samedi 4 juillet 2015

Un été gidien à Uzès


Exposition
« André Gide et Uzès, aux racines de la famille Gide »



L’écrivain André Gide (1869-1951) se revendiquait issu « d’un père Uzétien et d’une mère Normande ». S’il n’est pas né à Uzès, il a séjourné régulièrement dans la ville natale de son père. Ces séjours d’enfance l’ont marqué profondément. L’exposition se propose de montrer l’empreinte d’Uzès dans l’œuvre de Gide et de retracer l’histoire de sa famille paternelle, notables protestants en Uzège.
Les photographies réalisées par Jean-Pierre Loubat spécialement pour l’exposition apportent un regard contemporain sur les lieux évoqués par André Gide.

Exposition « « André Gide et Uzès, aux racines de la famille Gide »
Du 27 juin au 11 octobre 2015
Musée Georges Borias, ancien Evêché, 30 700 Uzès. Tél. 04 66 22 40 23.

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 15h à 18h en juillet et août, de 15h à 18h en juin, septembre et octobre.
Plein tarif : 3 €
Groupes : 1,50 € / personne
Gratuit pour les scolaires.
Visites guidées : sur réservation, 5€ / personne (tarif réduit 3€ / personne pour les enfants et groupes à partir de 10 personnes).

Publications

Catalogue André Gide et Uzès, aux racines de la famille Gide
Textes de Brigitte Chimier, Jean-Christophe Galant et Daniel Moutote.
Publié avec le soutien de la Fondation Catherine Gide.
30 p. couleur, prix de vente 6 €.

Portfolio Ô petite ville d’Uzès, 9 photographies noir et blanc de Jean-Pierre Loubat
Tirage limité à 26 exemplaires numérotés, prix de vente 90 €.
En vente par souscription aux éditions YFIP, editionsifyp@gmail.com

Animations

Balades en calèche sur les traces d’André Gide
Pendant l’été seront proposées des visites guidées comprenant la visite de l’exposition au musée et un circuit en calèche pour découvrir les lieux liés à la famille Gide à Uzès.
Les jeudis 2 et 9 juillet, 20 et 27 août, 3 septembre, de 16h30 à 18h30. Sur réservation, tarif 5€ / personne.
Nombre de places limité à 10 personnes par visite. Réservation uniquement par téléphone au 04 66 22 40 23 aux heures d’ouverture du musée (pas d’inscription par répondeur), jusqu’à la veille de la visite.

Ouverture nocturne le 25 septembre
A l’occasion de la miNuit Blanche organisée à Uzès par l’association « Et Alors l’Art », l’exposition sera ouverte de 20h à 23h le vendredi 25 septembre 2015 (entrée libre). Le photographe Jean-Pierre Loubat présentera ses œuvres et son portfolio Ô petite ville d’Uzès.

Visites nocturnes été 2015
André Gide, "Ballades" à Uzès, une guide conférencière, un comédien
les 6, 13, 20, 27 juillet et les 3, 10, 17, 24 août
Départ Office de Tourisme à 20h45
Billetterie : + 33 (0)4 66 22 68 88
Tarifs : Adultes 15€ / Enfants 5€


 

jeudi 18 juin 2015

Gide s'opposera t-il à l'entrée d'Ormesson dans la Pléiade ?

 
La légende selon laquelle Gide a refusé le manuscrit de Proust ne suffisait manifestement pas.

A l'occasion du Bloomsday, le Nouvel Obs a exhumé un article de 1995 qui nous apprenait que Gide a également refusé de publier Ulysse... dans la Pléiade... en 1931 !

On se frotte les yeux et on relit :

« Après bien des déboires, «Ulysse» fut publié en anglais à Paris en février 1922. Parmi ses premiers lecteurs: Ernest Hemingway. Fidèle à lui-même, il déclare: «Joyce a fait un livre du tonnerre!» Virginia Woolf n'est pas de cet avis, qui évoque «l'œuvre d'un adolescent boutonneux, [...] un livre titubant d'indécence». Yeats (il changera d'avis par la suite) parle quant à lui d'un «livre de fou».
La traduction française ne verra le jour que sept ans plus tard. Signée par Auguste Morel et Stuart Gilbert, elle sera revue par Valery Larbaud (qui a rencontré Joyce à Paris dès 1920) et l'auteur lui-même. Après l'avoir lue, André Gide fait la moue: «Un faux chef-d'œuvre», affirme-t-il. Et lorsque, en 1931, Paulhan lui suggérera de publier «Ulysse» dans la collection de la Pléiade chez Gallimard, l'auteur des «Faux-Monnayeurs» opposera son veto. »
On passera sur le fait qu'en 1931 la Pléiade vient d'être créée par Schiffrin dont elle est encore la propriété, la collection n'intégrant Gallimard qu'en 1933...

Si pour Proust, nous avons les aveux de Gide – aveux pour un crime qui, rappelons-le, a de multiples auteurs – pour Joyce, nombreuses sont au contraire les preuves qui disculpent Gide...


