LETTRES1.A JEAN PAULHANParis, le. 25 avril 1928.Mon cher ami,Depuis plus d'un an, la Nouvelle Revue Française inscrit à son programme des Lettres d'André Gide. Je me suis longtemps demandé ce que promettait cette annonce. Mais voici que Paul Souday, dans un récent article, parle élogieusement d'une lettre de moi à François Mauriac, parue dans une publication du Capitole ; j'ai pensé qu'elle intéresserait, peut-être, ceux de nos lecteurs qui ne la connaîtraient pas encore, et que j'y pourrais joindre une seconde, également adressée à Mauriac, au sujet de sa Vie de Racine. André Rouveyre, dans une récente chronique dramatique, cite une lettre que je lui écrivis à propos de l'absurde querelle soulevée contre Paul Valéry. J'ai pensé qu'elle était de sorte à n'intéresser pas seulement les lecteurs du Mercure, et que j'y pourrais joindre une nouvelle lettre à Rouveyre sur le même sujet. J'ai pensé que, dans les numéros suivants de la N. R. F., je pourrais livrer de même certaines lettres dont le caractère privé n'exclut pas l'intérêt général. Dans l'Ermitage et dans les premiers numéros de la revue que vous dirigez aujourd'hui, j'adressais ainsi des lettres ouvertes à une Angèle imaginaire. Le caractère un peu factice de cette fausse correspondance me gênerait aujourd'hui ; il m'apparaît préférable de m'adresser à des êtres réels. Je retrouve dans mes tiroirs d'anciennes lettres non envoyées ; j'en ressortirai peut-être quelques-unes. J'en pourrai donner certaines autres dont je me trouve avoir gardé le double, sans du tout songer pourtant à cette publication ; d'autres enfin, qui ne sont pas encore écrites, des lettres à n'importe qui...Ceci me permettra de tenir votre imprudente promesse.
samedi 2 janvier 2016
Lettres à quelques-uns et à n'importe qui
mardi 8 janvier 2013
L'année démarre bien
10h P. Masson, Université de Nantes, « Gide, l'individualiste engagé » ;
10h30 P. Schnyder, Université de Haute-Alsace, « “Il faut travailler avec acharnement...”. Aspects de la morale de l’effort du Gide d’avant La NRF » ;
11h Pause
11h15 J.-M. Wittmann, Université de Lorraine, « D'un entre-deux-guerres à l'autre : Gide face à la responsabilité de l'écrivain » ;
11h45 Alix Tubman-Mary, Université de Poitier, « Réconcilier littérature et représentation : bilan et perspectives pour La NRF dans les conférences de Suisse de Jacques Rivière (1918) ».
Inscription obligatoire, nombre de places limitées : http://www.pariszest.com/pour-nous-contacter/ (Une fois votre inscription validée, l’adresse et le code vous seront communiqués.)
Du 11 février au 26 avril les Archives départementales de la Gironde, en partenariat avec le Conseil général de la Gironde et la Fondation Catherine Gide, accueillent une nouvelle grande exposition signée Jean-Pierre Prévost : André Gide, visages d'un Nobel engagé. Avec aussi des conférences, concerts et signatures de livres sur Gide.
