dimanche 1 mai 2016

Journées Catherine Gide : Maria Van Rysselberghe (1/6)

La 3ème édition des Journées Catherine Gide a eu lieu les 23 et 24 avril derniers au Lavandou. Après Théo Van Rysselberghe l'an dernier, au travers de son tableau Une lecture, c'est à sa femme, Maria Van Rysselberghe que ces journées ont été consacrées. La parution de la Correspondance André Gide-Maria Van Rysselberghe, aux éditions Gallimard, a permis d'apporter des éclairages nouveaux sur l'amitié qui a uni pendant plus de 50 ans la Petite Dame et le grand homme.


Les 3èmes Journées Catherine Gide au Lavandou
étaient consacrées à la Petite Dame

Juliette Solvès et Peter Schnyder, qui présentent et annotent l'édition de cette Correspondance inédite, ouvraient les Journées Catherine Gide par un panorama de ce fort volume, riche de plus de 800 lettres. « Les lettres échangées avec Gide se différencient des autres correspondances d'André Gide par l'absence de cloisonnement entre les sujets : la littérature y est mêlée à la vie de tous les jours », explique notamment Juliette Solvès.

Le quotidien (de la liste de courses aux maladies des uns et des autres, des petites tyrannies de Gide aux séjours en cure thermale) voisine avec les comptes-rendus de lectures (des œuvres de Gide ou des amis) ou des rencontres avec les amis. « Une véritable correspondance de l'amitié », comme le souligne Peter Schnyder. Mais en aucun cas une « amitié amoureuse » comme l'écrit un journaliste dans le Magazine littéraire.

Au contraire, Gide et Maria Van Rysselberghe peuvent y évoquer leurs passions, vécues chacune de leur côté. Lorsqu'elles sont au beau fixe comme celle entre Gide et Marc Allégret :

« […] j'ai des remords de mon bonheur, et de l'avoir étalé cyniquement devant vous, avec des manières de « nouveau riche », dignes de pousser à bout notre amitié – et ceci pour vous avoir donné le regard sur certain compartiment secret de mon cœur », écrit Gide en juillet 1917.

Ou lorsque rien ne va plus entre Maria et Aline Mayrisch :

« Seule dans ce Londres je mène une vie étrange […] errant avec de mauvaises pensées, ayant perdu toute notion de ma condition sociale. Soulagée d'être seule et triste à défaillir, en proie à tous les vertiges. N'est-ce pas vous savez à quel degré peut monter la détresse de la solitude en voyage. » (23 ou 30 juin 1913)

Juliette Solvès et Peter Schnyder, éditeurs de la
Correspondance Gide-Maria Van Rysselberghe


Maria a trouvé « un homme qui [lui] ressemble », « un moi plus difficile ». Gide « celle qui [sait] le mieux [ses[ empêchements et [ses] exigences ». « C'est une amitié pure, désintéressée », confirme Juliette Solvès. Non seulement cette Correspondance ne fait pas vraiment doublon ni avec les Cahiers de la Petite Dame, ni avec le Journal de Gide, mais elle place Maria Van Rysselberghe sur le même plan que Gide : celui de la littérature.

La richesse d'écriture, le style de la Petite Dame n'ont rien à envier à celui de Gide, et comme lui sans doute sait-elle que ses lettres font œuvre. Elle est après tout la première « gidienne »... Des trouvailles drôle ou poétiques parsèment ces lettres souvent plus longues chez la Petite Dame : « Votre lettre est entrée en moi comme Nijinski entrait en scène », confie-t-elle à Gide. Son grand homme, sa grande ombre, avec laquelle elle ne cesse jamais de converser.

mercredi 27 avril 2016

361.500 euros pour le Nobel de Gide

La médaille et le diplôme du Prix Nobel de littérature décerné à André Gide en 1947 étaient les pièces maîtresses de la vente du 22 avril dernier chez Christie’s Paris. Le prix a dépassé l'estimation qui était comprise entre 200 et 250.000 euros pour s'envoler à 361.500 euros. L'identité de l'acheteur n'est pas connue. Le vendeur était la Fondation Catherine Gide.

dimanche 3 avril 2016

Parmi quelques ventes aux enchères

Plusieurs ventes aux enchères en avril font apparaître des ouvrages et envois intéressants, à commencer par l’exemplaire de Madeleine Gide des Caractères (À l’enseigne de la porte étroite, 1925).

Dans un lot mêlant Le retour du Tchad de Gide et La Ville Claudel, on trouvera des feuillets dactylographiés signés Théodore Monod : le récit de sa rencontre en Afrique avec celui qu'il nomme « l’homme-qui-ne-croit-plus-au-péché » et son « pocket-bear » Dindiki, que Monod nomme « Kikidigi ».

