dimanche 10 juillet 2016

Diario, le Journal de Gide en italien


Le mois dernier est paru en Italie une nouvelle traduction du Journal de Gide, en deux volumes de 1696 et 1568 pages, chez Bompiani. Il s'agit de la maison d 'édition qui avait déjà publié dans les années 50 une traduction en trois volumes de la première version du Journal. Cette fois, l'éditeur Piero Gelli et le traducteur Sergio Arecco proposent la version intégrale du Journal de Gide, telle que Martine Sagaert et Eric Marty l'avaient établie pour l'édition dans la Pléiade en 1996 et 1997.

 Liens vers le site de l'éditeur :

Cette parution a donné lieu à plusieurs articles dans la presse italienne, parmi lesquels :

Gide, le inconfessabili confessioni dell’immoralista, par Piero Gelli, l'éditeur de  ces deux volumes, dans La Stampa

André Gide giorno per giorno: fra poesia, Cristo e ragazzini, par Luigi Mascheroni dans Il Giornale

Donne, uomini e altre passioni: i diari integrali di André Gide, par Daria Galateria dans Il Venerdi, le supplément de La Repubblica
 

dimanche 3 juillet 2016

Deux parutions

 
Après Proust et Lyautey (2009, Non Lieu), le prolifique Christian Gury publie un Gide et Lyautey. Précédé de Gide et certains faits-divers, toujours aux éditions Non Lieu. Sur la rencontre entre Gide et Lyautey, lors d'un voyage de Gide en mars-avril 1923 au Maroc en compagnie de Paul Desjardins, Pierre Hamp et Henri Bidou, on sait surtout que Gide a passé son temps à fuir Lyautey.

Deux raisons à cela : Gide détestait le côté officiel, protocolaire, et les manières de Lyautey. Lors de sa rencontre avec de Gaulle en 1943, Gide comparera d'ailleurs drôlement la séduction des deux hommes : « on ne sentait point chez lui [de Gaulle], comme à l'excès chez Lyautey, ce désir ou souci de plaire qui entraînait ce dernier à ce que ses familiers appelaient en riant : "la danse de la séduction". »



Présentation de l'éditeur :
André Gide collectionnait les « découpures » de presse, notamment relatives aux faits divers et affaires de mœurs de la Belle Epoque, en liaison avec l'écriture de Corydon, son essai sur l'homosexualité. Les thèmes de l'erreur judiciaire et du scandale l'interpellaient, sa propre vie flirtant avec les risques, tant en Europe qu'en Afrique. En Afrique justement, début 1923, il part avec l'intention de faire « des rencontres ». Il a accepté l'invitation d'Hubert Lyautey à lui rendre visite au Maroc. Gide a d'autant plus de raisons d'admirer Lyautey qu'il peut le considérer comme un disciple, sinon, mieux, comme son meilleur disciple, les théories de l'écrivain se trouvant par lui mises en pratique, à grande échelle. En effet, le maréchal-résident a démontré, sur le sol du Maroc, que « l'uranisme n'est en lui-même nullement néfaste au bon ordre de la société, de l'État ; tout au contraire », illustrant cette affirmation, d'allure certes un peu téméraire, martelée aux dernières pages de Corydon. Aujourd'hui, la justice sanctionnerait les mœurs licencieuses du militaire comme celles de l'écrivain


Après les Souvenirs d'un buveur d'éther de Jean Lorrain et avant Sixtine, de Remy de Gourmont, le Mercure de France réédite une autre petite pépite : Olivia, de Dorothy Bussy, traduit avec l'aide de Roger Martin du Gard (coll. Bibliothèque étrangère). L'amoureuse de Gide lui avait fait lire cette longue nouvelle dès 1933, mais Gide n'y avait pas apporté une grande attention. La Petite Dame nous raconte la suite de l'histoire, et le formidable succès d'Olivia, qui paraîtra finalement en 1949 :
« Il a mis beaucoup d'insistance (une insistance dans laquelle il y a sans doute un peu de remords) à me faire lire le manuscrit d'Olivia, une nouvelle écrite par Dorothée, qu'elle lui avait montrée il y a quinze ans et à laquelle il n'avait attaché aucune importance. Malgré le découragement qu'elle en avait éprouvé, elle a fini par la faire lire à ses amis anglais du monde littéraire, où elle a eu un tel succès qu'elle se décide à la publier. Martin, qui l'a lue dans une sommaire et très mauvaise traduction de Dorothée, s'est proposé pour la refaire en français, ce qui ne laisse pas de l'embarrasser un peu, vu son ignorance de l'anglais, mais à en juger d'après le premier chapitre qu'il a soumis à Gide, il nous paraît qu'il va s'en tirer admirablement bien, sinon sans beaucoup de peine. »
Olivia connaîtra un beau succès, le cinéma et le théâtre s'y intéresseront. Un film sera tiré en 1950, réalisé par Jacqueline Audry, avec Edwige Feuillère et Simone Simon dans les rôles principaux. Une façon de boucler la boucle puisque c'est le film Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform, 1931), d'après la pièce de Christa Winsloe, dont Gide et Dorothy Bussy avaient parlé dans leur Correspondance, qui incitera Dortothy à lui envoyer sa nouvelle...