mercredi 12 décembre 2012
Cahiers Francis Jammes n°1
"En trente ans d’existence, l’Association Francis Jammes a fait paraître 54 bulletins. Le dernier en date, célébrant le centenaire des Géorgiques chrétiennes, montre combien les amis du poète sont demeurés attachés à défendre son œuvre auprès d’un public fidèle. Le Cahier, dont voici le premier numéro, n’a pas vocation à remplacer le bulletin ; mais, plus volumineux, plus éclectique, réunissant des études et des documents inédits ou rares, il comble un manque et répond à une attente. Le dernier colloque entièrement consacré à Francis Jammes datant de 1997, il devenait en effet nécessaire de réunir en un lieu, fût-il de papier, amateurs et chercheurs susceptibles, chacun dans leurs domaines et spécialités, d’éclairer davantage l’œuvre du poète et de mieux définir la place qui fut la sienne dans l’histoire de la poésie et de la littérature.Le titre de ce premier Cahier, « la révolution Francis Jammes (1894-1914) », doit se comprendre à l’aune de cette ambition. 1894 : Le symbolisme triomphe. Francis Jammes a déjà fait paraître, à compte d’auteur et tirées à très-petit nombre, quatre minces plaquettes. Il en a adressé, d’Orthez, quelques exemplaires à des personnalités choisies du monde des lettres parisiennes qui, à leur tour, les font connaître : François Coppée, Stéphane Mallarmé, André Gide, Remy de Gourmont, etc. Il y a dans ces vers à la métrique personnelle, exaltant une vie simple et non exempts, toutefois, d’images audacieuses, un souffle nouveau. Cette poésie, consciemment ou inconsciemment, annonce la crise des valeurs symbolistes qui va éclater deux ans plus tard avec l’avènement du Naturisme, les évolutions des meilleurs écrivains du mouvement de 1886 (Vielé-Griffin, de Régnier, Remy de Gourmont, Gide, etc.) et la naissance d’une génération nouvelle qui reconnaîtra en l’auteur de De l'Angelus de l’Aube à l’Angelus du Soir un maître. C’est en ce sens que l’apparition de Francis Jammes dans le champ littéraire de la fin du XIXe siècle nous paraît s’apparenter – tout en laissant place au débat – à une révolution poétique, se nourrissant de toutes les critiques antérieures adressées aux excès symbolistes et se poursuivant dans les premières années du siècle nouveau qu’elle contribue à définir."
mercredi 27 avril 2011
Quatre parutions
Que ce soit par tempérament ou malgré eux, les romanciers français que nous présentons ici ont en commun de se situer en marge, à la lisière de la métropole littéraire, dans les banlieues souvent grises du texte, tristes dortoirs de second rayon. Bien que plusieurs de ces romanciers aient bénéficié d'un succès d'estime auprès de leurs pairs, la hauteur symbolique des grandes avenues urbaines de l'institution littéraire les confine dans l'ombre ; ils habitent donc aujourd'hui les marges des grands auteurs : Pierre Herbart celles de Gide, Raymond Guérin celles de Céline ou Alexandre Vialatte celles de Kafka; les marges des ouvrages d'histoire littéraire, où dans le meilleur des cas ils sont seulement mentionnés au passage; les marges éditoriales, car lorsqu'ils sont réédités, c'est habituellement dans la collection «L'Imaginaire» plutôt que dans «Folio» et chez de «petits éditeurs» comme Le Dilettante, Le Temps qu'il fait, Le Passeur à Nantes ou Finitude à Bordeaux.La littérature ne désigne pas seulement les textes que nous lisons, mais aussi le système qui la fait vivre, système régulé par les modes et les idéologies, les opinions et les passions. Elle est donc aussi affairede classe — mais elle le serait de moins en moins —, dont les catégories sont au moins tripartites : la haute, occupée disons par les « classiques »; la mitoyenne, habitée par les écrivains méconnus, dont les œuvres ne sont pas reconnues à leur juste valeur; la basse, sans doute la plus populeuse, que nourrissent les écrivains oubliés et qui, pour la plupart, ne peuvent guère espérer de promotion. Comme dans toute société, les changements de classe sont possibles : il arrive en effet qu'un parfait oublié devienne un grand méconnu (Emmanuel Bove), qu'un méconnu — mais cela est plus rare — parvienne patiemment à se hisser parmi les classiques (Stendhal) ou encore qu'un classique soit retrogradé (disons Romain Rolland). Du reste, les frontières sont rarement étanches, des flottements existent et certains écrivains ne trouvent jamais tout à fait leur place — et c'est tant mieux, cela prouve que la littérature est vivante.
