vendredi 22 mai 2015

Sauver l'église de la Roque-Baignard


Les églises sont comme les cerveaux. Lorsqu'on ne les ouvre plus assez, elles moisissent.

Il arrive même que la mérule s'y installe et dévore les boiseries. C'est ce qui se produit à l'église de la Roque-Baignard, où la commune lance une campagne de financement participatif pour entreprendre des travaux de traitement contre le champignon et poser une grille qui assurera une ventilation suffisante afin d'éviter sa prolifération.


Dans une lettre de Max Jacob


On trouve au catalogue de la vente de Livres et manuscrits modernes d'Artcurial - Briest-Poulain-F.Tajan, le 22 juin à l'Hôtel Dassault, 7, Rond Point des Champs-Elysées à Paris, un brouillon de lettre de Max Jacob à Jacques Maritain où il est fait allusion à Gide.

Lot 116
Max JACOB
BROUILLONS AUTOGRAPHES D'UNE LETTRE À JACQUES MARITAIN, EN RÉPONSE À SON LIVRE FRONTIÈRES DE LA POÉSIE, PARU EN 1935.

4 p. in-4 encre bleue, signé Max Jacob. Chez madame Moré, à Boussy Saint Antoine par Brunoy, S. et O. Vers 1936. Joint une
enveloppe avec nombreuses notes sur le verso, un profil d'homme dessiné.

Premiers jet, nombreuses corrections, biffures, ratures, renvois.

Max Jacob et Jacques Maritain ont vécu une amitié sincère, et ils ont partagé une admiration réciproque : Maritain reconnaissant en Max Jacob un génie poétique, Max Jacob venant chercher auprès de Maritain des paroles de sagesse et de foi.
Ils sont entrés en relation à partir de 1924, à l'initiative du poète qui envoie au philosophe un exemplaire de son ouvrage L'Homme de chair et l'Homme Reflet avec la dédicace suivante : "À Jacques Maritain, avec l'assurance que le maître verra ce qu'il y a peut-être de nouveauté aux méthodes psychologiques de l'auteur, avec un profond respect et une profonde sympathie en Dieu." On y lit l'admiration de Max Jacob pour la recherche philosophique et spirituelle de Jacques Maritain. Mais, à cette époque, l'auteur du Cornet à dés est déjà chrétien, et il n'appartient donc pas à ce groupe informel d'artistes en quête de conversion. C'est autre chose qu'il vient chercher auprès de Maritain. Il veut trouver une parole libératrice, une réponse à ses angoisses. En effet, le poète est un être profondément tourmenté, hanté par l'enfer et le péché, affligé d'un profond sentiment de culpabilité. Il vit son homosexualité, à l'inverse de Jean Cocteau, comme une atteinte à l'amour chrétien. Il loue chez Jacques et Raïssa Maritain l'ouverture aux êtres et la fidélité aux idéaux.
Dans ce brouillon, tourmenté, chahuté, un canevas presque ! Max Jacob est très admirateur et respectueux, il donne du maître, ce qui n'est pas commun chez lui. Il est même remarquable que lui Max Jacob, ayant connu Apollinaire, Le douanier Rousseau, Picasso, Modigliani et tout ce qui compte de l'intelligentsia de la première moitié du XXe siècle s'adresse à Maritain avec tant de déférence. Dans le même temps il répond à la lecture de son livre Frontière de la Poésie. Lui le poète, l'auteur de l'Art Poétique, ouvrage maintes fois cités par Jacques Maritain, lui répond donc sur la pureté poétique et sur la morale du "Tout pour la tripe" de Rabelais. Il y a la certes un grand écart qui nous amène à Hugo, à Rimbaud, à Raymond Roussel. Il se défend donc de son écriture de sa pensée qu'il veut simple, humaine peut être y voit il un rapprochement avec le monde, le terre à terre de Rabelais.
Bien sûr je ne puis pas répondre à votre Frontières de la Poésie qui dépasse ma force de compréhension. Mais j'y peux tout au plus accrocher des opinions (ce qui est d'un mauvais lecteur, mais d'un lecteur pourtant.) Je me promets des exercices dans la solitude du monastère reconstruit de St Benoît sur Loire et que je compte regagner. Ce récent passé que vous analysez magistralement, profondément, votre livre me servira à le méditer avant la mort, si dieu veut bien que je fasse de sérieuses méditations sur moi-même et sur mes compagnons de routes (1900 - 1936). Plusieurs ont trouvé en votre pensée leur véritable confesseur. Puis je en travaillant encore quelques années à St Benoît, trouver dans votre livre le guide tant cherché toute ma vie de la vraie poésie qui plairait à Dieu. Hélas que n'écrivez vous aussi pour les gens simples comme moi un livre de Sociologie esthétique chrétienne qu'on puisse propager ainsi que l'Abbé Morel compte le faire avec vous en choisissant nos moins mauvais vers chrétiens.
"La pureté poétique est une pureté minérale, la pureté est une vertu humaine" dites -vous. Des enfants inconscients, le Picasso de 1905 et qui ne savaient lier leur esprit abstrait avec leurs émotions ont pris la sécheresse païenne pour de la pureté. D'autres, dupes des mots, ont pris pour de la pureté l'exclusivisme couleur du siècle. Les chemins de Damas de Gide vont du style dépouillé janséniste au Robespierrisme des collectivistes : Gide est un précurseur d'André Breton, lequel est encore plus "pur" puisqu'il ignore les carrefours et l'hédonisme Wildiens. [J'y vois les rameaux incendiaires d'une forte racine démoniaque : l'orgueil cantonal, l'exclusivisme : notre époque est celle des cloisons, cloisons douanières, cloisons raciales, cloisons militaires, cloisons provinciales. La couleur d'une époque compose avec celle des individus. Heureux ceux qui dans le pointillisme (ont l'œil de Dieu) pour discerner les points de vraie lumière. Je demande à Dieu qu'il me donne assez d'intelligence pour me sauver des malentendus.
[…] Rapprochez la au "tout pour la tripe" de Rabelais qui est une parole géniale, une parole qui sépare le corps de l'âme, qui loge l'œuvre dans le corps ou en laisse les guides à l'esprit. C'est la théorie classique de l'extériorisation avec laquelle on peut séparer les classiques comme Hugo et je crois bien Rimbaud et même Raymond Roussel ce sublime conteur de merveilles, qu'Apollinaire après avoir connu Salmon a lâché l'influence des symbolistes" "Ne voyez dans cette lettre pour laquelle je vous demande votre indulgence que l'hommage d'un pauvre homme à un maître admiré et vénéré pour bien des raisons.

