vendredi 2 décembre 2016

Obsession célinienne

A la vente de Livres & Manuscrits du 14 décembre chez Cornette de Saint Cyr à Paris, on verra passer au lot 77 deux lettres de Louis-Ferdinand Céline. Dans la seconde, datant de 1954 et faisant allusion à la remise du prix Nobel à Hemingway, Céline revient sur son obsession :
"Moi, regarde si j'avais conseillé à tous les jeunes gens de se faire enc… j'aurais remporté le Nobel, comme Gide ! le parlement aurait voté un budget spécial pour acheter ma maison ! la convertir en musée !"

vendredi 11 novembre 2016

Du côté des ventes aux enchères


La vente aux enchères Tableaux Suisses et Internationaux et Vins le 26 novembre par Galartis SA à Lausanne présente, au lot 309, une petite huile sur carton de Maurice Denis, réalisée lors de son séjour en 1904 à Cuverville, chez les Gide.



Lot 309
DENIS Maurice, 1870-1943 [FR].

Reflet de soleil couchant dans la mare, c. 1900,
huile sur carton (23 x 38.5 cm).
Monogrammé b. d.
Le croquis de ce tableau a été fait lors du séjour du peintre à Cuverville, en 1904, chez son ami André Gide. Ce dessin a donc permis de préciser la date d'exécution de l'huile et a permis de situer géographiquement le tableau
Estimation : 30 000 CHF / 40 000 CHF

 *

Le 2 décembre à Prague, lors d'une vente d'Art Moderne chez Kunsthaus Lempertz, le petit buste en terre cuite de Renée Sentenis représentant Gide refait surface. C'est le jeune écrivain allemand Joseph Breitbach, qui s'est proposé à Gide pour l'aider dans ses pourparlers avec Deutsche Verlags Anstalt pour l'édition allemande des Nourritures terrestres, qui présente le sculpteur à Gide. Elle réalise le buste en mai 1930, lors du séjour de Gide à Berlin.

La fiche ne précise pas que ce buste a été la propriété de Joseph Breitbach jusqu'en 1965, passant alors dans la collection de Maurice Saillet jusqu'à la vente de la bibliothèque de ce dernier chez Drouot-Richelieu de 1989. Renée Sintenis est quant à elle célèbre pour sa sculpture qui récompense le meilleur film au festival de Berlin : l'Ours d'or.

Lot 374
Renée Sintenis
Porträt André Gide
Terracottaplastik. Höhe 33,5 cm. Auf Holzsockel (5,5 x 5 cm) montiert. Unbezeichnet. - Der Holzsockel mit wenigen leichten Wasserflecken.

Berger/Ladwig 94; Buhlmann 27

Provenienz
Privatsammlung Dr. Frank Rümelin; seitdem Familienbesitz, Norddeutschland

Ausstellungen
Berlin 1932 (Akademie der Künste), Herbstausstellung der Akademie der Künste, ohne Kat. Nr,; Hannover 1933 (Kunstverein Hannover), 101. Große Frühjahrsausstellung, Kat. Nr. 238; Berlin/Osnabrück/Regensburg/Fiedberg/Düren 1983/84 (Georg-Kolbe-Museum/Kulturgeschichtliches Museum/Ostdeutsche Galerie/Galerie im Alten Rathaus/Leopold-Hoesch-Museum), Renée Sintenis. Plastiken. Zeichnungen, Druckgraphik, Kat. Nr. 31, mit Abb. 14; Paris 1964 (Musée d' Art Moderne de la Ville de Paris), 9. Exposition-Internationale, o.Kat.Nr
Estimation : 2 500 €
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Signalons enfin plusieurs éditions originales, dont certaines avec envoi autographe ou carte de visite jointe, qui passeront à la vente Alde d'Éditions Originales des XIXe et XXIe siècles le 2 décembre à Paris :

Lot 137
GIDE (André). - La Tentative amoureuse. Paris, Librairie de l'Art indépendant, 1893. In-12, bradel vélin ivoire, filet doré, dos lisse orné du nom de l'auteur et du titre dorés encadrés d'un filet doré, tranches dorées sur témoins, couverture et dos, étui (P.-L. Martin).
Édition originale. Un des 150 exemplaires sur vélin teinté. Bel exemplaire relié en vélin par Pierre-Lucien Martin.
Estimation : 300 € / 400 € 