Présentation de l'éditeur :


  En relevant la tête, j’ai rencontré son regard fixé sur moi. Sans réfléchir, sans avoir prémédité mon geste, j’ai cédé à une impulsion inconnue d’une violence irrésistible et je me suis tout à coup trouvée à ses genoux, couvrant ses mains de baisers et répétant à travers mes sanglots : « Je vous aime ! Je vous aime ! Je vous aime ! » Je sentais sous mes lèvres la douce chaleur de sa peau, la dureté de ses bagues

     Venue parachever son éducation en France, Olivia, une jeune Anglaise de seize ans à peine, va être subjuguée par la directrice de son école, la très belle MlleJulie qui lui fait découvrir la poésie, le théâtre, la peintureRien de plus vrai, de plus frais que ce premier amour d’une adolescente entraînée sans défense dans une aventure qui la dépasse. Mais si elle sait très bien jouer avec les sentiments exaltés de sa jeune élève, Mlle Julie vit en même temps une autre passion. Avec pour seules armes sa candeur et sa pureté, Olivia va se retrouver au cœur d’un drame. « Lyrisme passionné, spontanéité qui jamais n’échappe au contrôle, goût parfait, tels sont les caractères distinctifs de l’art de l’auteur », a écrit Rosamond Lehmann, qui ajoutait : « c’est pourquoi Olivia est une des rares œuvres que je relirai avec la certitude de n’en avoir jamais épuisé le suc. »

      Quand Olivia parut en Angleterre en 1949, simplement signé « par Olivia », ce fut un succès immédiat. On sait aujourd’hui que l’auteur se nommait Dorothy Bussy, qu’elle était la sœur de Lytton Strachey, et une grande amie de Virginia Woolf et d’André Gide qu’elle traduisait en anglais. Née en 1865 et décédée en 1960, elle n’a écrit que ce mince roman devenu un classique.

dimanche 26 juin 2016

André Gide à La Roque-Baignard


 La Roque-Baignard, dans le Calvados


« La commune est si petite qu'elle n'avait, à proprement parler, pas de mairie. En tenait lieu la salle commune d'une de mes fermes, sur le bord de la route, tout près de la petite église. »

Cette description de La Roque-Baignard par Gide, dans Jeunesse, texte paru en 1931 dans la NRF et repris dans les Feuillets d'automne, pourrait être toujours valable, à ceci près qu'une charmante et toute petite mairie existe désormais. La commune y a toujours plus ou moins honoré son grand homme, comme en témoigne la stèle posée près de la mairie — « Que certains visiteurs prennent pour la tombe de Gide », nous confie Monsieur le Maire — et cet attachement à ce riche patrimoine littéraire, et à l'ancien maire du village, se confirme aujourd'hui encore.


La stèle en mémoire de l'ancien maire


C'est Edouard Rondeaux, grand-père d'André Gide, qui achète tour à tour le manoir de Cuverville (qui reviendra à son fils Émile, père de six enfants, dont Madeleine, cousine et future femme d'André Gide, Jeanne et Valentine), le château de la Mi-Voie à Amfreville-la-Mivoie (acheté en 1850 où vivait la grand-mère d'André) et celui de La Roque-Baignard (qui revient à Juliette, la future Mme Paul Gide, mère d’André).

Les vacances d'été se passent alors d'abord à La Roque, puis à Cuverville. Gide fera de cette île doublement entourée de douves et de bois sombres au fond de la vallée, le vert paradis de l'enfance dans Si le grain en meurt et l'humide Morinière de l'Immoraliste. A la mort de sa mère en 1895, Gide hérite du château et de ses six fermes, couvrant quelques 425 hectares. Il prendra prétexte d'un entretien coûteux et difficile pour céder à sa femme Madeleine qui préfère sa maison de Cuverville, et revendra La Roque en 1900, « une partie des fermes à Charles Mérouvel, l'illustre auteur de Chaste et flétrie ; puis le reste à un M. M... qui bientôt le revendit au comte Hély d'Oissel » (Jeunesse, NRF, 1931)