Du côté d'une vente surréaliste, plusieurs envois à Gide : d'Aragon, de Breton, de Crevel et de Dali. Tout aussi surréaliste, l'édition canulardesque de l'article de Jouhandeau « André Gide et moi » paru en 1951 aux éditions Conneries...

Enfin, le 22 avril chez Christie's on pourra acquérir la médaille et le diplôme du Prix Nobel d'André Gide, estimés autour des 200 000 euros...


Vente de Livres Anciens et Modernes
le 7 avril 2016 à 14h
Ader, 75009 Paris


Lot 202
GIDE (André)
Caractères.
Paris : À l’enseigne de la porte étroite, 1925. — In-16, 45 pp., (3 ff. deux derniers blancs), couverture imprimée et rempliée. Box noir souple, titre et mention « Gide-Madeleine » inscrit au palladium sur le premier plat, dos lisse muet, doublures et gardes de daim gris, non rogné, couverture et dos conservés, étui (reliure moderne).

Édition originale tirée à 650 exemplaires, publiée dans la collection « La Porte étroite ».
Précieux exemplaire, un des 20 de tête sur japon, celui-ci spécialement imprimé pour l’auteur qui l’offrit à son épouse, comprenant sur le faux titre cet ex-dono autographe : « exemplaire de Madeleine. André Gide ».
Il s’agit de Madeleine Rondeaux qui était l’aînée des cousines d’André Gide pour qui il éprouvait une véritable vénération. Il l’épousa le 7 octobre 1895 mais le mariage ne fut jamais consommé. Elle mourut le 17 avril 1938.
Provenance : André Gide. - Madeleine Gide, avec ex-dono de l’auteur. - Ex-libris MD.
Estimation : 1 000 € / 1 500 €
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Vente de Livres Anciens et Modernes
le 14 avril 2016
Delorme & Collin du Bocage, Salle 17 - Rue de Provence 75009 Paris


LOT n°151

[CLAUDEL (Paul)].

La Ville. Paris, Librairie de l’Art indépendant, 1893. In-8, bradel vélin à recouvrement moderne, couv. et dos, étui.
Édition originale. Un des 200 ex. sur vélin blanc.
Joint du même auteur : Les Euménides d’Eschyle. Paris, NRF, 1920. In-8, broché. Édition originale numérotée.
GIDE (André). Le retour du Tchad. Paris, NRF, 1928. In-8, broché. Édition originale. Un des 110 ex. destinés aux bibliophiles de la NRF.
Joints 3 feuillets dactylographiés, signés Théodore Monod, datés 21 avril 1926 : Une rencontre sur une piste d’Afrique centrale avec « l’homme-qui-ne-croit-plus-au-péché » (Gide).

Estimation :
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Vente de Reliures Contemporaines, Editions Originales, Livres Illustrés
le 15 Avril 2016 à 14h30
Guillaumot-Richard, 69002 Lyon




Lot 254
JOUHANDEAU (Marcel).

ANDRE GIDE ET MOI. S.l, éditions Conneries, 1951.
In-16, broché.
Édition originale.
L’un des 99 exemplaires numérotés non mis dans le commerce sur vélin de Rives (n°29). Ouvrage qui inaugura la Collection « Conneries ».

Ce que ne précise pas la notice, c'est que cette plaquette en forme de canular littéraire est une reprise d'un article de Jouhandeau paru dans Combat. Jouhandeau l'évoque dans Carnets de l'écrivain : « Or, il arrive que des gens, un peu gênés, bien sûr, viennent me demander de signer cet opuscule qu'ils ont payé très cher. A qui profite l'opération ? »

Estimation : 100€ / 150 €
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Vente de Livres et manuscrits : Littérature et livres illustrés de la Renaissance au XXe siècle
le 22 avril à 14h
Christie's - Paris


Lot 177
André GIDE (1869-1951). Médaille de son prix Nobel de littérature, 1947. Or, 23 carats (208 grammes), 66 mm de diamètre. Avers : Buste de profil d’Alfred Nobel tourné vers la gauche, légende “ALFR. NOBEL” et ses dates en chiffres romains. Revers : allégorie de la Muse couronnant le poète, signée Erik Lindberg, légende “INVENTAS VITAM IUVAT EX COLUISSE PER ARTES”, en pied dans une tabula ansata « A. GIDE MCMXLVII » encadré par la mention ACAD. SUEC. Tranche marquée « GULD 1947 » (Kungliga Mynt och Justeringsverket - Monnaie Royale de Suède) (petit choc et enfoncement au-dessus des 4 lettres XCOL de la légende) ; dans son écrin carré d’origine en maroquin rouge, intérieur doublé de satin et de daim crème (125 x 125 mm).