Lot 138
GIDE (André). - Les Nourritures terrestres. Paris, Société du Mercure de France, 1897. In-12, demi-chagrin marron avec coins, tête dorée, couvertures et dos (Durvand).
Édition originale. Envoi autographe signé au directeur de la revue L'Art et la vie, Maurice Pujo. De la bibliothèque Arnold Naville, avec ex-libris.
Estimation : 800 € / 1 000 € 

Lot 139
GIDE (André). - L'Immoraliste. Paris, Société du Mercure de France, 1902. In-16, broché, couverture bleue.
Édition originale de l’une des œuvres les plus significatives de Gide, qui « consacra son originalité et sa maîtrise aux yeux du public lettré » (En français dans le texte, n°330).
Tirage unique à 300 exemplaires sur vergé d’Arches. Édition typographiquement imitée de la deuxième édition du Faust de Goethe traduit par Nerval, dite « édition bleue », parue en 1835. Envoi autographe signé, dont le nom du destinataire a été découpé. Couverture insolée avec petites déchirures sans manque. Talvart & Place, VII, 42, n°16-A.
Estimation : 600 € / 800 € 


Lot 141
GIDE (André). - La Symphonie pastorale. Paris, Nouvelle Revue Française, 1919. In-16, broché, couverture bleue.
Édition originale. Exemplaire du second tirage avec le titre et le dos de la couverture à la date de 1920 et l'achevé d'imprimer du 15 décembre 1919. Un des 143 exemplaires in-8 tellière sur vergé d'Arches, celui-ci un des 100 réservés aux bibliophiles de la NRF, nominatif pour M. Ch. Chatelin. Talvart & Place, VII, 46, n°32-A.
Estimation : 1 000 € / 1 200 € 

Lot 142
GIDE (André). - Morceaux choisis. Paris, Nouvelle Revue Française, 1921. In-16, broché, chemise demi-maroquin noir et étui.
Première édition, en partie originale, de cette anthologie qui comprend une dizaine de textes inédits, illustrée d'un portrait-frontispice. Exemplaire annoté par Paul Souday et enrichi de 3 feuillets autographes du critique. En marges des pages : critiques et éloges, questions ironiques et interjections (« t. b. », « c'est vrai », « Il n'y a pas de perfection partielle », « idiote équivoque », « sale chrétien », « galimatias », « oui », « non », « merde », ), points d'interrogations et d'exclamations, un nom propre masqué restitué, passages marqués d'un trait, commentaires concernant les avis de Gide sur Balzac, Barrès, Baudelaire, etc. Par exemple, Gide assume son individualisme face aux critiques de Barrès (p. 56), et Paul Souday inscrit en marge : « Ne vous inquiétez pas de cela. Soyez objectifs ! Cherchez le vrai et le beau ». Le manuscrit autographe de Paul Souday, index de ses remarques principales formulées dans l'ouvrage de Gide (au verso de deux ff. in-12 portant des brouillons autographes signés de lettres, placés dans un enveloppe de papier cristal montée en tête).
Une carte de visite d'André Gide (« en voyage ») est également jointe. Des bibliothèques Paul Souday (1930, n° 300) et Lucien-Graux (1959, IX, n°105), avec ex-libris.
Estimation : 500 € / 600 €


Lot 143
GIDE (André). - Ensemble cinq ouvrages.
Nouveaux prétextes. Réflexions sur quelques points de littérature et de morale. Paris, Mercure de France, 1911. In-12, broché. Édition en partie originale. Exemplaire du service de presse. La Marche turque, extrait de La Nouvelle revue française, n° 68, 1er août 1914. In-8, bradel demi-toile grège. Édition préoriginale d'un passage de son Journal rédigé lors de son voyage en Turquie en avril-mai 1914. Attendu que... Alger, Charlot, 1943. In-8, broché. Première édition sous ce titre de ce choix d'« Interviews imaginaires ».
– Émile Verhaeren. Liège, Lampe d'Aladdin, 1927. Petit in-12, bradel demi-maroquin noir avec coins, tête dorée, couverture. Édition originale. Un des 40 exemplaires sur vélin teinté, nominatif. Hommage à André Gide. 1869-1951. Numéro spécial de La Nouvelle revue française, novembre 1951. In-8, broché. Édition originale parue l'année de la mort de Gide, exemplaire numéroté sur vélin Lafuma-Navarre. 4 planches hors texte.
Estimation : 200 € / 300 €