Dans un très intéressant essai paru en 2011 au Cherche-bruit, James Joyce travesti par trois clercs parisiens, Adrien Le Bihan démontait aisément l'accusation. Lors de la réédition en 2010 de la Stèle pour James Joyce de Louis Gillet, Michel Crépu et Philippe Sollers dénoncèrent qui « l'hostilité des surréalistes à l'égard de Joyce », qui celle de la NRF et de Gide en particulier.

Ils piochent pour cela chez le spécialiste de Joyce, Richard Ellmann, qui rapporte des propos tenus par Paulhan en 1954 selon lesquels il y avait à la NRF une hostilité envers Joyce, chez Rivière, Claudel et Gide. Or on sait aujourd'hui que si Rivière avait des réticences d'ordre littéraire et Claudel d'ordre moral, Gide était au contraire séduit par Joyce. C'est également à partir de ces échanges sans fondements que naît la citation attribuée à Gide qualifiant Ulysse de « faux chef d'œuvre »...


 La NRF d'avril 1922 avec l'article 
de Valery Larbaud sur James Joyce

Or grâce à Arnold Benett et Valery Larbaud (qui recommande la lecture de Joyce dès 1922 dans une NRF pas si hostile que ça...), Gide est très tôt amené à la lecture de Joyce. Il sera l'un des premiers à soutenir la parution d'Ulysse, permise grâce à Sylvia Beach – que l'auteur de l'article du Nouvel Obs ignore superbement, ne la citant que comme la créatrice d'un « petit musée » consacré à Joyce ! Gide donnera sa signature pour protester contre les atteintes aux droits d'auteur d'Ulysses aux Etats-Unis.


Le bulletin de souscription de Gide à Ulysses en 1921


Dans Découvrons Henri Michaux, sa conférence annulée en 1942 sous la pression des vychistes, Gide mettra sur le même plan Mallarmé, Rimbaud, Lautréamont et Joyce. Cette même année 1942, il donne au Figaro l'un de ses Interviews imaginaires consacré à Joyce et au plaisir de jouer avec les mots

Ce même plaisir des mots nous fait hésiter entre calembredaine, coquecigrue et calinotade pour qualifier les méfaits de cette presse de caniveau. Qui nous donne toutefois le plaisir de consigner ici l'article de Gide, qui ne figurait pas dans les Gidian Archives.