Avant l’établissement de la « maison Gallimard » en juillet 1919, les Éditions de la Nouvelle Revue française, issues de la célèbre revue éponyme, ont publié une centaine d’ouvrages à partir de mai 1911, à l’initiative d’André Gide, Jean Schlumberger, Jacques Rivière et Jacques Copeau, et avec l’appui financier de Gaston Gallimard : Proust, Claudel, Valéry figurent à leur catalogue, ainsi que Suarès, Fargue, Larbaud, Saint-John Perse et Drieu la Rochelle.Avec le renfort des correspondances échangées par ses différents protagonistes, la présente bibliographie retrace cette aventure intellectuelle et humaine, à l’origine d’une extraordinaire réussite culturelle et commerciale. Ces années d’apprentissage témoignent de la rationalisation de pratiques éditoriales qui resteront en usage pendant une grande partie du siècle, tandis que s’élaborent les codes de la bibliophilie moderne, appelée à un formidable essor dans l’entre deux-guerres.Après une introduction historique, la bibliographie décrit de manière chronologique les 111 titres parus en précisant les variantes de leurs différents tirages. Suivent en annexe une bibliographie, le corpus des correspondances et journaux littéraires sur la période, et l’index des auteurs, préfaciers et traducteurs, des dédicataires, des titres, des imprimeurs et des genres.
Un dernier mot enfin pour vous signaler le nouveau livre de David H. Walker : Consumer Chronicles. Cultures of Consumption in Modern French Literature, ou comment dresser une histoire de la société de consommation française à travers les témoignages littéraires tirés de Huysmans, Balzac, Zola, Céline ou Gide.
Présentation de l'éditeur :
The consumer revolution, extending market forces into every area of social and private life, has been perceived as a challenge to core elements in French culture, such as traditional artisan crafts and small businesses. Historians and sociologists have charted the increasing commercialisation of everyday life over the twentieth century, but few have paid systematic attention to the crucial testimony provided by authors of fiction. Consumer Chronicles offers close readings of a series of novels, selected for their authentic portrayal of consumer behaviour, and analysed in relation to their social, cultural and historical contexts. Walker’s study, offering an imaginative interdisciplinary panorama covering the impact of affluence on French shoppers, shopkeepers and society, provides telling new insights into the history and characteristics of the consumer mentality.
"A work of impeccable scholarship, and possesses the virtues of ample illustration, detailed demonstration, and the relentless, exhaustive pursuit of a single broad topic." Professor David Bellos, Princeton University
mercredi 17 février 2010
La NRF sur Canal Académie
Une connexion satellite paresseuse, quand elle n'est pas capricieuse, m'a empêché de signaler plus tôt deux émissions de Canal Académie consacrées à la NRF. L'occasion de revenir encore un peu sur la revue après les festivités du centenaire et signaler à celles et ceux qui ne la connaîtraient pas cette radio en ligne souvent très intéressante.
Dans « La NRF, une revue d’exception dans le paysage littéraire du début du XXe siècle ! », Hélène Renard reçoit Robert Kopp qui a rassemblé dans un volume des Cahiers de la NRF les contributions d’une quinzaine de spécialistes réunis autour de ce centenaire de la NRF à la Fondation des Treilles. Ce cahier porte le titre : La place de la NRF dans la vie littéraire du XX ème siècle : 1908-1943.
Plus ancienne, l'émission Un jour dans l'histoire de Christophe Dickès intitulée « La Nouvelle Revue Française entre Guerre et Paix (1914-1925) » reprend le titre de l'ouvrage de l’historienne franco-israélienne Yael Dagan, paru en 2008 aux éditions Tallandier dans la collection Histoire d'Aujourd'hui.
lundi 7 décembre 2009
Colloque NRF à l'IMEC
Mercredi 9, jeudi 10 et vendredi 11 décembre 2009 à l'IMEC, Abbaye d’Ardenne, Grange aux Dîmes. Colloque co-dirigé par Claire Paulhan (IMEC) et Alban Cerisier (Gallimard).
Mercredi 9 décembre à partir de 14h30 :
"QU’EST-CE QUE L’ESPRIT NRF" ?
Suivi de 21h à 23h d'une visite de l'exposition "En toutes lettres… Cent ans de littérature à La NRF" commentée par Alban Cerisier et Claire Paulhan.
Jeudi 10 décembre à partir de 9h30 :
"FIGURES ET PERSPECTIVES"
Suivi de 21h à 23h d'une table ronde "Lecteurs et acteurs de La NRF", avec Robert Abirached, Henri Godard, Hédi Kaddour, Pierre Oster, animée par Alban Cerisier et Claire Paulhan.
