jeudi 9 juillet 2015

La belle histoire, ou de l'innocence criminelle

Le texte que Gide consigne sous le titre Une belle histoire et dont les quatre pages et demie viennent de passer aux enchères, nous avait semblé familier... Cocteau en consigne en effet une version très proche dans son Journal d'un Inconnu (Grasset, 1953), rédigé à partir de février 1952. La « belle histoire » devient, sous la plume de Cocteau De l'innocence criminelle.

Si dans la version de Gide le père de la petite fratricide est mort, et vivant dans celle de Cocteau, c'est surtout la morale qui diffère : là où Gide et Stéphane voient une bonne raison de ne pas raconter de sornettes aux enfants, « La plus triste réalité est moins nocive que le mensonge », Cocteau l'amateur de mystère n'exclut pas le phénomène d'envoûtement.

Le style est également bien différent. Là où Gide polit, rature, raccourcit ses phrases, Cocteau délaie le carton-pâte qu'il aime tant. Mais il est tout de même savoureux de voir que tous deux vont consigner ce récit, le tirant chacun vers soi.

Le texte de Gide permet enfin de corriger le « docteur M. » de Cocteau en « docteur N. », et Aix en Perpignan, puisque c'est chez le docteur Pierre Nicolau que Cocteau vient se réfugier lors de l'exode, entre juin et septembre 1940. Il y recevra la visite d'Arletty, de Kessel, puis sera rejoint entre le 9 et le 18 septembre par Roger Stéphane. Démobilisé, Jean Marais arrive à son tour à Perpignan, avec son chien Moulouk.

Il faut dire que la maison de Pierre Nicolau est grande. Chirurgien-chef adjoint de l'hôpital de Perpignan, officier de la Légion d'honneur, titulaire de la croix de guerre 1914-1918. Pierre Nicolau exerçait la médecine depuis 1912. Il était devenu proche des artistes comme Maillol et Dufy, qu'il soignait et à qui il recommandait les eaux thermales locales.

 A droite sur la photo, le docteur Pierre Nicolau, 
en compagnie de Maillol et Dufy, à Banyuls en 1942


Voici donc la version de l'histoire par Cocteau :

"De l'innocence criminelle

J'AVAIS connu, à Aix, en 1940, pendant l'exode, un jeune ménage, fort lié avec une famille qui me donnait asile. C'était un milieu de docteurs. Le docteur M. chez qui je séjournais, logeait en ville. Le docteur F, et sa jeune femme habitaient sur la route une petite maison derrière laquelle une bande de jardins fruitiers et potagers rejoignait la campagne. Cette petite maison avait été celle des parents de la jeune femme. Eux-mêmes la tenaient de leurs parents qui la tenaient des leurs. Cela remontait si loin que cette maison figurait, dans une époque instable, une image de cette continuité dont il subsiste peu d'exemples.

Il nous arrivait souvent de voisiner et de dîner les uns chez les autres.

La jeune femme m'intriguait. Sa beauté, sa gaîté, se fanaient au moindre souffle. Elle se relevait aussi vite. On eût dit qu'elle voyait déferler de loin une onde néfaste, qu'elle la redoutait, et s'efforçait de lutter contre son approche. Elle prenait alors une figure traquée, évoquant par le regard et par le geste, le comportement d'une personne en proie à quelque menace précise. Elle n'écoutait plus, ne répondait plus. Elle vieillissait, d'une manière si visible que son mari ne la quittait pas des yeux, et que nous imitions son silence. Le malaise devenait insupportable. Il nous fallait attendre que les ondes se précisassent, étouffassent leur victime, se dénouassent et disparussent.

Un travail inverse terminait la crise. La jeune femme redevenait charmante. Son mari souriait et parlait. Le malaise faisait place à la bonne humeur, comme si rien n'était survenu d'anormal.
Un jour que je parlais de notre jeune amie avec le docteur M., je lui demandai si elle était une grande nerveuse, ou s'il avait connaissance dans son passé d'un choc qui serait la cause et l'origine de ces symptômes. Si, par exemple, elle avait souffert d'un acte de violence, si une peur ancienne n'était pas à la base de son état.

Le docteur me répondit qu'il le croyait, mais que la seule histoire dont il eût connaissance lui semblait bien lointaine et bien peu concluante. Maintenant, ajouta-t-il, tout est possible. Nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe dans les catacombes du corps humain. Il faudrait un psychanalyste. Or, pour des raisons que vous apprécierez, Mme F. se refuse à l'analyse. Ajoutez à son état qu'elle n'a pas d'enfants, qu'elle en est à sa deuxième fausse couche, et que l'idée seule d'une nouvelle grossesse la jette dans des épouvantes qui n'améliorent pas son désordre.

Voici l'histoire que me raconta le docteur.

Notre jeune femme était fille unique. Son père et sa mère lui passaient ses moindres caprices. Elle venait d'avoir cinq ans lorsque sa mère devint enceinte. La délivrance était proche et il fallut apprendre à la petite fille qu'on attendait un frère ou une sœur.

Vous le savez, on a, hélas! coutume de duper les enfants, de les bercer de fables en ce qui concerne leur naissance. Je trouve ces fables absurdes. Mes enfants savent qu'ils sortent du ventre de leur mère. Ils ne l'en aiment que davantage, et nous leur évitons les découvertes sournoises, les recherches de la vérité entre camarades d'école. Bref, la petite fille qui nous occupe vivait dans le mensonge, et les drames qui suivent viennent de là.

Père et mère se demandaient comment s'y prendre pour préparer une enfant, très jalouse de ses prérogatives, à l'arrivée subite d'un intrus ou d'une intruse, à une obligation de partager l'univers où elle régnait, poussant ce règne jusqu'à refuser chiens et chats qu'on lui offrait, craignant que les parents ne s'y attachassent, ne la privassent d'une parcelle de leur amour.

Ils lui dirent, avec mille réserves, que le ciel leur envoyait un petit garçon ou une petite fille, que l'annonce en était imprécise, mais précises les dates, qu'il fallait se réjouir avec eux de cette grande nouvelle, et que le cadeau céleste devait, sans doute, leur parvenir le surlendemain.

Ils craignaient des larmes. Ils se trompaient. La petite fille ne pleura pas. Son œil devint de glace. Au lieu de pousser des cris, elle les effraya par le mutisme d'une grande personne à qui un notaire apprend sa ruine.

Rien n'est plus incorruptible que la gravité de l'enfance lorsqu'elle se bute. Les parents eurent beau embrasser, cajoler, envelopper la nouvelle de bonnes paroles, les risettes prenaient du ridicule en face de ce mur.

Jusqu'à l'accouchement, la petite fille opposa ce mur à toutes les tentatives. Enfin, l'accouchement accapara l'esprit du couple, laissa la petite fille libre de s'enfermer dans sa chambre et de creuser son amertume.