[Joint] Diplôme de prix Nobel d’André Gide, en suédois, daté du 10 décembre 1947, 2 feuilles (343 x 242 mm chacune) calligraphiées en capitales en rouge, bleu et gris, avec deux scènes (encre, gouache et rehauts d’or) signées par Berta Svensson–Piehl, celle de gauche vue de Stockholm, celle de droite vue de Paris avec allusions à l’œuvre de Gide, Les faux Monnayeurs, Prométhée). Le tout dans un portefeuille en veau fauve à décor doré sur ais de bois, au monogramme AG au plat supérieur, dentelle intérieure dorée, signé G. Herdberg, Stockholm (coins et angles frottés, quelques épidermures).
Provenance : Fondation Catherine Gide.

En 1947 André Gide reçoit le prix institué en 1895 par Alfred Nobel, qui récompense tous les ans depuis 1901 une œuvre majeure qui « a fait la preuve d'un puissant idéal ». Sur les 40 Prix Nobel de littérature attribués jusqu’en 1947, six seulement le furent à des écrivains français : Sully Prudhomme, premier titulaire du prix en 1901, Frédéric Mistral (1904), Romain Rolland (1915), Anatole France (1921), Henri Bergson (1927) et Roger Martin du Gard (1937).

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Académie royale de Suède, à l’issue d’un débat passionné, concluait : « On a souvent reproché à Gide de dépraver et de désorienter la jeunesse…C’est l’ancienne accusation que l’on porte contre tous les émancipateurs de l’esprit ». Le Prix Nobel consacrait ainsi « l'accent unique d'une voix qui s'élevait au-dessus des tragédies pour affirmer obstinément le devoir de bonheur ... Par un paradoxe dont il goûtait l'ironie, l'écrivain de toutes les ruptures et de toutes les inquiétudes a été salué dans les dernières années de sa vie comme le plus classique de nos écrivains modernes » (Pierre Lepape, Livret des célébrations nationales, 2001).
F. Lestringant, Andre Gide l'inquiéteur, Tome 2, Paris, 2012, pp. 1141- 1150.

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Vente Binoche et Giquello Bibliothèque R. & B.L. Dada-Surréalisme
le 26 avril à 14h
Sotheby's, 75008 Paris


LOT n°10
ARAGON (Louis) - CARROLL (Lewis)
LA CHASSE AU SNARK
Une agonie en Huit Crises. Traduit pour la première fois en français par Aragon. Chapelle-Réanville - Eure, The Hour Press, 1929. Grand in-8, cartonnage rouge illustré de l'éditeur.
Édition originale de la traduction d'Aragon, éditée par Nancy Cunard dont il fut amoureux. Ce livre est le troisième (et le seul en français) publié par The Hours Press, maison d'édition éphémère fondée et dirigée par Nancy Cunard, active de 1925 à 1931. Tirage à 365 exemplaires (celui-ci sur alfa) signés par Aragon. ENVOI autographe signé: à André Gide pour son petit 14 juillet - bien respectueusement Aragon 1935
Estimation : 1200€ / 1800€



LOT n°75
BRETON (André)
CLAIR DE TERRE
Avec un portrait par Picasso. Paris, Sans nom d'éditeur, Collection Littérature, 1923. In-8, broché.
Édition originale de cet ouvrage dédié à Saint-Pol-Roux. Tirage à 240 exemplaires. Exemplaire sur offset avec la reproduction du portrait à l'eau-forte de Breton par Picasso, portant cet ENVOI autographe signé: A André Gide André Breton 18 février 1924. Breton et Gide se rencontrent en 1916 mais font réellement connaissance en 1920, date à laquelle Breton entre à la N.R.F. En mars 1922, Breton fait paraître dans Littérature, nouvelle série ***, une « vraie fausse » interview de Gide qui énervera ce dernier: « Tout ce que me fait dire André Breton dans sa fausse interview, ressemble beaucoup plus à lui qu'à moi même »
Estimation : 1000€ / 1500€


LOT n°187
CREVEL (René)
L‘ESPRIT CONTRE LA RAISON
Édition ornée d'un portrait par Tchelitchew. Marseille, Cahiers du Sud, 1927. In-12 carré, broché, chemise demi-maroquin, étui.
Édition originale, ornée d'un portrait par Tchelitchew. EXEMPLAIRE D'ANDRÉ GIDE sur alfa portant un ENVOI autographe signé couvrant toute la page de garde daté Berlin 1928: Exemplaire d'André Gide En rentrant de la clinique, je retrouve à mon hôtel avec une vieille odeur de lion qui lui fait enfin mériter son nom, un ballot de ces livres. Je n'oserais vous envoyer cet essai au nom prétentieux si ce n'était une occasion de vous redire combien de confiance m'ont redonné quelques mots de vous, un après midi, le long du petit canal, ici. Le corps va aussi bien que possible. La raison est perdue pour toujours. Quant à l'esprit, croyez qu'il peut faire mieux. René. Berlin 1928. (3 petites taches au second plat de la couverture)
LOT n°187
Estimation : 2000€ / 3000€

