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samedi 31 octobre 2015

Carte et lettre à Michel Levesque

Les Autographes des siècles proposent une carte et une lettre de Gide à Michel Levesque :




André GIDE (1869.1951).
Carte autographe signée à Michel Levesque.

Une page in-12° au verso d’une carte postale représentant le village de Roquebrune dans les Alpes-Maritimes.

« La Souco-
14 février 1930.

Votre père me fait part de votre désir, qui me flatte très cordialement. A mon retour à Paris je regarderai s’il reste encore un exemplaire d’Un Esprit non prévenu; mais je crains bien que le livre, tiré à peu d’exemplaire, ne soit épuisé. Ah ! que je voudrais avoir pu m’embarquer avec les Chadourne et vous rejoindre. Ça sera pour l’an prochain j’espère ! Mais je vous aurai revu en France d’ici là. Les Bussy, dont je suis l'hôte, me chargent pour vous d'affectueux messages. Bien amicalement votre

André Gide »

Prix : 450€


André GIDE (1869.1951).
Lettre autographe signée à Michel Levesque.

Une page in-12°. Pontigny, 28 août 1939. Enveloppe autographe.

« Mon cher Michel, Ta bonne lettre de ce matin, que ton frère [Robert Levesque] me communique, devance celle que je voulais t’écrire, car depuis ton départ je pense à toi bien tendrement. Encore que nous n’ayons pas pu beaucoup nous parler, lors de ce dernier revoir, je me suis senti très près de toi, te comprenant à demi-mot ou même lorsque tu gardais le silence. Je voudrais que de sentir mon affection te soutienne parfois et t’aide à supporter sans trop de découragement ce temps d’épreuve. Bonne patience, mon cher petit. Je t’embrasse bien fort. André Gide. »

Prix : 450€


A signaler aussi, toujours chez le même vendeur :


André GIDE (1869.1951).
Carte autographe signée au poète Yves-Gérard le Dantec.

Une page in-12° au verso d’une carte postale représentant une vue de Berlin.

Berlin. 31 octobre 1932.
« Baudelaire eût été bien inquiet de ce monument qui se prépare. »

Gide accepte de s’associer au projet d’un monument à la mémoire de Baudelaire.

« Cher Monsieur, veuillez excuser un voyageur, et croire que mon silence au sujet des livres que je reçois n’est nullement signe d’indifférence. Baudelaire eût été bien inquiet de ce monument qui se prépare. Mais comment ne pas accepter de faire partie d’un comité en son honneur ? J’accepte donc que mon nom y figure et vous remercie d’avoir songé à moi. »

Paul Valéry présida ce Comité à la mémoire de Baudelaire qui fit réaliser en 1933 un buste du poète par Félix Fix-Masseau, inauguré seulement en 1941 dans le jardin du Luxembourg, à Paris.

Yves-Gérard le Dantec publia le Tome II des Œuvres complètes de Baudelaire pour la bibliothèque de la Pléiade.

Prix : 750€
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dimanche 27 avril 2014

Plusieurs lettres aux enchères


La vente publique du libraire Alain Ferraton du 10 mai prochain verra passer plusieurs lettres de Gide :

Lot 264
Correspondance au docteur Willy Schuermans.- GIDE (André).