Prière me laisser tranquille


Les 22 et 23 mai, la vente Alde d'éditions originales du XIXème au XXIème siècle, verra passer quelques lots affichant des prix amusants. Moins, cependant, que le télégramme envoyé de Taormine par Gide... Autre curiosité, un envoi à Gide que Louÿs a oublier de biffer.

Lot 157
GIDE (André). Les Nourritures terrestres. Paris, Société du Mercure de France, 1897. In-12, maroquin bleu marine janséniste, filets sur les coupes, doublure de maroquin bleu ciel encadrée d'un filet doré, gardes de moire sable, tranches dorées sur témoins, couverture et dos, chemise et étui assortis (J.-P. Miguet).
Édition originale.
Exemplaire sur hollande non numéroté, second papier tiré à 12 exemplaires selon la justification du tirage. (Selon Naville, il existerait un ou deux exemplaires sur japon sans numéro après les 3 du tirage de tête, mais le bibliographe de Gide n'évoque pas d'exemplaires sur hollande non numérotés).
Envoi autographe signé de l’auteur à Mademoiselle Moreno, dont le nom, ainsi que le mot gracieux dans la formule en gracieux hommage, ont été biffés, par Gide lui-même semble-t-il.
Très bel exemplaire en reliure doublée de Jean-Paul Miguet.
De la bibliothèque Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Estimation : 3 000 € / 4 000 €

Lot 158
GIDE (André). Les Caves du Vatican. Sotie par l'auteur de Paludes. Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1914. 2 volumes in-8, maroquin bleu, champ entièrement orné d'un décor de cercles concentriques aux petits points dorés parsemés de 36 petites étoiles au palladium, dos lisse, tête dorée, non rogné, couverture et dos, chemises et étuis assortis (Paul Bonet, 1941).
Édition originale.
Elle est ornée en frontispice d'un portrait de l'auteur gravé au vernis mou par Paul-Albert Laurens.
Tirage unique à 550 exemplaires sur papier chandelle d'Arches.
Parfait exemplaire dans une élégante reliure irradiante de Paul Bonet.
Décrite sous le n°487-488 de ses Carnets, elle appartient à une série de quatre reliures habillant chacune une édition originale de Gide.
Des bibliothèques Paul Baudouin et Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Dos des chemises uniformément passés.
Estimation : 2 000 € / 3 000 € 

