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jeudi 7 février 2013

Du côté d'Uzès


A l'issue de la Biennale SUDestampe 2012, le Musée d'Uzès a enrichi ses collections consacrées à André Gide de trois des œuvres exposées :

Illustration de Louis Jou (1927)
En auto, vers Marseille, livre d’artiste par Jean-Charles Legros d’après André Gide, don de l’artiste
-  Série de gravures, par Eva Demarelatrous, d’après Si le Grain ne meurt d’André Gide, don de l’artiste
Autour des Nourritures terrestres, livre d’artiste par Edith Schmid, 2012, achat des Amis du Musée

Le blog du musée nous apprend aussi que d'autres récentes acquisitions ont rejoint le fonds Gide comme un portrait d'André Gide, par B. Willem (XXème) ou un exemplaire des Nourritures terrestres illustré par Louis Jou (1927).

Il faut aussi saluer le travail de sa conservatrice Brigitte Chimier qui dans l'un des derniers numéros du bulletin de l'association des Amis du Musée a consacré un long article sur "André Gide au Maghreb, entre désir et désert" (Uzès musée vivant, n°45, juin 2012, pp.20-28). A l'aide de nombreux extraits des récits trop méconnus que sont El Hadj et Amyntas, l'auteur prolonge la réflexion engagée en 2004 au musée avec l'exposition "Désir du Sud. André Gide, Rudolph Lehnert et le Maghreb".

Plus récemment Brigitte Chimier revenait sur l'exposition en marge des Journées Charles Gide qui donnait à redécouvrir le talent secret de l'oncle d'André. Dans son article intitulé "Charles Gide dessinateur, le jardin secret de l'économiste" (Uzès musée vivant, n°46, décembre 2012, pp.7-14), elle revient sur la vocation artistique première de l'économiste, ses probables apprentissages du dessin et ses influences.

mercredi 7 novembre 2012

Amyntas, livre précieux


[Article paru dans les « Notes » de la N.R.F. N°152 du 1er mai 1926 à l'occasion de la parution d'une nouvelle édition du livre et qui ne figure donc pas dans le dossier de presse d'Amyntas des Gidian Archives.]


« NOTES

LITTÉRATURE GÉNÉRALE
AMYNTAS, par André Gide (Editions de la N. R. F.).

Voici, après une longue attente, la nouvelle édition d'un livre précieux. Les ouvrages où l'auteur a voulu se peindre ou se construire ne sont pas toujours les plus révélateurs de sa personnalité : je suis moins sûr de trouver tout Gide dans André Walter ou l'Immoraliste que dans cet Amyntas.
C'est le livre de l'Algérie, de ses villes, de ses oasis, de ses routes, — le livre, avant tout, d'une terre avec ses odeurs, ses musiques et la saveur de ses fruits. Déjà son prologue virgilien met entre les Nourritures terrestres et lui la distance nécessaire pour un nouvel élan : dans ce Mopsus tout est tranquille monotonie, répétition de l'instant, lumineuse ferveur, voluptueux écoulement sans but. Puis se déroulent les Feuilles de Route en leur diversité colorée. De Biskra à Touggourt conjure le défilé des paysages d'une subtile fluidité ou d'une splendeur brutale, affirme la leçon d'exaltation donnée par le désert qui force l'homme à « comprendre ce que veut dire culture » à concevoir un dangereux classicisme dominant ce déchaînement romantique qu'il excite sans trêve afin d'y chercher sa vivante nourriture. Une bonne moitié d'Amyntas s'intitule le Renoncement au Voyage ; notes encore, tableaux, évocations à peine poussées, ivresses murmurées, atmosphère langoureuse, parfois trouée d'un cri : « S'il pend encore à la branche une grenade, j'en ai soif ! » André Gide chante la joie du corps qui a retrouvé là-bas sa virginité ; il suggère aussi l'anxieuse poursuite du mystère qui rôde derrière toutes ces portes et dans ces jardins ; les phrases d'Amyntas sont chargées d'un désir qui tantôt les étrangle et tantôt les plie à son tournoiement. Mieux que les enseignements nietzschéens, cette terre charnelle exorcise l'éducation puritaine. Pourtant l'esprit se connaît divisé : les premières sensations épuisées, il se révolte contre l'envoûtement des habitudes, il proclame qu'il faut à l'artiste une résistance, des contraintes. Renoncement ? C'est de Normandie qu'en terminant Amyntas Gide disait adieu à l'Algérie ; mais quand cet Amyntas reparaît, il est parti de nouveau pour arracher à l'Afrique chaleureuse son plus profond secret. Comme, en décrivant ses voyages, André Gide a bien dévoilé l'âme du voyageur !
Qu'en pareil cas l'intelligence prenne un air de complicité, il le prévoyait lorsqu'il nous confiait ces pages : « Elles seront, écrivait-il, comme ces sécrétions résineuses, qui ne consentent à livrer leur parfum qu'échauffées par la main qui les tient. » J'ai déjà répondu, pour ma part, qu'Amyntas est un livre précieux.

RENE LALOU »

(NRF, 13e année, n°152, 1er mai 1926, pp. 616-617)