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samedi 19 décembre 2015

Carlo Rim, Martin du Gard et les tas de Gide


 
M. Gaston Picard voudrait qu'on envoyât à l'Elysée un Président ami des lettres, sinon un écrivain. Pourquoi ne pas constituer tout de suite (c'est le moment) un ministère de « concentration littéraire » ? Voici donc, rassemblé autour de M Doumergue, le premier ministère des lettres. On reconnaît de droite à gauche : M. Clément Vautel, garde des Sceaux ; M. André Gide, président du Conseil sans portefeuille ; M Francis Carco, ministre de l'Intérieur ; M. Dorgelès, ministre de la Guerre (la dernière) ; M. Mac Orlan, sous-secrétaire d'Etat des P. P. T. (Phonographe, Photographie, Télévision) ; M. Abel Hermant, ministre de l'Instruction publique ; M. Dekobra, ministre du Commerce ; M. Francis Jammes, ministre de l'Agriculture ; M. Jean Cocteau, ministre de la Marine et M. Léon Daudet, ministre de l'Air...



Carlo Rim, de son vrai nom Jean Marius Richard, était un dessinateur de presse connu aussi pour ses romans, essais, scénarios et films. Il travaillera notamment avec Marc Allégret sur le film Zouzou (1934). Rim raconte à ce sujet comment, André Gide étant absent, Allégret l'installa dans la chambre de l'écrivain pour qu'il termine les dialogues du film.

Rim consigne quelques-uns de ses souvenirs dans Mémoires d'une vieille vague (Gallimard, 1961). On y trouve aussi des caricatures comme il en donnait dans les Nouvelles littéraires, pour lesquelles il avait inventé le personnage de « Monsieur Virgule ». Un personnage que Roger Martin du Gard appréciait davantage que les caricatures de Gide, si l'on en croit Rim :

« Martin du Gard ne lisait guère que la NRF et les Nouvelles Littéraires où je publiais alors, fort régulièrement, mes « bandes » de Monsieur Virgule et des caricatures d'écrivains. 
- J'aime beaucoup Monsieur Virgule, me disait-il, mais je n'aime pas votre Gide. Vous n'avez pas su l'attraper. Je dois dire que ce n'est pas facile. Gide n'est jamais ressemblant. Cela tient sans doute à ce fait qu'il doit exister des tas de Gide. Pour ma part, je ne suis pas très sûr de les connaître tous. »
(Carlo Rim, Mémoires d'une vieille vague, Gallimard, 1961, p.44)


André Gide par Carlo Rim
(in Mémoires d'une vieille vague, Gallimard, 1961, p.122)

dimanche 12 avril 2015

BAAG 185/186



Le Bulletin des Amis d'André Gide n°185/186, quarante-huitième année, janvier-avril 2015 vient de paraître. L'envoi aux adhérents de l'association s'accompagne d'un nouveau volume de la collection Rencontres des éditions Orizon : André Gide-Léon Blum. Une étrange rencontre. 1888-1930, signé Jean-Pierre Prévost.

Nous aurons l'occasion de revenir plus en détail sur cette parution qui, après celle sur Gide et Saint-John Perse, éclaire la relation des deux hommes au travers d'une abondante iconographie et des temps forts que sont leur collaboration aux revues littéraires, leurs positions pendant l'Affaire Dreyfus, la guerre et l'après-guerre...

Le nouveau BAAG s'ouvre sur un long Souvenir de Michel Drouin par Alain Goulet. Notre ami a eu la bonne idée d'étayer son hommage par des extraits des lettres de Michel Drouin sur la publication de la correspondance entre son grand-oncle André Gide et son grand-père Marcel Drouin. On l'y retrouve ainsi qu'Alain Goulet le décrit : « ...un héritier, un érudit et un bretteur, un personnage compliqué mais attachant, qui n'était pas toujours facile à vivre mais qu'on aimait bien, avec son air d'éternel adolescent, si facilement tout feu tout flamme, farouche, passionné, toujours prêt à défendre toutes les causes auxquelles il croyait. »

Ce volume présente également quatre lettres inédites : une de Roger Martin du Gard à Gide (4 mai 1928), et trois de Gide à Martin du Gard (12 juin 28, 18 juin 28 et 20 novembre 28). Ces échanges concernent essentiellement Marcel de Coppet, et les menaces qui pèsent sur la carrière de leur ami l'administrateur colonial, à la suite de la publication par Gide du Voyage au Congo et du Retour du Tchad.

Signalons encore en fin de volume un portrait de Gide par Gimel présenté par Alain Goulet et enfin des Souvenirs éparpillés d'Henri Heinemann qui nous donnent à entendre ceux, de souvenirs, de Jean Meyer, Jacques Brenner, Marie-Hélène Dasté, Lise Jules-Romain, Vrigny, et Jacques Drouin.

Sommaire :

Alain Goulet : Souvenir de Michel Drouin
André Gide – Roger Martin du Gard : 4 lettres inédites
Carol Kaplan : Le dialogue Gide-Matisse dans Geneviève : 39
Pierre Mathieu : La Symphonie pastorale et sa composition : 49
Carmen Saggiomo : Les Caves du Vatican en Italie. Cent ans d’investigations
Alain Goulet : Un portrait de Gide par Gimel
Henri Heinemann : Souvenirs éparpillés
Lectures : Georges Hérelle, archéologue de l’inversion sexuelle (P. Pollard) – David Steel, Marie Souvestre (D. Walker)
Chronique bibliographique
Varia
Vie de l’Association

Pour ne manquer aucun BAAG ni aucune des publications de l'Association des Amis d'André Gide : adhérez à l'association !

dimanche 9 novembre 2014

André Gide par André Rogi

A la vente aux enchères de Livres du XXe siècle, Autographes, Photographies le 17 novembre 2014 par l'étude Galateau Pastaud, on verra passer au lot n°154 un tirage d'une photographie d'André Gide par André Rogi (photographe d'origine hongroise, Rosa Klein de son vrai nom).

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Lot n°154
[GIDE André]. ROGI André [Rosa Klein, dite]. PORTRAIT D’ANDRÉ GIDE. PHOTOGRAPHIE ORIGINALE SIGNÉE. Circa 1935. 41 x 32 cm, sous encadrement. Tirage argentique de l’époque monté sur carton signé au recto Rogi André Paris représentant André Gide livre à la main et fumant une cigarette.