Ensemble de 1 télégramme, 2 cartes et 11 lettres autographes, soit 13 sur 36 des documents édités dans la correspondance de Gide au docteur Willy Schuermans (voir ici le n° 331).
Cette correspondance concerne en grande partie les épreuves de «Numquid et tu... ? » publié sans nom d'édit. en 1922 et imprimé à Bruges à l'imprimerie Sainte-Catherine. 1. (III de l'édit.).
Carte postale (reproduction d'un ms. de la Vaticane) manuscrite signée, datée du 19 nov. 1920, enveloppe conservée. « Vous m'écrivez la plus exquise des lettres / Croyez bien que je n'oublierai pas ma promesse. » 2. (VIII).
Carte recto-verso autographe signée, 2 sept. 1921, enveloppe conservée. Gide donne son adresse où envoyer « les épreuves de Verbecke » (Édouard Verbecke, imprimeur à Bruges), mais prévient qu'à partir du 13 « il serait plus prudent de les garder quelques jours - et de me les envoyer à la Nouvelle Revue Française »... 3. (IX).
Lettre autographe signée, 8 lignes sur un f. 4°, datée du 9 sept. 1921, enveloppe conservée. Gide demande que l'on envoie les épreuves à la NRF. 4. (X).
Lettre autographe signée, 1 p. 8°, 29 sept. 1921, enveloppe conservée. « Toujours rien de Verbecke ? Je lui écris par le même courrier pour secouer son apathie. » Gide donne une nouvelle adresse et termine sa lettre en annonçant la parution prochaine des Morceaux choisis qu'il enverra « tout aussitôt ». 5. (XI).
Télégramme du 30 sept. 1921. « Reçois paquet épreuves. Merci. » 6. (XII).
Lettre autographe signée, 8 oct. 1921, 1 p. 1/2 sur papier à en-tête de la NRF, enveloppe conservée. Gide remercie vivement pour l'envoi. Il corrige les épreuves et demande, s'il y a des nouvelles épreuves, qu'on les lui envoie à la NRF. 7. (XIII).
Lettre autographe signée, 30 oct. 1921, 1 p. petit 4°, enveloppe conservée. Gide se plaint de ne pas recevoir d'épreuves. Il donne son adresse à Rome (poste restante).
« J'ai inscrit votre nom hier sur la liste des services de mes Pages choisies [Morceaux choisis], car le volume ne paraîtra que dans quelques jours ; je ne puis l'attendre, et vous écris en grande hâte, deux heures avant mon départ. » 8. (XVI).
Lettre autographe signée, 2 p. 8° à en-tête de la NRF, 13 déc. 1921, enveloppe conservée. Gide charge un ami de récupérer « le jeu d'épreuves renvoyé par vous à Rome ». Il regagne Paris et donne comme seule adresse celle de la NRF. 9. (XVII).
Lettre autographe signée, 29 janv. (sic, pour déc.) 1921, enveloppe conservée. Gide remercie pour l'envoi des épreuves. « Et ce soir me parvient votre affectueuse lettre. J'espère pouvoir vous faire de vive voix mes voeux de nouvelle année »… 10. (XVIII).
Lettre autographe signée, 9 janv. 1922, 1 p. 4°, enveloppe conservée. « Mademoiselle Van Rysselberghe qui part demain pour Bruxelles voudra bien me rendre le grand service de surveiller à ma place le tirage de Verbecke. Elle vous remettra l'exemplaire que je vous ai promis et que je vous prie de serrer au plus secret endroit de votre bibliothèque. » 11. (XXI).
Lettre autographe signée, 1 p. in-12 et 3 lignes, 21 févr. 1922, enveloppe conservée. « Rassurez-vous. Madame Van Rysselberghe, que l'exposition de son mari appellera à Bruxelles, la semaine prochaine, vous remettra le volume en mains propres. Je regrette vivement de ne pouvoir le faire moi-même... » 12. (XXII) Lettre autographe signée, le 1er avr. 1922, 1 p. in-12 et 5 lignes, enveloppe conservée. Gide s'inquiète de savoir si Schuermans a reçu son livre et lui demande « un petit mot ». 13. (XXIII).
Lettre autographe signée, jeudi (cachet de la poste : 7 avr. 1922), 1 p. in-12, enveloppe conservée. Accusé de réception d'une lettre. « Non, je ne pense pas pouvoir venir à Bruxelles d'ici longtemps - / Pour Joyce... nous en reparlerons. » 14. (XXXI) Lettre autographe signée, non datée, 1 p. 8°. « Ce mot, dans le cas où je ne vous rencontrerais plus : / Pas pu retrouver d'Offrande lyrique - mais, par contre un 'Nourritures' que vous me disiez souhaiter également. / Pas pu me décider, pour le petit livre auquel, hier, vous avez fait allusion [Numquid et tu]. / “Le cœur a des pudeurs que... etc” ». Ensemble exceptionnel.

Estimation : 1 600 € / 1 800 €



Lot 265
GIDE (André).
Lettre autographe signée au poète belge Roger Bodart (1910-1973), datée du 1er novembre 1935, 1 p. 8° (traces de pliures).