LOT n°198
DALI (Salvador)
L'AMOUR ET LA MÉMOIRE
Paris, Éditions Surréalistes, 1931. Plaquette in-12, brochée, chemise demi-maroquin noir, étui.
Édition originale illustrée en frontispice d'un photomontage reproduit de Luis Buñuel représentant Salvador Dalí et Gala. Exemplaires sur vélin blanc. ENVOI autographe signé: Pour André Gide hommage de l'auteur Salvador Dalí
Estimation : 2000€ / 2500€

LOT n°202
DALI (Salvador)
MÉTAMORPHOSES DE NARCISSE
Paris, Éditions Surréalistes, 1937. In-4, broché.
Édition originale illustrée d'une photographie de Gala par Cecil Beaton sur la couverture et de 3 hors-texte dont un en couleurs. ENVOI autographe signé: Pour André Gide Hommage de Salvador Dalí 1938
Estimation : 1200€ / 1500€

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dimanche 20 mars 2016

BAAG 189/190

Le Bulletin des Amis d'André Gide n° 189/190 vient de paraître. 

Au sommaire :

André Gide, documents inédits, pages retrouvées :

- Un fragment inédit des Faux-Monnayeurs
- Deux lettres à Édouard Ducoté, une lettre de Jacques Copeau, présentées et annotées par Pierre Lachasse
- Deux Billets à Angèle

 


Correspondance André Gide – André Maurois, établie et présentée par Thierry Laurent


David Walker : L’Inspiration orientale des Nourritures terrestres : suite – et fin 
David Steel : Lettre d’Anna Shackleton à Claire Démarest
Pierre Masson : Corydon, œuvre littéraire ?
Bastien Julien : Le jardin des sens du Cantique des Cantiques.


 Jef Last : Mon ami André Gide (suite)


Stéphanie Bertrand : L’aphorisme dans l’œuvre d’André Gide 

Peter Schnyder : Les archives de la Fondation Catherine Gide

Chronique bibliographique (livres, articles, comptes rendus, thèses)

Notes de lecture (P. Lachasse, H. Heinemann)
Gidiana (vie de l’AAAG, manifestations, colloques)

Pour se procurer ce numéro du BAAG ou — mieux — adhérer à l'association et n'en manquer aucun, consulter cette page consacrée à l'Association des Amis d'André Gide.

dimanche 13 mars 2016

Gide-Malraux à Rémalard-en-Perche


L'exposition Gide-Malraux : 30 ans d'amitié, réalisée par Jean-Pierre Prévost, sera présentée du 30 avril au 16 mai à Rémalard-en-Perche dans le cadre du festival littéraire Réma...lire. Un ensemble d’animations autour du livre et de la lecture, avec des conférences, tables-rondes, films, sans oublier des visites au pays de Mirbeau, Martin du Gard...

Entrée gratuite, exposition ouverte tous les jours de 15h à 18h à l'espace Octave Mirbeau de Rémalard-en-Perche (Orne), et aussi de 10h à 12h les week-ends et jours fériés. Salon de thé. Possibilité de visite guidée gratuite pour les groupes et scolaires. Renseignements auprès de l'Office de tourisme du Perche rémalardais au 02 33 73 71 94.


Pendant le festival :

Samedi 19 mars à 16h30 à la salle des fêtes de Bellou-sur-Huisne :
Dans les coulisses de la littérature 1/2
"Du Petit-Séminaire de Nogent-le-Rotrou aux salons parisiens : itinéraire de l'abbé Mugnier", conférence en images, gratuit.

Samedi 7 mai à 16h30 à l'espace Octave Mirbeau : 
Dans les coulisses de la littérature 2/2
"Une Petite Dame et un grand homme : Maria Van Ryssleberghe et André Gide"
conférence en images, gratuit

Dimanche 8 mai à 15h au château du Tertre, à Serigny :
Visite chez Roger Martin du Gard, écrivain et ami
SUR INSCRIPTION, nombre de places limité, au 02 33 73 71 94

Samedi 14 mai toute la journée : le festival accueille l'Association des Amis d'André Gide pour son excursion annuelle (plus d'informations dans le BAAG en cours de distribution).