La jeune femme mit au monde un enfant mort. Son mari la consola, arguant du désespoir de leur petite fille. Elle retrouverait sa joie de vivre si on lui déclarait qu'en fin de compte on avait refusé le cadeau parce qu'il lui faisait de la peine. Cette manœuvre fut un échec. Non seulement la petite ne changea pas d'attitude, mais encore elle tomba malade. Fièvre et délire présentaient les caractéristiques d'une fluxion de poitrine. Le docteur M. demanda si une imprudence n'avait pas
été commise. Le docteur F. n'en pouvait découvrir aucune. Il mit son collègue au fait du bouleversement de cette âme. Le docteur M. admettait que ce bouleversement pût déclencher une crise nerveuse, mais qu'il n'expliquait pas la fluxion de poitrine pour laquelle il convenait de soigner la malade selon les règles. On la soigna. On la sauva. Lorsqu'elle fut hors d'affaire, les choses devinrent inexplicables. Aucune marque de tendresse ne parvenait à fondre la glace. La convalescente se consumait. Un mal mystérieux se substituait au mal connu et continuait son œuvre.

C'est alors que le docteur M., en désespoir de cause, proposa la psychanalyse. Un psychanalyste, dit-il, osera s'aventurer dans un domaine au seuil duquel notre science s'arrête et s'avoue impuissante. Le professeur H. est mon neveu. Il faut qu'il devienne le vôtre, du moins que la petite le croie et qu'il loge chez vous. Je le connais assez pour être sûr qu'il admettra cette supercherie.

Le psychanalyste allait prendre ses vacances. Il se laissa convaincre de les passer à Aix, chez son oncle. Chaque jour, il se rendait dans la maison du jeune ménage qu'il interrogeait et dont il devint l'ami. La petite se méfiait. Peu à peu, elle s'habitua et sembla même flattée des attentions d'une grande personne qui ne bêtifiait pas et la traitait en égale. Elle appelait H., son oncle.

Après quatre semaines de ce régime, elle redevint loquace et le faux oncle put bavarder avec elle.
Un jour qu'ils étaient ensemble au bout du jardin, loin de la famille et des domestiques, la petite fille, sans préambule, avec le calme d'un inculpé qui s'accuse chez le juge d'instruction, se délivra du secret qui devait l'étouffer et cherchait à sortir de l'ombre.

Substituons ce qui s'était passé à ce qu'elle raconte.

*
C'était la nuit de l'accouchement. Il avait neigé la veille. La petite fille ne dormait pas. Elle guettait. Elle savait que le matin, dès l'aube peut-être, le cadeau parviendrait à son adresse. Elle savait aussi que ce genre de cadeaux nécessite la mise en branle d'un cérémonial de famille, entouré de voiles. Il n'y avait pas une minute à perdre.

Forte de sa science, elle se leva sans allumer la lampe, quitta sa chambre qui était au premier étage et, relevant sa longue chemise, descendit les marches de bois. Lorsqu'une marche craquait, elle s'arrêtait et entendait son cœur battre. Une porte s'ouvrit. Elle se plaqua contre la tresse qui servait de rampe. Elle en sentait la laine lui piquer le cou.

Une inconnue, en robe et coiffe blanche, traversa le rectangle de lumière projeté par la porte ouverte sur les dalles du vestibule. L'inconnue entra dans le boudoir qui précédait la chambre des parents et en referma la porte. L'autre porte demeurait ouverte. C'était celle d'une salle de bains inconfortable. La mère s'y coiffait, s'y poudrait, y épinglait ses chapeaux et ses voilettes.
La petite continua sa descente, traversa le vestibule, se glissa dans la pièce que l'inconnue blanche venait de quitter, mourant de peur qu'elle n'y revînt tout de suite.

Sur la coiffeuse, il y avait une pelote hérissée d'épingles à chapeaux, qu'on portait fort longues à cette époque. Elle en dépiqua une à tête de perle baroque, se glissa jusqu'à la porte vitrée et décorée de ferronneries. Un verrou bouclait cette lourde porte. Il fallait l'atteindre. Elle eut le courage de chercher une chaise, d'y grimper, de tourner le verrou, de redescendre, de remettre la chaise en place.

Une fois dehors, sur le perron, elle repoussa la porte en silence et regarda par la vitre à ferronneries dont la base arrivait à hauteur de ses yeux. Il était temps. La dame blanche traversait le vestibule. Un monsieur en redingote l'accompagnait et gesticulait. Ils disparurent dans la salle de bains.

La petite fille ne sentait pas le froid. Elle contourna la maison. En chemise et pieds nus, elle courait à travers les plates-bandes, sur la terre dure. La lune anesthésiait ce jardin. Il dormait debout, à la lettre. Sa familiarité, sa simplicité de brave jardin, devenait une stupeur méchante. Une immobilité de sentinelle en armes, d'homme caché derrière un arbre.

A voir ce jardin, on le sentait au bord de quelque mauvais coup.

Naturellement, la petite fille ne constatait pas cette métamorphose, sauf qu'elle ne reconnaissait plus son jardin peuplé de linges, d'épouvantails et de tombes.

Elle courait. Elle relevait sa chemise et serrait l'épingle. Elle pensa qu'elle n'atteindrait jamais son but. Son but était l'extrémité du jardin, là même où elle raconte au professeur, en d'autres termes, l'histoire dont nous apprîmes les détails par la suite. Et, sans doute, est-ce le lieu du crime, comme il arrive, qui provoqua sa confession.

Elle s'arrêta et reconnut le jardin potager. Elle brûlait et grelottait. La lune ne transformait pas les choux en autre chose de terrible. Pour la petite fille, le terrible était qu'ils fussent des choux. Elle les reconnaissait à merveille sculptés et magnifiés par la lune. Elle se pencha et, sans hésiter, tirant un peu la langue à la manière des écoliers attentifs, elle troua le premier chou de son épingle. Le chou résistait et grinçait. Alors, elle arracha l'épingle, empoigna la perle baroque et poignarda. Un chou après l'autre, elle poignardait et s'acharnait. L'épingle commençait à se tordre. Elle se calma et, lentement, soigneusement, elle perfectionna son travail.

Elle posait la pointe de l'épingle au centre des feuilles, là où le cœur frise. Elle pesait de toutes ses forces, enfonçant l'arme jusqu'à la garde. Il advenait que l'arme refusât de sortir de la blessure. Elle tirait dessus à deux mains et plusieurs fois tomba à la renverse. Rien ne la décourageait. La seule chose qu'elle craignît était d'oublier un chou.

Sa besogne achevée, semblable à la servante d'Ali-Baba interrogeant les jarres d'huile, la meurtrière inspecta ses victimes et s'assura qu'aucune d'elles n'avait échappé au massacre.

Lorsqu'elle revint à la maison, elle ne courait plus. Elle ne craignait plus le jardin. Il devenait son complice. Sans qu'elle s'en doutât, l'aspect criminel du lieu la rassurait, la soulevait dans une gloire. Elle marchait en extase.

Les dangers du retour ne lui apparaissaient même pas. Elle escalada le perron, poussa la porte, la referma, déplaça et replaça la chaise, traversa le vestibule après avoir piqué l'épingle dans la pelote, monta les marches, regagna sa chambre, se recoucha. Et son calme était si pur qu'elle ne tarda pas à s'endormir.