Lot 184
LOUŸS (Pierre). Chrysis ou la Cérémonie matinale. Paris, Librairie de l’Art indépendant, 1893. In-8, bradel demi-maroquin vert amande avec coins sertis de filets dorés, dos lisse, tête dorée (Asper, Genève).
Exemplaire d'épreuves de l'édition originale, comportant le cachet de l'Imprimerie Paul Schmidt sur le faux-titre avec l'indication manuscrite : 1re épreuve, le 18 décembre 1893, et quelques corrections typographiques au crayon dans le texte.
Exemplaire offert par l'auteur à André Gide, à qui l'ouvrage est dédié, avec cet envoi autographe : À mon ami André Gide ceci et le reste. PL. La dédicace imprimée en exergue de l'édition est : À mon ami André Gide.
Des bibliothèques Alain de Suzannet (1934, II, n°56) et Jean et Jérémie Lebrun, avec ex-libris.
Teinte de la reliure légèrement passée, restauration au coin du dernier feuillet.
Estimation : 1 200 € / 1 500 €

Lot 354
GIDE (André). Lettre autographe signée. 2 pages in-12.
Lettre relative à un rendez-vous et à Jean Schlumberger.
On joint un télégramme envoyé de Taormine : « Prière me laisser tranquille. André Gide ».
Estimation : 100 € / 150 €




Editions originales du XIXe au XXIe siècle - I
Vendredi 22 mai 2015 - 14h
Salle Rossini - 7, rue Rossini 75009 Paris

Editions originales du XIXe au XXIe siècle - II
Samedi 23 mai - 14h
Seconde partie de la vente uniquement sur internet www.drouotonline.com



mardi 5 mai 2015

Deux lettres de Roger Martin du Gard


Parmi les lots de la vente de Livres et Gravures : Seconde Vacation, du 9 mai prochain par le libraire Ferraton à Bruxelles, signalons deux lettres de Roger Martin du Gard qui évoquent Gide :

Lot 912
MARTIN DU GARD, Roger (1881-1958), Prix Nobel de littérature. Lettre autographe monogrammée à un ami, certainement Richard Heyd, éditeur à Neuchâtel, datée de Nice le 9 nov. 1949, 2 p. 8°, l'avant d'une enveloppe adressée à Richard Heyd datée du 20 avr. 1949 joint. Martin du Gard remercie vivement son correspondant pour l'envoi des vol. du Théâtre d'André Gide (Neuchâtel, Îdes et Calendes).
Il compatit à ses tracas et lui demande des nouvelles. Il parle ensuite de Jacques Copeau et de Gide : La mort de Jacques Copeau nous prive d'une exceptionnelle amitié. Nous avons fait le voyage de Pernaud, pour assister aux obsèques. Les rangs de ma génération s'éclaircissent... À qui le tour ? J'ai revu là-bas bien des visages d'autrefois, que les années n'ont pas épargnés, et qui m'ont durement rappelé que la vieillesse est là, et que notre temps est compté... / Gide est rentré à Paris depuis la fin d'octobre. Il ne pensait y faire qu'un court séjour, mais ses projets d'hivernage étaient vagues. Je redoute pour lui le froid, les tentations et les fatigues de Paris ! Il ne va pas mal, mais il lui faudrait une vie au ralenti, un climat doux, de grandes précautions. Le moindre effort le met sur le flanc, et il est perpétuellement sous la menace d'une nouvelle crise, qui pourrait être mortelle.
Estimation : 75-100€
 
Lot 913
MARTIN DU GARD, Roger (1881-1958), Prix Nobel de littérature. Lettre autographe signée à Maurice, certainement son cousin Maurice Martin du Gard (1896-1970), écrivain, fondateur des Nouvelles littéraires dont il est le directeur de 1922 à 1936, datée de Bellême (Orne) le 22 juill. 1925, 4 p. 8°. Après avoir rappelé durant 2 p. son affection ( Affection est bien le nom du sentiment tenace que j'éprouve quand je pense à vous, et que tout autre vocable, sympathie, estime, amitié, n'étiquerait pas... C'est à votre article que je vais toujours, quand j'ouvre votre journal ...), Roger Martin du Gard parle de Gide : Gide est parti. Pour moi, naturellement, ses 'Faux-Monnayeur' sont le meilleur de ses romans. Mais, contrairement à ce que l'on éprouve d'ordinaire pour les grands auteurs, quand on connait l'homme comme je le connais maintenant, on le préfère encore à ses oeuvres, même les plus solides. Aussi je suis mauvais juge. Il parle ensuite des travaux dans sa propriété de famille où il s'installe, de Mme Boyd, sa traductrice...
Estimation : 75-100€