Estimation : 500 € - 600 €


Catalogue et enchères en ligne
Vente le 17 novembre 2014 à 14h15, Salle VV, 3, rue Rossini, 75009 Paris.
Exposition samedi 15 novembre et dimanche 16 novembre de 11h à 18h, lundi 17 novembre de 11h à 12h.

lundi 3 novembre 2014

Un portrait par Marie Laurencin


Mercredi 19 novembre 2014, une vente Ader intitulée « Femmes - Lettres & Manuscrits Autographes »* proposera une lettre de Marie Laurencin dans laquelle l'artiste énumère les portraits d'hommes célèbres qu'elle a réalisés. On retrouvera Gide au milieu de la liste comprenant encore Picasso, Apollinaire, Jouhandeau, Éluard, Cocteau... « Il y en a pas mal. Ils ont été si gentils de venir poser. Cela ne les amusait pas », commente Marie Laurencin.

L'occasion de rappeler que c'est pour les frontispices des éditions de la N.R.F. que Marie Laurencin réalisa une grande partie d'entre eux. Ainsi le portrait de Gide orne une réédition des Poésies d'André Walter parue en 1922.







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* Vente à 14h, exposition lundi 17 novembre de 11h à 18h et le matin des ventes de 10h à 12h, Salle des Ventes Favart, 3, rue Favart, 75002 Paris. Catalogue.



mardi 15 juillet 2014

Aspects de Gide, une enquête de Jeux en 1936




De la petite revue Jeux, dirigée entre 1935 et 1937 par Georges Ardiot, les Gidian Archives ne conservent qu'un article d'Henri Ducorbier sur le Retour de l'U.R.S.S. paru en janvier 1937. Or la revue a consacré presque l'intégralité d'un de ses numéros à André Gide : le numéro 16 de juillet 1936. Numéro retrouvé par Mikaël Lugan, du blog Les Petites Revues, mine bibliographique pour le chercheur hors des sentiers battus.

Le dossier Gide prend la forme alors assez courue des enquêtes sur Gide :

"Il ne s'agit pas de faire un panégyrique ni son contraire, encore moins de préparer un dosage bien équilibré d'opinions et de jugements pour plaire au plus grand nombre.
Non ! Je voudrais obtenir un document indiquant ce qu'à une certaine époque (en l'occurrence 1936), certaines personnes, de celles que je puis atteindre dans mon entourage, portaient en elles concernant André GIDE."
Georges Ardiot n'allait pas atteindre des noms très célèbres (notons tout de même Georges Hyvernaud), mais les réponses n'en ont pas moins de saveur, ni moins de poids pour peser dans le dossier « Gide vu par... » qui s'étoffe encore un peu davantage. Merci, donc, à Mikaël Lugan de nous avoir non seulement signalé ce cahier gidien des Jeux, mais encore de nous en permettre la lecture dans son blog. Exhumant du même coup une linogravure assez peu connue de J.-C. Rousseau.





mardi 1 juillet 2014

Portraits de Taxis-Gide

Dans Les Aventures du roi Pausole, le Grand-Eunuque chargé de veiller sur le harem du roi porte le nom de Taxis – l'ordre, en grec. « Le huguenot Taxis », que Pierre Louÿs décrit comme « étriqué, méticuleux, de profil concave et d'œil fourbe. » Bref, « […] le rôle toujours nécessaire du Personnage antipathique », auquel il oppose la malice d'un Giglio. Et qui concentre la haine de Louÿs contre le protestantisme, pourfendu en tant qu'ennemi de la libération des mœurs.

On aura bien sûr reconnu Gide, l'ancien ami, sous les traits de Taxis.

Paru en feuilleton dans Le Journal du 20 mars au 7 mai 1900, repris (et corrigé) en volume en 1901 chez Fasquelle, le roman connaît une version illustrée en 1908 dans la Modern Bibliothèque d'Arthème Fayard, collection populaire à quatre-vingt-quinze centimes. Y sont reproduites, en noir et blanc, des aquarelles de Carlègle, alias Charles-Emile Egli*.

La caricature de Gide-Taxis par Louÿs peut alors se doubler de celle par Carlègle.

















Merci à D.G. de nous avoir prêté un volume relié des œuvres de Louÿs parues chez Fayard, qui nous a permis de retrouver ces caricatures méconnues.

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* Voir sur cet illustrateur ce billet du bibliomane moderne.

vendredi 26 avril 2013

Aux enchères


Actuellement dans la vente aux enchères d'avril-mai de Autographes Enchères - Meinier / Genève, on trouve au lot n°68 une lettre dactylographiée signée de Gide à Charles du Bos :

Lot 68 : André Gide
Lettre signée, 1 page in-4 ; Paris, 20 février 1928. Bon état général. Belle lettre d'André Gide demandant à Charles du Bos (1882-1939), des renseignements sur des ouvrages de Gorki :

« Cher ami,

Je n'ose vous téléphoner craignant d'abuser de vos cordes vocales. Peut-être aurez-vous la gentillesse de m'écrire un mot. L'on me demande de m'associer à un album d'hommages pour Gorki. Je souhaiterais savoir si ses souvenirs sur Tchékhov et sur Tolstoï ont été traduits tous deux en français. Les premiers ont paru, si je ne m'abuse, dans la Nouvelle Revue Française. Mais les autres ? Ont-ils jamais été traduits ? Parus où ? J'ai pensé que vous seriez à même de me donner ce petit renseignement que je ne sais à qui d'autre demander.
Qu'il me tarde de savoir que vous allez un peu mieux. Je suis moi-même assez fortement grippé depuis cinq jours. Aurai-je le plaisir de vous revoir avant mon départ pour Berlin, au début de mars ?
Croyez à mon amitié bien fidèle,

André Gide »

Peut-être avait-on demandé à Gide de s'associer aux hommages de Heinrich Mann, Jean Guéhenno et André Chamson parus dans La Revue Européenne n°4 d'avril 1928 ? Le projet ne s'est pas réalisé mais Gide prononcera l'éloge funèbre de Gorki en juin 1936 aux côtés de Staline sur la Place Rouge.
Un visiteur a été plus rapide que nous pour retrouver le véritable destinataire de cette lettre d'abord identifié comme Jacques Schiffrin par le vendeur. Lettre qui figure d'ailleurs dans la Correspondance Gide-Du Bos (Corréa, 1950, p. 129). Nous avons depuis contacté les vendeurs qui ont modifié la fiche.





