Molotov, Staline, Dimitrov. Et, Gide et Staline ne se sont pas parlé…
Gide aurait souhaité de voir l’Inde. En 1913-1914, il traduit (à partir de l’anglais) cent trois poèmes de Rabindranath Tagore (1861-1940)… En 1946, il se sent las : « L’Inde, la Chine… Il est trop tard. »
Le 31 janvier 1946, dans son Journal, Gide regrette de n’avoir pas assez voyagé : « Je devrai prendre mon congé de cette terre mal satisfait, n’en ayant presque rien connu. Cette absurde paresse qui m’induisit à retourner aux mêmes lieux, parce que cela coûtait moins d’effort. Je contemple avec une sorte de désespoir une carte des au-delàs… » Nous serions, nous aussi, peut-être, trop sédentaires, trop immobiles, trop résignés.

1. Jean-Claude Perrier est journaliste littéraire, directeur de plusieurs collections, grand voyageur. Certains de ses livres sont consacrés à Malraux, à Pierre Loti, à Saint-Exupéry.
2. Cf. aussi la passionnante biographie de Gide : Frank Lestringant, André Gide, l’inquiéteur, Flammarion, 2011, t. I, 1 100 p., 35 €. Ne pas oublier le remarquable livre de Jean-Pierre Prévost, André Gide : un album de famille, Gallimard/Fondation Catherine Gide, 2010, 192 p., 320 ill. + DVD, 35 €. La fille d’André Gide, Catherine (née en 1923), commente son « album » avec vivacité et humour."

mercredi 2 février 2011

Gide ou la tentation nomade

Pour le soixantième anniversaire de la mort de Gide, les éditions Flammarion accompagneront la sortie du premier tome de la biographie signée Frank Lestringant et récemment évoquée ici, d'un beau livre intitulé André Gide ou la tentation nomade par Jean-Claude Perrier.


André Gide ou la tentation nomade,
de Jean-Claude Perrier, 
Flammarion, Paris, février 2011
192 pages, 45€


Présentation de l'éditeur :


Cet album se veut une entreprise d’archéologie littéraire, qui revisite la vie et l'œuvre de Gide, si indissolublement liées, à travers un thème qui les sous-tend et les organise toutes deux : le voyage.
Gide ne fut pas un bourlingueur, mais un être en perpétuel mouvement, qui n’avait de cesse, «posé» quelque part, que de repartir ailleurs. Il aimait aussi les maisons, où ce contempteur des familles traditionnelles se retrouvait avec la sienne, d’élection, recomposée selon son cœur. De 1888 (tout premier voyage en Angleterre) à 1950 (voyage d’adieu à l’Italie), on suivra donc Gide à travers ses périples, proches (Italie, Suisse, Allemagne…) ou plus lointains (Afrique du nord, Bassin méditerranéen…). Avec, en guise de sommets, ses deux grands voyages «politiques» : en Afrique noire et en URSS. Les voyages sont présentées par zone géographique et par ordre chronologique. Entre chaque chapitre, un «intermède» thématique original : Gide et les maisons, ses compagnons de voyage, les conditions du voyage, les rendez-vous manqués avec certains pays (l’Inde).
L’ouvrage comporte environ 200 illustrations (photos, documents, manuscrits, lettres) dont un grand nombre sont inédites, provenant de diverses collections privées. Chaque chapitre est éclairé par un texte qui replace le voyage ou la thématique dans son contexte biographique et littéraire. Au début du livre, une chronologie détaillée permet au lecteur de se familiariser avec la somme d’histoires qui va lui être contée.
 
Jean-Claude Perrier est journaliste littéraire, directeur de collections dans l’édition et grand voyageur. Écrivain, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont plusieurs d’archéologie littéraire consacrés à Malraux, Saint-Exupéry ou Pierre Loti. On lui doit la publication, en 2002, du Ramier d’André Gide, resté inédit près d’un siècle.