Dimanche 15 mai à 14h à l'espace Octave Mirbeau :
Table-ronde Gide-Malraux
Projection en avant-première de "Après le livre. Une enquête sur André Gide", un film-voyage par Ambre Fuentes
Echanges avec le public
Gratuit


Naissance d'une Bibliothèque Gidienne





Anne-Sophie Angelo
Le Sens des personnages
chez André Gide

Entre 1902 et 1925, l’existence du personnage gidien est plurielle : morale, fondée sur la notion de caractère ; symbolique, car il invite le lecteur à articuler particulier et général ; temporelle, enfin, par le biais d’une trajectoire qui peut faire l’objet d’un jugement moral.
No 1, 469 p., 15 x 22 cm
Broché, ISBN 978-2-8124-5987-0, 29 €
Relié, ISBN 978-2-8124-5988-7, 68 €


Pierre Masson
Les Sept Vies d’André Gide

Biographies d’un écrivain
En partant des écrits d’André Gide, cet ouvrage suit la formation et l’évolution de cette personnalité complexe sous sept angles : la vie du corps, la vie des autres, la vie nomade, la vie de famille, la vie d’écrivain, la vie morale, la vie spirituelle.
N° 2, 546 p., 15 x 22 cm
Broché, ISBN 978-2-406-05669-0, 34 €
Relié, ISBN 978-2-406-05670-6, 73 €






Sous presse
Ryo MORII, André Gide, une œuvre à l'épreuve de l'économie, 2016

En préparation
Greta KOMUR-THILLOY et Pierre THILLOY (sous la direction de), André Gide — l'art de la fugue. Littérature et musique, 2016.
Jean-Michel WITTMANN (sous la direction de), Gide, l'identité à l'épreuve de la littérature, 2016.
Evelyne MÉRON, Et nunc manet in vobis -André Gide, maintenant et plus que jamais, 2016.
Pierre LACHASSE, recueil d'études, 2017.
André GIDE, Textes inédits. Les Anthologies du BAAG, 1, sous la direction de Pierre MASSON,2017.
André GIDE, Jean MALAQUAIS, Correspondance (1935-1950), édition revue et complétée par Pierre MASSON et Geneviève MILLOT-NAKACH, 2017.

3èmes Journées Catherine Gide



Les 3èmes Journées Catherine Gide se dérouleront les 23 et 24 avril prochains au Lavandou. Après Théo Van Rysselberghe l'an dernier, c'est au tour de Maria de faire l'objet de ces rencontres, au travers d'une nouvelle exposition réunie et présentée par Jean-Pierre Prévost.

Des colloques, tables-rondes et visites permettront d'évoquer la Petite Dame, à travers ses Cahiers bien sûr, mais aussi sa correspondance. Et notamment celle avec André Gide qui paraît dans les prochains jours chez Gallimard sous le titre Correspondance (entre André Gide et Maria Van Rysselberghe - 1899-1950), édition de Peter Schnyder et Juliette Solvès.

Programme :

Samedi 23 :
9h00 : Présentation des conférences : «Maria Van Rysselberghe, itinéraire d’une femme libre,
de Bruxelles à Saint-Clair» et présentation des participants
9h30 Peter Schnyder / Juliette Solvès : «Je me réjouis immodérément de vous revoir». Quelques particularités de la Correspondance d’André Gide - Maria Van Rysselberghe
10h00 Martine Sagaert : Maria Van Rysselberghe, une femme libre
10h30 Lecture de lettres Gide / Maria Van Rysselberghe
10h45 Pause
11h00 Pierre Masson / Cornel Meder : Maria Van Rysselberghe et Aline Mayrisch au Luxembourg
11h30 Raphaël Dupouy : M. Saint-Clair, Maria au soleil du Midi
11h45 Débat avec le public
12h00 Fin de la première partie du colloque

14h30 Pierre Masson : André Gide sous le regard de la Petite Dame
15h00 Jean-Pierre Prévost : MVR graphologue, MVR et les lettres de condoléances : deux aspects méconnus du talent de la Petite Dame
15h30 Lecture lettres de Gide / Maria Van Rysselberghe
15h45 Pause
16h00 Robert Kopp : Weimar 1903
16h30 Débat avec le public
17h00 Fin de la deuxième partie du colloque et clôture de cette première journée

Dimanche 24 :
9h00 Anne Bourjade : Les relations entre la fondation des Treilles et la fondation Catherine Gide
9h30 Valérie Dubec / Olivier Monoyez : Les fonds du Centre André Gide - Jean Schlumberger de la fondation des Treilles
10h00 Débat avec le public – table ronde
10h30 Visites des lieux gidiens : Tombe Gide-Van Rysselberghe au cimetière du Lavandou, Villa Théo à Saint-Clair, etc.
12h00 Fin des 3e Journées Catherine Gide - Apéritif de clôture

Du 22 avril au 30 mai 2016
MARIA VAN RYSSELBERGHE, 
ITINÉRAIRE D’UNE FEMME LIBRE,
DE BRUXELLES A SAINT-CLAIR
Exposition de photographies inédites issues de fonds privés.
9h - 12h / 14h - 17h
Hôtel de Ville - Salle d'honneur
Place Ernest Reyer
83980 Le Lavandou

samedi 27 février 2016

Colloque « GIde l'Européen »




Du 16 au 18 mars à l'Université de Haute-Alsace, à Mulhouse, se déroulera le colloque « André Gide l'Européen », organisé par l’Institut de recherche en langues et littératures européennes (ILLE — EA 4363).