Vendredi 11 décembre à partir de 9h30 :
"CRISES ET RUPTURES"
17h : conclusion par Alban Cerisier
Pour le programme détaillé, c'est par ici (document pdf).
Contact et renseignements :
IMEC - Abbaye d'Ardenne
14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe (près de Caen)
Tél. : 02 31 29 37 37
Fax. : 02 31 29 37 36
email : ardenne@imec-archives.com
http://www.imec-archives.com
lundi 30 novembre 2009
NRF et Gide à Uzès samedi
La Médiathèque d'Uzès (baptisée Bibliothèque André Gide en 1977 lors de sa création), organise une journée littéraire consacrée aux cent ans de la NRF samedi 5 décembre à partir de 10h. Au programme :
- 10h : Présentation du fonds Gide de la médiathèque, par Mireille Vallat
- 10h30 : Amical Ermitage : l'avant NRF, par Martine Peyroche d'Arnaud ; six personnages en quête d'une revue, amitiés et rencontres ; l'avant NRF.
- 11h : André Gide : Au cœur de la NRF, la NRF au cœur, par Pierre Masson ; trente années d'une relation fusionnelle entre une revue et un homme évoluant d'une direction effective à une autorité morale jamais contestée.
- 15h : Jacques Rivière dit aussi "L'homme de barre" de la NRF, par Jean-Louis Josserand ; l'apparition et la place grandissante d'un jeune provincial téméraire au sein de la NRF ; Jacques Rivière à la tête de la NRF ; le débat des divergences Gide-Rivière.
- 16h : le Crépuscule des revues, par Pierre Lepape ; l'histoire de la NRF, après la démission de Drieu la Rochelle en 1943, son interdiction et sa reparution avec Paulhan sous le titre étrange de Nouvelle Nouvelle Revue Française est celle d'une longue lutte conte le déclin.
- 17h30 : projection d'extraits de films : Gide et la NRF.
- 18h : conclusion et clôture par Mireille Vallat.
La Médiathèque d'Uzès dispose de 860 ouvrages dans son fonds Gide (Charles et André). Dont de nombreux ouvrages de et sur André Gide, de ses proches (Schlumberger, Maria van Rysselberghe, Herbart, Martin du Gard, Paulhan, Rivière...) ainsi que des manuscrits et lettres, dont une grande partie provient de donations de Irène de Bonstetten. On peut en consulter l'intégralité ici (document pdf).
Non loin de là, dans l'ancien évêché près de la cathédrale, le Musée Georges Borias consacre une salle à Charles et André Gide où sont rassemblés peintures, livres, correspondances, objets, et souvenirs divers sur l'écrivain et sa famille.On peut y voir notamment les portraits de Gide par Paul-Albert Laurens, Segonzac, Simon Bussy, Mac Avoy...
C'est la conservatrice du musée Martine Peyroche d'Arnaud qui interviendra lors de cette journée sur le thème de «l'avant NRF». On lui doit aussi le catalogue illustré des collections du Musée Georges Borias (dont la Collection André Gide, Marguerittes, Editions de l'Equinoxe, 1993, 48 p.). Vous disposerez d'une petite heure pour visiter la salle Gide puisque le musée ouvre à cette saison de 14h à 17h et les conférences ne reprennent qu'à 15h...
Enfin pour se mettre dans l'ambiance gido-gardoise, on peut lire en ligne la conférence prononcée par Daniel Moutote le 19 février 1977 à Uzès pour le vingt-sixième anniversaire de la mort d'André Gide.
Gide, par Solange de Bièvre
(collection du Musée Georges Borias d'Uzès)
mardi 3 novembre 2009
Gide à l'IMEC

Ne ratez pas à l'entrée, dans la pénombre, le premier numéro de la NRF monté sur un piédestal et protégé par un cube de verre, objet d'un culte farouche qui eut ses disciples, ses bulles et ses papes. La chronologie de cette religion s'étale quant à elle aux murs, sur fond rouge. L'ombre de Gide s'y profile dès le début, une première station intitulée "Avant l'histoire 1890-1908" montrant les revues de l'époque : Antée, L'Ermitage ou Les Marges.