Carrive, aux alentours de Gide


Le 17 novembre 2016, Tajan proposera aux enchères la bibliothèque de Jean Carrive, curieusement réduit à l'état « d'écrivain surréaliste », puisqu'il n'est question ici que de sa bibliothèque surréaliste et de ses échanges avec les membres du mouvement.

Né en 1905 dans une famille protestante modeste du Bordelais, le jeune Jean Carrive écrit à Breton alors qu'il n'a que 15 ans.
Une relation se noue rapidement, relation forte comme on peut le voir dans l'une des lettres de Breton mises en vente, et dans laquelle il est rapidement fait mention d'André Gide :

« Depuis trois ans que je dirige Littérature, avec tout le désespoir que cela suppose, je n’ai jamais reçu de lettres qui aient autant de raisons de m’émouvoir que les vôtres. Dans ce conflit, après tout terrible, qui est celui du subjectif et de l'objectif, je n'ai rien enregistré pour mon compte que de déplorable. Les rencontres sont rares. Moi qui ai écrit spontanément à Valéry (1913), à Apollinaire (1915), à Tzara (1917), à Picabia (1918), et même à Baron (1922), il est extraordinaire qu’on soit venu me trouver (Eluard, Gide ! Proust ! Péret). C’est à se demander bien souvent si ce qu’on croit faire (dans le sens de l’absolu, pourquoi pas ?), n’est pas tout à fait vain et comment il se fait, tout de même, que presque personne au monde n'ose ce geste que vous avez fait et qui, c'est sans doute très sot, me rend tout-à-coup une foi immense. Je vous disais que j'avais presque toujours fait les premiers pas. Je n’ai jamais rencontré, ce qui s’appelle rencontrer, que Vaché (ah ! oui) et Aragon. Mais vous, vous venez en somme de très loin, et vous touchez d’emblée à un de mes deux ou trois points sensibles : Ducasse, Sade aussi, ce qui est beaucoup plus curieux. De cela, je vous rends infiniment grâce, et rien que pour ces paroles, vous me trouverez toujours quand vous aurez besoin de moi. »

On est en 1923, Carrive a 18 ans, Breton à peine dix de plus. Il cheminera encore quelques années avec les surréalistes, comme en témoignent les archives André Breton, puis s'éloignera à partir de 1928, sans rompre complètement avec Breton. C'est probablement grâce aux recommandations de ce dernier, qu'aux côtés d'Adamov et Monny de Bouly, il commence à s'intéresser à Kafka, avant de poursuivre ses recherches à Breslau, l'actuelle ville polonaise de Wroclaw alors allemande, où il rencontre sa future épouse, Charlotte Behrendt.

La jeune femme est issue de la bourgeoisie cultivée, le fameux « Bildungsbürgertum », d'une famille d'origine juive, convertie au protestantisme et à la « Kulturreligion » : l'un de ses ancêtres est Moïse Hess, le premier communiste et sioniste allemand, qui publiait la Gazette Rhénane avec Karl Marx à Paris ; son père, Fritz Behrendt, était l'architecte de la ville de Breslau ; sa mère et sa tante furent les premières femmes allemandes de formation universitaire... Un milieu qui n'est pas sans rappeler ceux fréquentés par Gide en Angleterre et au Luxembourg.

Après l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, Jean Carrive convainc Charlotte de s'installer en France, en Gironde. Ils se marient en 1934 et commencent leurs travaux de traductions, lui Kafka, elle Rilke. Carrive traduira les pièces courtes de Kafka, tandis que Vialatte s'occupe des romans, ou de la pièce Le Procès dont Gide et Jean-Louis Barrault tireront une pièce.