Liste des communications :

Meriem AHMED
Thésée et la nouvelle quête de la Cité perdue

Biljana ANDONOVSKA
Gide, le surréaliste : la réception d’André Gide par le surréalisme serbe

Christine ARMSTRONG
Lafcadio Wluiki et Bernard Profitendieu : une double représentation de la bâtardise européenne

Stéphanie BERTRAND
Penser l’Europe d’aujourd’hui avec Gide

Frédéric CANOVAS
« Décidément je n’aime point Rome » : regards ambivalents chez André Gide et Maurice Denis

Stefania CARISTIA
La réception d’André Gide dans les revues italiennes d’après-guerre (1944-1952)

Paola CODAZZI
André Gide et le principe de l’union dans la différence

Martina DELLA CASA
L’Europe chrétienne, l’Europe christique selon André Gide

Paola FOSSA
André Gide et la revue La Voce (1908-1916)

Ambre FUENTES
La réception d’André Gide autour du monde

Mechthilde FUHRER
La « Préface » à l’Avertissement à l’Europe de Thomas Mann par André Gide (1937)

Robert KOPP
Gide et les limites de l’art

Thierry LAURENT
La réception d’André Gide en Lituanie

Pierre MASSON
De la Belgique au Luxembourg : étapes d’une éducation européenne

Vincenzo MAZZA
Gide et Kafka réunis par le théâtre. Le Procès, un spectacle européen ?

Marie-Gabrielle QUENTIN DE GROMARD
L'Œdipe de Gide, un héros nietzschéen ?

Carmen SAGGIOMO
Gide et la culture italienne comme fondement de l’identité européenne

Peter SCHNYDER
« Comment peut-on être Suisse ? »

Elżbieta SKIBIŃSKA
Gide en polonais

Nicolas SURLAPIERRE
Place de l’Europe : Gide et Benjamin

Slaven WAELTI
Gide-Nosferatu ou les séductions du cinéma allemand

Jean-Michel WITTMANN
Gide, du « génie des races » à la « culture européenne »

Maja VUKUŠIĆ ZORICA
Gide, « homme occidental » en Croatie

Avec aussi : 

Du 16 mars au 8 avril,
Portraits d’amis européens d’André Gide
exposition présentée par Jean-Pierre Prévost



samedi 20 février 2016

Lettres à Maurice Saillet

La Librairie Hugues de Bourbon propose, sur e-bay (jusqu'au 24 février 21 heures), un ensemble de lettres de Gide à Maurice Saillet. Cette correspondance est exemplaire du ton libre, de la proximité d'esprit et de jeunesse de Gide avec les jeunes interlocuteurs qui viennent solliciter ses conseils. Glissant un mandat par ici, une proposition d'aide ou d'hébergement par là, Gide s'y montre une nouvelle fois à l'opposé de sa réputation de pingrerie. On notera cette formule alerte :

« [...] c’est folie de prétendre demeurer sage lorsqu’on est au milieu des fous ; de rester sobre parmi des ivres et de garder faux col quand tout le monde est débraillé. J’aime à t’imaginer crasseux et débitant des conneries avec les autres et me sens plus avec toi, plus près de toi, que de Malacki [Jean Malaquais] ou de  [Henri] Thomas qui s'enveloppent le moral de capotes anglaises. » (lettre du 18 décembre 1939)


ANDRÉ GIDE.

5 lettres autographes signées adressées à Maurice Saillet du 13 avril 1935 au 18 décembre 1939.

8 pages in-8 ou petit in-4 (de 220 x 175 à 190 x 150 mm). 5 enveloppes.

Belle et amicale correspondance, datée du Maroc puis de Nice, au jeune Maurice Saillet.