A la vente Aguttes de tableaux anciens et modernes, mobilier, objets d'art et art d’Asie le jeudi 16 mai à 14h30 à l'Hôtel des ventes de Lyon Brotteaux, on verra aussi passer au lot n°120 un portrait de Gide par Tavy Notton :

Lot 120 : Tavy NOTTON (XXème-XXIème ) - Portrait d’André GidePortrait d’André Gide
Crayon et estompe, signé en bas à gauche, titré et daté 12-3-49
14,2 x 9 cm à vue
dessin préparatoire pour l’illustration des nourritures terrestres d’André Gide

Tavy Notton réalisera trente-six burins pour l'illustration des Nourritures terrestres (édition Vialetay, 1950) et vingt-cinq autres burins originaux pour Les Nouvelles nourritures (Aux dépends de l'artiste, 1958).


samedi 30 mars 2013

347.000 euros pour le portrait de Gide

Le portrait de Gide peint en 1892 par Jacques-Emile Blanche qui a récemment refait surface lors d'une vente aux enchères a battu des records : estimé entre 40 et 50.000 euros, il s'est envolé à 280.000 euros (346.976 euros frais compris) !

Lors de la dispersion des biens de Cuverville le 12 octobre 1963, ce portrait avait été acheté 11.500 francs nouveaux de l'époque (autour de 15.900 de nos euros)...

C'est un record français pour Blanche, et même sa deuxième meilleure vente mondiale.

Le portrait de Porto-Riche qui faisait lui aussi partie de la collection de Gide a atteint la somme de 135.000 euros. Ce n'est donc pas seulement le sujet qui a fait s'envoler les enchères mais bien un retour sur le devant de la scène de Jacques-Emile Blanche après l'exposition que lui consacrait récemment la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent.

On ignore toutefois où le portrait de Gide se trouve désormais...

vendredi 18 janvier 2013

Portrait et buste aux enchères


Le 8 février à Londres, Christie's propose une vente d’œuvres impressionnistes et modernes. Le volumineux catalogue donne à voir une sélection d'artistes à découvrir ou a redécouvrir : c'est le principe de cette vente de South Kensington que de permettre aux amateurs de débuter une collection et aux connaisseurs de débusquer des œuvres mineures ou des études de grands noms de l'art.

Théo Van Rysselberghe est représenté - aux côtés de ses amis Signac ou Cross - avec deux œuvres qui nous intéressent tout particulièrement : un portrait peu connu daté de 1915 offert par l'artiste à Jean Shlumberger et l'un des cinq petits tirages en bronze du buste de Gide réalisé par Théo en 1920 (il en existe une version plus grande (51,5cm) qui se trouve au Musée d'Uzès).




Lot 188
THEO VAN RYSSELBERGHE (1862-1926)
André Gide



Bronze avec patine brun foncé,
monté sur une base en marbre,
marque de fondeur "a.rudier. fondeur paris" au dos.
Hauteur : 31cm.
Tiré à cinq exemplaires offerts par l’artiste à ses amis proches
dont André Gide, Jean Schlumberger et Jacques Copeau.

Estimation : 1.700-2.800€








Lot 190
THÉO VAN RYSSELBERGHE (1862-1926)
Portrait d’André Gide


Signé du monogramme de l'artiste 
et daté de "1915" (en bas à droite), 
avec l'inscription "pour Jean Schlumberger, 
ce croquis d’après André Gide" (en bas au centre). Crayon sur papier, 22.3 x 21.3 cm.

Estimation : 3.400-5.600€






Vente Impressionist/Modern
Vendredi 8 Février 2013 à partir de 10h30
85 Old Brompton Road, London

Exposition les 2 et 3 février de 11h à 17h 
et les 4, 5, 6 et 7 février de 9h à 17h

mercredi 25 avril 2012

Deux portraits aux enchères



Deux portraits de Gide passent bientôt aux enchères : l'un de 1946 par Dunoyer de Segonzac et offert par Gaston Gallimard au collectionneur David Van Offel en 69 pour services rendus (vente Millon & Associés le 27 avril à Drouot) et l'autre par Foujita pour illustrer le André Gide par Valéry, Gide, Bernstein (Editions du Capitole, Paris, 1928) et signée par Gide et Foujita (vente Ader le 11 mai à Drouot). Les détails des lots sont à retrouver du côté du blog iconographique : imaGide.


A signaler aussi parce qu'ils sont assez rares, les numéros de la revue Verve (qui avait publié Quelques réflexions sur l'abandon du sujet dans les arts plastiques dans son premier numéro) qui passeront le 16 mai lors de la vente Alde à la salle Rossini :

VERVE. — Volumes I, nos 1-2, 4 ; II, nos 5-6 ; IV, nos 14-15, 16 ; VII, nos 25-26 ; VIII, nos 29-30, 31-32.
Paris, La Revue Verve, 1937-1955. Ensemble 14 numéros en 8 volumes in-4, cartonnage et broché, couvertures illustrées.

Célèbre revue artistique et littéraire, créée par Tériade, ornée de lithographies de Picasso, Braque, Matisse, Derain, Kandinsky, Masson en couleurs et en noir, dont certaines sur double page. Nombreuses reproductions de photographies, de peintures en quadrichromie ou en héliogravure, en noir et en couleurs. Textes de Henri Michaux, André Gide, Paul Valéry, Daniel-Henry Kahnweiler, Georges Bataille, André Malraux, André Suarès, etc.
Dos du n° 29-30 légèrement décollé.

D'autres numéros de cette revue figurent dans les lots suivants ainsi que plusieurs livres de Gide au cours de la vente : voir le catalogue en ligne


samedi 11 février 2012

Berenice Abbot au Jeu de Paume



 Après l'exposition consacrée à Gisèle Freund à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent, le Musée du Jeu de Paume présente pour la première fois en France une grande rétrospective des œuvres de la photographe Berenice Abbott (1898-1991). A voir du 21 février au 29 avril 2012.



Présentation de l'exposition :

Avec plus de cent vingt photographies, des ouvrages originaux et une série de documents inédits, cette rétrospective dévoile, pour la première fois en France, les multiples facettes de l’oeuvre de la photographe américaine Berenice Abbott (1898‑1991), notamment célèbre pour avoir oeuvré à la reconnaissance internationale d’Eugène Atget. À Paris, où elle arrive en 1921, elle est formée par Man Ray avant d’ouvrir son propre studio et d’entamer avec succès une carrière de portraitiste. À New York, où elle est de retour en 1929, elle conçoit son projet le plus connu, Changing New York (1935‑1939), financé par l’administration américaine dans le contexte de la crise économique qui touche le pays.
Ses photographies prises en 1954 le long de la côte Est des États‑Unis, dont cette exposition offre une sélection inédite, témoignent pour leur part de sa volonté de représenter l’ensemble de ce qu’elle appelle la « scène américaine ». Enfin, au cours des années 1950, elle réalise pour le Massachusetts Institute of Technology (MIT) un corpus d’illustrations aux ambitions pédagogiques sur les principes de la mécanique et de la lumière.
Engagée dès les années 1920 auprès des milieux de l’avant-garde artistique, militant contre le pictorialisme et l’école d’Alfred Stieglitz, Berenice Abbott a consacré toute sa carrière à interroger les notions de photographie documentaire et de réalisme photographique. Montrant la richesse de cette démarche, la présente exposition révèle à la fois l’unité et la diversité de son œuvre.