Doublement ceint de douves et de bois sombres, le château de La Roque Baignard


C'est ainsi qu'à peine propriétaire du château, Gide va devenir maire du village, sans même s'être présenté... Il est élu conseiller municipal au scrutin du 3 mai 1896, avec 28 voix sur 36. Quelques jours plus tard, le conseil municipal met Gide à sa tête, avec 7 voix sur 10. Selon Gide, il faut y voir moins l'envie de porter le jeune châtelain à la mairie que les manigances de son régisseur Armand Désaunay, dépeint sous le nom de Bocage dans L'Immoraliste et de Robidet dans Jeunesse.
« En 1896, la nouvelle que, certain beau jour de vacan­ces, vint triomphalement m'annoncer Robidet tomba sur moi comme une catastrophe. Grâce à ses intrigues zélées, on venait de me nommer maire. Il manigançait cela depuis longtemps; à mon insu, il va sans dire. Mais d'abord il fallait attendre que j'eusse atteint l'âge légal et que le maire à qui je devais succéder eût cédé la place. Il mourut comme j'entrais dans ma vingt-cinquième année. Robidet, qui déjà cumulait les fonctions de garde et de régisseur, briguait encore celles d'adjoint, auxquelles le grand service qu'il rendait ainsi à la commune et à son maître, le désignait naturellement. Il tablait sur mon peu de goût pour le commandement, et pensait fort pertinemment que ma douceur de caractère et mon jeune âge lui assureraient tout pouvoir. Robidet, qui déjà régnait du vivant de ma mère et que j'avais hérité d'elle en même temps que la propriété, pensait peu, parlait beaucoup et jaugeait chacun d'après lui-même. Sa conduite était uniquement guidée par l'intérêt et le respect des convenances. «Oh ! Monsieur, ça ne se fait pas », me disait-il lorsque je voulais faire monter, dans la carriole qui nous menait au marché de Lisieux, un estropié cheminant pénible­ment sur la route; et, pour le dépasser plus vite, un coup de fouet mettait au galop le cheval. Au surplus, d'une honnêteté fort relative, mais sauvegardant les apparences et habile-à s'abriter derrière les « usages », dès qu'il m'advenait de vouloir examiner ses comptes.
Il avait l'air de se mettre, à mes dépens, bien avec tous. C'est ce qui peut expliquer que les six fermes et les bois qui constituaient le domaine de La Roque, étalés sur plusieurs communes, ne m'aient jamais rapporté que des soucis. » (Jeunesse, NRF, 1931)


La place du village rebaptisée place André Gide


Sur le ton lyrico-comique de ses premières lettres échangées avec Paul Valéry, Gide décrit drôlement l'épisode :
« La Roque 18 mai 96

Cher vieux,

On vient de me faire un sale coup. J'arrive ici pour rafisto­ler quelques toitures qui laissent l'eau pourrir les récoltes, et prendre part aux élections municipales en tant que conseiller tout neuf de trois jours, et, bien malgré moi, misère du bon Dieu ! je suis nommé maire au premier tour de scrutin, avec une écrasante majorité !! Des gens qui ne m'ont jamais vu !
— je ne leur ai jamais rien fait ! — faut-il que le monde soit méchant, tout de même ! —

Aujourd'hui, j'ai mal aux che­veux, et de la fièvre plein les mains tant j'ai respiré l'odeur de leurs sales boissons. Tu ne te fais pas idée de ça — tous sont aux trois quarts perdus d'alcool ; le plus robuste a com­mencé à tourner de l'œil au milieu du conseil et peu s'en faut qu'il n'ait claqué sur place ; il pleurait surtout de songer qu'il lui faudrait peut-être se modérer ; il en est de si avancés qu'un verre ou deux suffisent à les perdre ; les enfants nais­sent idiots, crispés, ou ne peuvent plus naître du tout. N'empêche que je commence mes fonctions par en recevoir deux de naturels. Le pire c'est que c'est assez rare et qu'il ne veut plus naître personne ; un peu de sensualité les sauverait — je vais faire venir des Aphrodites. L'ancien maire ne savait pas signer son nom, et mon adjoint, qui lui ne boit pas, ne sait même pas lire. Demain, il faudra fout[re] à la porte du presbitère [sic] un curé qui fait des rosseries et discrédite le Saint Office.

J'espérais me reposer ici à travailler ; cela m'éreinte et fait rater mes Nourritures — je n'ose plus chanter l'ivresse. » (Correspondance Gide-Valéry, Gallimard, 2009)
Quelques jours plus tard, à Valéry qui propose, pour le premier arrêté municipal pris par le nouvel édile, d'interdire la vente de la revue Le Centaure — que Gide vient de quitter — dans le territoire communal, Gide lui répond sur le même ton d'exagération bouffonne :
« Ah ! mon pauvre vieux, plains-moi — pour la première fois j'ai grogné contre l'existence. Pas un instant de loisir — des fermiers brutes, un beau temps désastreux, des répara­tions à faire partout — et quand on ne court plus pour des fermes, on court pour des affaires de mairie. Hier, j'ai passé mon jour à trinquer avec de vieux administrateurs de je ne sais quoi — puis à discuter les intérêts du canton, qui ne sont certes pas les miens — puis à voir passer à la révision de grands gaillards mal dégrossis à la face rouge et au corps pâle, où les plis des vêtements, et les bandes des suspensoirs restent marqués. Ça donne des idées peu lubriques et vous fait douter des statues... Passons — le soir, visite du curé qui est fripouille — ce matin, il faut que j'aille fouiller les armoi­res de mon prédécesseur, qui m'est hostile, et que je m'empare de tous ses papiers. Sitôt que ça ne m'embête plus à périr, cela m'amuse énormément — et je te prie de croire que le dialogue entre curé et maire, hier soir, n'était pas vul­gaire... chose admirable, je m'amusais à le prolonger... Cela vous apprend beaucoup de morigéner les vieillards. » (Correspondance Gide-Valéry, Gallimard, 2009)
 