En 1935 au Maroc, Gide conseille amicalement le jeune Saillet qui s’inquiète de devoir partir au service militaire. Il l’incite à accepter cette soumission provisoire : "Mettez, pour un temps somme toute très court, votre amour-propre dans votre proche de derrière. […] Cette soumission même, considérez-la comme un tremplain [sic] d’où prendre élan, plus tard". Saillet ayant évoqué l’idée de partir en U.R.S.S. pour éviter l’armée, Gide l’en dissuade, sachant combien il est difficile d’être accueilli dans ce pays, d’autant plus qu’il y serait considéré comme un déserteur. Il évoque ensuite la publication du compte-rendu de la séance organisée par L’Union pour la Vérité [voir document joint] ainsi que celle de ses Pages de Journal, qui le satisfont peu mais dans lesquelles Saillet pourra sentir sa "constante et impatiente" perplexité au sujet des questions qui le tourmentent.
En novembre 1937, Gide dit toute son admiration pour Melville, dont Billy Budd et Benito Cereno viennent de paraître. Au début de la guerre, en 1939, Gide séjourne à Nice tandis que Saillet est mobilisé. Il lui envoie un mandat à partager en déjeuner avec ses camarades et demande s’il sait ce que devient Henri Thomas, aussi sous les drapeaux. Plus tard, Saillet devant se rendre à Paris, Gide lui propose sa chambre du 6e arrondissement, précisant qu’elle n’est pas chauffée. Il lui suggère de s’adresser à Arnold Naville et à Adrienne Monnier qui pourront l'aider. La dernière lettre, au ton libre et chaleureux, encourage Saillet à se laisser aller : "C’est folie de prétendre demeurer sage lorsqu’on est au milieu des fous ; de rester sobre parmi des ivres et de garder faux col quand tout le monde est débraillé. J’aime à t’imaginer crasseux et débitant des conneries avec les autres".

Critique littéraire et futur Satrape du Collège de Pataphysique, Maurice Saillet (1914-1990) fut le collaborateur d'Adrienne Monnier. Spécialiste de Lautréamont, Jarry et Saint-John-Perse, il édita en 1960 La Porte étroite.

Provenance : Maurice Saillet (Drouot, 1989, n° 151, 156 et 157).

Très bel état de conservation.

jeudi 18 février 2016

Les insoumis ont enfin leur maître

L'actualité nous fournit l'occasion de donner ici une autre lettre de Gide.

Lundi 15 février dernier, Jean-Luc Mélenchon concluait son discours d'entrée en campagne par une citation d'André Gide : 




Après avoir joué du « Familles politiques, je vous hais » pour faire cavalier seul dans cette campagne électorale au grand dam de ses camarades communistes, Jean-Luc Mélenchon devrait se méfier des citations gidiennes...

Celle-ci prend naissance en 1946, alors que Gide est en Egypte, et répond à l'appel d'un jeune homme de 23 ans. Il s'appelle Bernard Enginger. Né à Paris dans une famille bourgeoise, il suit des études au collège de Jésuites d'Amiens, puis dans un lycée parisien jusqu'au baccalauréat avant une classe préparatoire à l'école coloniale. Selon Jean-Paul Trystram, jeune professeur que Gide retrouve en Egypte, et qui va partager le voyage vers l'Inde avec Bernard Enginger (voir lettre ci-dessous), il serait le neveu du dernier gouverneur français de Pondichéry*, qu'il rejoint alors pour travailler dans l'administration coloniale.

Pendant la guerre, Bernard Enginger a pris part dans la Résistance au réseau Turma Vengeance. Il sera arrêté en 1943 par la Gestapo et déporté au camp de concentration de Buchenwald. Ainsi qu'il l'explique dans sa lettre à Gide et dans ses mémoires, les livres de Gide, découverts en 1940 avec Les Nourritures terrestres, l'ont aidé à survivre dans les camps. La lettre à Gide reflète un esprit à la recherche d'un cheminement spirituel : il le trouvera en Inde auprès de Sri Aurobindo et Mirra Alfassa, connue sous le surnom de « Mère », et publiera sous le surnom de « Satprem » de nombreux ouvrages sur le yoga et la « spiritualité » née à Auroville.

« Un bon maître a ce souci constant : enseigner à se passer de lui. » Bref, Gide l'anti-guru lançait dans sa réponse à Bernard Enginger un appel à l'insoumission totale. Et à faire advenir Dieu par l'homme ! Et à préserver la civilisation, la culture ! Mélenchon en « nouveau maître » des insoumis, « sel de la terre » et « responsables de Dieu », avouez que c'est roulant ! A moins qu'à l'image de « Satprem », il ne décide d'ouvrir un ashram, un Mélenchonville. Qu'il se méfie : pour la convertir en déesse, les adeptes de Mère l'ont murée vivante avant de l'empoisonner...

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* Jean-Paul Trystram, Souvenirs sur André Gide, Bulletin des Amis d'André Gide, n° 95, juillet 1992, pp. 311-331

24 février.

A Nag-Hamadi où je retrouve le charmant accueil du docteur Girardot et de Mme Girardot, dont j'avais gardé si bon souvenir. Rencontre inopinée de Jean-Paul Trystram que je retrouve avec un vif et profond plaisir. Il se rend en Afghanistan, pour occuper un poste de professeur à Kaboul ; nous accompagne dans une tournée à travers les champs de canne à sucre et jusqu'au barrage.