Sous le titre "La revue d'André Gide 1908-1918" on retrouve les deux "premiers numéros" de la NRF : celle de novembre 1908, premier premier numéro ou faux-départ, et celle de février 1909, débarrassée des mallarméoclastes. Mais c'est Jean Schlumberger et non Gide, qui se fait le porte-parole du groupe, dans ses "Considérations" qui ouvrent le numéro et définissent la ligne éditoriale de la revue.

Dans une lettre à l'en-tête de Chelsea et datée de 1911, Valery Larbaud fait savoir à Gide : "Vous (je veux dire l'administration de la NRF) êtes un peu chiches de numéros spécimens et de service gratuit...". L'écriture d'André Gide a entouré l'adresse et ajoute : "prendre note de cette adresse pour l'envoi des numéros suivants de la revue". Larbaud apportera sa grande connaissance de la littérature anglo-saxonne à la NRF. Pour la publicité et les numéros gratuits bien distribués, il faudra faire confiance à Gaston Gallimard.
1911, c'est aussi le début du comptoir d'édition de la NRF. Isabelle, d'André Gide, et L'Otage, de Claudel sont les premiers ouvrages publiés par la NRF. Si Isabelle a une couverture bleue cartonnée, L'Otage prend déjà l'aspect bien connu rouge et noir sur fond beige choisi parmi quatre maquettes. Diffusée à proximité par un haut-parleur, la voix de Gaston Gallimard (interrogé en décembre 1972 par Madeleine Chapsal) nous apprend que Gide avait aussi découvert que l'édition première d'Isabelle portait tantôt 26 tantôt 27 lignes par page. "Il a tout déchiré mais, bien malin, en a conservé 5 ou 6 exemplaires...".

Autres curiosités : L'édition de Du côté de chez Swann chez Grasset (1913) portant en recouvrure l'estampille NRF (1917). Le compte-rendu d'une réunion de septembre 1920 de Paulhan à Rivière : "Radiguet veut une promesse ferme d'acceptation" précise Paulhan. "Il nous fait suer" note en marge Rivière qui ajoute : "(excusez-moi) ". La carte de presse de François Mauriac (1924), "critique du journal la NRF". La carte de visite de Jules Supervielle avec au dos ces mots de la main de Gide : "Le type dont voici la carte [est] à surveiller pour la NRF"...
Un détour par Pontigny, un hommage à Rivière. La visite se poursuit, toujours aussi fascinante. "Je ne sens rien venir pour Angèle" écrit Gide à Rivière, de Colpach en avril 1921. Alors que Larbaud envoyait ses lettres de Chelsea, c'est de la Brasserie Cyrano (!) que le 4 mars 1926 André Breton écrit à Paulhan : "Monsieur, j'ai l'honneur de vous informer que je vous tiens pour un con et un lâche". La première partie de l'exposition s'achève sur les années "A la mesure de Jean Paulhan 1925-1940).

Une pause est bienvenue. On s'installe dans un confortable fauteuil club devant une table basse. La première table est consacrée à Gide. A la disposition du public, de nombreux ouvrages dont l'Hommage à André Gide de la NRF, les correspondances avec Schlumberger, Rivière, Paulhan, les trois volumes de André Gide et le premier groupe de la NRF, Le diable à la NRF de Cabanis, les deux premières revues... Et en prime la diffusion du film de Marc Allégret "Avec André Gide" ! La seconde table, tout aussi opulente, est consacrée à Paulhan.
Ce petit salon blotti tout au fond de la majestueuse grange aux dîmes est posé au pied d'une immense image : sur quelques dizaines de mètres-carrés se déploie la silhouette de Gide, saisi en pleine course lors des fameux exercices à la villa Noailles (en 1936, je crois). C'est, je l'ai déjà écrit, mon image préférée de Gide l'insaisissable...

La scrupuleuse visite de la première partie de l'exposition, la station devant les 95 minutes du film de Marc Allégret et le temps de feuilleter tout de même tous ces beaux ouvrages mis à notre disposition ont passablement entamé l'après-midi. L'exposition n'ouvre que de deux à six heures de l'après-midi ! C'est bien le seul reproche qu'on pourrait lui faire. Si, peut-être déplorer aussi l'éclairage zénithal des vitrines : penchez-vous pour étudier un manuscrit de près et votre ombre l'occulte aussitôt.
