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lundi 26 avril 2010

"Un chaînon dans le chaos littéraire"

Yourcenar, encore. Avec quelques réflexions et extrait de lettre inédite à Jean Schlumberger qui me semblent faire un contrepoint à la position plus tardive de Yourcenar que j'ai déjà évoquée ici ou ("Jamais beaucoup aimé Gide"...). Tout ceci extrait de la bonne biographie de Josyane Savigneau, Marguerite Yourcenar, L'invention d'une vie (Gallimard, 1990) qui explique très bien l'évolution de cette position vis-à-vis de Gide (et des autres) lorsque les questionneurs interrogent une Marguerite devenue lapidaire...

« C'est au cours d'une journée de travail à la bibliothèque de Bangor, « pour y relire les Pères de l'Église qui se sont un peu occupés de la politique d'Hadrien et beaucoup de ses amours », que Marguerite Yourcenar apprend la mort d'André Gide, survenue à Paris le 19 février. Elle gardait une grande admiration, et une forme de révérence, pour Gide, l'un des premiers grands écrivains à l'avoir tenue en estime, et qui avait, sur la jeune femme qu'elle était et qui venait de se décider à consacrer son existence à l'écriture, exercé une réelle influence : «J'ai pensé à son œuvre et à sa vie pendant la nuit, en une espèce de veillée funèbre», devait-elle confier à Joseph Breitbach; «plus j'y réfléchissais, plus cette œuvre et cette vie m'apparaissaient comme une immense réussite, et dans l'ordre de l'ajustement, de l'équilibre, de l'utilisation de toutes les facultés, une réussite exemplaire (3).»

A plusieurs reprises, Marguerite s'exprimera, avec davantage de précisions encore, sur l'œuvre de cet écrivain, dont l'apport a été très marquant, parfois considérable, pour sa génération. En novembre 1969, elle fera une conférence dans le Massachusetts, à Smith Collège, dans le cadre des manifestations célébrant le centenaire de l'auteur (4). Longtemps plus tôt, en août 1956, elle avait commenté de façon élogieuse l'ouvrage que son ami Jean Schlumberger avait fait paraître sous le titre Madeleine et André Gide (5) et, dans une lettre de 1962, écrite à Schlumberger à l'occasion d'une relecture de son livre, elle développe longuement la réflexion ébauchée lors de ce premier échange :

« Vos notes m'ont ainsi amenée, un peu malgré moi, à tenter de ré-évaluer ce qu'a représenté pour nous André Gide. Je crois qu'il a d'abord, peut-être surtout (ce qui je pense l'eût déconcerté), été pour nous un très précieux chaînon entre le chaos littéraire de notre temps et la tradition classique telle que nous la trouvions dans les grands ouvrages du passé. Dans le désordre des années 20, qui a été pour les hommes et les femmes de ma génération celui de la jeunesse, nous découvrions avec joie un écrivain abordant les problèmes qui nous occupaient tous dans une langue aussi pure et aussi précise que celle de Racine. Ensuite, à l'époque où nous atteignaient Les Nourritures terrestres et L'Immoraliste, il aura été le plus bel exemple d'une sorte de ferveur mystique à l'égard des êtres, des sensations et des choses, le premier et déjà vertigineux palier d'une série de marches qui peuvent du reste mener dans des directions que Gide lui-même n'a pas prises. Enfin, et là le don est déjà plus contestable, le Gide des Caves et de Paludes (c'est par là qu'à vingt-deux ans je l'ai abordé pour la première fois) nous a montré que l'édifice que nous imaginions si solide, parfois si accablant, pouvait s'effondrer (ou paraître le faire) sous une impertinente chiquenaude. Ce qui, je crois, d'abord, a détaché partiellement de lui certains lecteurs, c'est de s'apercevoir combien il était resté