Vente :
vendredi 8 mai 2015 à 13h
samedi 9 mai 2015 à 13h

Exposition :
samedi 2 mai 2015 de 10h à 19h
du lundi 4 mai 2015 au mercredi 6 mai 2015 de 10h à 19h
jeudi 7 mai 2015 de 10h à 18h
 
Chaussée de Charleroi, 162/8
1060 Bruxelles
Belgique

vendredi 1 mai 2015

Ghéon a son site

https://sites.google.com/site/henrigheonetsesoeuvres/


En même temps que se préparaient les Journées Catherine Gide au Lavandou organisées autour de la toile de Théo Van Rysselberghe Une lecture, naissait un Google site consacré à l'un des personnages de cette toile : Henri Ghéon.

Saluons cette initiative qu'on doit à Catherine Boschian-Campaner, biographe de Ghéon dans un ouvrage paru en 2008 aux Presses de la Renaissance : Henri Ghéon camarade de Gide, biographie d’un homme de désirs

On retrouvera sur ce site un premier article inédit de Catherine Boschian-Campaner sur la genèse de   L’Épreuve de Florence, un lien vers un blog ou encore un portrait de Ghéon, croquis préparatoire de Van Rysselberghe pour Une lecture.

L'adresse de ce site s'ajoute bien sûr à la liste des liens de la colonne de droite : Gide et...

Nouvelles ressources en ligne

Treize nouveaux articles, dix en français et trois en anglais, sont disponibles en lien dans les ressources en ligne du blog.

Il s'agit notamment de plusieurs articles des très actives gidiennes de l'Université de Pitesti, Ariana

Bălașa, Diana Adriana Lefter et Irina Maria Aldea, parus dans la revue Language and Literature – European Landmarks of Identity.

Voilà qui porte à 378 le nombre de textes, articles ou thèses recensés.

jeudi 30 avril 2015

Ambre Fuentes, chasseuse de gidiens


Une intervention aura particulièrement marqué les 2èmes Journées Catherine Gide : celle d'Ambre Fuentes qui a évoqué pour les gidiens présents au Lavandou son projet provisoirement nommé « André Gide autour du monde ». Une enquête poétique et décalée, dans une dizaine de pays où Gide n'a jamais mis les pieds, mais où la jeune femme a cherché à savoir s'il était vrai que, ainsi qu'on l'entend souvent, « On ne lit plus André Gide ».

Next gidian : 180 miles

Partie « sur les traces des lecteurs de Gide », Ambre Fuentes filme son périple au plus près des gens et des choses. Au passage, elle mesure la place aujourd'hui dévolue à la littérature, à la culture française dans les pays qu'elle traverse. Projet qu'elle qualifie « d'expérience totale, à la fois intime et universelle », le récit de ce voyage montre une ouverture à la rencontre et à la surprise des plus gidiennes, tout comme la volonté avouée « d'amincir la frontière entre vivre et lire ».

Porte à porte, visite des principales librairies et bibliothèques de la ville, ou même affiches « Gide wanted » et « Do you know André Gide ? » posées dans New-York, tout est bon pour débusquer les lecteurs. Ou les traducteurs comme Richard Howard. Ou l'amateur de skateboard qui a ajouté une citation de Gide en sous-titre de ses prouesses diffusées sur Youtube... Ambre Fuentes s'attarde aussi dans les rues André Gide au Québec ou encore dans un café littéraire de Taïwan baptisé « La porte étroite ».


 Do you know André Gide ? (Photo Olivier Monoyer)
 
En Espagne, la connaissance de Gide diminue chez les étudiants en littérature malgré de récentes traductions. Tout comme au Portugal où l'âge d'or de la présence culturelle française semble loin. Aux Etats-Unis, Gide est présent dans les universités importantes mais reste scandaleux dès qu'on quitte les grandes villes – et interdit en prison. L'université de San José au Nicaragua consacre une vitrine à Gide mais ne l'enseigne pas : pas assez catholique.