 Au départ du village, un circuit de randonnée « sur les pas d'André Gide »

Le pays n'est à l'époque pas très différent de celui décrit par Maupassant. Et Gide est plus sensible au sort de la population qu'il ne le laisse paraître dans ces échanges potaches. Déjà, son intérêt pour la chose publique, sa fibre sociale, se manifeste. Il est alors l'un des trois plus jeunes maires de France, et compte bien prendre sa tache au sérieux, faute de pouvoir s'y consacrer à plein temps. Sa femme Madeleine — Em. Sous la plume de Gide — l'encourage d'ailleurs à ne pas se récuser lors de l'annonce de son élection.
« Em. se taisait, comprenant mieux les raisons de ma soudaine tristesse : la nature entière devant moi se désenchantait. De compliquées relations d'ordre pratique s'opposeraient désormais au désintéressement de mes regards. Mes amours avec le pays cesseraient d'être platoniques. Je me sentais déjà tout investi par l'accablant souci de nouveaux devoirs. C'en serait fait des rêveries, des promenades contemplatives. Pourtant Em. elle-même estimait que je ne pouvais me récuser. Il y allait de l'intérêt de tous, soutenait-elle. Car elle me connaissait assez pour savoir que, maire, je n'admettrais pas de ne l'être rien qu'à moitié, ne prenant rien à la légère. J'acceptai donc. Et ceux qui me prétendent insoucieux de la chose publique imaginent mal, assurément, le zèle civique que j'appor­tai dans l'exercice de mes très absorbantes fonctions. » (Jeunesse, NRF, 1931)

 La plaque en l'honneur de Gide récemment posée


Gide assistera tout de même à neuf des quatorze séances du conseil municipal tenues lors de son mandat, prononcera des mariages et des discours lors de la remise des prix à la petite école du village. Il présidera aussi des conseils de révision, voyant défiler dans le simple appareil un certain Jean Schlumberger, son voisin du château du Val Richer... 

Toutes les villes n'ont pas eu pour maire un Prix Nobel qui les a fait entrer dans l'histoire de la littérature ! Cela mérite bien les autres clins d'œil adressés ici à Gide : la place de la mairie devenue place André Gide, un chemin de randonnée « sur les pas d'André Gide ». Et enfin tout récemment la pose d'une plaque semblable à celle qu'on trouve sur le mur du cimetière de Cuverville, et créée par la Fondation Catherine Gide.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Si vous passez par là, n'hésitez pas à traverser la rue pour visiter le « Jardin nature » soigné par des bénévoles passionnés de l'Association normande pour la protection de la nature. Près de 180 espèces de plantes de la nature ordinaire ou plus rares y poussent dans le même décor que celui évoqué par le botaniste Gide : « les vallonnements herbeux, les bouquets d'arbres, les taillis, le cours de la petite rivière souvent cachée par les hauts épilobes, les aulnes et les coudriers... » 

samedi 11 juin 2016

Ventes aux enchères : Montherlant sur Gide


Signalons en passant la belle vente Ader de Lettres & Manuscrits Autographes le 22 juin prochain à Paris. Si Gide n'y est représenté que par une petite lettre à René Boylesve, une autre d'Henry de Montherlant sur Gide nous apporte une intéressante critique du second par le premier, datée de 1928. On notera aussi l'étonnante remarque de Paul Valéry, dans un bel ensemble de 85 lettres à Renée de Brimont, confidente de sa liaison avec Catherine Pozzi, quant à la position de Gide sur la candidature de Valéry à l'Académie :

« Les choses académiques sont aussi des choses infernales. On m’a jeté dans des difficultés inutiles, et dans des fatigues supplémentaires. Je suis à bout. Il a fallu cette semaine courir, trouver, interroger. J’ai vu Boylesve, Régnier, Barthou, de Flers... Demain, je reviens à Hanotaux qui attend une réponse. [...] Barthou et Flers me font sentir que je ne suis pas tout à fait mûr encore. Ils ont raison, les autres sont plus affirmatifs. J’ai envie d’envoyer tout au diable. [...] Mais on dit que le fauteuil nourrit son homme »... Lundi [18 juin].
Il a vu Gide. « Il ne s’engage pas beaucoup. Mais je compte bien qu’il ne sera pas contre, et c’est énorme ! » (voir la présentation de ce lot)

Lot 193
André GIDE (1869-1951). - L.A.S., Villa Montmorency 8 février 1914, à René Boylesve ; 2 pages in-8.
On joint une L.A.S. de Julien Green, 3 janvier 1986, adressant ses vœux à une demoiselle qu’il remercie d’aimer ses livres et Dans la gueule du temps.
Il ne se résigne pas à lui envoyer seulement ses Souvenirs de la Cour d’Assises. Il va lui porter le livre et une traduction de Tagore « prétexte pour vous revoir : j’en serai si heureux. Chaque fois que je pense à vous, je me sens un peu moins sauvage, et les quelques rares fois que j’ai pu causer avec vous m’ont toujours laissé penser que je pourrais causer avec vous davantage »...