 
L'école des femmes, 1929, avec envoi à James Joyce







INTERVIEWS IMAGINAIRES
Aux grands mots les petits remèdes
par André Gide




LUI. — Méfiez-vous : Joyce est un Irlandais. L’Irlande est la patrie des farceurs. Je suis Français et il ne me plaît pas d’être dupe. Se peut-il que vous vous y soyez laissé prendre ? que son Ulysse “vous ait eu”, comme l’on dit ?
MOI. — Louis Gillet ne s’est rendu que petit à petit. De là, le grand intérêt de son livre. Sa Stèle pour James Joyce est un itinéraire, un Gradus ad…
LUI. — Qui mène où ? Qui aboutit à quoi ? C’est ce que je ne parviens pas à comprendre. Sans les obscénités de son Ulysse, Joyce n’aurait jamais pu compter sur cent lecteurs.
MOI. — Il y a, dans tout ce qui est humain, un fond obscène, à revers divin. Je vous avoue que l’impudeur de Joyce me ravit. Trop nombreux sont les Dagoberts qui préfèrent garder leur culotte à l’envers, par crainte, en la remettant à l’endroit, de montrer un instant leur derrière.
LUI. — Joyce ne remet à l’endroit rien du tout. En un temps où nous avons besoin de confiance, il nous invite à ne plus rien prendre au sérieux. Et cela de la façon la plus perfide ; car sa fronde est dirigée (Gillet nous l’explique fort bien) non tant contre les institutions et les mœurs, que simplement contre les formes du langage ; non point contre les pensées et les sentiments que contre l’expression de ceux-ci.
MOI. — Qui nous dupe plus que chose au monde [sic]. En déchirant le revêtement et l’apparence, Joyce met à nu la réalité.
LUI. — C’est beaucoup lui prêter. Je ne puis prendre en considération ses jeux de mots sur lesquels Gillet s’extasie. À de semblables jeux, Hugo se piquait d’exceller, dit Gillet (on cite de lui une charade étourdissante(1), mais du moins ne les faisait-il pas figurer dans ses œuvres. Lorsque, dans Ulysse, Joyce propose pour le nom de Sindbad le Marin pas moins de quinze transformations, je songe à Rabelais, et à sa «Femme folle à la Messe» qui, par interversion de consonne, devient cocassement «La Femme molle à la …»
MOI. — Et voyez ! vous vous en souvenez. Vous n’avez pu vous tenir d’en rire.
LUI. — Je trouve Joyce moins drôle. Et puis, la belle avance, quand j’aurai ri !
MOI. — « D’une bouche qui rit, l’on voit toutes les dents », dit Victor Hugo dans Le Roi s’amuse. Je me souviens de l’amusement que nous prenions, du temps de notre jeunesse, à cette défiguration de mots accouplés, jeu que nous proposa Franc Nohain certain soir, en compagnie de notre ami commun Maurice Quillot, à qui je dédiai mes Nourritures Terrestres. C’était un concours. On s’essayait. Tous les mots ne s’y prêtaient pas. Nombreux ne présentaient ron ni raisime. L’un proposait : L’ique poétart ; l’autre les Orèbres funaisons ; mais quand je ne sais lequel de nous trois hasarda ; Léeize tron, les deux autres s’avouèrent vaincus. Et nous étions malires de rade.
LUI. — Oui ! ce sont jeux d’enfants analogues à ces petites formules dont la signification se cache sous une sonorité bizarre : “Felixonportua – Selnimi – Versimi”. Les initiés seuls comprenaient : “Félix son porc tua, Sel n’y mit, Ver s’y mit”. Et cette autre : “Caillabani. Piaoni. Cocadéso. Vernena” **. Cela me ravissait quand j’étais gosse ; mais il y a longtemps de cela. Ces jeux sont tolérables chez Rabelais qui s’amuse aux possibilités d’une langue encore nouvelle, comme un enfant essaie ses muscles et s’émerveille de leur souplesse, en prend conscience en s’en jouant. Mais à présent notre langue est fixée…
MOI. — Et figée. Béni soit celui qui rompt les adhérences, qui décontenance le mot, le rend suspect. Trop souvent, le mot tient lieu de la chose et la chose peut s’en aller. Nous payons de mots les autres et nous-mêmes. Nous volons et nous sommes volés.
LUI. — Permettez : le maquignon qui vend un cheval sait fort bien ce que le mot “cheval” veut dire ; et celui qui l’achète le sait aussi.
MOI. — Mais moins, peut-être, celui qui parle de dévouement, d’honneur, de foi, de constance, de fidélité…
LUI. — Évidemment le domaine concret est plus aisément saisissable. Pour le reste, le doute est permis. L’amante peut s’inquiéter de l’authenticité des sentiments que l’amant professe et, devant les protestations amoureuses, craignant l’inflation, se demander anxieusement : est-il solvable ? Tout cela me paraît bien banal.
MOI. — Banal, assurément. Je me souviens d’un conte de Villiers, ‘conte cruel’ entre tous, qui nous rapporte les propos de deux amants : la déclaration où le jeune homme verse son âme, à quoi répond l’amante, et le parfait bonheur est entrevu. Ô conversation merveilleuse ! où le jeune homme trouve enfin l’écho de ses angoisses les plus rares et que, par crainte d’une incompréhension de l’autre, il n’osait formuler. À la fin du conte seulement, il se découvre que la jeune fille est sourde et qu’elle n’a rien entendu.
— ‘Mais vous me répondiez si bien’.
— ‘C’est que je savais par avance tout ce que vous diriez, et que vous ne pourriez dire autre chose’.
LUI. — C'est aussi ce qui fait que, dans les romans, je saute à pieds joints, d'ordinaire, par-dessus tous les dialogues amoureux. Ah ! s'il n'était question que de l'amour, passe encore. Mais Joyce s'en prend à tout. Avec un art diabolique, il emploie son génie à décontenancer tous les vocables. A entrer dans son jeu, nous n'oserions bientôt plus parler. Pourtant, nous avons besoin de mots pour penser. Tout ce qui est original reste particulier et, peu s'en faut, inexprimable. Seules sont échangeables les locutions admises. On ne s'entend que sur les lieux communs. Sans terrain banal, la société n'est plus possible. Et si Joyce s'en était tenu à Ulysse ! Mais son Finnegan's Wake, ce nec plus ultra, ce chant du cygne, nous est présenté par Louis Gillet lui-même comme « un tissu, une tapisserie, une Iliade de calembours ». Après quoi l'on a envie de se faire trappiste.
MOI. — Non. Mais l'on prend les mots pour ce qu'ils sont : des signes et non des substituts. Souvenez-vous du beau conte des Mille et une nuits où certain pauvre affamé se voit convié par un riche marchand à un repas qui s'annonce fastueux. Quel menu ! Rien n'y manque. Mais les assiettes restent vides. Le nom des mets, que le riche énumère, tient lieu des mets mêmes, dont le pauvre, par politesse, doit feindre de se régaler. C'est à de semblables festins que nous invite trop souvent la littérature. De là, le précieux livre de Jean Paulhan, qu'il intitule Les Fleurs de Tarbes, « Il n'est pas une pensée, et jusqu'aux plus subtiles, qui ne nous semble appeler l'expression », nous dit Paulhan. « Mais il n'est pas une expression, continue-t-il, qui ne nous semble volontiers trompeuse ou fausse ».
LUI. — Oui ; jusqu'à ce mot « volontiers » qu'il emploie.
MOI. — « Eh bien ! qu'il soit donc admis que l'on ne s'entend pas » fait-il se récrier un interlocuteur imaginaire. A qui il riposte aussitôt : « Non, il semble que pour rien au monde l'on ne veuille renoncer à tant de déceptions ».
LUI. — La vraie déception serait de devoir y renoncer.
MOI. — Plus loin. Paulhan cite une phrase de Bergson : « Le romancier déchirant la toile habilement tissée — tissée par l'intelligence, et plus encore par le langage — de notre moi conventionnel nous montre sous cette logique apparente une absurdité fondamentale, sous cette juxtaposition d'états simples une pénétration infinie. » Et Paulhan ajoute : « Je ne reconnais ici qu'à demi Balzac, Eliot, Tolstoï et les autres romanciers que Bergson pouvait lire. Mais la remarque devient admirablement exacte sitôt que l'on songe à Joyce ou à Proust. » Il dit encore, et ceci nous mène au cœur du sujet : Ailleurs, Bergson parle du singulier obstacle qu'opposent au poète les mots, où s'évanouit sans recours l'essentiel de la pensée, cet élément « confus, infiniment mobile, inappréciable, sans raison, délicat et fugitif, que le langage ne saurait saisir sans en fixer la mobilité ni l'adapter à sa forme banale ». Il cite enfin dans une note (p. 67) cette comparaison de Sainte-Beuve : « De même qu'autour d'un vaisseau menacé d'être pris par les glaces, on est occupé incessamment à briser le cercle rigide... de même chacun de nous, à chaque instant, devrait être occupé à briser dans son esprit le moule qui est près de prendre et de se former. Ne nous figeons pas.. » Et cette image éclaire admirablement l'effort et le travail politique de Joyce, sa raison d'être et, sous son apparence funambulesque et futile, sa belle serviabilité.
(La suite mardi prochain). André GIDE.