Belle lettre : « Vos poëmes (non tant le premier, en alexandrin, que les deux autres : Nulle part et Saint-Hubert) me paraissent excellents. Je ne puis me retenir de les porter à Jean Paulhan, directeur de la N.R.F., curieux de savoir ce qu'il en dira ; et lui donne votre adresse. N'avez-vous pas d'autres poëmes que vous puissiez lui envoyer ? ».

Estimation : 150 € / 200 €





Lot 266
Lettre à Franz Hellens.- GIDE (André).

Lettre autographe signée à l'écrivain belge Franz Hellens (1881-1972), datée du 24 avril 1946, 2 p. in-12, enveloppe conservée (traces de pliures, petite décharge, petite bande de papier collant au bord (2 mm).
Belle lettre : « A mon retour d'Égypte, je trouve votre aimable lettre du 26 mars ; la précédente s'est sans doute égarée à ma poursuite. Submergé par l'accumulation (4 mois d'absence) de 'choses à faire' je ne puis vous envoyer (et ne pourrai d'ici longtemps) que mes vœux très cordiaux et l'assurance de ma fidèle sympathie »... Il veut cependant satisfaire Hellens en lui envoyant un texte, mais, en note, signale que le texte qu'il aurait pu lui confier est celui de son Journal dont il vient de donner le bon à tirer chez Gallimard.

Estimation : 200 € / 250 €



Lot 267
GIDE (André).

Lettre dactylographiée signée au bibliophile anversois Paul Alleman, datée de Cuverville en Caux, le 23 septembre 1927, 1 p. in-12 de papier rose, enveloppe conservée. « Oui ; le fait divers si suggestif, je le connaissais déjà. Mais votre lettre est exquise et je vous sais gré de me parler ainsi. Croyez-moi très sensible à cette sympathie que vous me témoignez et dont je voudrais que vous sentiez ici l'écho sincère. ».

Estimation : 100 € / 150 €


 
Lot 268
4 lettres à Octave Maus.- GIDE (André).

Quatre lettres autographes signées à l'écrivain et critique musical belge, fondateur de la revue « L'Art moderne », Octave Maus (1856-1919) : 1. Non datée [avant avril 1900], 1 p. 8° et 4 lignes (traces de pliures).
A propos, sans doute, de sa conférence du 29 mars 1900 : « J'aurai soin d'envoyer ma conférence à ceux de vos amis que vous voudrez bien m'indiquer, mais ne peux en confier l'édition à l'Art Moderne ; elle doit paraître dans la petite édition de l'Ermitage [...] Votre lettre est trop bonne pour ne pas me faire regretter de ne pouvoir vous satisfaire »…- 2. 2 avril 1900, 4 p. in-12 (traces de pliure) : « Je vous supplie de ne croire ni à l'oubli ni à de la négligence de ma part. Si je n'ai pas encore adressé à la rédaction de l'Art Moderne la copie que je vous avais promise, c'est que je n'ai pu encore remettre la main sur le manuscrit »... Plus loin, Gide demande le prêt de l'édition de la correspondance de Laforgue. « Du moins veuillez m'indiquer les années, si vous ne pouvez mes les prêter »...- 3. Non datée [avril 1900], 1 p. 8° (traces de pliure).
« Voici donc ma copie ; veuillez en excuser le très volontaire retard. [...] L'Art Moderne aurait-il l'obligeance d'indiquer dans ma note que la conférence paraîtra in extenso dans l'Ermitage du mois de Mai....? ».- 4. Mardi matin [15 mars 1904], 3 p. in-12. Gide donne le titre de sa conférence : « Quelques réflexions à propos du Roman et du Théâtre » qu'il donnera le 25 mars 1904 au salon de la Libre Esthétique. Puis aborde un problème « Assez délicat ». Il ne peut acheter une petite toile de Vuillard (« La Tasse de café ») car « un ami besogneux vient me taper de la forte somme ». Gide propose néanmoins de l'acheter « si quelque parole que ce soit devait m'avoir engagé vis-à-vis de Vuillard, veuillez m'en avertir par un mot et le 25 je vous apporterai la somme ».