*

Le professeur contemplait le carré de choux. Il imaginait la scène étonnante. Je les ai tous percés, tous! disait la petite fille. Je les ai tous percés, et je suis rentrée à la maison. Le professeur se représentait le crime tel que nous venons de le décrire. Je suis rentrée à la maison. J'étais très contente. J'ai bien dormi.
Elle avait bien dormi et s'était réveillée avec quarante de fièvre.

*

Ensuite, expliqua le professeur au jeune ménage, vous lui avez raconté qu'il était préférable de n'avoir qu'une petite fille. Elle ne vous a pas crus. Elle s'estimait coupable. Elle avait tué. Elle en était certaine.
Le remords la ronge. Il va falloir, et je n'en ai pas pris l'initiative, lui fournir la preuve que les enfants ne naissent pas dans les choux. Je suppose que vous avez compris ce qui résulte de pareilles sottises.

*

Le docteur M. ajouta que les parents se décidèrent à contrecœur. Ils croyaient au sacrilège et maculer leur propre enfance. Ils vivent à Marseille. Lorsqu'ils séjournent à Aix, ils se demandent d'où viennent les troubles nerveux de leur fille et son angoisse des fausses couches.

Pensez-vous, demandai-je au docteur M. que cette vieille histoire en soit la cause? Je ne l'affirme pas, me répondit-il, mais je me rappelle que la petite avait quinze ans lorsque ses parents, qui faisaient un voyage d'affaires, la mirent en garde chez moi. Mon neveu vint y passer une semaine. La grande fille avait appris, outre qu'on ne naît pas dans les choux, qu'il n'était pas de sa famille, mais de la nôtre. Tout cela appartenait aux vieilles lunes. Un soir, nous eûmes l'imprudence de remuer nos souvenirs. « Sais-tu, me dit mon neveu, le véritable drame de l'histoire des choux ? Eh bien! c'est que la petite a réellement tué. Elle a employé, d'instinct, toutes les méthodes de l'envoûtement, et l'envoûtement n'est pas une farce. » Nous discutâmes ensuite de l'envoûtement, et nous en vînmes à reconnaître qu'il en existe des preuves.

Ce n'est pas impossible, conclus-je. Peut-être a-t-elle tué. Le principal est qu'elle ne s'en doute jamais.

Seulement, me dit le docteur, nous découvrîmes, ma femme et moi, que la grande fille écoutait aux portes.

*

P.-S. — Un ménage freudien. — Mme X entre dans la chambre où sa petite fille, âgée de neuf ans, dessine avec un crayon rouge. La nounou est à l'office. Mme X se penche. Que dessine la petite fille? Un gigantesque phallus.

Mme X arrache la feuille et se sauve. A peine si elle écoute hurler sa % fille. M. X rentre du golf ; « Regarde. » M. X a un haut-le-corps : « Où cette malheureuse enfant a-t-elle pu voir une chose pareille? » — « Je te le demande. » Je vous épargne l'enquête. Monsieur, après quatre jours de bousculades, interroge sa petite fille. Réponse : « Ce sont les ciseaux de nounou. »"

Jean Cocteau, Journal d'un Inconnu, Grasset, 1953, pp. 57-66

mercredi 8 juillet 2015

Une belle histoire


Nous avons omis de signaler une vente ADER de lettres et manuscrits autographes du 18 juin dernier. On y a vu passer quatre pages et demie de la main de Gide consignant « Une belle histoire » a lui racontée par Roger Stéphane, qui la tenait lui-même du Dr Nicolau « à Perpignan, en septembre 1940 ». Elle mérite d'être consignée ici tant elle est gidienne... jusque dans sa morale !





Lot 128
André GIDE (1869-1951).
Manuscrit autographe, Une belle histoire ; 4 pages et demie in-4 (4 ff. lignés détachés d’un cahier).
Curieux récit, avec d’importantes ratures et corrections. Une note en marge de la première page indique : « raconté à Perpignan, en septembre 1940, par le Dr Nicolau ».

« Je tiens cette histoire de Roger Stéphane. Il me l’a racontée l’autre soir, à Nice et me disait : voici longtemps que je la sais ; mais d’abord je pensais m’en servir et me la réservais. Ce n’est que depuis que j’ai renoncé à en tirer parti que je consens à la raconter ; la voici. Dans une petite ville de province, une fillette de six ans environ, enfant unique, était choyée par sa mère, qu’elle chérissait. Le père mourut laissant sa femme enceinte. Celle-ci crut bon de préparer la fillette à la venue d’un autre enfant. Ce ne fut pas chose facile, car la fillette se révoltait à l’idée de devoir partager les soins de l’amour maternel avec celui qu’elle considérait comme un intrus. [...] Rien n’y faisait. De penser qu’elle n’aurait plus sa mère toute à elle restait intolérable à l’enfant. [...] la mère, arrivée au terme de sa grossesse, accoucha d’un enfant mort-né. [...] La fillette à partir de ce jour devient inquiète, ombrageuse. Elle semble s’écarter de sa mère qui la cajole en vain. Elle ne mange presque plus. Elle s’étiole. Elle dépérit. [...] Enfin on a recours à un psychiatre éminent qui l’examine et l’interroge. Par lui pressée de questions, la fillette finit par avouer ceci : après que sa mère lui eut annoncé l’arrivée d’un petit frère et pour empêcher la venue au monde de celui-ci, elle se relevait la nuit, tandis que toute la maison dormait, descendait dans le jardin et, armée d’une longue aiguille à tricoter, transperçait l’un après l’autre chacun des choux du potager. À présent elle se sent responsable de la mort de ce petit frère ». La mère à son tour ne put bientôt plus supporter la fillette, « véritablement criminelle à ses yeux »... Un dialogue avec Roger Stéphane mène à la moralité : « Le mieux, voyez-vous, c’est de ne pas d’abord enseigner des choses fausses, fût-ce aux fillettes. La plus triste réalité est moins nocive que le mensonge »...

Estimation 1000€ - 1500€ (résultat n.c.)

samedi 4 juillet 2015

Un été gidien à Uzès


Exposition
« André Gide et Uzès, aux racines de la famille Gide »





L’écrivain André Gide (1869-1951) se revendiquait issu « d’un père Uzétien et d’une mère Normande ». S’il n’est pas né à Uzès, il a séjourné régulièrement dans la ville natale de son père. Ces séjours d’enfance l’ont marqué profondément. L’exposition se propose de montrer l’empreinte d’Uzès dans l’œuvre de Gide et de retracer l’histoire de sa famille paternelle, notables protestants en Uzège.

Les photographies réalisées par Jean-Pierre Loubat spécialement pour l’exposition apportent un regard contemporain sur les lieux évoqués par André Gide.

Exposition « « André Gide et Uzès, aux racines de la famille Gide »
Du 27 juin au 11 octobre 2015
Musée Georges Borias, ancien Evêché, 30 700 Uzès. Tél. 04 66 22 40 23.
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 15h à 18h en juillet et août, de 15h à 18h en juin, septembre et octobre.
Plein tarif : 3 €
Groupes : 1,50 € / personne
Gratuit pour les scolaires.
Visites guidées : sur réservation, 5€ / personne (tarif réduit 3€ / personne pour les enfants et groupes à partir de 10 personnes).