Estimation : 200 € / 250 €

Lot 253
Henry de MONTHERLANT. - L.A.S., Oasis de Nefta 5 avril 1928, à un critique ; 2 pages in-4.
On joint une L.A.S. de Jules Romains à André Figueras : « il n’est que trop vrai qu’une bonne partie de l’“intelligensia” semble avoir pris à tâche l’accélération immédiate de notre décadence »...
Il le remercie de son article intelligent sur son dernier ouvrage et lui exprime son désaccord sur deux points : « Chez Gide, j’estime l’homme, et particulièrement son courage [...] j’ai beaucoup moins d’estime pour l’artiste et l’écrivain, et je ne comprends pas comment il peut exercer une influence, sauf à un point de vue sexuel tout à fait spécial. L’influence (réelle) exercée par Gide est pour moi un mystère; peut-être me rencontré-je avec lui ; en tous cas, je n’ai pas subi la sienne. Je sais fort bien qui m’a réellement influencé parmi les écrivains du XIXe et du XXe siècle : Chateaubriand, Flaubert, Barrès, d’Annunzio. Pour les autres : rencontres ». Pour prouver que le cœur apparaît bien dans ses ouvrages, il va envoyer à son correspondant « un petit volume de pages choisies de moi, précisément intitulées Pages de tendresse »...

Estimation : 200 € / 300 €


Plus d'infos sur le site Ader.

Tapuscrit de Arden of Feversham

Une vente Ferraton, le 17 juin à Bruxelles, verra passer le tapuscrit de 110 feuillets anopistographes de la traduction par Gide de la pièce Arden of Feversham. La traduction occupa Gide pendant toute sa vie, tantôt sous forme d'exercice social, collégial, tantôt en labeur solitaire et souvent au long cours. Ce projet de traduction de la pièce classée parmi les apocryphes de Shakespeare, appartient plutôt à la seconde catégorie.

L'idée de cette traduction apparaît dès septembre 1932, après la rencontre de Gide avec Artaud, comme le relate la Petite Dame dans un passage des Cahiers au cours duquel Gide revient sur son attirance-répulsion pour le théâtre :

« Il est longuement question entre Bypeed et Martin d'un certain manifeste sur le théâtre, d'Artaud, qui va paraître dans La N.R.F. (numéro d'octobre 1932), et d'un projet de nouveau théâtre. « On dit, fait Martin, qu'il va se réclamer de votre appui; ça tombe mal, juste au moment où Copeau s'ingénie à reconstituer un théâtre ! » Gide s'explique : ce jeune Artaud est venu le trouver et son désarroi lui a fait pitié; cependant, il lui a bien déclaré qu'il ne comprenait rien à son manifeste, qu'il était donc très éloigné d'y souscrire, et qu'en conséquence il lui interdisait de faire usage de son nom, mais qu'il voulait bien l'aider : il a attiré son attention sur une pièce apocryphe de Shakespeare, Arden of Feversham, assez curieuse, qu'il veut bien traduire. « Mais vous comprenez, mon vieux, je fais cela en m'amusant, je dicte ma traduction, ça vaut ce que ça vaut. Le théâtre ne m'intéresse pas assez pour que je me donne vraiment de la peine, je l'ai dit et redit. Je n'y crois pas, cela ne m'amuse que si c'est une farce, quand le public prend parti et fait du chahut. Le genre Taciturne et Œdipe, comme spectacle je trouve ça barbant. Cette pièce ce n'est pas sérieux, c'est un drame bourgeois informe, malgré certaines beautés réelles et qui peut être très curieux à la fois par la terreur et par le ridicule, et il faut lui laisser son caractère. Si je la donne à Copeau, ça prend une tout autre importance, il faudra la retravailler, la mettre en scène soigneusement, et ça ne m'amuse plus du tout. Je m'en expliquerai du reste très bien avec Copeau, à qui par contre je donnerais volontiers ma traduction d'Hamlet que j'ai tout à fait l'intention de terminer. »

Gide entame la traduction et en donne un premier fragment en 1933 dans le numéro 154 des  Cahiers du Sud, consacré au théâtre élizabéthain. En 1937, la troupe de Marcel Herrand, un ami de Marc Allégret, et Jean Marchat, troupe baptisée le Rideau de Paris — qui se fera une spécialité des pièces de Gide, de Philoctète à Amal, en passant par le Retour de l'enfant prodigue — en donnera une « représentation partielle » au Théâtre des Champs-Elysées.

A la fin de sa vie, Gide reprend la traduction où il l'avait laissée lors d'un séjour à Neufchâtel avec Richard Heyd, ce dernier envisageant déjà une publication aux Ides et Calendes. Le 25 février 1950, la Petite Dame note :

« Ne pouvant avoir Pierre, retenu par son travail, il se rabat, avec joie, du reste, sur Elisabeth avec qui il souhaite revoir, finir la traduction, commencée à Neuchâtel, d'Arden of Feversham, d'autant que Barrault, emballé par la pièce, songe à la monter, perspective stimulante. »
La partie de la traduction donnée dans les Cahiers du Sud y occupant une dizaine de pages, il pourrait être intéressant de la comparer avec cette centaine de feuillets qui doivent donc être en grande partie inédits.