André Gide c. 1925, par Berenice Abbott

Portraits


Au début des années 1920, installée à New York, Berenice Abbott entreprend de devenir sculpteur et fréquente la bohème de Greenwich Village. Elle y côtoie les poètes et artistes Djuna Barnes, Sadakichi Hartmann ou encore Marcel Duchamp et pose pour Man Ray. Confrontés à des conditions économiques difficiles et attirés par l’Europe alors symbole d’eldorado culturel, plusieurs membres de cette communauté émigrent à Paris pour y tenter leur chance, formant un groupe d’expatriés américains rejoint par Abbott en 1921.

En 1923, elle devient l’assistante de Man Ray qui a ouvert son atelier de portraits peu de temps après son
arrivée à Paris en 1921. Si la clientèle de l’atelier se compose en partie de touristes américains, Abbott est également immergée au cœur de la scène artistique d’avant-garde, et notamment surréaliste. Entre 1923 et 1926, elle est ainsi initiée à la pratique du tirage et au métier de portraitiste tout en bénéficiant d’une formation intellectuelle et artistique. Avant d’ouvrir son propre espace, elle utilise dans un premier temps l’atelier de Man Ray pour produire ses portraits puis inaugure avec succès son studio en 1926. Composée autant de personnalités françaises que d’expatriés américains, sa clientèle se répartit entre la société bourgeoise, la bohème artistique et le monde des lettres. Les portraits sont parfois empreints de traces plus ou moins évidentes de l’influence surréaliste, mais reflètent plus généralement un goût pour la mascarade, le jeu et le travestissement.

A. Gide, par B. Abbott  
André Gide c. 1925, par Berenice Abbott
Les modèles féminins expriment une forme d’ambiguïté sexuelle, perceptible grâce aux coupes de cheveux
et aux vêtements masculins laissant percevoir volontairement un trouble identitaire. La composition des portraits permet la mise en place d’une véritable esthétique, rejetant les conventions commerciales classiques. L’absence d’éléments de décor et le fond, réduit le plus souvent à un pan de mur neutre, isolent le modèle, insistant sur son attitude, la position de son corps et l’expression de son visage. L’usage d’un trépied et d’objectifs à longue focale placés à hauteur des yeux permet d’éviter les déformations et de bannir les effets de distorsion, assurant aux modèles une forte présence physique.

Au début de l’année 1929, Berenice Abbott quitte Paris pour New York où elle va poursuivre les mêmes activités et entreprendre des démarches similaires : ouvrir un nouvel atelier de portraits, participer aux manifestations en faveur de la photographie moderniste et veiller parallèlement à la reconnaissance d’Eugène Atget dont elle a acheté une partie du fonds en 1928.




Jeu de Paume - Concorde
1, place de la Concorde, 75008 Paris
accès par le jardin des Tuileries, côté rue de Rivoli
www.jeudepaume.org

http://lemagazine.jeudepaume.org

jeudi 17 novembre 2011

Quelques anecdotes de Gisèle Freund


 
La belle exposition Gisèle Freund, l'Œil frontière, Paris 1933-1940, se poursuit jusqu'au 29 janvier à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, en partenariat avec le Fonds Mémoire de la création contemporaine (Fonds MCC) et l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC). La dernière rétrospective consacrée à la photographe remontait à 1991 au Centre Pompidou.

Mais fin 1980, la Galerie Canon, à Genève, exposait une trentaine de photographies de Gisèle Freund. Isabelle Martin l'avait alors rencontrée et recueillait quelques anecdotes assez drôles, sur le portail de Michaux, le portrait de Valéry après celui d'une pissotière, ou encore sur la pose non posée de Gide... L'occasion aussi d'entendre la voix de Gisèle Freund...






Rencontre avec Gisèle FREUND,
photographe :« Il faut aimer les visages »