Publications

Catalogue André Gide et Uzès, aux racines de la famille Gide
Textes de Brigitte Chimier, Jean-Christophe Galant et Daniel Moutote.
Publié avec le soutien de la Fondation Catherine Gide.
30 p. couleur, prix de vente 6 €.

Portfolio Ô petite ville d’Uzès, 9 photographies noir et blanc de Jean-Pierre Loubat
Tirage limité à 26 exemplaires numérotés, prix de vente 90 €.
En vente par souscription aux éditions YFIP, editionsifyp@gmail.com

Animations

Balades en calèche sur les traces d’André Gide
Pendant l’été seront proposées des visites guidées comprenant la visite de l’exposition au musée et un circuit en calèche pour découvrir les lieux liés à la famille Gide à Uzès.
Les jeudis 2 et 9 juillet, 20 et 27 août, 3 septembre, de 16h30 à 18h30. Sur réservation, tarif 5€ / personne.
Nombre de places limité à 10 personnes par visite. Réservation uniquement par téléphone au 04 66 22 40 23 aux heures d’ouverture du musée (pas d’inscription par répondeur), jusqu’à la veille de la visite.

Ouverture nocturne le 25 septembre
A l’occasion de la miNuit Blanche organisée à Uzès par l’association « Et Alors l’Art », l’exposition sera ouverte de 20h à 23h le vendredi 25 septembre 2015 (entrée libre). Le photographe Jean-Pierre Loubat présentera ses œuvres et son portfolio Ô petite ville d’Uzès.

Visites nocturnes été 2015
André Gide, "Ballades" à Uzès, une guide conférencière, un comédien
les 6, 13, 20, 27 juillet et les 3, 10, 17, 24 août
Départ Office de Tourisme à 20h45
Billetterie : + 33 (0)4 66 22 68 88
Tarifs : Adultes 15€ / Enfants 5€


jeudi 18 juin 2015

Gide s'opposera t-il à l'entrée d'Ormesson dans la Pléiade ?

 
La légende selon laquelle Gide a refusé le manuscrit de Proust ne suffisait manifestement pas.

A l'occasion du Bloomsday, le Nouvel Obs a exhumé un article de 1995 qui nous apprenait que Gide a également refusé de publier Ulysse... dans la Pléiade... en 1931 !

On se frotte les yeux et on relit :

« Après bien des déboires, «Ulysse» fut publié en anglais à Paris en février 1922. Parmi ses premiers lecteurs: Ernest Hemingway. Fidèle à lui-même, il déclare: «Joyce a fait un livre du tonnerre!» Virginia Woolf n'est pas de cet avis, qui évoque «l'œuvre d'un adolescent boutonneux, [...] un livre titubant d'indécence». Yeats (il changera d'avis par la suite) parle quant à lui d'un «livre de fou».
La traduction française ne verra le jour que sept ans plus tard. Signée par Auguste Morel et Stuart Gilbert, elle sera revue par Valery Larbaud (qui a rencontré Joyce à Paris dès 1920) et l'auteur lui-même. Après l'avoir lue, André Gide fait la moue: «Un faux chef-d'œuvre», affirme-t-il. Et lorsque, en 1931, Paulhan lui suggérera de publier «Ulysse» dans la collection de la Pléiade chez Gallimard, l'auteur des «Faux-Monnayeurs» opposera son veto. »
On passera sur le fait qu'en 1931 la Pléiade vient d'être créée par Schiffrin dont elle est encore la propriété, la collection n'intégrant Gallimard qu'en 1933...

Si pour Proust, nous avons les aveux de Gide – aveux pour un crime qui, rappelons-le, a de multiples auteurs – pour Joyce, nombreuses sont au contraire les preuves qui disculpent Gide...


Dans un très intéressant essai paru en 2011 au Cherche-bruit, James Joyce travesti par trois clercs parisiens, Adrien Le Bihan démontait aisément l'accusation. Lors de la réédition en 2010 de la Stèle pour James Joyce de Louis Gillet, Michel Crépu et Philippe Sollers dénoncèrent qui « l'hostilité des surréalistes à l'égard de Joyce », qui celle de la NRF et de Gide en particulier.

Ils piochent pour cela chez le spécialiste de Joyce, Richard Ellmann, qui rapporte des propos tenus par Paulhan en 1954 selon lesquels il y avait à la NRF une hostilité envers Joyce, chez Rivière, Claudel et Gide. Or on sait aujourd'hui que si Rivière avait des réticences d'ordre littéraire et Claudel d'ordre moral, Gide était au contraire séduit par Joyce. C'est également à partir de ces échanges sans fondements que naît la citation attribuée à Gide qualifiant Ulysse de « faux chef d'œuvre »...


 La NRF d'avril 1922 avec l'article 
de Valery Larbaud sur James Joyce

Or grâce à Arnold Benett et Valery Larbaud (qui recommande la lecture de Joyce dès 1922 dans une NRF pas si hostile que ça...), Gide est très tôt amené à la lecture de Joyce. Il sera l'un des premiers à soutenir la parution d'Ulysse, permise grâce à Sylvia Beach – que l'auteur de l'article du Nouvel Obs ignore superbement, ne la citant que comme la créatrice d'un « petit musée » consacré à Joyce ! Gide donnera sa signature pour protester contre les atteintes aux droits d'auteur d'Ulysses aux Etats-Unis.


Le bulletin de souscription de Gide à Ulysses en 1921


Dans Découvrons Henri Michaux, sa conférence annulée en 1942 sous la pression des vychistes, Gide mettra sur le même plan Mallarmé, Rimbaud, Lautréamont et Joyce. Cette même année 1942, il donne au Figaro l'un de ses Interviews imaginaires consacré à Joyce et au plaisir de jouer avec les mots

Ce même plaisir des mots nous fait hésiter entre calembredaine, coquecigrue et calinotade pour qualifier les méfaits de cette presse de caniveau. Qui nous donne toutefois le plaisir de consigner ici l'article de Gide, qui ne figurait pas dans les Gidian Archives.