presque étroitement homme de lettres. (...) En dépit des assertions si constantes de Gide, et que d'ailleurs vous ne contestez pas, j'ai peine à croire qu'il ait écrit en fonction de sa femme la majeure partie de son œuvre. (Pourquoi du reste ? Et quel mérite y aurait-il eu ?) Bien plus, je soupçonne je ne sais quoi d'un peu fabriqué dans ce grand amour. Et pourtant, il est curieux en effet qu'au moment où s'ouvre entre eux cette fissure avouée, quelque chose de toute évidence disparaît de son œuvre. Je veux bien que Corydon et Les Faux-Monnayeurs, écrits en dehors d'elle et contre elle, soient, comme vous dites, plus francs du collier (mais le sont-ils vraiment?). N'empêche, il semble qu'une sorte de flux ou de chaleur soit désormais absente, et que de plus en plus l'artiste, et l'homme, solutionne ses problèmes en escamotant certaines de leurs données. On ne voudrait pas, et pour beaucoup de raisons, que ces deux volumes n'aient pas été écrits, et ils dessinent certes la figure que Gide a voulu laisser de soi. Mais déjà le dessèchement commence... Et ceci même rouvre le débat : a-t-il eu appauvrissement du jour où décidément Gide en esprit s'est séparé de Madeleine, ou au contraire l'appauvrissement que je crois discerner ne vient-il pas de ce qu'il ne s'est résolu que

tard à reprendre toute liberté d'expression à l'égard d'elle ?

Ceci n'est pas une dissertation ; je voulais seulement vous montrer combien attentivement je vous ai lu. Ajouterais-je qu'à mesure que diminue, non certes la gloire si méritée de Gide, mais le bruit public fait autour de son œuvre, on entend mieux, me semble-t-il, la voix de certains écrivains de sa génération (je pense spécifiquement à vous) qui se sont presque, dirait-on, volontairement effacés. Je ne risque qu'avec hésitation cette remarque trop personnelle (6). »


De l'influence du « couple » sur la création... Est-il abusif d entendre - on est en 1962 - d'autres échos que ceux d'une judicieuse - mais relativement abstraite - analyse littéraire, singulièrement dans cet « appauvrissement » de Gide séparé de Madeleine, dont Marguerite Yourcenar se demande s'il ne vient pas surtout d'une trop tardive séparation ? »


Josyane Savigneau, Marguerite Yourcenar. L'invention d'une vie.

NRF biographies, Gallimard, 1990, Paris.

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(je conserve ici la numérotation originale des notes)

3. Lettre à Joseph Breitbach, du 7 avril 1951, fonds Harvard

4. « André Gide revisited », in Cahiers André Gide, n°3 : « Le Centenaire », Paris, Gallimard; 1972, pp. 21-44.

5. Lettre à Jean Schlumberger, du 15 août 1956, correspondance inédite.

6. Lettre à Jean Schlumberger, du 20 février 1962, correspondance inédite.

mercredi 25 novembre 2009

... vu par Marguerite Yourcenar

Gide-Yourcenar : paternité et parricide

Entrée en littérature avec un titre gidien, Alexis ou le traité du vain combat, Marguerite Yourcenar n'aura de cesse de renier cette tutelle sous laquelle elle s'était pourtant placée. Sans doute parce que Gide n'attirera pas à lui celle dont Brasillach disait «Elle a choisi un maître, et au lieu d'écrire les livres de Mme Yourcenar, elle recopie les livres d'André Gide» (voir cet autre billet).

Marguerite Yourcenar était pourtant proche du cercle gidien. «J'ai toujours été contente de connaître ceux que j'ai rencontrés, comme Cocteau, ou Martin du Gard, ou Schlumberger, ou d'autres...», confie-t-elle à Matthieu Galey*. Ajoutons Jaloux, Du Bos ou Kassner à la liste. Mais son œuvre solitaire ne souffrait pas les lectures qui étaient d'usage au Vaneau.