C'est donc avec une approche en biais pour éviter les ombres projetées et sans prendre le temps de noter tout ce qu'il y a d'intéressant que nous parcourons la seconde partie des vitrines : des "années sombres 1940-1953" à nos jours pour conclure par des "Extérieurs" NRF (Vieux-Colombiers, Pontigny, Mesures...). Nous nous heurtons alors à une bibliothèque qui contient l'intégrale des numéros de la NRF, pendant au premier numéro de l'entrée...

L'exposition se poursuit jusqu'au 23 décembre, tous les jours sauf le lundi, de 14h à 18h à l'IMEC, près de Caen (entrée gratuite). Plusieurs débats et colloques seront organisés en marge de l'exposition : voir ce précédent billet ou rendez-vous sur le site de l'IMEC.
Une visite virtuelle de l'exposition est disponible sur le site du centenaire de la NRF.
jeudi 24 septembre 2009
Actualité : Alain et Martin du Gard
«Je lis certains Propos d'Alain avec une admiration très vive. Je le préfère, et même de beaucoup, à Maurras, et ne vois pas par où Maurras lui pourrait être dit supérieur – si ce n'est par sa surdité. Maurras est un sourd, comme l'Angleterre est une île; de là sa force», notait aussi Gide dans son Journal (11 janvier 1923).
Les Journées Alain auront lieu les 3 et 4 octobre à Rouen, où Alain enseigna de 1900 à 1902 (l'un de ses élèves se nommait André Maurois) et à Mortagne-au-Perche, sa ville natale, qui accueillera notamment Alban Cerisier pour une conférence sur la NRF.
(Hôtel de ville)
11h00 Inauguration du buste d’Alain par Navarre.
15h00 Conférences :
- « Henri Navarre sculpteur de la lumière » par Hervé Joubeaux, ancien conservateur du musée de Chartres, conservateur du musée Mallarmé.
- « Louis Canet, élève d’Alain, intellectuel et serviteur de l’Etat », par Nicolas Plantrou, avocat, petit-neveu de Louis Canet.
- « Alain–Maurois : une rencontre intellectuelle et humaine fructueuse », par Cécile-Anne Sibout, enseignante à l’Université de Rouen, présidente de l’Association Etudes Normandes.
à Mortagne-au-Perche
(Salle des fêtes de l’hôtel de ville)
11h00 Assemblée générale
15h00 Conférence : « Les Cent Ans de la Nouvelle Revue Française », par Alban Cerisier, archiviste-paléographe, responsable du fonds littéraire de la maison Gallimard et concepteur de l'exposition « En toutes lettres... Cent ans de littérature à la NRF ».
__________________________
A signaler aussi que le 10 octobre à 17h au Château du Tertre de Serigny (près de Bellême, non loin de Mortagne-au-Perche), c'est-à-dire chez Roger Martin du Gard, les Amis du Tertre organisent la projection de :
Photographies et Journal de Roger Martin du Gard
1914-1918
Centenaire de la NRF... suite
Dans le cadre de la grange aux dîmes de l'abbaye d'Ardenne, près de Caen, l'exposition s'enrichit des documents en provenance des fonds d'archives de l'IMEC et Claire Paulhan est venue prêter main forte à Alban Cerisier, concepteur de l'exposition à la Fondation Bodmer : au total 300 pièces d’archives (lettres, manuscrits, photographies, épreuves, ouvrages, etc.), réparties en 10 parties et 18 vitrines.
Deux rencontres et un colloque ponctueront cette exposition :
- Rencontre «Revue en scène : La NRF» le 13 novembre 2009, consacrée au n°588 de la revue intitulé «Le siècle de La NRF», dans lequel se trouvent rassemblées les contributions inédites d’auteurs français réagissant librement à 21 articles choisis dans le fonds immense des sommaires de la revue, comme une « réponse faite aux aînés ».