SES portraits d'écrivains, d'artistes aussi, sont célèbres. Pourtant, Gisèle Freund se considère avant tout comme une photojournaliste. non comme une portraitiste. Sa vie professionnelle, ce sont ses reportages : en France (où elle s'est fixée dès 1933, fuyant le nazisme), en Amérique latine et plus particulièrement au Mexique où elle a vécu deux ans, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Japon, etc. Les portraits, eux, ont été faits « pour son plaisir ». Plaisir qu'on peut partager en se rendant jusqu'au 2 décembre, à la galerie Canon, à Genève, qui expose une trentaine de ces portraits.
Quand on lui demande comment et pourquoi l'idée lui est venue de faire ces portraits, Gisèle Freund répond qu'elle a dès sa jeunesse manifesté un très vif intérêt pour la littérature, au point de vouloir écrire elle-même. A Paris, où elle poursuit à la Bibliothèque nationale les recherches nécessaires à sa thèse sur l'histoire de la photographie en France au XIXe siècle (commencée à l'Université de Francfort et soutenue en Sorbonne en 1936), elle se lance dans le photoreportage pour gagner sa vie : « Avec trois reportages par mois, dit-elle, je pouvais me payer mes études. » Elle fait la connaissance d'Adrienne Monnier, dont la petite librairie et bibliothèque de prêt au No 7 de la rue de l'Odéon (en face de Shakespeare and Co, autre librairie-bibliothèque-maison d'édition, tenue par Sylvia Beach, qui avait édité l'Ulysse de Joyce en 1922), est un lieu de rencontre pour les écrivains. Adrienne Monnier se prend pour elle d'une affection maternelle, alors qu'au même moment, Jean Paulhan, directeur de la NRF et éminence grise des lettres, lui voue une amitié paternelle. Grâce à eux, elle rencontre Valéry, Gide, Michaux et tous les écrivains que Paulhan recevait chaque mercredi.
Elle commence à faire des portraits, d'abord en noir-blanc, puis dès 1938, en couleurs. « Mes trois premières photos en couleurs, écrit-elle dans Mémoires de l'œil(1), furent la vitrine d'un coiffeur, les feux au coin d'une rue, et une pissotière; les deux suivantes, les visages de Paul Valéry et d'Adrienne Monnier. Mais, dit-elle, « mon premier portrait d'écrivain a été celui de Malraux, en 1935; c'est aussi ma première et ma dernière commande (Joyce mis à part) dans ce genre. Il est venu chez moi -j'habitais alors un petit logement avec une grande terrasse – et j'ai fait de lui ce portrait « cheveux aux vent » devenu célèbre, qu'il aimait tant. »
Gisèle Freund se veut une photographe « réaliste ». Elle ne travaille pas en atelier, mais se rend chez ses modèles, et ne retouche jamais les photographies qu'elle prend avec son petit Leica (un cadeau de son père pour son bac), sans flash ni objectif déformant : « Le 35 mm. j'en ai horreur, cela déforme tout. » L'essentiel dans un portrait, c'est de « faire ressortir le meilleur du modèle. Il faut aimer les visages. »
Comment se passe une séance ? Une fois sur place, répond Gisèle Freund, je dis à mon « modèle » de faire comme si je n'existais pas. Nous parlons de lui, de ses projets. C'est ainsi, au cours d'une discussion amicale, que j'ai pris ce gros plan d'Ivan Illitch, que je considère, parmi mes dernières photographies, comme une des meilleures. Mais je ne demande jamais à un écrivain de poser. La « pose » qu'il peut y avoir dans le portrait de Gide surmonté du masque mortuaire de Leopardi est donc naturelle... « Pourquoi, ai-je un jour demandé à Marcel Duchamp, les écrivains sont-ils si difficiles a photographier ? ». Il m'a répondu que cela était dû au fait que les écrivains veulent toujours poser, mais qu'au contraire des peintres, ils ne savent pas poser.
Le premier public d'une photographie, c'est le sujet lui-même. Or, les réactions de ses modèles, sur le moment, ont toujours été négatives : « Je me souviens d'une soirée chez Adrienne Monnier, à laquelle assistaient notamment Valéry et Breton, où furent projetés sur un drap quelques-uns de mes portraits. Tous les écrivains présents étaient atterrés ! Il faut dire que la mode était alors au « pictorialisme », à la photo retouchée, où l'on ne voyait pas, comme dans les miennes, tous les détails de la peau. Cependant, avec le temps, tous les écrivains dont j'ai fait le portrait sont revenus sur leur premier jugement. D'ailleurs, j'ai toujours montré mes photographies aux écrivains et je ne les ai jamais publiées sans leur accord puisqu'ils étaient aussi, souvent, mes amis. Seule exception : je n'ai pas osé montrer à Claudel le portrait que j'avais fait de lui, à cause de Mauriac qui, l'ayant vu. avait dit : « Comme il a l'air méchant ! Cet homme ne peut parler qu'à Dieu. » Vingt ans plus tard, Claudel a vu enfin son portrait, qui lui a plut ! » A propos de Michaux, qui déteste les photographes et qu'elle est la seule avec Brassai à avoir pu approcher, Gisèle Freund raconte cette anecdote : Michaux sort de chez lui (il habite une maison avec un beau portail du XVIIe siècle) accompagné de Kerouac, lorsqu'il voit une dame munie d'un appareil photo qui s'avance vers lui... et le prie, à son grand soulagement, de bien vouloir s'écarter : c'était le portail qu'elle voulait photographier ! vi Y a-t-il des écrivains célèbres dont Gisèle Freund n'a pas voulu faire le portrait ? « Céline, Jouhandeau. Ezra Pound : j'ai dit non. » Et d'autres dont elle aurait voulu faire le portrait ? Ah oui. Camus, un ami, ou Roland Barthes, ou encore Saint-Exupéry.
Et il y a aussi des portraits perdus, pendant la guerre. Pourtant sous l'Occupation, Gide, Valéry et Claudel épinglés au mur de sa chambre dans le Lot lui ont permis d'obtenir plus facilement un visa pour se rendre en Amérique latine : le gendarme dépêché chez elle considéra avec respect l'auteur des portraits de ces célébrités. « Ça,.c'est la France ! », commente Gisèle Freund.

Propos recueillis par Isabelle MARTIN

(1) Mémoires de l'œil, album illustré, a paru au Seuil, comme Photographie et Société, dont le premier chapitre s'inspire de la thèse de Gisèle Freund (Coll. Points). Parmi les autres livres encore disponible : Le monde et ma caméra (Denoël-Gonthier).


L'article paru dans le Journal de Genève du 22 novembre 1980
illustré d'un portrait d'Henri Michaux (cliquer pour agrandir)







vendredi 28 octobre 2011

Trois ventes aux enchères


Sotheby's organise une vente de livres et manuscrits mercredi 9 novembre à 14h30. Des livres et manuscrits les plus divers, du code civil aux lettres de Verlaine en passant par les brouillons des chansons de Serge Gainsbourg... Un temps fort de la vente sera le passage du lot 182 : l'exemplaire de Du côté de chez Swann avec envoi autographe de Proust à Bernard Grasset estimé entre 80 et 120000 euros. Est jointe une lettre de Gide à Grasset par laquelle il demande « quelques exemplaires sur hollande du livre de Marcel proust – et vous prier alors de me le réserver »(Paris, Villa Montmorency, 8 janvier 1914, 2 pages sur un feuillet double in-12).


A cette même vente passeront trois éditions originales des livres de Gide, chacune avec un envoi autographe intéressant :

Lot 108 : La porte étroite. Paris, Mercure de France, 1909.
Un des 300 ex. sur vergé d'Arches, reliure Joly fils.
Envoi autographe de l'auteur : « A Octave Mirbeau en cordial hommage André Gide »
(Estimation : 800-1200€)

Lot 109 : La Symphonie pastorale. Paris, NRF, 1919.
Ex. sur velin Lafuma de Voiron, non numéroté, reliure signée P.L. Martin
Envoi autographe de l'auteur : « A Monsieur Arnold Naville en affectueux souvenir André Gide » (Estimation : 2000-3000€)

Lot 152 : Prétextes . Paris, Mercure de France, 1903.
Envoi autographe de l'auteur : « A René Boylesve amical souvenir d'André Gide »
(Estimation : 500-700€)



Exposition les 4, 5, 7 et 8 novembre de 10h à 18h. Voir le catalogue et les détails de la vente sur le site de Sotheby's.
 




Jeudi 10 novembre à 14h à la salle 2 de Drouot se tient une vente de photographies par Néret-Minet & Tessier (suivie à 16h par une vente de livres anciens et modernes. Le lot numéro 143 présente un portrait d'André Gide par Berenice Abbott réalisé circa 1928. Tirage au platine sur papier fin réalisé sous le contrôle de l'auteur, c. 1970. Timbre sec du monogramme sur le papier, image 12 x 9 cm. Estimation : 400-600 €. Voir le catalogue.