(1) Je la redonne ici, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore. Elle vaut d’être retenue, car c’est un modèle du genre : Mon premier a été volé. Mon second se bourre comme une pipe. Mon troisième vaut cent francs. Mon tout est un véhicule. C’est Tilbury. 1° tout le monde sait que Alcali vola Til ; 2° Bu c’est phale et Phale se bourre (Phalsbourg) ; 3° Ry vaut ly (Rivoli) et ly c’est 5 louis (100 frs) (Lycée St-Louis).
(2) Pour ceux qui n’auraient pas aussitôt compris : “Caille a bas nid— Pie a haut nid— Coq a des os — Ver n’en a”.

dimanche 7 juin 2015

Exposition Gide - Rivière - Fournier


Du 19 juin au 7 novembre 2015, la Fondation Saint-John Perse à Aix-en-Provence accueille une exposition conçue et réalisée par Jean-Pierre Prévost :


1914-1918
 Jacques Rivière, André Gide, Alain-Fournier
Trois amis de Saint-John Perse


Présentation

L’exposition retrace les années de guerre et de captivité de Jacques Rivière, figure majeure de la littérature française du vingtième siècle et directeur de La Nouvelle Revue Française de 1919 à 1925.

Son œuvre et la vie sont indissociables, d’une part de celle de son beau-frère et ami Alain-Fournier, et d’autre part de celle d’André Gide. Saint-John Perse a publié des extraits de ses lettres à Rivière, à Alain-Fournier et à Gide dans le volume de ses Œuvres complètes.

Jacques Rivière, mobilisé le 1er août 1914 au 220ème régiment d’infanterie, fier et enthousiaste à l’idée d’aller défendre son pays, fut fait prisonnier par les Allemands dès le 24 août. Incarcéré au camp de Königsbrück en Saxe, puis dans le camp disciplinaire de Hülsberg, il vécut cette captivité dans une tension extrême, tant psychologique que spirituelle, nourrie par la séparation insupportable d’avec ses deux amours : Isabelle, la femme légitime, et Yvonne, la femme rêvée. Gravement malade après trois ans de détention, il sera transféré pour raisons sanitaires en Suisse grâce à l’intervention de la Croix-Rouge.

Un pan de l’exposition est consacré aux années de jeunesse et de formation bordelaise de Rivière, et à sa rencontre déterminante avec Gabriel Frizeau, viticulteur, collectionneur, mécène et galeriste, personnage atypique de l’activité culturelle à Bordeaux, qui lui permit d’entrer en contact avec les poètes Francis Jammes, Paul Claudel, Alexis Leger, futur Saint-John Perse, et le peintre André Lhote, avant d’être remarqué par André Gide.

Une partie de l’exposition évoque les bouleversements qui ont caractérisé les années d’après-guerre.

L’exposition est composée de reproductions en grand format de photos d’époque, issues de collections privées, pour la plupart inédites, accompagnées de brefs commentaires et d’extraits des souvenirs de Jacques Rivière (publiés en 1918) et du journal qu’il a tenu pendant sa détention en Allemagne et en Suisse.

Documentation

Alexis Leger, le futur Saint-John Perse, Jacques Rivière et Alain-Fournier appartiennent à la même génération. Gide Il a une vingtaine d’années de plus qu’eux.

En 1914, André Gide, 45 ans, vient de publier Les Caves du Vatican. Après un premier mouvement nationaliste, il développe une réflexion sur la complémentarité possible entre la France et l’Allemagne, vision d’avenir d’une Europe culturelle, qu’il défendra dès la fin de la guerre (Réflexions sur l’Allemagne, NRF, juin 1919). Pour s’affronter à la réalité, il co-dirige avec Edith Wharton, jusqu’à épuisement, Le Foyer franco-belge, un organisme officiel d’aide aux réfugiés sans ressources ni lieu d’accueil.

Dès 1897, il avait publié Les Nourritures terrestres, en 1902 L’Immoraliste et en 1909 La Porte étroite, son premier vrai succès littéraire. En 1908, avec d’autres, il avait lancé la Nouvelle Revue Française.