Lot 360
GIDE.- Arden de Feversham. Traduction d'André Gide. Tapuscrit resté inédit qui avait paru (en partie ?) en préoriginale (11 p.) dans le numéro spécial consacré au « Théâtre élizabéthain » des « Cahiers du Sud » en 1933. Composé de 110 feuillets 4° anopistographes (22, 74 et 5 f. insérés entre les f. 12 et 13).
Cart. à la Bradel pleine moire bleu ciel, tête dorée, non rogné. Plusieurs annotations qui semblent bien de la main de Gide. Inspirée de faits réels, cette pièce appartient à ce genre particulier connu sous le nom de « tragédie domestique ». La paternité de l’œuvre, probablement écrite à plusieurs mains, est discutée ; Thomas Kyd, Christopher Marlowe et William Shakespeare étant les auteurs potentiels les plus fréquemment cités par la critique.

Estimation : 100 € / 150 €

Vente vendredi 17 juin 2016 à 13 h
Exposition du vendredi 10 juin 2016 au samedi 11 juin 2016 de 10h à 19h, du mardi 14 juin 2016 au mercredi 15 juin 2016 de 10h à 19h, jeudi 16 juin 2016 de 10 h à 18 h

Plus d'infos sur le site d'Alain Ferraton

dimanche 29 mai 2016

Journées Catherine Gide : la Fondation des Treilles


Discrète, pour ne pas dire méconnue, la Fondation des Treilles œuvre depuis les années 80 à la croisée des sciences et des arts. Elle abrite notamment depuis 2009 le Centre André Gide-Jean Schlumberger. Grâce aux Journées Catherine Gide, le mois dernier au Lavandou, un coin du voile s'est levé sur ces arpents provençaux tout dédiés à l'esprit. 

 En conclusion des 3èmes Journées Catherine Gide, Raphaël Dupouy
accueillait Anne Bourjade (à droite) et Valérie Dubec-Monoyez (au centre)


Anne Bourjade, directrice de la Fondation, en rappelait tout d'abord l'origine : « Anne Gruner-Schlumberger, fille de Conrad et nièce de Jean, acquiert le domaine des Treilles en 1960 et entreprend de rénover et de construire sur ce site une douzaine de maisons avec l'architecte Pierre Barbe. Elle consacre également son énergie à l’aménagement du lieu avec l’aide du paysagiste Henri Fisch. La nature domestiquée sert d’écrin aux sculptures de Ernst, Takis, Lalanne, Laurens. »

Le lieu semble à l'image de cette bonne fée : « La discrétion protestante, à l'européenne, le bon goût, à la française, la tradition libérale, à l'américaine », pour reprendre une formule de Régis Debray dans la préface d'un bel ouvrage consacré à la Fondation des Treilles*. Il accueille des séminaires, des séjours d'étude, aide de jeunes chercheurs et propose des résidences aux artistes.

Le Centre André Gide-Jean Schlumberger a pris forme autour du fonds Jean Schlumberger, « un millier d'unités bibliographiques, mais alors trop centré sur une personnalité, et peu représentatif de son rôle au sein du réseau de la NRF notamment », explique Anne Bourjade. « L'achat des archives de Jean-Pierre Dauphin, archiviste et pilier des éditions Gallimard, a permis de mieux représenter cet univers. »

Les neuf cents cartons de livres, catalogues et documents autographes prennent alors place dans des locaux sécurisés, aménagés pour eux, bientôt rejoints, grâce à la Fondation Catherine Gide, par un fonds d’archives documentaires et d’ouvrages du cabinet de travail d'André Gide. « A ce jour, le centre, riche d'environ 30 000 unités bibliographiques, a reçu et aidé une dizaine de chercheurs et prêté un certain nombre d’ouvrages et documents. » On a pu en voir quelques-uns dans l'exposition consacrée à la Petite Dame au Lavandou.

Jean Schlumberger alias Nicolas, à la Petite Dame alias Philomène
(le deuxième prénom de ces deux amis)


« Il s'agit de fonds d'origines différentes mais très complémentaires », poursuit Valérie Dubec-Monoyez, bibliothécaire à la Fondation des Treilles. « Le Cabinet Jean Schlumberger regroupe les livres de sa bibliothèque personnelle, les dédicaces permettant de dresser une sorte de géographie des sympathies littéraires de l'auteur, et l'ensemble de sa production littéraire (ouvrages, manuscrits, articles, notes de lectures...). »

Ce fonds recèle encore beaucoup d'inédits : certains des carnets manuscrits de Jean Schlumberger, sorte de journal de l'auteur et de nombreuses correspondances. « Correspondances échangées avec sa famille (notamment son épouse Suzanne Weyher) et les écrivains de la NRF comme André Gide, Roger Martin du Gard, Jacques Copeau, Auguste Anglès, Henri Ghéon, Roger Martin du Gard, Anna de Noailles, Jacques et Isabelle Rivière ou encore Jean Paulhan. Environ 2600 lettres, une mine de renseignements sur la vie littéraire et artistique de l'époque. »