Parmi les nouvelles amitiés littéraires de cette époque, citons encore ceux que Carrive nomme « les Pierre géniaux »: Pierre Bertaux, Pierre Leyris et Pierre Klossowski, qui avaient été tous trois élèves dans la même classe au lycée Janson-de-Sailly. Gide était alors le « répondant » du jeune Pierre Klossowski, avant d'en faire, brièvement, son secrétaire. Klossowski dont la mère est née, comme Charlotte Carrive, à Breslau...

C'est d'ailleurs Klossowski qui prononcera l'oraison funèbre à la mort de son ami Carrive, en 1963 :
« Toute votre vie si intense, si rapide et si allègrement dépensée dans la solidarité des souffrances, mais aussi dans une franche aspiration à la beauté de la vie (…), votre certitude de retrouver et de maintenir la splendeur des mondes disparus comme autant de raisons d'être pour l'homme aujourd'hui, voilà bien ce qui fait de vous une digne et singulière figure de la race humaniste du libre examen, cette secrète nation qui, par-delà la révocation de l'édit de Nantes, a marqué et approfondi la conscience française en l'enrichissant de cette rare propension à une incessante interrogation de soi-même, la douant aussi d'une curiosité jamais satisfaite à l'égard de tout ce qui doit décider de nos destins. »
Il ne semble pas y avoir de traces d'échanges entre Gide et Carrive, malgré ces passerelles et points communs.

samedi 29 octobre 2016

Gidobaque, mais quand même swag


Le phénomène gidobaque peut aussi donner lieu à d'amusantes, même si approximatives, tentatives d'actualisation :

vendredi 21 octobre 2016

Du côté de la Twittosphère

Emmanuel Macron était à Montpellier mardi 18 octobre pour le troisième et dernier meeting de « diagnostic » de l'état de la France.

« Après "La France qui subit" à Strasbourg et "la France qui choisit" au Mans, c'est sur le thème de "la France qui unit", que l'ancien ministre de l'Economie a enjoint pendant près d'une heure et demie la France à ne pas se penser "fragile", en citant pêle-mêle Albert Camus, André Gide, Jean Vilar mais aussi Danton et les tirailleurs sénégalais. », nous apprenaient les journaux dès le lendemain.

La twittosphère nous apprenait même qu'Emmanuel Macron avait soulevé les foules avec l'évocation de... La Symphonie pastorale !













En voilà un qui a retenu les leçons de son professeur de français...

Ce qui ne sera peut-être pas le cas de cette lycéenne qui vient d'achever Les Faux-monnayeurs :










Le phénomène désormais connu sous le nom de code "Gidobaque" n'en est qu'à ses premières victimes...


BAAG 191/192


Le Bulletin des Amis d'André Gide, n°191-192 automne 2016, est paru. Il est entièrement consacré à la publication des interventions des 3èmes Journées Catherine Gide qui, en avril dernier au Lavandou, se penchaient vers la Petite Dame.

Sommaire :

  • Peter SCHNYDER et Juliette SOLVÈS : « Je me réjouis immodérément de vous revoir. » Quelques particularités de la Correspondance André Gide - Maria Van Rysselberghe :
  • Martine SAGAERT : Maria Van Rysselberghe, une femme libre, une personnalité littéraire
  • Pierre MASSON et Cornel MEDER : Maria Van Rysselberghe et Aline Mayrisch, histoire d'une amitié 
  • Raphaël DUPOUY : M. Saint-Clair, un pseudonyme éclairant
  • Pierre MASSON : Gide sous le regard de la Petite Dame
  • Jean-Pierre PREVOST : André Gide et la graphologie
André Gide aux Treilles : Chronique bibliographique
Gidiana
Cotisations et abonnements 2017

Pour les membres de l'Association des Amis d'André Gide, il s'accompagne d'une nouvelle édition du Journal 1891-1892 de Madeleine Rondeaux, présenté et annoté par Pierre Masson.