 
L'école des femmes, 1929, avec envoi à James Joyce







INTERVIEWS IMAGINAIRES
Aux grands mots les petits remèdes
par André Gide




LUI. — Méfiez-vous : Joyce est un Irlandais. L’Irlande est la patrie des farceurs. Je suis Français et il ne me plaît pas d’être dupe. Se peut-il que vous vous y soyez laissé prendre ? que son Ulysse “vous ait eu”, comme l’on dit ?
MOI. — Louis Gillet ne s’est rendu que petit à petit. De là, le grand intérêt de son livre. Sa Stèle pour James Joyce est un itinéraire, un Gradus ad…
LUI. — Qui mène où ? Qui aboutit à quoi ? C’est ce que je ne parviens pas à comprendre. Sans les obscénités de son Ulysse, Joyce n’aurait jamais pu compter sur cent lecteurs.
MOI. — Il y a, dans tout ce qui est humain, un fond obscène, à revers divin. Je vous avoue que l’impudeur de Joyce me ravit. Trop nombreux sont les Dagoberts qui préfèrent garder leur culotte à l’envers, par crainte, en la remettant à l’endroit, de montrer un instant leur derrière.
LUI. — Joyce ne remet à l’endroit rien du tout. En un temps où nous avons besoin de confiance, il nous invite à ne plus rien prendre au sérieux. Et cela de la façon la plus perfide ; car sa fronde est dirigée (Gillet nous l’explique fort bien) non tant contre les institutions et les mœurs, que simplement contre les formes du langage ; non point contre les pensées et les sentiments que contre l’expression de ceux-ci.
MOI. — Qui nous dupe plus que chose au monde [sic]. En déchirant le revêtement et l’apparence, Joyce met à nu la réalité.
LUI. — C’est beaucoup lui prêter. Je ne puis prendre en considération ses jeux de mots sur lesquels Gillet s’extasie. À de semblables jeux, Hugo se piquait d’exceller, dit Gillet (on cite de lui une charade étourdissante(1), mais du moins ne les faisait-il pas figurer dans ses œuvres. Lorsque, dans Ulysse, Joyce propose pour le nom de Sindbad le Marin pas moins de quinze transformations, je songe à Rabelais, et à sa «Femme folle à la Messe» qui, par interversion de consonne, devient cocassement «La Femme molle à la …»
MOI. — Et voyez ! vous vous en souvenez. Vous n’avez pu vous tenir d’en rire.
LUI. — Je trouve Joyce moins drôle. Et puis, la belle avance, quand j’aurai ri !
MOI. — « D’une bouche qui rit, l’on voit toutes les dents », dit Victor Hugo dans Le Roi s’amuse. Je me souviens de l’amusement que nous prenions, du temps de notre jeunesse, à cette défiguration de mots accouplés, jeu que nous proposa Franc Nohain certain soir, en compagnie de notre ami commun Maurice Quillot, à qui je dédiai mes Nourritures Terrestres. C’était un concours. On s’essayait. Tous les mots ne s’y prêtaient pas. Nombreux ne présentaient ron ni raisime. L’un proposait : L’ique poétart ; l’autre les Orèbres funaisons ; mais quand je ne sais lequel de nous trois hasarda ; Léeize tron, les deux autres s’avouèrent vaincus. Et nous étions malires de rade.
LUI. — Oui ! ce sont jeux d’enfants analogues à ces petites formules dont la signification se cache sous une sonorité bizarre : “Felixonportua – Selnimi – Versimi”. Les initiés seuls comprenaient : “Félix son porc tua, Sel n’y mit, Ver s’y mit”. Et cette autre : “Caillabani. Piaoni. Cocadéso. Vernena” **. Cela me ravissait quand j’étais gosse ; mais il y a longtemps de cela. Ces jeux sont tolérables chez Rabelais qui s’amuse aux possibilités d’une langue encore nouvelle, comme un enfant essaie ses muscles et s’émerveille de leur souplesse, en prend conscience en s’en jouant. Mais à présent notre langue est fixée…
MOI. — Et figée. Béni soit celui qui rompt les adhérences, qui décontenance le mot, le rend suspect. Trop souvent, le mot tient lieu de la chose et la chose peut s’en aller. Nous payons de mots les autres et nous-mêmes. Nous volons et nous sommes volés.
LUI. — Permettez : le maquignon qui vend un cheval sait fort bien ce que le mot “cheval” veut dire ; et celui qui l’achète le sait aussi.
MOI. — Mais moins, peut-être, celui qui parle de dévouement, d’honneur, de foi, de constance, de fidélité…
LUI. — Évidemment le domaine concret est plus aisément saisissable. Pour le reste, le doute est permis. L’amante peut s’inquiéter de l’authenticité des sentiments que l’amant professe et, devant les protestations amoureuses, craignant l’inflation, se demander anxieusement : est-il solvable ? Tout cela me paraît bien banal.
MOI. — Banal, assurément. Je me souviens d’un conte de Villiers, ‘conte cruel’ entre tous, qui nous rapporte les propos de deux amants : la déclaration où le jeune homme verse son âme, à quoi répond l’amante, et le parfait bonheur est entrevu. Ô conversation merveilleuse ! où le jeune homme trouve enfin l’écho de ses angoisses les plus rares et que, par crainte d’une incompréhension de l’autre, il n’osait formuler. À la fin du conte seulement, il se découvre que la jeune fille est sourde et qu’elle n’a rien entendu.
— ‘Mais vous me répondiez si bien’.
— ‘C’est que je savais par avance tout ce que vous diriez, et que vous ne pourriez dire autre chose’.
LUI. — C'est aussi ce qui fait que, dans les romans, je saute à pieds joints, d'ordinaire, par-dessus tous les dialogues amoureux. Ah ! s'il n'était question que de l'amour, passe encore. Mais Joyce s'en prend à tout. Avec un art diabolique, il emploie son génie à décontenancer tous les vocables. A entrer dans son jeu, nous n'oserions bientôt plus parler. Pourtant, nous avons besoin de mots pour penser. Tout ce qui est original reste particulier et, peu s'en faut, inexprimable. Seules sont échangeables les locutions admises. On ne s'entend que sur les lieux communs. Sans terrain banal, la société n'est plus possible. Et si Joyce s'en était tenu à Ulysse ! Mais son Finnegan's Wake, ce nec plus ultra, ce chant du cygne, nous est présenté par Louis Gillet lui-même comme « un tissu, une tapisserie, une Iliade de calembours ». Après quoi l'on a envie de se faire trappiste.
MOI. — Non. Mais l'on prend les mots pour ce qu'ils sont : des signes et non des substituts. Souvenez-vous du beau conte des Mille et une nuits où certain pauvre affamé se voit convié par un riche marchand à un repas qui s'annonce fastueux. Quel menu ! Rien n'y manque. Mais les assiettes restent vides. Le nom des mets, que le riche énumère, tient lieu des mets mêmes, dont le pauvre, par politesse, doit feindre de se régaler. C'est à de semblables festins que nous invite trop souvent la littérature. De là, le précieux livre de Jean Paulhan, qu'il intitule Les Fleurs de Tarbes, « Il n'est pas une pensée, et jusqu'aux plus subtiles, qui ne nous semble appeler l'expression », nous dit Paulhan. « Mais il n'est pas une expression, continue-t-il, qui ne nous semble volontiers trompeuse ou fausse ».
LUI. — Oui ; jusqu'à ce mot « volontiers » qu'il emploie.
MOI. — « Eh bien ! qu'il soit donc admis que l'on ne s'entend pas » fait-il se récrier un interlocuteur imaginaire. A qui il riposte aussitôt : « Non, il semble que pour rien au monde l'on ne veuille renoncer à tant de déceptions ».
LUI. — La vraie déception serait de devoir y renoncer.
MOI. — Plus loin. Paulhan cite une phrase de Bergson : « Le romancier déchirant la toile habilement tissée — tissée par l'intelligence, et plus encore par le langage — de notre moi conventionnel nous montre sous cette logique apparente une absurdité fondamentale, sous cette juxtaposition d'états simples une pénétration infinie. » Et Paulhan ajoute : « Je ne reconnais ici qu'à demi Balzac, Eliot, Tolstoï et les autres romanciers que Bergson pouvait lire. Mais la remarque devient admirablement exacte sitôt que l'on songe à Joyce ou à Proust. » Il dit encore, et ceci nous mène au cœur du sujet : Ailleurs, Bergson parle du singulier obstacle qu'opposent au poète les mots, où s'évanouit sans recours l'essentiel de la pensée, cet élément « confus, infiniment mobile, inappréciable, sans raison, délicat et fugitif, que le langage ne saurait saisir sans en fixer la mobilité ni l'adapter à sa forme banale ». Il cite enfin dans une note (p. 67) cette comparaison de Sainte-Beuve : « De même qu'autour d'un vaisseau menacé d'être pris par les glaces, on est occupé incessamment à briser le cercle rigide... de même chacun de nous, à chaque instant, devrait être occupé à briser dans son esprit le moule qui est près de prendre et de se former. Ne nous figeons pas.. » Et cette image éclaire admirablement l'effort et le travail politique de Joyce, sa raison d'être et, sous son apparence funambulesque et futile, sa belle serviabilité.
(La suite mardi prochain). André GIDE.