Jacques Rivière, 28, ans, est depuis 1911 le secrétaire de la Nouvelle Revue Française et bientôt l’adjoint du directeur Jacques Copeau. Ses premiers articles de critique littéraire ont été regroupés en 1912 dans le volume Etudes. Mobilisé en 1914 dans l’infanterie, il est fait prisonnier le 24 août dès les premiers combats. Incarcéré d’abord au camp de Königsbrück en Saxe, il est transféré au camp disciplinaire de Hülsberg après une tentative d’évasion. Gravement malade, il est transféré en Suisse en 1917, sur intervention de la Croix-Rouge, jusqu’à la fin de la guerre. À son retour en France, il publie en 1918 L’Allemand, souvenirs et réflexions d’un prisonnier de guerre. Pendant sa captivité, il a tenu un journal qui sera publié en 1974 sous le titre Carnets.

Alain-Fournier, 26 ans en 1914, vient de publier Le Grand Meaulnes (novembre 1913). Il meurt au combat le 22 septembre 1914. Jacques Rivière était son ami depuis le lycée, il a épousé la jeune sœur du romancier en 1909.

Alexis Leger, 27 ans en 1914, vient de réussir le concours des consulats et travaille à la Maison de la Presse au Ministère des Affaires étrangères jusqu’à son départ pour la Chine en 1916. Il avait dès 1908 publié des poèmes dans diverses revues, dont plusieurs dans la toute jeune Nouvelle Revue Française et qui seront repris en 1911 dans son premier recueil, Eloges.

Fondation Saint-John Perse
Cité du Livre
8 / 10 rue des allumettes
13098 Aix-en-Provence



vendredi 22 mai 2015

Sauver l'église de la Roque-Baignard


Les églises sont comme les cerveaux. Lorsqu'on ne les ouvre plus assez, elles moisissent.

Il arrive même que la mérule s'y installe et dévore les boiseries. C'est ce qui se produit à l'église de la Roque-Baignard, où la commune lance une campagne de financement participatif pour entreprendre des travaux de traitement contre le champignon et poser une grille qui assurera une ventilation suffisante afin d'éviter sa prolifération.


Dans une lettre de Max Jacob


On trouve au catalogue de la vente de Livres et manuscrits modernes d'Artcurial - Briest-Poulain-F.Tajan, le 22 juin à l'Hôtel Dassault, 7, Rond Point des Champs-Elysées à Paris, un brouillon de lettre de Max Jacob à Jacques Maritain où il est fait allusion à Gide.

Lot 116
Max JACOB
BROUILLONS AUTOGRAPHES D'UNE LETTRE À JACQUES MARITAIN, EN RÉPONSE À SON LIVRE FRONTIÈRES DE LA POÉSIE, PARU EN 1935.

4 p. in-4 encre bleue, signé Max Jacob. Chez madame Moré, à Boussy Saint Antoine par Brunoy, S. et O. Vers 1936. Joint une
enveloppe avec nombreuses notes sur le verso, un profil d'homme dessiné.

Premiers jet, nombreuses corrections, biffures, ratures, renvois.