A Drouot toujours et enfin, signalons la vente de la bibliothèque d'Hubert Juin, environ 12000 volumes vendus par lots pour de nombreux auteurs dont Gide (lot n°106 de 11 volumes et lot n°107 de 11 Cahiers André Gide). Exposition les 2 et 3 novembre, salle 16 à Drouot-Richelieu, vente jeudi 3 novembre à 14h. Voir le catalogue.

mardi 25 octobre 2011

Quand Mac Avoy peignait Gide


Le journal Sud-Ouest nous apprenait hier que, vingt ans après la mort du peintre Mac-Avoy, ses héritiers vendent une partie des œuvres en leur possession, peintures et dessins, afin de « soutenir sa cote ». Des œuvres qu'on peut voir et acheter via le site mac-avoy.com.


Dessin préparatoire au portrait d'André Gide, 
Mac Avoy, 1949 (source)



« C'est avec le portrait de William Somerset Maugham que j'ai pris conscience 
que le portrait est une somme, et qu'il ne peut guère exister avant l'age de 70 ans, 
c'est à dire avant que tous les signes soient inscrits sur le visage. 
C'est avec le Gide que j'ai pris conscience de ce réseau - géographie de rides, 
de larmes, d'extase, de désespoirs, - qu'il faut apprendre à lire 
et à décanter, comme à l'école, les fleuves, les rivières et les lacs. »
G. E. Mac Avoy


Edouard Mac Avoy naît en 1905 à Bordeaux dans une famille aux origines irlandaises et catholiques par son père et cévenoles et huguenotes par sa mère (en miroir la famille telle que Gide rêvait la sienne). Il est envoyé en Suisse pour ses études. Ses deux passions sont déjà le théâtre et la peinture. A 18 ans il entre dans l'atelier de Paul-Albert Laurens (ami d'enfance de Gide) à l'Académie Julian. Chez les Valloton, il rencontre Bonnard et Vuillard qui encouragent et suivent ses travaux. Il n'a que 19 ans lorsque l'Etat fait l'acquisition pour le Musée du Luxembourg d'une nature morte présentée au Salon d'automne.

Dès les années trente il se consacre beaucoup au portrait ; Edouard Herriot allant jusqu'à le comparer à Philippe de Champaigne. Mais c'est après la seconde guerre mondiale qu'il entame la série de toile débutée avec le portrait de Maugham et qui se prolonge jusqu'au portrait de Gide. Composition resserrée autour du sujet, fond, lignes et couleurs concentrés eux aussi dans une mise en scène en équilibre instable. En même temps naissent des portraits à la théâtralité plus baroque, jusqu'au retour aux couleurs vives et au symbolisme foisonnant des années 70.

 Portrait de Gide, Mac Avoy, 1948


On a des dessins et des esquisses peintes pour un portrait de Gide datés de 1948. Mais c'est en 1949 que Gide pose pour Mac Avoy. Un Gide en villégiature depuis le mois d'avril sur la Côte d'Azur auprès des Bussy et de Martin du Gard. Il a été victime d'une attaque en février et, à peine arrivé en pleine forme, donne à nouveau d'inquiétants signes de faiblesse. Nouvelle attaque ; il séjourne dans une clinique de Nice. Au moins de juin, Mac-Avoy découvre un Gide « chancelant » et note dans son journal :

« Cannes, 29 Juin 1949
Gide me convie à déjeuner demain, à la Colombe d'or à midi...
Sur la terrasse aux Colombes déserte, je l'aperçois. Cet homme chancelant un peu, d'incertitude plus que de vieillesse, et qui n'est ni hors, ni dans la maison, indécis sur le seuil, c'est André Gide.
Il porte une très étonnant vieux chapeau pointu couleur de mastic, une épaisse chemise rouge, d'un rouge grave, et un veston jeté sur les épaules, manches ballantes, qui glissent sans cesse et que Gide, tant bien que mal, sans cesse rétablit. Il erre, en marge. La gêne qu'il crée, n'est autre que la gêne qu'il éprouve. Le regard a comme un envers et un endroit : terne, voilé, tourné vers l'intérieur; sombre quand il scrute et appuie. Les épaules tombent. Le geste est retenu.
On pense à un violoniste qui joue un peu court et n'utilise jamais la longueur de l'archet.
Cette retenue n'est pas celle de la timidité mais la réticence du scrupule. »

Dessins d'André Gide, Mac Avoy (source)


Mac-Avoy prend des dessins préparatoires, avec le chapeau pointu, ou cet étonnant nu de Gide. Les séances de pose débutent en août dans la villa de Juan-les-Pins où Gide se repose. Mais son intérêt pour son portrait n'a pas faibli. C'est loin d'être la première fois qu'il pose et l'on sait combien il est chaque fois soucieux de son image, de l'image qu'il va laisser. Mac Avoy veut voir « le scrupuleux désir de laisser de lui une image exactement conforme à la vérité » dans les remarques souvent intrusives de Gide dans son travail. 



 Version alternative au Portrait d'André Gide
Mac Avoy, 1949 (source)


« Août 1949
« Je suis tout obédience » me dit Gide, lors de la première séance de pose.
« Mais si je peux émettre un souhait, je vous demanderai, cher Mac Avoy, je vous demanderai de manière pressante, de faire en sorte que je demeure irrésolu. C'est ce que j'ai d'indécis, qui est le meilleur de moi même... »
Les séances ont lieu à Juan les Pins où Gide habite une villa louée d'une laideur extraordinaire.
A Tourette-sur-Loup, où je remonte vers 17h il n'est pas rare que la demoiselle des Postes me hèle:
« Un message de Monsieur Gide ». J'ai conservé l'un d'eux : « André Gide fait dire à son portraitiste que la diagonale du bras droit, si nécessaire à l'expression d'une fatigue qu'hélas il ne peut plus dissimuler, est dans l'état actuel du projet, prolongé par l'oblique du dossier de la chaise. Cela ne rend-il pas cette diagonale ostentatoire ? et ne convient-il pas de briser ces deux directions ?... »
De tout autre que Gide eussé-je accepté une aussi directe intrusion dans mon travail ? De même, quand Gide me disait « cette ride, cher ami, que vous voyez ici dévaler de ma narine, dut apparaître sur mon visage aux environs de 1904. Celle-ci, plus tardive, date de 1909 ou 1910. Peut-être ce renseignement vous incitera-t-il à donner une prééminence légère de l'une sur l'autre. »
Cette minutie dans l'intérêt porté à sa propre personne, faut-il l'interpréter comme un complaisant égocentrisme ?
J'y vois plutôt le scrupuleux désir de laisser de lui une image exactement conforme à la vérité.
Aussi Gide m'a t-il gratifié du plus grand témoignage de satisfaction, quand, devant la version définitive de son portrait – après 4 autres qui témoignent de mon angoisse – il m'a dit : « Je l'habite, je le remplis entièrement. » »