La Nouvelle-Zélande, de l'avis des gidiens rencontrés sur place, est « trop heureuse pour s'intéresser aux inquiétudes de Gide ». Idem en Australie où sa pensée est incompatible avec le mouvement de la société. A Hong-Kong et Singapour, où là aussi la littérature française recule, Gide est l'archétype du type français. Au Japon il reste une figure importante, notamment grâce à la poésie appréciée dans ses écrits, et qui passe bien dans la traduction vers le japonais, tout comme l'anglais modernise son style.


 Ambre Fuentes (Photo Olivier Monoyer)


Je retrouve ces trop lapidaires commentaires dans mes notes, où j'ai aussi consigné les bémols apportés par Ambre Fuentes : bien sûr, tout ceci est un portrait subjectif et mouvant de l'ombre de Gide à travers le monde. Mais des lignes de force se dégagent : la baisse, partout, du niveau culturel des universitaires qui délaissent la littérature pour les études de genre ou la critique structuraliste. Tant mieux, ce sont souvent ceux qui dissèquent Gide qui vont répétant qu'on ne le lit plus. L'écoute du monde prouve chaque jour qu'une cohorte de lecteurs ordinaires et fervents découvre et partage Gide.

Les quelques minutes de film montées tout spécialement pour l'occasion promettent de faire entendre haut et fort cet écho gidien quotidien. Sa voix toute française mais immédiatement traduisible. Sa morale de l'effort, d'une libération qui sait se tenir. Son ironie envers les religions comme l'athéisme, qui rend son œuvre plus que jamais nécessaire. Sa poésie, son « drôle à lui », restitués par Ambre Fuentes dans ces quelques images. Des images qui donnent très envie d'en voir davantage, et laissent augurer d'une œuvre importante, pour Gide comme pour sa réalisatrice.


dimanche 26 avril 2015

Visite à la villa de Théo Van Rysselberghe

(Cette visite a eu lieu dimanche 19 avril 2015 dans le cadre des Journées Catherine Gide, en prolongement d'une exposition et de conférences autour de la toile Une lecture de Théo Van Rysselberghe.)

La villa de Théo Van Rysselberghe a été construite en 1910, sur une maison existante et des plans de son frère Octave Van Rysselberghe, dans le quartier Saint-Clair au Lavandou. C'est là, entre les collines et les vignes, avec vue sur la mer, que les peintres viennent chercher en ce début de XXème siècle la lumière et les paysages promis par Elisée Reclus, dans le guide Hachette Les villes d'hiver de la Méditerranée et les Alpes Maritimes (1864) :

« Les montagnes des environs de Bormes sont garnies de  bois de pins; mais les pentes bien exposées qui environnent cette petite ville sont très-fertiles. Son territoire est couvert de vignes, d'oliviers et d'arbres fruitiers; ses jardins sont plantés d'orangers en pleine terre. On y remarque, au quartier Saint-Clair, des poncires ou cédrats, qui acquièrent un volume extraordinaire. On y voit aussi de beaux palmiers.
« Des coteaux sur les pentes desquels est assise la ville de  Bormes, l’œil s'égare avec délices sur les eaux bleues de la  Méditerranée, et, revenant en arrière, il se promène et se  repose sur cette vaste et belle rade d'Hyères, qui, entourée  de ses îles comme d'un rang de cyclades, rappelle à l'imagination les golfes riants de la mer Égée, d'où quelques colonies grecques apportèrent autrefois en Provence les premiers  germes de la civilisation.

La rade de Bormes, beaucoup plus ouverte que celle d'Hyères, n'est en réalité qu'une grande baie de forme arrondie, offrant à l'entrée une centaine de mètres de profondeur. Les navires mouillent devant le petit village du Lavandou, dans un endroit bien abrité du mistral. »




Le voisin actuel de la villa continue de faire pousser les citronniers et orangers, peut-être même encore les poncires et les cédrats. Mais plus de vignes devant la maison...




Des projets de transformation de la maison en musée des peintres du Lavandou devraient avoir raison des vilaines verrues que constituent ces panneaux posés, certes pour la bonne cause, mais aux plus mauvais endroits.




La vue sur la baie a elle aussi disparu, même depuis le balcon du deuxième étage. Mais pour le reste, il semble encore flotter à l'intérieur de la villa et dans son jardin un peu de l'esprit des lieux.







Aux murs, les batiks nous rappellent combien ces tissus étaient alors à la mode au début du siècle dernier. On se souvient que Gide les aimait beaucoup. Il en achète chez les Van Rysselberghe (« pour cent-trente-deux francs », précise-t-il dans son Journal), en offre à Clara Malraux... 