«Cela, je dois dire que je ne le comprends pas. Je ne suis pas non plus choquée, chacun s'arrange comme il veut, mais que le groupe de Gide se soit rassemblé pour lire à haute voix ses œuvres! Imaginez cela, l'embarras, la gêne! tout ce que cela pouvait produire d'artificiel! Quand on pense qu'il s'étonnait que Mme Gide eût un rendez-vous ce jour-là chez le dentiste : comme elle avait raison! Ce sont des façons de travailler que je ne comprends pas.»**

Alors ? Alexis ? Gidien ? demande Matthieu Galey :

«- Bien moins gidien qu'on ne l'a dit. Rilkéen, plutôt […]
- On a également pensé à Gide à cause du titre, Alexis ou le traité du vain combat, qui rappelle le Traité du vain désir.
- Ça oui, c'était gidien, c'était celui d'un ouvrage assez faible de la jeunesse de Gide, mais le titre avait frappé mon imagination. […] Je me sentais très proche de Rilke durant cette période. Mais, évidemment, ce qui rapprochait de Gide, c'est qu'il s'agissait d'un récit «à la française», et que ce genre de récit, pour nous, à cette époque, c'était Gide. On pensait toujours à lui dans ce cas-là. Je crois que la grande contribution de Gide a été de montrer aux jeunes écrivains d'alors qu'on pouvait employer cette forme qui paraissait démodée, contemporaine d'Adolphe ou même de La princesse de Clèves, et que cela donnait encore quelque chose.»***

Au détour d'une question sur l'égotisme de Proust, Matthieu Galey revient à la charge. Et Yourcenar répète son argumentaire sur le «récit à la française» mais ajoute aussi quelques mots qui témoignent de la ferveur qui entourait Les nourritures terrestres, livre aujourd'hui quasiment incompréhensible, tout comme était incompréhensible à Patrick Modiano cette ferveur de l'époque :

«- Et Gide, autre égotiste, qu'en pensez-vous ?
- Que les jeunes écrivains de ma génération lui doivent d'avoir redécouvert, à travers lui, cette forme si française et devenue désuète, du récit, et d'avoir compris, grâce à Gide, que cette forme demeurait ductile et pouvait encore leur servir. Il faut aussi se rappeler que pour la génération sortie à peine adolescente de la guerre de 14 Les nourritures terrestres ont représenté une leçon de ferveur et de goût pour la vie : le style, entre-temps, a vieilli, et le point de vue nous paraît parfois légèrement faussé comparé à ce qui est venu ensuite, mais il est naturel que cela soit. Il faut lire dans Le regard intérieur de Gabriel Germain la description du Père Teilhard de Chardin citant une phrase des Nourritures terrestres avec une intensité peut-être plus grande, à la vérité, que celle que Gide y avait mise, pour comprendre ce que ce petit volume a pu signifier pour des esprits attentifs et ardents, vers 1910. Mais il me semble que la pensée de Gide s'est très vite refroidie, prosaïsée, peut-être aussi sclérosée. Il a rêvé d'une vieillesse gœthéenne, mais ses derniers livres me gênent par le peu de répercussion sur eux des bouleversements du temps. Son Thésée, pour qui une sorte d'humanisme désinvolte a réponse à tout, lui a paru un authentique testament; il me semble au contraire terriblement en retard, après les camps de concentration, après Coventry et Dresde, et Hiroshima.»****


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*« Marguerite Yourcenar, Les yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galey, Le Centurion, 1980, p. 94
**Ibidem p. 95
***Ib. pp.66-67
****Ib. p. 252

vendredi 18 avril 2008

Yourcenar lit Gide

La Petite Plaisance de Marguerite Yourcenar à Mount Desert se visite. On peut y découvrir son jardin avec la célèbre lanterne japonaise, la cuisine où elle préparait le pain et les repas végétariens, et surtout les bibliothèques. Classées par époques de la salle à manger aux chambres et par domaines.