Estimation : 500 € / 600 €


Signalons encore plusieurs lots de cette même vente proposant des correspondances et des livres de Gide, dont au lot 332 un exemplaire de Paludes illustré d'eaux-fortes d'A. Grinevsky. [Paris], N.R.F. (imprimé à Maestricht par A.A.M. Stols pour la N.R.F.), 1930, gd 8°, 138 p., un frontispice, et eaux-fortes en couleurs dans le texte, titres de chapitres en rouge en marge, lettrines en rouge d'après les modèles de Stols, br., couv. à rabats avec une eau-forte. Edit. tirée à 360 ex. num. 1/335 Hollande filigrané « André Gide ».

Vente le samedi 10 mai 2014 à 13h
Exposition :
le samedi 3 mai 2014 de 10 h à 19 h
du lundi 5 mai 2014 au jeudi 8 mai 2014 de 10 h à 19 h
le vendredi 9 mai 2014 de 10 h à 18 h


mardi 3 mai 2011

Mai bibliophile

Trois belles ventes de livres, manuscrits et autographes divers en ce mois de mai, avec pour commencer celle de la bibliothèque de Jean Dutourd vendredi 6 mai par l'étude Millon et Associés, salle VV, rue Rossini à Paris. Il s'agit de la première partie d'une vente en deux temps : après « La bibliothèque », « L'appartement », au cours de laquelle tableaux, mobilier et objets d'art » seront dispersés le 11 mai à l'Hôtel Drouot.

Côté bibliothèque, beaucoup de livres anciens et pour le XXe surtout Aragon, Jouhandeau, Camus, Malraux, Maurois et Mauriac dont les Conversations avec André Gide (Albin Michel 1951, in-12 relié à la Bradel plein papier grenat par G. Gauché, édition originale, 'exemplaire d'archives' sur vélin du Marais, justifié par l'auteur n° 5/6., Envoi A.S. " Pour Camille et Jean Dutourd, pour leur montrer quel garçon d'avenir j'étais il y a vingt ans, avec l'amitié fidèle de..., 22 avril 1958 ".

Exposition mercredi 4 et jeudi 5 mai 2011 de 11h à 19h
Salle VV - 3, rue Rossini - 75009 Paris
Vente le vendredi 6 mai à 14h


Le mercredi 11 mai à 16h chez Christie's, la vente n°1004 promet des « Importants Livres Anciens, Livres d'Artistes et Manuscrits ». Le clou de la vente consistant dans trois magnifiques monographies ornithologiques de John Gould, que Gide aurait certainement appréciées ! Les estimations de ces trois lots dépassent les 150000€...
Mais il y a d'autres « oiseaux rares » dans cette belle vente, dont Le Voyage d'Urien illustré par Maurice Denis (Librairie de l'art indépendant, 1893. Petit in-4 (200 x 185 mm). 30 illustrations de Maurice Denis gravées sur bois et tirées en couleur dans le texte. Maroquin havane signé Canape & Corriez, plat supérieur orné d'un rectangle doré et orné à froid, doublure et gardes de moire brune, couverture et dos, chemise et étui. Provenance: Roger Marx (envoi) -- Georges Canape (ex-libris).