L'ami de Van Rysselberghe, Henry Van De Velde, appréciait tout particulièrement cette technique alors nouvellement importée. On sait aussi que Théo et Maria hébergèrent chez eux à Paris, au Laugier, Erica von Scheele, élève préférée de Van de Velde qui a réalisé de nombreux batiks décoratifs.

Le motif de ces batiks, des paons, ne pouvait que séduire Théo Van Rysselberghe, proche du groupe des Peacocks (les Paons, en anglais). Il sous-titre d'ailleurs sa toile La Promenade (1901) La Peacock March en référence à ces femmes du groupe des Peacocks : Marie Closset, en littérature Jean Dominique, Blanche Rousseau et Marie Gaspar.






Dans l'atelier de Théo, le grand bow-window laisse entrer la lumière du nord, dont profite aujourd'hui encore les artistes de l'école d'arts plastiques du Lavandou





 

Au moment de sortir, le XXIème siècle nous rattrape...


Mais trêve de nostalgie : la villa de Théo a de l'avenir, puisque la ville du Lavandou l'a rachetée en 2007 et a pour elle de beaux projets. Raphaël Dupouy, attaché culturel de la ville, nous présente la restitution de la façade dans sa composition un peu vénitienne, l'accès par le jardin et la destination du futur espace muséographique consacré aux peintres du Lavandou. Et plus généralement au néo-impressionnisme.

En plus d'expositions temporaires, un fonds consacré à ce mouvement pourrait y trouver abri. L'une des chambres de l'étage pourrait également accueillir des artistes en résidence, tandis que le rez-de-chaussée continuera d'héberger l'école d'arts plastiques. Pour ce faire, une convention avec la Fondation du Patrimoine a été signée et la commune recherche des mécènes.



Il faut enfin rappeler que la commune du Lavandou, et Raphaël Dupouy en particulier (voir cet ancien billet), œuvrent depuis longtemps pour la connaissance des peintres qui, comme Van Rysselberghe et Cross, ont posé là leur chevalet. Les panneaux du chemin des peintres ponctuent une belle balade à travers la ville, balade qui passe bien évidemment par la villa de Théo.





Exposition, conférences et concert «Autour d'Une lecture»


 L’exposition se poursuit jusqu'au 30 mai à la mairie du Lavandou

La toile de Théo Van Rysselberghe intitulée Une lecture regroupe autour d'Emile Verhaeren, veste rouge et geste lyrique, ses amis André Gide, Francis Viélé-Griffin, Félix Fénéon, Henri-Edmond Cross, Maurice Maeterlinck, Henri Ghéon et Félix Le Dantec.

Point de départ d'une exposition, de conférences et d'une visite à la villa de Théo, ce tableau fut au centre de la deuxième édition des Journées Catherine Gide, organisées du 17 au 19 avril derniers au Lavandou. Et avec lui la peinture, la poésie, la critique et les revues littéraires, les mouvements sociaux ou encore l'amitié...


Jean-Pierre Prévost a conçu l'exposition et en a tiré un livre

L'exposition conçue par Jean-Pierre Prévost s'organise autour d'une copie de la toile peinte en 1903. Portrait de groupe, « portrait d'amis » selon Théo Van Rysselberghe qui ne veut blesser aucun des poseurs, Une lecture est avant tout un portrait en mouvement de Verhaeren ; mouvement intellectuel, corporel mais aussi social.

La veste rouge du poète, le prolongement de sa main font le foyer irradiant vers les auditeurs attentifs. Aux juxtapositions de couleurs pointillistes répond cette grande opposition qui établit la grandeur de Verhaeren, mais raconte aussi l'homme chaleureux, énergique. Tout autour de la reproduction de l'œuvre originale, les personnages qui la composent sont racontés à l'aide de nombreux documents, de ces images et photographies souvent rares dont Jean-Pierre Prévost a le secret.


 Une photo de Théo et Maria Van Rysselberghe à Paestum en 1908 
(où André Gide et Catherine poseront également en 1947),
la recette de la crème au citron par Félix Fénéon sur un papier à en-tête 
de La revue blanche ou un dessin préparatoire de Théo représentant Gide...


Jean-Pierre Prévost ouvre la journée de conférences en retraçant la genèse de la toile, de la constitution de la liste pressentie des poseurs à sa lente exécution, en passant par les croquis préparatoires. Portrait de groupe, « portrait d'amis » selon Théo Van Rysselberghe qui ne veut blesser aucun des poseurs, Une lecture est avant tout un portrait en mouvement de Verhaeren ; mouvement intellectuel, corporel mais aussi social. La toile a été montrée pour la première fois au Salon de La libre esthétique de Bruxelles du 25 février au 9 mars 1904.