Bonne idée que de donner une vie propre à ce court texte, que Claude Martin avait publié dans les BAAG n°35 et n°36 de juillet et octobre 1977. Deux carnets que Schlumberger avait signalés dans Madeleine et André Gide sans en mesurer l'importance.

Ce Journal destiné à maintenir le lien entre les deux cousins, au moment crucial de la parution des Cahiers d'André Walter, et donc de la demande en mariage de Gide à Madeleine, témoigne de la proximité culturelle autant qu'amicale (pour étrange qu'elle soit, c'est encore l'épithète qui convient le mieux...) des deux jeunes gens.

Dans son introduction, Pierre Masson souligne également tout ce que ce mariage longtemps qualifié d'infertile — acarpe, aurait dit Gide — a eu bien au contraire de productif. Madeleine s'incarnant tour à tour dans les personnages féminins de Gide, mais nourrissant également ses images, ses thèmes ou même son saugrenu...

Gide-Malraux à Carros




L'exposition Gide-Malraux, 30 ans d'amitié, poursuit sa route et fait halte du 5 novembre au 17 décembre à Carros, dans les Alpes-Maritimes.

samedi 1 octobre 2016

André Gide inspire David Maes au Musée d'Uzès




Depuis 2010, le musée d’Uzès s’associe à la biennale de l’estampe organisée par l’association SUDestampe dans divers lieux du Gard. Du 30 septembre au 31 décembre 2016, David Maes investit à nouveau la salle André Gide du musée pour y présenter des estampes spécialement réalisées pour l’exposition, librement inspirées par deux livres d’André Gide : Thésée et Et nunc manet in te.

L'artiste explique ce qui, dans les œuvres de Gide, continue de l'inspirer :
« Brigitte Chimier, conservateur du musée Georges Borias, m’a proposé de réaliser une série de gravures en relation avec l’œuvre d’André Gide. Ce sont ces gravures que je présente au musée dans le cadre de la biennale de l’association SUDestampe et de la manifestation miNuit Blanche à Uzès.

Deux livres de Gide ont attiré mon attention, Thésée (1946) et Et nunc manet in te (1951). Le thème du sacrifice parcourt ces deux livres, et c’est à partir de ce thème que j’ai choisi de travailler. Sacrifice compris dans sa double acception : celle de l’offrande faite à une divinité, celle du renoncement volontaire à quelque chose ou à quelqu’un.

Offrande

Dans Thésée, Gide bâtit un récit autour de ce personnage complexe de la mythologie grecque. Thésée est celui qui réussit à tuer le Minotaure, ce monstre possédant le corps d’un homme et la tête d’un taureau, né des amours de Pasiphaé et d’un taureau blanc envoyé par Poséidon. Le Minotaure fut enfermé par le roi Minos dans le labyrinthe, situé à Cnossos (Crète) et conçu par Dédale, afin qu’il ne puisse s’en échapper et que nul ne découvre son existence.

Lors d’une guerre provoquée par la mort d’un des fils du roi Minos, Athènes est affamée par un terrible siège qui ne prend fin qu’à partir du moment où les Athéniens proposent à Minos de choisir le tribut qu’il veut pour le lever. Minos exige alors que tous les neuf ans, Egée, roi d’Athènes et père de Thésée, lui livre sept jeunes hommes et sept jeunes femmes qui seront sacrifiés au Minotaure. Thésée se porte volontaire.

C’est à partir de cette histoire de sacrifice de quatorze jeunes personnes que j’ai choisi de réaliser quatorze portraits de jeunes gens que je connais ou que j’ai eu l’occasion de croiser. Une partie de cette série de portraits occupe un des murs de la salle André Gide. Parmi ces portraits se trouve une gravure du Minotaure que j’ai réalisée en 2002 pour l’exposition « Le Minotaure » qui a eu lieu à la Chapelle des Jésuites à Nîmes.