Cet ensemble n'a été ouvert aux chercheurs qu’à partir de l’achat du fonds complémentaire de Jean-Pierre Dauphin. « 20 000 unités bibliographiques réparties en trois grands domaines généralistes : littérature (80%), histoire (environ 10%) et civilisation (idem). Il se compose essentiellement d’ouvrages de littérature française, pour une période s’étalant de la fin du 19ème siècle jusqu’au milieu du 20ème et les auteurs représentés sont principalement des auteurs de la maison Gallimard, auteurs français mais également étrangers. »

« Il s'agit souvent de monographies en édition originale avec des exemplaires dédicacés ou numérotés. L'histoire éditoriale pour un même ouvrage est souvent complète avec jeux d'épreuves, brochés ou mobiles, exemplaires hors commerce etc. comme c'est le cas notamment pour les Pléiades », poursuit Valérie Dubec-Monoyez, qui signale aussi « Un fonds Céline dont Jean-Pierre Dauphin était l'un des spécialistes avec notamment les plaques d’imprimatur de Bagatelle pour un massacre et une masse de documents concernant cet auteur (plus de 300 occurrences dans le catalogue). » Ou encore un fonds Surréalisme, un fonds graphisme Massin, un fonds histoire du livre et de l'édition, un fonds de partitions qui reste à explorer...

Exploration désormais permise par cet extraordinaire travail de sauvegarde, de conservation et d'archivage. « A la nécessité de la transmission s'ajoute celle de faire connaître cet ensemble aux chercheurs », concluent Anne Bourjade et Valérie Dubec-Monoyez. Pour cela, la Fondation s'est rapprochée de la BnF, de la Bibliothèque Jacques Doucet, de l'IMEC, de l'ITEM et de la bibliothèque de l'Alcazar de Marseille. Une mise en réseau est à l'étude, de même qu'une cartographie des fonds et, à terme, l'interopérabilité des catalogues. 

Les communications d'Anne Bourjade et Valérie Dubec-Monoyez, des photographies des Journées Catherine Gide par Olivier Monoyez et des images des ouvrages tirés du Centre Gide-Schlumberger sont à télécharger au format pdf à partir de cette page du site de la Fondation des Treilles.

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* La Fondation des Treilles, ouvrage collectif sous la direction de Maryvonne de Saint Pulgent, photographies de Dominique Laugé, Fondation des Treilles, 2010

dimanche 22 mai 2016

Aragon et Claudel unis dans la haine de Gide

Merci à l'un de nos précieux "indics" du groupe gidien de Facebook de nous avoir signalé ce témoignage sans doute encore inconnu, paru le 12 mai dans le journal L'Humanité Dimanche. Dans un article d'interviou, le réalisateur Bertrand Tavernier raconte un dîner mémorable réunissant Claudel et Aragon :


« HD : Au début du film [« Voyage à travers le cinéma français », ndr], vous évoquez Aragon, quel rôle a-t-il joué pour vous ?
Bertrand Tavernier : On l'a caché un an à Montchat. C'est là qu'il a écrit beaucoup de poèmes, dont « Il n'y a pas d'amour heureux », dont j'ai l'édition originale dédiée à ma mère. Il a joué un rôle important dans la vie de mes parents, même si, après, mon père s'est un peu séparé de lui. À la libération de Lyon, mon père avait organisé un dîner entre Louis Aragon et Paul Claudel. Le moment a d'abord été glacial. Tout à coup, quelqu'un a mentionné le nom d'André Gide. Et ils se sont réconciliés dans une haine commune contre lui. Aragon détestant le type qui avait écrit « Retour d'URSS », qui critiquait très sévèrement le régime communiste. Claudel, le catholique, détestant l'homosexuel protestant qui représentait pour lui le comble du vice. Ainsi, Claudel est entré en grâce vis-à-vis du Parti communiste français, et il a été admis à publier un poème dans « les Lettres françaises », à la Libération. »

L'histoire ne dit pas s'il y avait, ce jour-là, des crêpes Suzette au dessert...

La Correspondance Gide-Maria Van Rysselberghe dans la presse


De nombreux articles ont salué la parution de la Correspondance André Gide-Maria Van Rysselberghe parue le mois dernier chez Gallimard.(Mise à jour le 29 mai avec l'ajout de l'article du Nouvel Obs)

Dans Le Magazine Littéraire, on s'amusera de voir la relation de Gide et la Petite Dame qualifiée « d'amitié amoureuse » ! La médiocrité décorée (l'auteur est le type qui prétend parler de Gide et de Maria Van Rysselberghe avec une rosette à la boutonnière. Et chez lui, cela fait vraiment l'effet d'un doublon dans le genre spécialité charcutière...) fait en outre commencer les Cahiers de la Petite Dame en 1911... Bref, circulez, il n'y a rien à lire. D'ailleurs, ce prétendu spécialiste de Gide n'a rien lu.



Le Magazine littéraire (cliquer pour agrandir)


Ce n'est pas le cas de la fidèle Jeanine Hayat qui, dans le Huffington Post, montre qu'elle a lu Gide et Maria. Et pas seulement leur Correspondance...