Portrait d'André Gide (version définitive, Musée Georges Pompidou)
Mac Avoy, 1949 (source)




Gide sur son lit de mort, Mac Avoy, 1951

mercredi 19 octobre 2011

Trois expositions

 La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent consacre sa 16ème exposition à la photographe Gisèle Freund (1908-2000) depuis le 14 octobre et jusqu'au 29 janvier. C'est plus d'une centaine de tirages de ses photographies et de nombreux documents d’archives qu'on peut voir réunis sous le titre L'oeil frontière, Paris 1933-1940.

« Durant ses années parisiennes (1933-1940), elle publie sa thèse La photographie en France au XIXème siècle, réalise ses premiers photo-reportages et se lie d’amitié avec les libraires Adrienne Monnier et Sylvia Beach, grâce auxquelles elle rencontrera de nombreux écrivains. Ces rencontres, d’abord intellectuelles, donneront lieu à toute une série de portraits en noir et blanc, puis en couleur, technique nouvelle et rare à l’époque. Malraux, Cocteau, Gide, Colette, Valéry, Zweig, Joyce, Woolf… une impressionnante galerie de portraits d’écrivains contemporains, photographiés parmi leurs livres, est au cœur de l’exposition qui s’attache à cette période clé de la vie de Gisèle Freund. »
Espace d’exposition 3, rue Léonce Reynaud, 75116 Paris. Ouvert du mardi au dimanche, sauf jours fériés de 11h à 18h (dernière entrée à 17h30). Plein tarif : 7€. Tarif réduit : 5€.


Le centenaire des éditions Gallimard se poursuit avec une autre exposition de portraits d'écrivains du 4 octobre au 27 novembre : « Portraits pour un siècle – Gallimard », à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.

A travers une centaine de portraits d’écrivains de la collection Roger-Viollet, accompagnés d’une sélection d’archives, pour la plupart inédites et issues du fonds Gallimard, l'exposition se propose de « restituer le dialogue des créateurs et les liens d’œuvre à œuvre qui forment la trame cachée de l’histoire littéraire. »
Galerie des bibliothèques, 22, rue Mahler, 75004 Paris. Entrée : 6 € ; tarif réduit : 4 € ; demi-tarif : 3 €.



La commémoration se poursuit également du 6 octobre au 10 novembre à Montpellier où la communauté d’agglomération et la Librairie Sauramps accueillent l'exposition « Gallimard 1911-2011. Un siècle d’édition » au musée Fabre.

L'occasion de rappeler que « dès la création de la NRF, les fondateurs et animateurs ont "cherché et prisé l’assentiment de cette élite intellectuelle de la province" (La NRF, mars 1923), dont ils étaient eux-mêmes souvent issus. » et «de se remémorer une rencontre qui compte parmi les plus décisives de l’histoire littéraire du XXe siècle et qui est intimement liée à celle de notre maison d’édition. C’est en effet à Montpellier qu’André Gide, qui y était venu passer les fêtes de Noël auprès de son oncle Charles en 1890, fait la connaissance du jeune étudiant en droit Paul Valéry, informé de sa venue par leur camarade commun Pierre Louÿs. Les deux jeunes hommes se lient bientôt d’une amitié confiante et rayonnante, communiant en leurs jeunes années dans une même admiration pour leur maître Stéphane Mallarmé... »
Musée Fabre, 39, bd Bonne-Nouvelle, 34000 Montpellier. Entrée libre.


(Rappelons enfin qu'après Buenos-Aires et Francfort
le centenaire Gallimard donne aussi lieu actuellement à une exposition à Québec.)

samedi 18 décembre 2010

Livres et estampes...



La seconde édition de la Biennale SUDestampe se déploie cette année de Nîmes à Octon dans l’Hérault, en passant par Uzès où jusqu'au 31décembre le musée Georges Borias d’Uzès présente dans sa salle consacrée à André Gide un ensemble de portraits gravés de l'auteur ainsi que des œuvres accompagnant ses écrits. Aux côtés des œuvres signées Marie Laurencin ou Pierre Bonnard, les artistes contemporains Florence Barbéris, David Maes et Jean-Charles Legros apportent leur lecture. Ils ont accepté de présenter ici leur travail et de nous en dire quelques mots.

Peintre et graveur d'origine canadienne, David Maes accorde dans son travail une grande part à la nature humaine. « J'essaie de chercher comment rendre visible ce que je vois du vivant, sans pour autant me limiter à l'apparence. Il s'agit plutôt de faire appel au ressenti », déclarait-il récemment pour une exposition qui lui est consacrée jusqu'au 16 janvier à Issoire. Quant à Uzès : « SUDestampe m'a demandé de faire quelque chose autour d'André Gide en juin », se souvient David Maes.


  Avec la permission de l'artiste © David Maes - ADAGP Paris 2010


« L'idée m'intéressait et j'ai passé une partie de l'été à lire son autobiographie, Si le grain ne meurt », poursuit-il. « Je dirais simplement que la lecture de ce livre m'a inspiré une image dans laquelle j'ai tenté "d'exprimer" sa passion pour l'Algérie et son désir d'aborder, avec le maximum de franchise, son homosexualité. Je suis curieux de savoir comment les "fans" de Gide regardent cette gravure que j'ai pu réaliser en hommage à ce grand monsieur...»

Florence Barbéris, gravures à partir du Prométhée mal enchaîné


Déployant les matières riches qui caractérisent son œuvre aux frontières de la forme et du mouvement, Florence Barbéris signe pour cette exposition « des gravures à partir du livre Le Prométhée mal Enchaîné et un petit livre « voyages avec André Gide » sous forme de recueil de cartes postales composé de 7 textes extraits des Nourritures Terrestres (éditions Gallimard, 1917-1936, avec l'accord de Catherine Gide) illustré de gravures et tiré en 10 exemplaires et un hors-commerce aux éditions di Palma à Aubais, numérotés et signés. »



Florence Barbéris, Voyage avec André Gide
(ci-dessus et ci-dessous)




L'exposition présente également une œuvre de Jean-Charles Legros. Elle s'achève le 31 décembre au Musée Borias d'Uzès mais la biennale se poursuit dans de nombreux autres lieux jusqu'au 27 février 2011. Retrouvez plus d'informations sur le site de SUDestampe.