(1) Je la redonne ici, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore. Elle vaut d’être retenue, car c’est un modèle du genre : Mon premier a été volé. Mon second se bourre comme une pipe. Mon troisième vaut cent francs. Mon tout est un véhicule. C’est Tilbury. 1° tout le monde sait que Alcali vola Til ; 2° Bu c’est phale et Phale se bourre (Phalsbourg) ; 3° Ry vaut ly (Rivoli) et ly c’est 5 louis (100 frs) (Lycée St-Louis).
(2) Pour ceux qui n’auraient pas aussitôt compris : “Caille a bas nid— Pie a haut nid— Coq a des os — Ver n’en a”.

dimanche 7 juin 2015

Exposition Gide - Rivière - Fournier


Du 19 juin au 7 novembre 2015, la Fondation Saint-John Perse à Aix-en-Provence accueille une exposition conçue et réalisée par Jean-Pierre Prévost :


1914-1918
 Jacques Rivière, André Gide, Alain-Fournier
Trois amis de Saint-John Perse


Présentation

L’exposition retrace les années de guerre et de captivité de Jacques Rivière, figure majeure de la littérature française du vingtième siècle et directeur de La Nouvelle Revue Française de 1919 à 1925.

Son œuvre et la vie sont indissociables, d’une part de celle de son beau-frère et ami Alain-Fournier, et d’autre part de celle d’André Gide. Saint-John Perse a publié des extraits de ses lettres à Rivière, à Alain-Fournier et à Gide dans le volume de ses Œuvres complètes.

Jacques Rivière, mobilisé le 1er août 1914 au 220ème régiment d’infanterie, fier et enthousiaste à l’idée d’aller défendre son pays, fut fait prisonnier par les Allemands dès le 24 août. Incarcéré au camp de Königsbrück en Saxe, puis dans le camp disciplinaire de Hülsberg, il vécut cette captivité dans une tension extrême, tant psychologique que spirituelle, nourrie par la séparation insupportable d’avec ses deux amours : Isabelle, la femme légitime, et Yvonne, la femme rêvée. Gravement malade après trois ans de détention, il sera transféré pour raisons sanitaires en Suisse grâce à l’intervention de la Croix-Rouge.

Un pan de l’exposition est consacré aux années de jeunesse et de formation bordelaise de Rivière, et à sa rencontre déterminante avec Gabriel Frizeau, viticulteur, collectionneur, mécène et galeriste, personnage atypique de l’activité culturelle à Bordeaux, qui lui permit d’entrer en contact avec les poètes Francis Jammes, Paul Claudel, Alexis Leger, futur Saint-John Perse, et le peintre André Lhote, avant d’être remarqué par André Gide.

Une partie de l’exposition évoque les bouleversements qui ont caractérisé les années d’après-guerre.

L’exposition est composée de reproductions en grand format de photos d’époque, issues de collections privées, pour la plupart inédites, accompagnées de brefs commentaires et d’extraits des souvenirs de Jacques Rivière (publiés en 1918) et du journal qu’il a tenu pendant sa détention en Allemagne et en Suisse.

Documentation

Alexis Leger, le futur Saint-John Perse, Jacques Rivière et Alain-Fournier appartiennent à la même génération. Gide Il a une vingtaine d’années de plus qu’eux.

En 1914, André Gide, 45 ans, vient de publier Les Caves du Vatican. Après un premier mouvement nationaliste, il développe une réflexion sur la complémentarité possible entre la France et l’Allemagne, vision d’avenir d’une Europe culturelle, qu’il défendra dès la fin de la guerre (Réflexions sur l’Allemagne, NRF, juin 1919). Pour s’affronter à la réalité, il co-dirige avec Edith Wharton, jusqu’à épuisement, Le Foyer franco-belge, un organisme officiel d’aide aux réfugiés sans ressources ni lieu d’accueil.

Dès 1897, il avait publié Les Nourritures terrestres, en 1902 L’Immoraliste et en 1909 La Porte étroite, son premier vrai succès littéraire. En 1908, avec d’autres, il avait lancé la Nouvelle Revue Française.

Jacques Rivière, 28, ans, est depuis 1911 le secrétaire de la Nouvelle Revue Française et bientôt l’adjoint du directeur Jacques Copeau. Ses premiers articles de critique littéraire ont été regroupés en 1912 dans le volume Etudes. Mobilisé en 1914 dans l’infanterie, il est fait prisonnier le 24 août dès les premiers combats. Incarcéré d’abord au camp de Königsbrück en Saxe, il est transféré au camp disciplinaire de Hülsberg après une tentative d’évasion. Gravement malade, il est transféré en Suisse en 1917, sur intervention de la Croix-Rouge, jusqu’à la fin de la guerre. À son retour en France, il publie en 1918 L’Allemand, souvenirs et réflexions d’un prisonnier de guerre. Pendant sa captivité, il a tenu un journal qui sera publié en 1974 sous le titre Carnets.

Alain-Fournier, 26 ans en 1914, vient de publier Le Grand Meaulnes (novembre 1913). Il meurt au combat le 22 septembre 1914. Jacques Rivière était son ami depuis le lycée, il a épousé la jeune sœur du romancier en 1909.

Alexis Leger, 27 ans en 1914, vient de réussir le concours des consulats et travaille à la Maison de la Presse au Ministère des Affaires étrangères jusqu’à son départ pour la Chine en 1916. Il avait dès 1908 publié des poèmes dans diverses revues, dont plusieurs dans la toute jeune Nouvelle Revue Française et qui seront repris en 1911 dans son premier recueil, Eloges.

Fondation Saint-John Perse
Cité du Livre
8 / 10 rue des allumettes
13098 Aix-en-Provence



vendredi 22 mai 2015

Sauver l'église de la Roque-Baignard


Les églises sont comme les cerveaux. Lorsqu'on ne les ouvre plus assez, elles moisissent.

Il arrive même que la mérule s'y installe et dévore les boiseries. C'est ce qui se produit à l'église de la Roque-Baignard, où la commune lance une campagne de financement participatif pour entreprendre des travaux de traitement contre le champignon et poser une grille qui assurera une ventilation suffisante afin d'éviter sa prolifération.