Max Jacob et Jacques Maritain ont vécu une amitié sincère, et ils ont partagé une admiration réciproque : Maritain reconnaissant en Max Jacob un génie poétique, Max Jacob venant chercher auprès de Maritain des paroles de sagesse et de foi.
Ils sont entrés en relation à partir de 1924, à l'initiative du poète qui envoie au philosophe un exemplaire de son ouvrage L'Homme de chair et l'Homme Reflet avec la dédicace suivante : "À Jacques Maritain, avec l'assurance que le maître verra ce qu'il y a peut-être de nouveauté aux méthodes psychologiques de l'auteur, avec un profond respect et une profonde sympathie en Dieu." On y lit l'admiration de Max Jacob pour la recherche philosophique et spirituelle de Jacques Maritain. Mais, à cette époque, l'auteur du Cornet à dés est déjà chrétien, et il n'appartient donc pas à ce groupe informel d'artistes en quête de conversion. C'est autre chose qu'il vient chercher auprès de Maritain. Il veut trouver une parole libératrice, une réponse à ses angoisses. En effet, le poète est un être profondément tourmenté, hanté par l'enfer et le péché, affligé d'un profond sentiment de culpabilité. Il vit son homosexualité, à l'inverse de Jean Cocteau, comme une atteinte à l'amour chrétien. Il loue chez Jacques et Raïssa Maritain l'ouverture aux êtres et la fidélité aux idéaux.
Dans ce brouillon, tourmenté, chahuté, un canevas presque ! Max Jacob est très admirateur et respectueux, il donne du maître, ce qui n'est pas commun chez lui. Il est même remarquable que lui Max Jacob, ayant connu Apollinaire, Le douanier Rousseau, Picasso, Modigliani et tout ce qui compte de l'intelligentsia de la première moitié du XXe siècle s'adresse à Maritain avec tant de déférence. Dans le même temps il répond à la lecture de son livre Frontière de la Poésie. Lui le poète, l'auteur de l'Art Poétique, ouvrage maintes fois cités par Jacques Maritain, lui répond donc sur la pureté poétique et sur la morale du "Tout pour la tripe" de Rabelais. Il y a la certes un grand écart qui nous amène à Hugo, à Rimbaud, à Raymond Roussel. Il se défend donc de son écriture de sa pensée qu'il veut simple, humaine peut être y voit il un rapprochement avec le monde, le terre à terre de Rabelais.
Bien sûr je ne puis pas répondre à votre Frontières de la Poésie qui dépasse ma force de compréhension. Mais j'y peux tout au plus accrocher des opinions (ce qui est d'un mauvais lecteur, mais d'un lecteur pourtant.) Je me promets des exercices dans la solitude du monastère reconstruit de St Benoît sur Loire et que je compte regagner. Ce récent passé que vous analysez magistralement, profondément, votre livre me servira à le méditer avant la mort, si dieu veut bien que je fasse de sérieuses méditations sur moi-même et sur mes compagnons de routes (1900 - 1936). Plusieurs ont trouvé en votre pensée leur véritable confesseur. Puis je en travaillant encore quelques années à St Benoît, trouver dans votre livre le guide tant cherché toute ma vie de la vraie poésie qui plairait à Dieu. Hélas que n'écrivez vous aussi pour les gens simples comme moi un livre de Sociologie esthétique chrétienne qu'on puisse propager ainsi que l'Abbé Morel compte le faire avec vous en choisissant nos moins mauvais vers chrétiens.
"La pureté poétique est une pureté minérale, la pureté est une vertu humaine" dites -vous. Des enfants inconscients, le Picasso de 1905 et qui ne savaient lier leur esprit abstrait avec leurs émotions ont pris la sécheresse païenne pour de la pureté. D'autres, dupes des mots, ont pris pour de la pureté l'exclusivisme couleur du siècle. Les chemins de Damas de Gide vont du style dépouillé janséniste au Robespierrisme des collectivistes : Gide est un précurseur d'André Breton, lequel est encore plus "pur" puisqu'il ignore les carrefours et l'hédonisme Wildiens. [J'y vois les rameaux incendiaires d'une forte racine démoniaque : l'orgueil cantonal, l'exclusivisme : notre époque est celle des cloisons, cloisons douanières, cloisons raciales, cloisons militaires, cloisons provinciales. La couleur d'une époque compose avec celle des individus. Heureux ceux qui dans le pointillisme (ont l'œil de Dieu) pour discerner les points de vraie lumière. Je demande à Dieu qu'il me donne assez d'intelligence pour me sauver des malentendus.
[…] Rapprochez la au "tout pour la tripe" de Rabelais qui est une parole géniale, une parole qui sépare le corps de l'âme, qui loge l'œuvre dans le corps ou en laisse les guides à l'esprit. C'est la théorie classique de l'extériorisation avec laquelle on peut séparer les classiques comme Hugo et je crois bien Rimbaud et même Raymond Roussel ce sublime conteur de merveilles, qu'Apollinaire après avoir connu Salmon a lâché l'influence des symbolistes" "Ne voyez dans cette lettre pour laquelle je vous demande votre indulgence que l'hommage d'un pauvre homme à un maître admiré et vénéré pour bien des raisons.

Prière me laisser tranquille


Les 22 et 23 mai, la vente Alde d'éditions originales du XIXème au XXIème siècle, verra passer quelques lots affichant des prix amusants. Moins, cependant, que le télégramme envoyé de Taormine par Gide... Autre curiosité, un envoi à Gide que Louÿs a oublier de biffer.

Lot 157
GIDE (André). Les Nourritures terrestres. Paris, Société du Mercure de France, 1897. In-12, maroquin bleu marine janséniste, filets sur les coupes, doublure de maroquin bleu ciel encadrée d'un filet doré, gardes de moire sable, tranches dorées sur témoins, couverture et dos, chemise et étui assortis (J.-P. Miguet).
Édition originale.
Exemplaire sur hollande non numéroté, second papier tiré à 12 exemplaires selon la justification du tirage. (Selon Naville, il existerait un ou deux exemplaires sur japon sans numéro après les 3 du tirage de tête, mais le bibliographe de Gide n'évoque pas d'exemplaires sur hollande non numérotés).
Envoi autographe signé de l’auteur à Mademoiselle Moreno, dont le nom, ainsi que le mot gracieux dans la formule en gracieux hommage, ont été biffés, par Gide lui-même semble-t-il.
Très bel exemplaire en reliure doublée de Jean-Paul Miguet.
De la bibliothèque Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Estimation : 3 000 € / 4 000 €

Lot 158
GIDE (André). Les Caves du Vatican. Sotie par l'auteur de Paludes. Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1914. 2 volumes in-8, maroquin bleu, champ entièrement orné d'un décor de cercles concentriques aux petits points dorés parsemés de 36 petites étoiles au palladium, dos lisse, tête dorée, non rogné, couverture et dos, chemises et étuis assortis (Paul Bonet, 1941).
Édition originale.
Elle est ornée en frontispice d'un portrait de l'auteur gravé au vernis mou par Paul-Albert Laurens.
Tirage unique à 550 exemplaires sur papier chandelle d'Arches.
Parfait exemplaire dans une élégante reliure irradiante de Paul Bonet.
Décrite sous le n°487-488 de ses Carnets, elle appartient à une série de quatre reliures habillant chacune une édition originale de Gide.
Des bibliothèques Paul Baudouin et Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Dos des chemises uniformément passés.
Estimation : 2 000 € / 3 000 € 