Pour faire suite à cette première évocation des rapports entre elle et Gide, relevons quelques ouvrages de la bibliothèque de sa chambre, celle à gauche de la porte jusqu'à l'angle du fond, où les livres de Gide figurent en bonne place entre Proust d'une part, et les Martin du Gard, Schlumberger et Lambert de la galaxie gidienne d'autre part :

Gide, André. Thésée. New York, American Book-Stratford Press, Inc., 1946, 123 p.
Lambert, Jean. Gide familier. Paris, Julliard, 1958, 205 p.
Gide, André. L'Immoraliste. Paris, Mercure de France, 1926, 259 p.
Gide, André. Et nunc manet in te suivi de Journal intime. Neuchatel et Paris, Ides et Calendes,
1951, 123 p.
Gide, André. Les Caves du Vatican. Paris, Gallimard, collection "Folio", 1972, 255 p.
Du Gard, Roger Martin. Notes sur André Gide 1913-1951. Paris, Gallimard, 1951, 155 p.
Gide, André. Saül. Paris, Editions de la Nouvelle Revue Française, 1922, 111 p.
Gide, André. Les Faux-Monnayeurs. Paris, Librairie Gallimard/Editions de la Nouvelle Revue
Française, 1944, 415 p.
Gide, André. Le Retour de l'enfant prodigue précédé de cinq autres traités. Paris, Librairie
Gallimard/Editions de la Nouvelle Revue Française, 1935, 239 p.
Proust, Marcel. Lettres à André Gide. Avec trois lettres et deux textes d'André Gide. Neuchatel et
Paris, Ides et Calendes, 1949, 125 p.
Gide, André. Les Nourritures terrestres. Paris, Librairie Gallimard/Editions de la Nouvelle Revue
Française, 1937, 192 p.
Gide, André. The Immoralist. Translated from the French by Dorothy Bussy. London, Toronto,
Melbourne, Sydney, Wellington, Cassell and Company Ltd., 1953, 140 p.
Du Gard, Roger Martin. Un Taciturne. Paris, Gallimard, 1932, 239 p.
Gide, André. Journal des Faux-Monnayeurs. Paris, Librairie Gallimard/Editions de la Nouvelle
Gide, André. Paludes. Paris, Librairie Gallimard/Editions de la Nouvelle Revue Française, 1929,
203 p.
Gide, André. Interviews imaginaires - La Délivrance de Tunis (Pages de Journal, mai 1943). New
York, Jacques Schiffrin & Co., Publishers, 1943, 247 p.
Gide, André. Journal 1942-1949. Paris, Gallimard, 1950, 336 p.
Gide, André. Ainsi soit-il ou les jeux sont faits. Paris, Gallimard, 1952, 199 p.
Gide, André. Journal 1939-1942. Paris, Gallimard, 1946, 215 p.
Gide, André. Jeunesse. Neuchatel et Paris, Ides et Calendes, 1945, 55 p.
Du Gard, Roger Martin. Confidence africaine. Paris, Gallimard, 1931, 113 p.
Anglès, Auguste. André Gide et le premier groupe de la Nouvelle Revue Française. Tome II: L'Age
critique 1911-1912. Paris, Gallimard, collection "Bibliothèque des Idées", 1986, 623 p.
Gide, André et Du Gard, Roger Martin. Correspondance. Tome I: 1913-1934. Introduction par
Jean Delay. Paris, Gallimard, 1968, 739 p.
Gide, André et Du Gard, Roger Martin. Correspondance. Tome II: 1935-1951. Paris, Gallimard,
1968, 581 p.

vendredi 18 janvier 2008

Gide et Yourcenar

Les points communs entre André Gide et Marguerite Yourcenar sont nombreux, au point qu'on a parlé souvent de l'influence du premier sur la seconde. Les premiers livres de Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat et La Nouvelle Eurydice ont souvent été qualifiés de "gidiens", pour le meilleur et pour le pire :

"Elle a choisi un maître, et au lieu d'écrire les livres de Mme Yourcenar, elle recopie les livres d'André Gide. [...]
Son premier livre se nommait Alexis ou le traité du vain combat. Comme ce titre rappelait son maître ! Voici maintenant une Porte étroite ou une Symphonie pastorale. Nous attendons des Faux monnayeurs. A moins que Mme Yourcenar ne se décide à être elle-même. Nous espérons d'elle beaucoup de choses. En attendant, elle nous aura donné le spectacle paradoxal et bien curieux d'une femme qui est une gidienne." (Robert Brasillach, Action Française du 22 octobre 1931).