Dans une lettre de Max Jacob


On trouve au catalogue de la vente de Livres et manuscrits modernes d'Artcurial - Briest-Poulain-F.Tajan, le 22 juin à l'Hôtel Dassault, 7, Rond Point des Champs-Elysées à Paris, un brouillon de lettre de Max Jacob à Jacques Maritain où il est fait allusion à Gide.

Lot 116
Max JACOB
BROUILLONS AUTOGRAPHES D'UNE LETTRE À JACQUES MARITAIN, EN RÉPONSE À SON LIVRE FRONTIÈRES DE LA POÉSIE, PARU EN 1935.

4 p. in-4 encre bleue, signé Max Jacob. Chez madame Moré, à Boussy Saint Antoine par Brunoy, S. et O. Vers 1936. Joint une
enveloppe avec nombreuses notes sur le verso, un profil d'homme dessiné.

Premiers jet, nombreuses corrections, biffures, ratures, renvois.

Max Jacob et Jacques Maritain ont vécu une amitié sincère, et ils ont partagé une admiration réciproque : Maritain reconnaissant en Max Jacob un génie poétique, Max Jacob venant chercher auprès de Maritain des paroles de sagesse et de foi.
Ils sont entrés en relation à partir de 1924, à l'initiative du poète qui envoie au philosophe un exemplaire de son ouvrage L'Homme de chair et l'Homme Reflet avec la dédicace suivante : "À Jacques Maritain, avec l'assurance que le maître verra ce qu'il y a peut-être de nouveauté aux méthodes psychologiques de l'auteur, avec un profond respect et une profonde sympathie en Dieu." On y lit l'admiration de Max Jacob pour la recherche philosophique et spirituelle de Jacques Maritain. Mais, à cette époque, l'auteur du Cornet à dés est déjà chrétien, et il n'appartient donc pas à ce groupe informel d'artistes en quête de conversion. C'est autre chose qu'il vient chercher auprès de Maritain. Il veut trouver une parole libératrice, une réponse à ses angoisses. En effet, le poète est un être profondément tourmenté, hanté par l'enfer et le péché, affligé d'un profond sentiment de culpabilité. Il vit son homosexualité, à l'inverse de Jean Cocteau, comme une atteinte à l'amour chrétien. Il loue chez Jacques et Raïssa Maritain l'ouverture aux êtres et la fidélité aux idéaux.
Dans ce brouillon, tourmenté, chahuté, un canevas presque ! Max Jacob est très admirateur et respectueux, il donne du maître, ce qui n'est pas commun chez lui. Il est même remarquable que lui Max Jacob, ayant connu Apollinaire, Le douanier Rousseau, Picasso, Modigliani et tout ce qui compte de l'intelligentsia de la première moitié du XXe siècle s'adresse à Maritain avec tant de déférence. Dans le même temps il répond à la lecture de son livre Frontière de la Poésie. Lui le poète, l'auteur de l'Art Poétique, ouvrage maintes fois cités par Jacques Maritain, lui répond donc sur la pureté poétique et sur la morale du "Tout pour la tripe" de Rabelais. Il y a la certes un grand écart qui nous amène à Hugo, à Rimbaud, à Raymond Roussel. Il se défend donc de son écriture de sa pensée qu'il veut simple, humaine peut être y voit il un rapprochement avec le monde, le terre à terre de Rabelais.
Bien sûr je ne puis pas répondre à votre Frontières de la Poésie qui dépasse ma force de compréhension. Mais j'y peux tout au plus accrocher des opinions (ce qui est d'un mauvais lecteur, mais d'un lecteur pourtant.) Je me promets des exercices dans la solitude du monastère reconstruit de St Benoît sur Loire et que je compte regagner. Ce récent passé que vous analysez magistralement, profondément, votre livre me servira à le méditer avant la mort, si dieu veut bien que je fasse de sérieuses méditations sur moi-même et sur mes compagnons de routes (1900 - 1936). Plusieurs ont trouvé en votre pensée leur véritable confesseur. Puis je en travaillant encore quelques années à St Benoît, trouver dans votre livre le guide tant cherché toute ma vie de la vraie poésie qui plairait à Dieu. Hélas que n'écrivez vous aussi pour les gens simples comme moi un livre de Sociologie esthétique chrétienne qu'on puisse propager ainsi que l'Abbé Morel compte le faire avec vous en choisissant nos moins mauvais vers chrétiens.
"La pureté poétique est une pureté minérale, la pureté est une vertu humaine" dites -vous. Des enfants inconscients, le Picasso de 1905 et qui ne savaient lier leur esprit abstrait avec leurs émotions ont pris la sécheresse païenne pour de la pureté. D'autres, dupes des mots, ont pris pour de la pureté l'exclusivisme couleur du siècle. Les chemins de Damas de Gide vont du style dépouillé janséniste au Robespierrisme des collectivistes : Gide est un précurseur d'André Breton, lequel est encore plus "pur" puisqu'il ignore les carrefours et l'hédonisme Wildiens. [J'y vois les rameaux incendiaires d'une forte racine démoniaque : l'orgueil cantonal, l'exclusivisme : notre époque est celle des cloisons, cloisons douanières, cloisons raciales, cloisons militaires, cloisons provinciales. La couleur d'une époque compose avec celle des individus. Heureux ceux qui dans le pointillisme (ont l'œil de Dieu) pour discerner les points de vraie lumière. Je demande à Dieu qu'il me donne assez d'intelligence pour me sauver des malentendus.
[…] Rapprochez la au "tout pour la tripe" de Rabelais qui est une parole géniale, une parole qui sépare le corps de l'âme, qui loge l'œuvre dans le corps ou en laisse les guides à l'esprit. C'est la théorie classique de l'extériorisation avec laquelle on peut séparer les classiques comme Hugo et je crois bien Rimbaud et même Raymond Roussel ce sublime conteur de merveilles, qu'Apollinaire après avoir connu Salmon a lâché l'influence des symbolistes" "Ne voyez dans cette lettre pour laquelle je vous demande votre indulgence que l'hommage d'un pauvre homme à un maître admiré et vénéré pour bien des raisons.

Prière me laisser tranquille


Les 22 et 23 mai, la vente Alde d'éditions originales du XIXème au XXIème siècle, verra passer quelques lots affichant des prix amusants. Moins, cependant, que le télégramme envoyé de Taormine par Gide... Autre curiosité, un envoi à Gide que Louÿs a oublier de biffer.