- Rencontre «La Matière et la manière : Les archives de Jean Paulhan» le 24 novembre 2009. Bernard Baillaud, docteur ès lettres, président de la Société des lecteurs de Jean Paulhan et éditeur des Œuvres Complètes de Jean Paulhan chez Gallimard, viendra dire la complexité passionnante et foisonnante des archives de celui qui fut à la fois écrivain, critique et éditeur.
- Colloque «L’Esprit NRF : définitions, crises et ruptures, 1909 - 2009», du 9 au 11 décembre 2009.
Plus d'informations sur le site de l'IMEC.
mercredi 15 juillet 2009
Les vertèbres de Léonie
mercredi 3 juin 2009
Exposition Jacques Rivière et colloque NRF à Bourges
Après la Fondation Martin Bodmer à Cologny, c'est à Bourges qu'il faut se rendre pour la suite des célébrations du centenaire de la NRF.
Du 18 juin au 29 août, la Médiathèque de Bourges présente « Jacques Rivière, « L'homme de barre » de la NRF », une exposition réalisée autour de l'important fonds Jacques Rivière que possède la bibliothèque berruyère. Légué en 2000 par Alain Rivière, fils de Jacques Rivière et neveu d'Alain-Fournier, ce fonds comprend près de dix-sept mille pièces : manuscrits des deux écrivains, dont les brouillons du Grand Meaulnes, correspondance croisée, papiers personnels, correspondance avec André Gide, Paul Claudel, Marcel Proust, Charles Péguy, Jean Schlumberger, Gaston Gallimard, André Lhote, André Suarès, Valéry Larbaud...
L'exposition se complète de prêts de documents de collections publiques et privées montrant divers aspects et périodes de l’activité de Jacques Rivière à La NRF et de son influence sur l’évolution et la postérité de la revue : les réseaux d’amitiés et d’affinités littéraires autour de La NRF auxquels il s’est trouvé lié à partir de 1907 ; sa collaboration d’auteur à la revue dès les premiers numéros de 1909 et 1910 ; la charge de secrétaire qui lui sera confiée dès décembre 1911 jusqu’en août 1914 ; son rôle de « théoricien » ou de porte-parole de la revue ; la rupture de la Grande Guerre, ses années de captivité et de maturation ; la direction de La NRF à sa reprise en juin 1919 jusqu’en 1925 et sa succession.
Un accompagnement sonore conçu par l’Association Blanche Selva permettra, tout au long de l’exposition, d’entendre, sur des enregistrements d’époque, des extraits d’œuvres musicales, en particulier de certaines dont Jacques Rivière avait rendu compte dans La NRF, comme par exemple Les Œuvres de piano de J. S. Bach, jouées par Blanche Selva, en 1912. En fin de parcours, le visiteur pourra visionner le film réalisé par Jacques Tréfouel, « Jacques Rivière ou la passion de l’intelligence », dans une série produite en 1982 par FR3 Aquitaine.
La Ville de Bourges accueillera aussi un colloque intitulé « La NRF, naissance d'un mythe », les 18, 19 et 20 juin à l'auditorium du Museum d'histoire naturelle. On peut en lire l'alléchant programme (sous réserve) sur le site du centenaire de la NRF ainsi que sur celui de l'Association des Amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier.
lundi 9 mars 2009
Exposition à la Fondation Martin Bodmer
A deux pas de la Bible de Gutenberg, des Thèses de Luther et des éditions originales de Montaigne, Molière ou Shakespeare, des manuscrits, lettres, dessins et photographies retracent une partie des cent dernières années d'histoire de la littérature européenne. Il fallait oser, Alban Cerisier* l'a fait, comme il l'explique à Ghania Adamo, journaliste à Swissinfo.
Parmi tous les documents exposés on peut voir des lettres de Proust, Alain Fournier, Aragon, Artaud, Martin du Gard, Camus, Malraux ; des manuscrits ou épreuves corrigées de Paul Valéry, Gide ou Saint-John Perse ; des maquettes originales des premiers volumes de la maison d’édition, des publicités et des registres commerciaux...
Ou encore un exemplaire rarissime d’Isabelle d’André Gide, deuxième livre des éditions NRF, dont le tirage avait été pilonné selon le souhait de l’auteur. Empruntés à la bibliothèque Bodmer, figurent aussi les manuscrits des Caves du Vatican ou de Courrier Sud de Saint-Exupéry, œuvres pré-publiées dans la revue.