Lot 184
LOUŸS (Pierre). Chrysis ou la Cérémonie matinale. Paris, Librairie de l’Art indépendant, 1893. In-8, bradel demi-maroquin vert amande avec coins sertis de filets dorés, dos lisse, tête dorée (Asper, Genève).
Exemplaire d'épreuves de l'édition originale, comportant le cachet de l'Imprimerie Paul Schmidt sur le faux-titre avec l'indication manuscrite : 1re épreuve, le 18 décembre 1893, et quelques corrections typographiques au crayon dans le texte.
Exemplaire offert par l'auteur à André Gide, à qui l'ouvrage est dédié, avec cet envoi autographe : À mon ami André Gide ceci et le reste. PL. La dédicace imprimée en exergue de l'édition est : À mon ami André Gide.
Des bibliothèques Alain de Suzannet (1934, II, n°56) et Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Teinte de la reliure légèrement passée, restauration au coin du dernier feuillet.
Estimation : 1 200 € / 1 500 €

Lot 354
GIDE (André). Lettre autographe signée. 2 pages in-12.
Lettre relative à un rendez-vous et à Jean Schlumberger.
On joint un télégramme envoyé de Taormine : « Prière me laisser tranquille. André Gide ».
Estimation : 100 € / 150 €




Editions originales du XIXe au XXIe siècle - I
Vendredi 22 mai 2015 - 14h
Salle Rossini - 7, rue Rossini 75009 Paris

Editions originales du XIXe au XXIe siècle - II
Samedi 23 mai - 14h
Seconde partie de la vente uniquement sur internet www.drouotonline.com



mardi 5 mai 2015

Deux lettres de Roger Martin du Gard


Parmi les lots de la vente de Livres et Gravures : Seconde Vacation, du 9 mai prochain par le libraire Ferraton à Bruxelles, signalons deux lettres de Roger Martin du Gard qui évoquent Gide :

Lot 912
MARTIN DU GARD, Roger (1881-1958), Prix Nobel de littérature. Lettre autographe monogrammée à un ami, certainement Richard Heyd, éditeur à Neuchâtel, datée de Nice le 9 nov. 1949, 2 p. 8°, l'avant d'une enveloppe adressée à Richard Heyd datée du 20 avr. 1949 joint. Martin du Gard remercie vivement son correspondant pour l'envoi des vol. du Théâtre d'André Gide (Neuchâtel, Îdes et Calendes).
Il compatit à ses tracas et lui demande des nouvelles. Il parle ensuite de Jacques Copeau et de Gide : La mort de Jacques Copeau nous prive d'une exceptionnelle amitié. Nous avons fait le voyage de Pernaud, pour assister aux obsèques. Les rangs de ma génération s'éclaircissent... À qui le tour ? J'ai revu là-bas bien des visages d'autrefois, que les années n'ont pas épargnés, et qui m'ont durement rappelé que la vieillesse est là, et que notre temps est compté... / Gide est rentré à Paris depuis la fin d'octobre. Il ne pensait y faire qu'un court séjour, mais ses projets d'hivernage étaient vagues. Je redoute pour lui le froid, les tentations et les fatigues de Paris ! Il ne va pas mal, mais il lui faudrait une vie au ralenti, un climat doux, de grandes précautions. Le moindre effort le met sur le flanc, et il est perpétuellement sous la menace d'une nouvelle crise, qui pourrait être mortelle.
Estimation : 75-100€
 
Lot 913
MARTIN DU GARD, Roger (1881-1958), Prix Nobel de littérature. Lettre autographe signée à Maurice, certainement son cousin Maurice Martin du Gard (1896-1970), écrivain, fondateur des Nouvelles littéraires dont il est le directeur de 1922 à 1936, datée de Bellême (Orne) le 22 juill. 1925, 4 p. 8°. Après avoir rappelé durant 2 p. son affection ( Affection est bien le nom du sentiment tenace que j'éprouve quand je pense à vous, et que tout autre vocable, sympathie, estime, amitié, n'étiquerait pas... C'est à votre article que je vais toujours, quand j'ouvre votre journal ...), Roger Martin du Gard parle de Gide : Gide est parti. Pour moi, naturellement, ses 'Faux-Monnayeur' sont le meilleur de ses romans. Mais, contrairement à ce que l'on éprouve d'ordinaire pour les grands auteurs, quand on connait l'homme comme je le connais maintenant, on le préfère encore à ses oeuvres, même les plus solides. Aussi je suis mauvais juge. Il parle ensuite des travaux dans sa propriété de famille où il s'installe, de Mme Boyd, sa traductrice...
Estimation : 75-100€



Vente :
vendredi 8 mai 2015 à 13h
samedi 9 mai 2015 à 13h

Exposition :
samedi 2 mai 2015 de 10h à 19h
du lundi 4 mai 2015 au mercredi 6 mai 2015 de 10h à 19h
jeudi 7 mai 2015 de 10h à 18h
 
Chaussée de Charleroi, 162/8
1060 Bruxelles
Belgique

vendredi 1 mai 2015

Ghéon a son site

https://sites.google.com/site/henrigheonetsesoeuvres/


En même temps que se préparaient les Journées Catherine Gide au Lavandou organisées autour de la toile de Théo Van Rysselberghe Une lecture, naissait un Google site consacré à l'un des personnages de cette toile : Henri Ghéon.