Peter Schnyder

Cet « autoportrait relationnel » de Van Rysselberghe illustre d'ailleurs les échanges entre la France et la Belgique. Chez Gide notamment souligne Peter Schnyder. Gide a en commun avec Verhaeren et Van Rysselberghe un « art de bien faire », une morale de l'effort qui surmonte les difficultés du travail. « La Vie est à monter, et non pas à descendre », affirme Verhaeren dans son poème Les Rêves. « Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant », confirme Gide dans Les Faux-Monnayeurs. Quant à Théo Van Rysselberghe, sa femme Maria nous dit de lui qu'il « aurait cru tricher en s'abandonnant à sa pente. »

Raphaël Dupouy

Comme le rappelle Raphaël Dupouy, Van Rysselberghe partage avec son confrère Cross l'amour du Lavandou, de ses lumières et de ses paysages. C'est Elisée Reclus qui fait les premières « peintures » de la région dans le guide Hachette Les villes d'hiver de la Méditerranée et les Alpes Maritimes (1864). L'arrivée du chemin de fer à Hyères, en 1875, amplifie ce mouvement balnéaire et pictural. « Il reste à redécouvrir Cross, au travers de ses liens et de son influence sur Matisse par exemple », assure encore Raphaël Dupouy. Avis aux éditeurs qui voudraient publier ses carnets !


Pierre Masson

Pierre Masson nous remet en mémoire un certain programme du jeune Gide annoncé en 1891 à Valéry : « Mallarmé pour la poésie, Maeterlinck pour le drame – et, quoiqu'auprès d'eux je me sente bien un peu gringalet, j'ajoute Moi pour le roman. » Maeterlinck sort déjà du tableau, Mallarmé est mort, remplacé par Viélé-Griffin (qui remplace aussi Henri de Régnier, d'abord pressenti pour le tableau). Le remplaçant sera très remplaçable pour la postérité...


Claire Paulhan

A Claire Paulhan revient la tâche d'éclairer la belle figure de Félix Fénéon, découvreur du post-impressionnisme et soutien de la première heure de tous les génies du siècle finissant. Présent dans toutes les petites revues de l'époque (Claire Paulhan en citera une bonne trentaine en cinq minutes de biographie), Fénéon n'y est pourtant nulle part : il ne signe jamais ses articles de critique. Son nom n'apparaîtra que sur un rapport de police de 1892 le qualifiant « d'anarchiste très convaincu », et sur la couverture du recueil que Jean Paulhan lui consacrera dans les années 40. Ce n'est pas un hasard s'il figure debout et fier sur la toile.

Pierre Masson évoque enfin « Gide et Ghéon, deux auteurs en quête d'une doctrine ». « Ou d'une stratégie pour dire et se dire », poursuit le président des Amis d'André Gide. Ghéon est le « camarade de Gide », celui avec qui il partage les frasques sexuelles mais ne peut partager de secret vraiment scellé... La conversion de Ghéon en 1915 marquera la rupture.


Deux mouvements du Trio Op. 29 
de Vincent d'Indy pour clore la journée

Ces figures qui nous paraissent aujourd'hui lointaines, cendres très refroidies, ont œuvré pour faire émerger de nouvelles idées dans les arts, dans la société. Et Pierre Masson de donner une autre explication possible pour ce tableau : « La toile montre une communauté d'hommes et d'idées. Des hommes qui veulent réinventer les idées à neuf et que l'on voit ici avant leurs divergences – divergences qui n'auront d'ailleurs le plus souvent rien à voir avec l'art. »

Pour clore la journée en musique, le choix de Vincent d'Indy s'imposait : son influence fut grande en Belgique où il participa au Cercle des XX, qui allait devenir La libre esthétique. Tandis que Fénéon choisissait les toiles exposées, Vincent d'Indy était chargé de la programmation musicale. Van Rysselberghe fera son portrait en 1908. Thierry Maison, clarinette, Michel Hennequin, violoncelle, et Emilie Auger, piano, ont interprété deux mouvements du Trio en si bémol majeur Op. 29, composé en 1887.




Un livre reprend les documents de l'exposition 
et retrace la genèse de la toile :  
Une lecture, Théo Van Rysselberghe 1903
de Jean-Pierre Prévost, 
aux Editions Orizons, 
avril 2015, 230 pages, 20€. 
 