En attendant la tenue de cette exposition à Paris au printemps, on peut acquérir le catalogue de l'exposition avec un avant-propos de Jacques Réda et Michel Braudeau et des documents réunis par Marie-Noëlle Ampoulié, Alban Cerisier et Éric Legendre, commentés par Alban Cerisier, paru aux Éditions Gallimard. (112 pages, 32 euros).
Sur la toile, on peut découvrir les richesses de la Fondation Bodmer et de son musée mais aussi le site du centenaire de la NRF qui devrait permettre prochainement d'interroger l'ensemble du corpus de la revue. Un extrait du catalogue de l'exposition cité plus haut est à feuilleter ici, où l'on peut voir une superbe photographie inédite d'André Gide "l'insaisissable".
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* Alban Cerisier est le commissaire de l'exposition et l'auteur de Une histoire de la NRF parue chez Gallimard.
vendredi 21 novembre 2008
Il y a cent ans : la NRF resserrait les cravates
Cet attentat contre Mallarmé accusé "d'impuissance" fait éclater le groupe. Un second "premier numéro" – sans Monfort et ses amis – est publié en février 1909. André Gide sera le directeur de la NRF jusqu'en 1914. La Nouvelle Revue Française se veut le concurrent direct du Mercure de France, fondé en 1890, vivier des symbolistes et des jeunes auteurs dont André Gide qui lui donna ses premiers textes.
Au Mercure règne l'étonnant Remy de Gourmont, qui fait d'abord l'éloge des premiers ouvrages de Gide et l'accueille. "Le poste de commandement de Gourmont était le Mercure de France, celui de Gide la NRF. Grâce à eux, ces deux revues ont régenté les lettres dans le monde entier", commente Jean Dutourd. Entre les deux hommes toutefois, une incompréhension se change bientôt en "rivalité littéraire" de prédominance si l'on en croit Paul Léautaud :
"J'ai lu aussi de petits comptes rendus d'un livre, ou plaquette que Rouveyre vient de publier sur Apollinaire, et sur Gourmont. A propos de celui-ci, il en profite pour s'en prendre encore à Gide, dont il dit qu'il détestait Gourmont. Il parle encore là de ce qu'il connaît à peine. Il est bien certain que Gide ne pouvait guère aimer les tendances d'esprit de Gourmont, mais le débat se situait sur un bien autre plan. Rivalité littéraire, donc de prédominance, chez Gide. J'ai vu cela de près. Sans Gourmont, c'est peut-être au Mercure que Gide eût fait toute sa carrière, mais à condition d'être le premier. Or, la place était prise."
"Gourmond – une âme désespérément opaque", note Gide le 13 février 1907 dans son Journal. Déjà, dans une entrée de 1904, il expliquait son "malaise" devant Gourmont : une gêne et une hostilité. "[...] la pensée, chez lui, n'est jamais chose vive et souffrante ; il reste toujours outre et la tient comme un instrument." Montfort, qui rouvre Les Marges, oppose d'ailleurs "Gide contre Gourmont" en mai 1910. Mais qu'on ne s'y trompe pas : la NRF ne fait pas table rase des revues anciennes mais prône au contraire un retour au classicisme, à la littérature pour elle-même. Et c'est cela qui change tout, ainsi que le souligne François Nourrissier :
"Il faut faire un effort d'imagination pour mesurer, neuf décennies passées, la force de rupture que recelait la bombe NRF. Rupture avec quoi ? Avec qui ? Les six "gidiens" n'apparaissent pas dans un désert. On trouve là le faisandé et l'académique, le chauvin et le parisien, le décadent et le licencieux, Claudine et Colette Baudoche, la cambrure 1900 et les langueurs fin de siècle. La NRF ne va pas naître d'un désir, si banal en littérature, de faire table rase, mais d'un retour à la rigueur et aux inspirations classiques. On nettoie. On ne se débraille pas : on ressert les cravates."
C'est par ce texte de Nourrissier que le site des éditions Gallimard ouvre une très intéressante histoire de la NRF à consulter ici.