Description de ce lot 151 :
ÉDITION ORIGINALE et premier ouvrage illustré par Maurice Denis. Tirage limité à 300 exemplaires, celui-ci le n° 35 imprimé sur Ho llande. Gide fit appel à Maurice Denis après avoir vu ses dessins pour Sagesse, exécutés en 1893 mais qui ne parurent pas avant 1910 chez Beltrand. BEL EXEMPLAIRE AVEC DOUBLE ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ SUR LE FAUX-TITRE au critiq ue d'art et homme de lettres "à Roger Marx, Maurice Denis, André Gide". From Manet to Hockney 5 ("This is generally regarded as the first livre d'artiste illustrated by color lithographs"); Garvey 76 (" Here Denis best achieved his goal in book illustration... This little known item is a MASTERPIECE OF ART NOUVEAU"). Estimation : 4000€-6000€
A signaler aussi les 11 numéros de La Conque au lot 194 :
LOUYS, Pierre (1870-1925). La Conque [anthologie des plus jeunes poëtes]. Paris: chez l'auteur au 49 rue Vineuse, 15 mars 1891 - [janvier] 1892. 11 fascicules in-8 (240 x 157 mm). Chaque fascicule avec sa couverture originale imprimée sur papier jaune.
UN DES 20 EXEMPLAIRES DE TÊTE SUR JAPON, justifié "Japon Onze" par Pierre Louÿs comme toujours seulement dans le premier fascicule. Il y avait également 100 exemplaires sur Hollande. Collection complète de la revue littéraire fondée par le jeune Pierre Louÿs. Prévue à l'origine en 12 fascicules, la publication s'arrêta finalement à la onzième livraison, le 12ème fascicule n'ayant jamais vu le jour. Parmi les poètes ayant contribué à la publication on trouve Léon Blum, Paul Valéry, Michel Arnauld, Eugène Hollande, Pierre Louÿs, André Gide, Claude Moreau, Armand Dennery, Maurice Maeterlinck et Henri de Régnier. Cette publication compte 14 poèmes de Paul Valéry dont le célèbre Narcisse parlant publié dans la première livraison du 15 mars 1891. L'exemplaire est enrichi de deux suppléments imprimés (pour le n° 1 et pour le n° 11) ainsi que d'une LETTRE AUTOGRAPHE VOLANTE, insérée dans le premier numéro, dans laquelle Louÿs remercie un confrère pour la rédaction de la préface de la revue. TRÈS BEL EXEMPLAIRE SUR GRAND PAPIER, TEL QUE PARU. Estimation : 2000€-3000€

De Louÿs toujours passera au lot 222 La Femme et le Pantin dans une édition illustrée par Royg, et pour Valéry La Jeune Parque illustrée de gravures de Daragnès (Paris: Émile Paul frères, 1925, 15 cuivres de Daragnès, reliure signée Gonin, provenance : Émile Truffaut, mention autographe de Paul Valéry, Tirage limité à 225 exemplaires. Un des 200 exemplaires sur Arches, celui-ci le n° 125. Exemplaire marqué de la main de Paul Valéry "Exemplaire de M. Emile Truffaut" et enrichi d'une SUITE SUR VIEUX JAPON DES 15 GRAVURES, la première est marquée au crayon et signée par Daragnès "1er état épreuve d'artiste". Carteret Illustrés IV, 386; Mahé III, 590) estimée entre 500 et 700€.

Exposition les 7, 9 et 10 mai de 10h à 18h et le 11 mai de 10h à 12h
Christie's - 9 avenue Matignon - Paris
Vente le 11 mai à 16h


« Autographes et manuscrits, livres anciens et modernes » : pour être exact 36 livres, de l'incunable au somptueux livre d'artiste, et 192 autographes et manuscrits de Larbaud, Wilde, Verlaine, Valéry, Martin du Gard (27 lettres à Marc Allégret au sujet de Nadine Vogel) ou Gide... C'est l'inventaire qui fait un peu tourner la tête de la vente organisée par Bergé et Associés à la Salle Drouot le mardi 17 mai.

Lot n°108 :
GIDE André
Lettre autographe signée, 4 pages in-8 ; Sorrente, 17 juin 1950. Enveloppe. Très belle lettre à Félix Bonafé dans laquelle il trace comme un panorama de la littérature italienne. « ... Tu ne sembles pas avoir reçu la lettre où je te parle de ma vaine recherche, à Syracuse, de tes jeunes protégés. Ici encore je pense à toi souvent... je vais tâcher de répondre à quelques unes de tes questions. 1° J'ai eu avec Papini de très cordiales relations, au moment de son Huomo Finito qui reste pour moi son meilleur livre... 2° Plein d'estime pour Pascoli... Même réponse pour Carducci - dont je n'ai point lu l'Hymne à Satan, mais divers poèmes et discours fort beaux... 4° Je considère Manzoni comme un grand écrivain et un grand homme... 5° Ma connaissance de l'Italien reste très imparfaite, hélas ! comme quantité de mes ?connaissances'. Pourtant j'ai longuement étudié le Dante, Boccace et Leopardi... 6° Je... suis plein de considération pour le livre de Carlo Levi, en revanche plein de réserve pour La Pelle de Malaparte... ». Il est également question de Francis Jammes et de Victor Giraud. Estimation 300€-350€