à suivre : 

mercredi 22 avril 2015

Colloque Gide, l'identité à l'épreuve de la littérature

Colloque  
Gide, l’identité à l’épreuve 
de la littérature
28-30 mai 2015
Université de Lorraine (site de Metz)
UFR ALL – METZ, salle Pierre Grappin A 208)

Centre d’Études Gidiennes - Écritures (EA 3943)
Responsable scientifique : Jean-Michel Wittmann





La question de l’identité est centrale dans les écrits de Gide. Pour ce passeur de culture, l’écriture est
le moyen de redéfinir sa propre identité, en interrogeant le lien entre singularité individuelle et identité collective.
Cette réflexion nourrit et façonne une écriture de l’intime sans cesse revivifiée par la confrontation et le dialogue avec d’autres, à travers les voyages, les lectures, les rencontres et les échanges épistolaires.
Ouverte et tournée vers l’autre, vers l’étranger, son oeuvre met en question les représentations de soi et des autres qui sont reflétées et construites dans les littératures et les cultures européennes et orientales.

Programme

JEUDI 28 MAI 2015

9 h 30 Accueil
Jean-Frédéric Chevalier, directeur du laboratoire Ecritures
Jean-Michel Wittmann

Gide et l’étranger : regards croisés

10 h – 11 h

Pierre Masson, Université de Nantes
« Arabes et noirs, quelle identité pour les colonisés ? »

Maja Vukusic Zorica, Université de Zagreb (Croatie)
« L'identité russe et soviétique à l'épreuve du regard gidien »

11 h 30 – 12 h 30

Marit Karelson, Université de Tartu (Estonie)
« Faire vivre le présent, construire une culture : Johannes Semper et l’héritage de Gide ».

Carmen Saggiomo, Université de Naples II (Italie)
« De Gide à Leonardo Sciascia : un avatar italien de Nathanaël »

Singularité individuelle et normes collectives

14 h 30 – 15 h 30

François Bompaire, Université Paris 4-Sorbonne
« Je et Les autres : ironie et formes complexes de l'individualisme »

Ryo Morii, Université Paris 7 – Diderot
« L’individu face au groupe : Gide et le solidarisme »

16 h – 17 h

Jean-Michel Wittmann, Université de Lorraine
« Par-delà le féminisme, l’individualisme ou la question des minorités : la trilogie de L’Ecole des femmes »

Enrico Guerini, Université de Bologne (Italie)
« Gide et Green : vers l’affirmation d’une identité homosexuelle »

VENDREDI 29 MAI 2015

Ecriture et identité individuelle (I)

9 h – 10 h 30

Alain Goulet, Université de Caen
« Le protéisme de Gide à l’épreuve des Caves du Vatican »

Akio Yoshii, Université du Kyushu (Japon)
« Une analyse textuelle du début et de la fin de Si le grain ne meurt »

Patrick Pollard, Birkbeck college, Université de Londres (Royaume-Uni)
« Gide traducteur à la recherche de son alter ego »

11 h – 13 h

David H. Walker, Université de Sheffield (Royaume-Uni)
« La goutte, la vague et la mer : forme et substance du moi gidien »

Stéphanie Bertrand, Université du Luxembourg (Luxembourg)
« L’aphorisme paratextuel, une co-construction de l’identité de l’écrivain ? »

L’identité collective en question

14 h 30 – 15 h 30

Hélène Baty-Delalande, Université Paris 7 – Diderot
« Une route de plus en plus étroite : Gide et l’identité nationale (1939-1945) »

Maaike Koffeman, Université de Nimègue (Pays-Bas)
« Gide, la NRF et l’affirmation d’une identité collective »

16 h – 17 h

Frank Lestringant, Université Paris 4 – Sorbonne
« Gide et les Juifs : l’antisémitisme et l’amitié »

Jean-Pierre Prévost
« Gide et Blum »

SAMEDI 30 MAI 2015

Ecriture et identité individuelle (II)

9 h 30 – 11 h

Christine Armstrong, Denison University (Etats-Unis)
« Terre normande, nourriture de l’ailleurs : orphelins gidiens en quête de soi (L’Immoraliste, La porte étroite et Isabelle) »

Peter Schnyder, Université de Haute-Alsace
« Gide épistolier et la question de l’identité »

Frédérique Toudoire-Surlapierre, Université de Haute-Alsace
« Il y a un Chopin intime que l’on ne connaît pas. Coupez. »