Hier soir je reçois cette lettre d'un inconnu : Bernard Enginger, significative au point que j'en veux consigner ici copie :

« Voilà cinq ans que je désire vous écrire. Je découvrais à cette époque vos Nourritures terrestres ; j'avais 17 ans. Je ne saurais vous dire combien j'ai été bouleversé. Depuis, je n'ai plus été le même. Je veux ici vous dire mon respect et mon admiration. Des centaines de lettres pareilles à celle-ci ont dû vous parvenir. Ce n'est pas seulement cela que je voulais vous écrire.

« Je me suis battu cinq ans contre vous. Votre Ménalque sait dire : « Quitte-moi. » C'est trop facile. J'ai lutté contre cette tyrannie spirituelle que vous exerciez sur moi. Je vous aimais, et certains passages de vos livres, m'ont aidé à vivre dans les camps de concentration. J'ai puisé chez vous la force de m'arracher à un confort bourgeois et matériel. J'ai cherché avec vous « non point tant la possession que l'amour ». J'ai fait une table rase pour être neuf à la loi nouvelle. Je me suis libéré. Cela ne suffit pas. « Libre pour quoi ? » C'est la terrible question. Je me suis enfin détaché de vous, mais je n'ai point trouvé de nouveaux maîtres, et je reste pantelant. L'effrayante absurdité des Sartre et des Camus n'a rien résolu et n'ouvre que des horizons de suicide.

« Je vis encore avec tout ce que vous m'avez appris. Mais j'ai soif. Tous les jeunes ont soif avec moi. Vous pouvez quelque chose. Et pourtant je sais que l'on est seul, toujours.

« Je n'attends pas de vous une solution commode à mon petit problème. Ce serait trop facile, une solution collective. Chacun doit trouver son chemin qui n'est pas celui du voisin. Mais une lueur de vous pourrait indiquer le sens qu'il faut prendre... S'il y a un sens.

« Oh! Maître... Si vous saviez le désarroi de toute notre jeunesse... Je ne veux pas abuser de votre temps. Je n'ai pas dit tout ce que je voulais dire. Il y aurait trop à dire.

« C'est un appel que je vous lance. Pardonnez ma maladresse : je sais que vous n'aimez pas la sympathie1.

« Je veux vous dire quand même toute mon immense admiration et l'espoir que je mets en vous.

« Croyez, Maître, à mes sentiments très fidèles et respectueux.

«Bernard ENGINGER.
Hôtel de Paris. Le Caire
(jusqu'au 27 février)
en partance pour Pondichéry. »

Il va prendre à Suez le même bateau que Trystram, qui gagne l'Afghanistan par les Indes. Je confie à celui-ci une première lettre hâtive, qui ne me satisfait guère; puis, à tête plus reposée, écris ceci, sans grand espoir de pouvoir atteindre encore B. E. au Caire — et c'est pourquoi j'en prends copie.

Cher Bernard Enginger,

Pressé par le départ de Trystram, je vous écrivais trop précipitamment hier soir. Voici plutôt ce que j'aurais dû vous dire :

Pourquoi chercher de « nouveaux maîtres » ? Catholicisme ou communisme exige, ou du moins préconise, une soumission de l'esprit. Fatigués par la lutte d'hier, les jeunes gens (et nombre de leurs aînés) cherchent et pensent trouver, dans cette soumission même, repos, assurance et confort intellectuels. Que dis-je ? Ils y cherchent même une raison de vivre et se persuadent (se laissent persuader) qu'ils seront de meilleur service et assumeront leur pleine valeur, enrôlés. C'est ainsi que, sans trop s'en rendre compte, ou ne s'en rendant compte que trop tard, par dévouement — ou par paresse — ils vont concourir à la défaite, à la retraite, à la déroute de l'esprit; à l'établissement de je ne sais quelle forme de « totalitarisme » qui ne vaudra guère mieux que le nazisme qu'ils combattaient.

Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. Sans eux, c'en serait fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre une justification secrète. Ils sont, ces insoumis, le « sel de la terre » et les responsables de Dieu. Car je me persuade que Dieu n'est pas encore et que nous devons l'obtenir. Se peut-il rôle plus noble, plus admirable et plus digne de nos efforts ?

P.-S. — Oui, je sais bien, j'écrivais dans mes Nourritures : « Non point la sympathie : l'amour. » Mais moi aussi, le premier, j'ai, suivant mon propre conseil, « quitté mon livre », et passé outre. Même à soi-même, il importe de ne point s'attarder.

1. Allusion évidente à une phrase de mes Nourritures : « Non point la sympathie : l'amour. »
 (André Gide, Journal, 1939-1949, pp. 294-296)