Lot n°109 :
GIDE André (1869-1951)
Ecrivain français, Prix Nobel en 1947. Lettre autographe signée, 3 pages pleines in-8 ; [Paris], 16 janvier 1910. Enveloppe. Belle lettre au poète Stuart Merrill concernant l'écrivain Charles-Louis Philippe. Gide félicite son ami pour son article sur Charles-Louis Philippe où le portrait qu'il a fait n'a « ... rien d'absurde comme les portraits compassés et fardés... ». Puis, à propos de son premier succès littéraire : « ... Ce que vous m' écrivez sur la Porte Etroite et ce que vous en dites dans votre article me touche profondément... ». Il revient ensuite à Charles-Louis Philippe, racontant dans quelles circonstances il l'a connu, alors que celui-ci traversait une crise affreuse : « ... [Francis] Jammes était chez nous... il reçut une lettre qui l'attrista fort ; elle était de Philippe ; notre ami traversait une crise affreuse : misère, déboires, haine farouche de l'ordre établi ; il y parlait de massacres et de bombes ; Jammes en avait le coeur tout ridé. Tu devrais lui écrire, me dit-il ; je crois que tu saurais le calmer... je lui écrivis en le tutoyant aussitôt... ». Pressentant vaguement que dans sa lettre Ch.-L. Philippe « ... faussait sa voix à hurler et qu' il y avait en lui tout autre chose... je voulais devenir son ami. Malheureusement je n'ai jamais cessé de lui faire un peu peur... Et pourtant j'ai la certitude douloureuse, aujourd' hui, que j'aurais pu l'aider à mener à bien son Charles Blanchard (autofiction inachevée qui ne sera publiée qu'en 1913). Oui ?maïeutique' et non pas ?dogmatique' ; qu' il m'est bon de sentir que vous l'avez compris... vous ne sauriez croire combien l' étude des manuscrits laissés par Philippe (versions différentes de Charles Blanchard) m'a instruit... ». L'écrivain Charles-Louis Philippe (1874-1909) était mort prématurément d'une typhoïde compliquée d'une méningite le 21 décembre précédent, entouré de quelques amis, dont Gide. Estimation 350€-400€


Exposition publique lundi 16 mai de 11h à 18h et mardi 17 mai de 11h à 12h
Drouot-Richelieu - salle 16 - Paris
Vente le 17 mai à 14h

mardi 2 novembre 2010

"Edmond m'apporte une paire de sabots neufs"


Il y a quelques semaines Jean-Claude Guédon nous signalait un problème de cahier manquant dans une ancienne édition des Romans et récits de la Pléiade. Ce professeur de littérature comparée à l'Université de Montréal et grand défenseur de la libre diffusion des connaissances scientifiques sur le web se trouve être également l'arrière-petit-fils d'Edmond Guédon, jardinier de Gide à Cuverville.

Jean-Claude Guédon a accepté de partager avec nous une lettre autographe de Gide, adressée à son arrière-grand-mère, épouse d'Edmond Guédon, à l'occasion de la mort de celui-ci. Je le remercie très chaleureusement pour son autorisation de publier cette lettre émouvante, ses encouragements et son combat pour le partage du savoir !

Voici aussi l'occasion de faire revivre cette belle figure au travers du Journal de Gide, et qui donne lieu presque à chaque fois à de remarquables entrées de ce Journal – la taille des espaliers me semble notamment une intéressante parabole botanique dont Gide a le secret et l'épisode du prisonnier Allemand à ranger avec ce que Roger Stéphane nomme « la course à la preuve » du Foyer Franco-Belge dans l'évolution du patriotisme gidien...



 Lettre autographe d'André Gide à la veuve d'Edmond Guédon
(Archives familiales de Jean-Claude Guédon, encore merci à lui !)