Renoncement
Face à ces portraits se trouve un grand triptyque : I am a Wonder : Among Flowers. Cette gravure est dédicacée à Madeleine Gide, femme d’André Gide et le sujet de Et nunc manet in te (ce titre est tiré d’un poème de Virgile, le Culex, et signifie « Et maintenant elle survit en toi »). Ecrit peu après la mort de Madeleine, Et nunc manet in te apparaît comme une sorte de confession dans laquelle Gide dresse le portrait de sa vie conjugale, son côté « impossible » dû à son homosexualité. Pour cette raison, mais pas seulement, Madeleine a passé sa vie dans une forme de renoncement au point où elle en devient presque absente.

I am a Wonder : Among Flowers n’est pas un portrait de Madeleine, mais une tentative de lui donner une certaine présence dans cette salle dédiée à son mari. »

David Maes, I Am a Wonder : Among Flowers (Pour Madeleine), triptyque, pointe-sèche, 2016


Exposition David Maes, « Offrandes inégalables », du 30 septembre au 31 décembre 2016. Musée Georges Borias, ancien Evêché, 30 700 Uzès. Tél. 04 66 22 40 23. Blog du musée.
Ouvert du mardi au dimanche, en octobre de 15h à 18h, en novembre et décembre de 14h à 17h. Fermé le 1er novembre et le 25 décembre.
Entrée : 3€. Groupes : 1,50€/personne. Gratuit pour les scolaires.

Visites guidées : plein tarif 5€, tarif groupes 3€ / personne, sur réservation.

Programme complet de la Biennale 2016 SUDestampe sur www.sudestampe.fr

mardi 20 septembre 2016

Gide-Wilde. Deux immoralistes à la Belle Époque

Pierre Masson, Jean-Pierre Prévost,
André Gide-Oscar Wilde. Deux immoralistes à la Belle époque
Editions Orizons, septembre 2016, 312 pages
23€, ISBN : 979-10-309-0092-7



Voilà un livre qui tombe à pic. Alors que s'ouvre bientôt l'exposition Oscar Wilde, l'impertinent absolu au Petit Palais, Pierre Masson et Jean-Pierre Prévost publient André Gide – Oscar Wilde. Deux immoralistes à la Belle Époque (éditions Orizons). Nos amis nous ont parlé depuis plusieurs années de ce livre qu'ils avaient écrit et qui ne trouvait pas d'éditeur. Saluons donc le sens de la publicité d'Orizons !

Il faut dire que devant le côté « fatras » de l'ouvrage, il y avait peut-être de quoi prendre peur. Et un véritable éditeur aurait sans doute mis bon ordre dans cette accumulation d'éléments thématiques, de chapitres disparates, d'illustrations pas toutes utiles ni très bien choisies, le tout en marge du récit principal... (Sans parler de l'affreuse couverture, de la titraille déconcertante ou des numéros de notes décalés...) Les auteurs renoncent heureusement assez tôt à vouloir dresser le portrait de l'époque pour se centrer sur la chronologie, ici capitale.

Les deux derniers tiers, appuyés sur des extraits de la Correspondance de Gide et ses souvenirs ou ceux de ses proches, en se concentrant précisément sur Gide, montrent très bien comment ce dernier va recomposer un Wilde à sa façon, et, ce faisant, intégrer leurs brèves rencontres et la silhouette de Wilde dans différents récits. Ou encore comment ce que les auteurs nomment « l'épisode crucial d'Alger », va être lui aussi réinventé et réinjecté dans l'œuvre.

Il faut donc dépasser le côté un peu raté de la forme, qui risque de faire trébucher le lecteur à tout instant, pour s'attacher au texte et au fond tous deux très intéressants. Le livre permet, par son analyse des prolongements wildiens dans l'œuvre de Gide, de réévaluer les rapports entre les deux écrivains : pour Gide, des rapports jusque là très surévalués sur le plan personnel, et sous-estimés sur le plan littéraire...

Bibliographie gidienne in progress


Stéphanie Bertrand, maître de conférences en langue et littérature françaises (XXe-XXIe siècles) à l'Université de Lorraine, nous signale l'avancée de son projet de bibliographie gidienne en ligne. Un peu plus de 600 références bibliographiques, des œuvres de Gide à leurs commentaires sous formes de mémoires, thèses, ouvrages ou articles, sont déjà recensés à l'adresse : https://www.zotero.org/groups/bibliographie_andr_gide/items




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