Lot 157
GIDE (André). Les Nourritures terrestres. Paris, Société du Mercure de France, 1897. In-12, maroquin bleu marine janséniste, filets sur les coupes, doublure de maroquin bleu ciel encadrée d'un filet doré, gardes de moire sable, tranches dorées sur témoins, couverture et dos, chemise et étui assortis (J.-P. Miguet).
Édition originale.
Exemplaire sur hollande non numéroté, second papier tiré à 12 exemplaires selon la justification du tirage. (Selon Naville, il existerait un ou deux exemplaires sur japon sans numéro après les 3 du tirage de tête, mais le bibliographe de Gide n'évoque pas d'exemplaires sur hollande non numérotés).
Envoi autographe signé de l’auteur à Mademoiselle Moreno, dont le nom, ainsi que le mot gracieux dans la formule en gracieux hommage, ont été biffés, par Gide lui-même semble-t-il.
Très bel exemplaire en reliure doublée de Jean-Paul Miguet.
De la bibliothèque Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Estimation : 3 000 € / 4 000 €

Lot 158
GIDE (André). Les Caves du Vatican. Sotie par l'auteur de Paludes. Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1914. 2 volumes in-8, maroquin bleu, champ entièrement orné d'un décor de cercles concentriques aux petits points dorés parsemés de 36 petites étoiles au palladium, dos lisse, tête dorée, non rogné, couverture et dos, chemises et étuis assortis (Paul Bonet, 1941).
Édition originale.
Elle est ornée en frontispice d'un portrait de l'auteur gravé au vernis mou par Paul-Albert Laurens.
Tirage unique à 550 exemplaires sur papier chandelle d'Arches.
Parfait exemplaire dans une élégante reliure irradiante de Paul Bonet.
Décrite sous le n°487-488 de ses Carnets, elle appartient à une série de quatre reliures habillant chacune une édition originale de Gide.
Des bibliothèques Paul Baudouin et Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Dos des chemises uniformément passés.
Estimation : 2 000 € / 3 000 € 

Lot 184
LOUŸS (Pierre). Chrysis ou la Cérémonie matinale. Paris, Librairie de l’Art indépendant, 1893. In-8, bradel demi-maroquin vert amande avec coins sertis de filets dorés, dos lisse, tête dorée (Asper, Genève).
Exemplaire d'épreuves de l'édition originale, comportant le cachet de l'Imprimerie Paul Schmidt sur le faux-titre avec l'indication manuscrite : 1re épreuve, le 18 décembre 1893, et quelques corrections typographiques au crayon dans le texte.
Exemplaire offert par l'auteur à André Gide, à qui l'ouvrage est dédié, avec cet envoi autographe : À mon ami André Gide ceci et le reste. PL. La dédicace imprimée en exergue de l'édition est : À mon ami André Gide.
Des bibliothèques Alain de Suzannet (1934, II, n°56) et Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Teinte de la reliure légèrement passée, restauration au coin du dernier feuillet.
Estimation : 1 200 € / 1 500 €

Lot 354
GIDE (André). Lettre autographe signée. 2 pages in-12.
Lettre relative à un rendez-vous et à Jean Schlumberger.
On joint un télégramme envoyé de Taormine : « Prière me laisser tranquille. André Gide ».
Estimation : 100 € / 150 €




Editions originales du XIXe au XXIe siècle - I
Vendredi 22 mai 2015 - 14h
Salle Rossini - 7, rue Rossini 75009 Paris

Editions originales du XIXe au XXIe siècle - II
Samedi 23 mai - 14h
Seconde partie de la vente uniquement sur internet www.drouotonline.com



mardi 5 mai 2015

Deux lettres de Roger Martin du Gard


Parmi les lots de la vente de Livres et Gravures : Seconde Vacation, du 9 mai prochain par le libraire Ferraton à Bruxelles, signalons deux lettres de Roger Martin du Gard qui évoquent Gide :

Lot 912
MARTIN DU GARD, Roger (1881-1958), Prix Nobel de littérature. Lettre autographe monogrammée à un ami, certainement Richard Heyd, éditeur à Neuchâtel, datée de Nice le 9 nov. 1949, 2 p. 8°, l'avant d'une enveloppe adressée à Richard Heyd datée du 20 avr. 1949 joint. Martin du Gard remercie vivement son correspondant pour l'envoi des vol. du Théâtre d'André Gide (Neuchâtel, Îdes et Calendes).
Il compatit à ses tracas et lui demande des nouvelles. Il parle ensuite de Jacques Copeau et de Gide : La mort de Jacques Copeau nous prive d'une exceptionnelle amitié. Nous avons fait le voyage de Pernaud, pour assister aux obsèques. Les rangs de ma génération s'éclaircissent... À qui le tour ? J'ai revu là-bas bien des visages d'autrefois, que les années n'ont pas épargnés, et qui m'ont durement rappelé que la vieillesse est là, et que notre temps est compté... / Gide est rentré à Paris depuis la fin d'octobre. Il ne pensait y faire qu'un court séjour, mais ses projets d'hivernage étaient vagues. Je redoute pour lui le froid, les tentations et les fatigues de Paris ! Il ne va pas mal, mais il lui faudrait une vie au ralenti, un climat doux, de grandes précautions. Le moindre effort le met sur le flanc, et il est perpétuellement sous la menace d'une nouvelle crise, qui pourrait être mortelle.
Estimation : 75-100€
 
Lot 913
MARTIN DU GARD, Roger (1881-1958), Prix Nobel de littérature. Lettre autographe signée à Maurice, certainement son cousin Maurice Martin du Gard (1896-1970), écrivain, fondateur des Nouvelles littéraires dont il est le directeur de 1922 à 1936, datée de Bellême (Orne) le 22 juill. 1925, 4 p. 8°. Après avoir rappelé durant 2 p. son affection ( Affection est bien le nom du sentiment tenace que j'éprouve quand je pense à vous, et que tout autre vocable, sympathie, estime, amitié, n'étiquerait pas... C'est à votre article que je vais toujours, quand j'ouvre votre journal ...), Roger Martin du Gard parle de Gide : Gide est parti. Pour moi, naturellement, ses 'Faux-Monnayeur' sont le meilleur de ses romans. Mais, contrairement à ce que l'on éprouve d'ordinaire pour les grands auteurs, quand on connait l'homme comme je le connais maintenant, on le préfère encore à ses oeuvres, même les plus solides. Aussi je suis mauvais juge. Il parle ensuite des travaux dans sa propriété de famille où il s'installe, de Mme Boyd, sa traductrice...
Estimation : 75-100€



Vente :
vendredi 8 mai 2015 à 13h
samedi 9 mai 2015 à 13h

Exposition :
samedi 2 mai 2015 de 10h à 19h
du lundi 4 mai 2015 au mercredi 6 mai 2015 de 10h à 19h
jeudi 7 mai 2015 de 10h à 18h
 
Chaussée de Charleroi, 162/8
1060 Bruxelles
Belgique

vendredi 1 mai 2015

Ghéon a son site

https://sites.google.com/site/henrigheonetsesoeuvres/


En même temps que se préparaient les Journées Catherine Gide au Lavandou organisées autour de la toile de Théo Van Rysselberghe Une lecture, naissait un Google site consacré à l'un des personnages de cette toile : Henri Ghéon.

Saluons cette initiative qu'on doit à Catherine Boschian-Campaner, biographe de Ghéon dans un ouvrage paru en 2008 aux Presses de la Renaissance : Henri Ghéon camarade de Gide, biographie d’un homme de désirs

On retrouvera sur ce site un premier article inédit de Catherine Boschian-Campaner sur la genèse de   L’Épreuve de Florence, un lien vers un blog ou encore un portrait de Ghéon, croquis préparatoire de Van Rysselberghe pour Une lecture.

L'adresse de ce site s'ajoute bien sûr à la liste des liens de la colonne de droite : Gide et...