Saluons cette initiative qu'on doit à Catherine Boschian-Campaner, biographe de Ghéon dans un ouvrage paru en 2008 aux Presses de la Renaissance : Henri Ghéon camarade de Gide, biographie d’un homme de désirs

On retrouvera sur ce site un premier article inédit de Catherine Boschian-Campaner sur la genèse de   L’Épreuve de Florence, un lien vers un blog ou encore un portrait de Ghéon, croquis préparatoire de Van Rysselberghe pour Une lecture.

L'adresse de ce site s'ajoute bien sûr à la liste des liens de la colonne de droite : Gide et...

Nouvelles ressources en ligne

Treize nouveaux articles, dix en français et trois en anglais, sont disponibles en lien dans les ressources en ligne du blog.

Il s'agit notamment de plusieurs articles des très actives gidiennes de l'Université de Pitesti, Ariana

Bălașa, Diana Adriana Lefter et Irina Maria Aldea, parus dans la revue Language and Literature – European Landmarks of Identity.

Voilà qui porte à 378 le nombre de textes, articles ou thèses recensés.

jeudi 30 avril 2015

Ambre Fuentes, chasseuse de gidiens


Une intervention aura particulièrement marqué les 2èmes Journées Catherine Gide : celle d'Ambre Fuentes qui a évoqué pour les gidiens présents au Lavandou son projet provisoirement nommé « André Gide autour du monde ». Une enquête poétique et décalée, dans une dizaine de pays où Gide n'a jamais mis les pieds, mais où la jeune femme a cherché à savoir s'il était vrai que, ainsi qu'on l'entend souvent, « On ne lit plus André Gide ».

Next gidian : 180 miles

Partie « sur les traces des lecteurs de Gide », Ambre Fuentes filme son périple au plus près des gens et des choses. Au passage, elle mesure la place aujourd'hui dévolue à la littérature, à la culture française dans les pays qu'elle traverse. Projet qu'elle qualifie « d'expérience totale, à la fois intime et universelle », le récit de ce voyage montre une ouverture à la rencontre et à la surprise des plus gidiennes, tout comme la volonté avouée « d'amincir la frontière entre vivre et lire ».

Porte à porte, visite des principales librairies et bibliothèques de la ville, ou même affiches « Gide wanted » et « Do you know André Gide ? » posées dans New-York, tout est bon pour débusquer les lecteurs. Ou les traducteurs comme Richard Howard. Ou l'amateur de skateboard qui a ajouté une citation de Gide en sous-titre de ses prouesses diffusées sur Youtube... Ambre Fuentes s'attarde aussi dans les rues André Gide au Québec ou encore dans un café littéraire de Taïwan baptisé « La porte étroite ».


 Do you know André Gide ? (Photo Olivier Monoyer)
 
En Espagne, la connaissance de Gide diminue chez les étudiants en littérature malgré de récentes traductions. Tout comme au Portugal où l'âge d'or de la présence culturelle française semble loin. Aux Etats-Unis, Gide est présent dans les universités importantes mais reste scandaleux dès qu'on quitte les grandes villes – et interdit en prison. L'université de San José au Nicaragua consacre une vitrine à Gide mais ne l'enseigne pas : pas assez catholique.

La Nouvelle-Zélande, de l'avis des gidiens rencontrés sur place, est « trop heureuse pour s'intéresser aux inquiétudes de Gide ». Idem en Australie où sa pensée est incompatible avec le mouvement de la société. A Hong-Kong et Singapour, où là aussi la littérature française recule, Gide est l'archétype du type français. Au Japon il reste une figure importante, notamment grâce à la poésie appréciée dans ses écrits, et qui passe bien dans la traduction vers le japonais, tout comme l'anglais modernise son style.


 Ambre Fuentes (Photo Olivier Monoyer)


Je retrouve ces trop lapidaires commentaires dans mes notes, où j'ai aussi consigné les bémols apportés par Ambre Fuentes : bien sûr, tout ceci est un portrait subjectif et mouvant de l'ombre de Gide à travers le monde. Mais des lignes de force se dégagent : la baisse, partout, du niveau culturel des universitaires qui délaissent la littérature pour les études de genre ou la critique structuraliste. Tant mieux, ce sont souvent ceux qui dissèquent Gide qui vont répétant qu'on ne le lit plus. L'écoute du monde prouve chaque jour qu'une cohorte de lecteurs ordinaires et fervents découvre et partage Gide.

Les quelques minutes de film montées tout spécialement pour l'occasion promettent de faire entendre haut et fort cet écho gidien quotidien. Sa voix toute française mais immédiatement traduisible. Sa morale de l'effort, d'une libération qui sait se tenir. Son ironie envers les religions comme l'athéisme, qui rend son œuvre plus que jamais nécessaire. Sa poésie, son « drôle à lui », restitués par Ambre Fuentes dans ces quelques images. Des images qui donnent très envie d'en voir davantage, et laissent augurer d'une œuvre importante, pour Gide comme pour sa réalisatrice.