Jacques Drillon, dans le Nouvel Obs du 28 avril, traduit pour nous l'une des expressions fétiches de la Petite Dame, « donner son maximum », dans le langage moderne : « Il sont au taquet, toujours. ». Lire l'article ci-dessous :


Le Nouvel Obs (cliquer pour agrandir)


Claire Devarrieux, dans Libération, signe également un très bon article, riche, s'appuyant sur de nombreuses citations.

Enfin, il faut signaler l'article de Christophe Mercier dans Les Lettres Françaises (lire ci-dessous). Sa conclusion résume assez bien l'effet de cette Correspondance : « De cette lecture, Gide sort plus humain, et grandi. »

Les Lettres Françaises (cliquer pour agrandir)



Correspondance 1899-1950, André Gide et Maria Van Rysselberghe, édition présentée, établie et annotée par Peter Schnyder et Juliette Solvès, Gallimard, collection Les Cahiers de la Nrf, 2016.

Journées Catherine Gide : Maria Van Rysselberghe (6/6)


Jean-Pierre Prévost aux Journées Catherine Gide

La Correspondance de Gide avec la Petite Dame révèle un intérêt des deux amis pour la graphologie. Jean-Pierre Prévost, pour réaliser l'exposition qu'il consacre à la Petite Dame jusqu'au 30 mai à la mairie du Lavandou, a trouvé d'autres traces de cette passion qu'on avait alors pour cette pseudo-science. Engouement d'ailleurs très partagé à cette époque dans l'entourage de Gide, de Valéry à Jammes en passant par Roger Martin du Gard.

On pourra lire en annexe du volume de la Correspondance des considérations graphologiques tenues par Hélène Legros, amie d'Augustine de Rothmaler, envoyée en mars 1904 à la Petite Dame. Gide jugera cette analyse « d'une prodigieusement subtile indiscrétion » et s'amusera à l'idée de soumettre au même test l'écriture de Ghéon...

Jean-Pierre Prévost explique aussi que plusieurs analyses du même genre ont été réalisées par Maurice Delamain (l'éditeur qui a racheté en 1921 les éditions Stock avec Jacques Boutelleau, alias Jacques Chardonne). Un nom prédestiné pour un graphologue...

A la demande de Gide, il pose un diagnostic sur Suarès — « orgueil intellectuel, complexe d'infériorité » — et sur Jammes — « vaniteux dans le siècle, humble devant Dieu ». Delamain observe chez Gide une « écriture constamment descendante alors que l'homme est optimiste » ; il s'intéresse aussi aux femmes de l'entourage de Gide, notamment sa mère, sa femme Madeleine, et la Petite Dame. 

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Ainsi s'achevait la journée d'interventions de la troisième édition des Journées Catherine Gide organisées comme chaque année au Lavandou. Le lendemain du colloque, une visite à la villa Théo permettait de suivre l'avancement du projet pour ce futur lieu culturel que nous évoquions ici-même l'an dernier. Raphaël Dupouy nous apprenait notamment que le début des travaux était prévu pour cet automne. Des travaux qui dureront plus d'une année pour transformer les lieux en un espace muséographique consacré aux peintres du Lavandou et plus largement au mouvement néo-impressionniste.


 Un panneau de chantier devant la villa Théo
annonce l'imminence du début des travaux
 

Journées Catherine Gide : Maria Van Rysselberghe (5/6)


Les 3èmes Journées Catherine Gide au Lavandou 
étaient consacrées à Maria Van Rysselberghe

On doit à Pierre Masson, qui intervenait à nouveau lors des 3èmes Journées Catherine Gide pour évoquer « Gide sous le regard de la Petite Dame », une formule qui la résume bien : « Maria Van Rysselberghe a une oreille de magnétophone, un œil de photographe et une plume d'écrivain. » Plus le temps avance, plus le regard de la Petite Dame est familier mais également distancié.

Ainsi à « l'admiratrice débordée par l'importance des conversations » qu'elle doit d'abord relayer à Gide dans ses lettres puis consigner dans ses Cahiers succède peu à peu « l'observatrice exigeante ». C'est grâce à la Petite Dame qu'on sait le souci vestimentaire de Gide qui, sous ses faux-airs débraillés, cache une négligence savante, très étudiée.

La Petite Dame se montre d'ailleurs très soucieuse elle aussi de l'apparence de Gide, veillant « à ce qu'il habite son importance, qu'il reste dans sa ligne », y compris vestimentaire. C'est grâce à elle aussi qu'on sait sa drôlerie « de clown japonais », « son honnêteté, sa façon d'être charmant, sa patience en amitié. »

« Si l'on compare ses Cahiers au Journal de Gide, on voit bien qu'il y a non seulement compatibilité, mais qu'ils se complètent. On doit à la Petite Dame d'avoir su nous montrer le fonctionnement compliqué de Gide », assure ainsi Pierre Masson. D'une certaine façon, la Correspondance complète ce panorama, dans les moments psychologiques comme dans le fonctionnement de leur quotidien.