Le 3 octobre 1959, dans un entretien qu'elle accorde à Paul Guth pour Le Figaro Littéraire, Yourcenar s'explique sur ce sous-titre à Alexis : "J'avais donné à Alexis ce sous-titre XVIIe siècle : Le Traité du Vain Combat, faisant volontairement écho au titre d'un petit livre de Gide, Le Traité du Vain Désir, petite histoire ornée et mélancolique."

En 1980, à Mathieu Galey, qui lui consacre un long livre d'entretiens (Les Yeux Ouverts, Gallimard), elle précise sur la forme classique de "récit à la française" : "Je crois que la grande contribution de Gide a été de montrer aux jeunes écrivains d'alors qu'on pouvait employer cette forme qui paraissait démodée." Mais déjà avec Mathieu Galey, Yourcenar s'emploie à renier cette influence.

En 86, une journaliste de la RAI, Francesca Sanvitale, vient l'interroger :
" - La culture française a été significative pour vous. Et par exemple Gide.
- Jamais beaucoup aimé Gide. On l'a cru parce que, par la timidité des écrivains très jeunes, j'avais donné un sous-titre à Alexis qui était influencé par les sous-titre de Gide : Le Traité du vain combat. A mon avis, ce sous-titre est inutile, et on pourrait aussi bien le supprimer. Je n'ai jamais beaucoup aimé Gide."

En 1987, à une autre journaliste, de The Paris Review cette fois, Susha Guppy, qui lui demande d'évoquer cette "influence gidienne" elle répond : "Je n'aime pas beaucoup Gide. Je le trouve sec et parfois superficiel." Suit un défense de la forme du Traité, "vieille forme littéraire classique" plus que référence à Gide...

Il existe une étude de Carole Allamand intitulée "Gide et Yourcenar : paternité ou parricide ?" parue dans le Bulletin de la Société Internationale d'Etudes Yourcenariennes numéro 18 (Décembre 1997, pages 19 à 37) que je serais très curieux de lire. Mais le titre est déjà assez "parlant"... Une certaine paternité – en particulier sur les débuts de Yourcenar – fait peu de doutes. Quant au parricide de la fin de la vie, il est peut-être à mettre sur le compte de la volonté de Yourcenar, à la fin de sa vie, de contrôler son image, quitte à jouer d'une certaine froideur.

Mathieu Galey en témoigne dans son Journal. Josyane Savigneau, dans la très bonne biographie qu'elle consacre à Yourcenar et qu'elle sous-titre très justement "L'invention d'une vie", montre aussi combien Yourcenar a été soucieuse de l'image qu'elle laisserait après elle (autre point commun avec Gide !).

Un déni a mettre aussi peut-être sur le compte d'une certaine rancoeur : Yourcenar voulait évidemment attirer l'attention de Gide avec son premier ouvrage. Mais Gide n'attirera jamais à lui la jeune écrivain qui pourtant approchera de très près le cercle gidien (Jaloux, Schlumberger, Du Bos, Kassner...). Tout au plus fait-il savoir, de loin, qu'il s'intéresse à elle et à ses écrits comme en témoigne une lettre datée de novembre 1940 et signée de Constantin Dimaras annonçant à Yourcenar : "J'ai eu récemment des nouvelles d'André Gide qui a beaucoup aimé votre essai sur Cavafy. J'en suis fier pour vous."