 Jean-Charles Legros, Proverbes de l'enfer (livre d'artiste)


Livres et estampes autour d’André Gide, du 23 novembre au 31 décembre 2010
Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 17h jusqu'au 31 décembre. Fermé le 25 décembre.
Entrée : 3 euros - Groupes : 1,50 euro / personne - Gratuit pour les scolaires.
Visites guidées : sur réservation.
Musée Georges Borias, ancien Evêché, 30 700 Uzès. Tél. 04 66 22 40 23.

jeudi 15 avril 2010

Editions Fata Morgana

On doit aux éditions Fata Morgana la publication de petits textes de Gide comme L'Art bitraire et Le Grincheux longtemps disponibles grâce à la seule curiosité de cette maison d'édition. Les Romans et récits de la Pléiade ont permis de réintégrer ces petits textes dans le courant général de l'œuvre de Gide, avec des notices de David H. Walker.



L'Art bitraire, André Gide,
Fata Morgana, Fontfroide, 1997


Début avril 1947, Gide écrit de Suisse à Dorothy Bussy : « Sur un cahier d'écolier, je me suis amusé à écrire « au courant de la plume », au hasard, une sorte de récit absurde et saugrenu qui, peut-être, paraîtra un chef-d'œuvre de « nons-sense ». Je n'ai pas encore osé le relire. » Il s'agit de L'Art bitraire qui, comme pour mieux souligner son côté saugrenu, sera dans une édition rare de 1950 (« tiré[e] à petit nombre pour la fleur de nos amis vers la fin du monde ») daté du premier avril 1947...
Gide en donne lecture au Vaneau le 2 mai et la Petite Dame se montre pour une fois clémente avec un texte de cette époque. Les 4 et 5 mai, L'Art bitraire paraît dans le journal Combat avec une dédicace à Pierre Herbart. En octobre le texte figure dans une plaquette éditée par Jean-Jacques Pauvert pour Le Palimugre. Mais la dédicace à Herbart a sauté et le jeu de mot avec. Colère de Gide.
C'est que, pour farce qu'il soit, ce petit texte n'est pas en marge des thèmes gidiens comme le souligne bien David Walker. A la fin de sa vie, Gide renoue avec le saugrenu et l'impossible action de Paludes, la satire des Caves ou du Treizième arbre, l'acte gratuit, la découverte du plaisir associé à la destruction, l'inconscient... Pas vraiment un feu d'artifice des thèmes gidiens mais une manière de bouquet final et de pétards mouillés.



Le Grincheux, André Gide,
Fata Morgana, Fontfroide, 1993


Le Grincheux, dont le manuscrit est apparu dans une vente publique, a été publié en 1993 par Claude Martin aux éditions Fata Morgana. Autre court texte entouré de mystères, pour lequel Gide n'avait pas veillé à sa publication posthume et dont on ne trouve aucune trace ni dans la correspondance ni dans le Journal. Claude Martin estime qu'il date du début des années 30. Le Grincheux, si l'on pouvait pousser le jeu de mot jusqu'à l'à-peu-près, c'est L'Art trabilaire.
Etranger chez lui (« Mais où donc a disparu papa ?... Vous voulez le savoir ? Eh bien, papa n'en pouvait plus. Il s'est retiré doucement. Il a été pleurer dans sa chambre. »), étranger dans ses amitiés molles (« Il me plaît que Molle ne vienne pas à ce rendez-vous. Je savais qu'il n'y viendrai pas; et ce n'est pas pour lui que je m'y suis rendu, c'est pour moi-même; c'est à moi que je suis fidèle, non point à lui; et si cette fidélité m'enrhume j'en suis fort aise : ça lui apprendra, à Molle - qui lui n'a plus rien à m'apprendre. »), étranger dans son temps (« Quant à la T.S.F., il ne manquait plus que ça ! Pour entendre mentir chacun, chacun renonce à se comprendre. »), le Grincheux est « un avatar ironique de son créateur » selon Pierre Masson.
























Fata Morgana a aussi publié « A Naples. Reconnaissance à l'Italie » (1993, illustrations de Valerio Adami, postface de Claude Martin), conférence napolitaine de Gide en juin 1950 où il dit tout ce qui l'attache depuis sa jeunesse à l'Italie et au monde méditerranéen ou « Hugo, hélas ! » (2002, introduction de Claude Martin) retraçant l'évolution de Gide sur Hugo à travers son journal et des textes inachevés et inédits.


Aujourd'hui Fata Morgana propose une autre « rareté », cette fois réservée aux gidiens gidolâtres... et fortunés :

« COMÉDIEN ? PEUT-ÊTRE,
MAIS C’EST MOI-MÊME QUE JE JOUE…
QUATRE PORTRAITS PHOTOGRAPHIQUES
D’ANDRÉ GIDE PAR ALBERT DÉMAREST
AINSI QU’UNE LETTRE A CELUI-CI DE SON COUSIN »

Présentation de l'éditeur :

Depuis que j’avais posé pour Albert (il venait d’achever mon portrait) je m’occupais beaucoup de mon personnage : le soucide paraître précisément ce que je sentais que j’étais, ce que je voulais être : un artiste, allait jusqu’à m’empêcher d’être…
Ainsi Gide évoque-t-il dans Si le grain ne meurt cet hiver 1888-1889 pendant lequel, tout en préparant son deuxième baccalauréat, il fréquente régulièrement, rue de la Grande Chaumière, l’atelier de son cousin le peintre Albert Démarest.
Celui-ci fera de lui non seulement un grand portrait à l’huile mais plusieurs photographies dont des épreuves anciennes ont souvent été reproduites.
Les négatifs sur verre, longtemps disparus, ont été retrouvés dans les archives de la photographe Yvonne Chevalier, et tirés au palladium sur Johannot par Patrice Schmidt en 1994.
L’édition originale, tirée en 2010, se limite à trente exemplaires contenus dans un portefeuille de Delphine Marseille.
Format : 17,5 x 23,5 cm
12 pages – 4 photographies originales
Prix de souscription jusqu’au 30 juin 2010 réservé aux membres de l’AAAG : 150 euros
Envoi franco de port recommandé dès réception du règlement. Les règlements depuis l’étranger sont à faire soit en euros sur une banque française, soit par mandat postal, soit augmentés de vingt euros de frais.
Éditions Fata Morgana - Fontfroide le Haut - 34980 Saint Clément de Rivière - www.fatamorgana.fr