« Edmond m'apporte une paire de sabots neufs. Travaillé avec lui à la taille des pruniers. » (Journal, 3 mars 1916)

Edmond, c'est Edmond Guédon, jardinier au château de Cuverville. Une figure qui apparaît à plusieurs reprises dans le Journal, tout comme Louis Mius contre qui Gide peste ce même mois de mars 1916 :

« La taille de nos arbres fruitiers est terriblement en retard; la sève presse. Je m'y suis mis activement et chaque jour y ai passé près de quatre heures. Il me prend contre Mius de grandes rages à découvrir l'absurde disposition des espaliers. Comme il sacrifie tout à l'aspect et que le moindre vide le désoblige, il s'arrange de manière à ramener de n'importe où un rameau, pour suppléer à celui qui manque, et qu'il aurait dû savoir obtenir. Rien ne dira à quelles contorsions acrobatiques, à quelles saugrenues dispositions mes arbres se voyaient obligés par ce pauvre cerveau. Son rêve aurait été d'écrire son nom partout avec des branches; je retrouve sur les espaliers les formes de toutes les lettres de l'alphabet. Et, pour réobtenir aujourd'hui des dispositions un peu rationnelles, il faut oser de vrais saccages, dont les arbres ne se remettront pas de longtemps. » (Journal, 19 mars 1916)

Comment ne pas songer avec cet art de conduire les arbres à l'art qui consiste à amener les esprits à donner ce qu'ils ont de meilleur, quitte à élaguer, à couper dans le vif ? Dans son Anatomie d'André Gide, Roger Bastide l'exprime bien : « André Gide est plus jardinier qu’herboriste, et quand il soigne ses fleurs, c'est encore aux hommes qu’il pense et à la culture des âmes. »

« Il recommence à neiger. Continué néanmoins la taille des arbres, avec Edmond. Je prends à ce travail un intérêt toujours plus vif, à mesure que je sens que je le fais mieux. Je reviens même à certains arbres dont la taille me semblait, à la revoir, insuffisante. Avec quelle attention je vais suivre la pousse du printemps. » (Journal, 26 mars 1916)

Gide a une affection particulière pour Edmond Guédon. Au détour de l'évocation de « D. », un « homme de peine », Gide explique ainsi : « J'avais pour lui cette sorte d'amitié que je n'ai plus, dans tout le pays, que pour notre vieil Edmond […]. » (Journal, 1er août 1930). Il note aussi l'été 1930 :

« J'ai plaisir à causer avec Edmond, notre jardinier; mais il vieillit; il se plaint de douleurs, de démangeaisons, d'insomnies.
– L'appétit ?
Oh ! Ça, l'appétit tient toujours. C'est ce que je répétais au docteur : « Quand je serai mort, je mangerai encore. – Vieux gredin ! » qu'il m'a dit. » (Journal, 21 juillet 1930)

On sait aussi que Madeleine était très attentive aux nombreux jardiniers, hommes de peine, domestiques et fermiers de Cuverville. Edmond l'appelait-il « Madame Gilles » comme Gide s'en amuse parfois chez les autres habitants des environs ? Elle essaie en tout cas de lui remonter le moral :

« Edmond, notre jardinier, a depuis quelque temps mauvais sommeil. Les rhumatismes le font souffrir et on ne sait quelle inquiétude nerveuse, quasi morale, le tient éveillé. Ses nombreux enfants sont pourtant tous en bonne santé, heureux; leurs nouvelles familles prospèrent, lui-même a toujours fait de son mieux; mais cette âme simple et honnête craint toujours d'être au-dessous de sa tâche, d'avoir oublié quelque chose, d'être en reste. Et lorsqu'il s'endort aussitôt, fatigué par sa journée de travail, il se réveille dès avant l'aube, beaucoup trop tôt, se lève, se recouche, s'agite.
– C'est aussi les oiseaux qui me réveillent quand ils commencent à crier, dit-il à ma femme. Celle-ci proteste :
– Mais, Edmond, les oiseaux ne crient pas, les oiseaux chantent. Puis elle ajoute : Et vous ne trouvez pas beau qu'ils soient toujours de bonne humeur ? Alors, lui, l'air bougon :
– Eh bien ! On peut dire qu'ils en ont de la chance, ceux-là ! » (Journal, 1er août 1930)

Toute l'humanité d'Edmond se retrouve dans le fameux épisode du prisonnier allemand qui travaille à Cuverville en octobre 1916. Le sourire d'Edmond et le sourire du prisonnier semblent jeter un pont entre les peuples, un pont par-dessus l'incompréhension de Valentine et toutes les incompréhensions que Gide tâchera plus tard de lever :

« La pluie tombe avec abondance et les gouttières sont encombrées de feuilles mortes. Mais, pour dresser la grande échelle, Edmond avait besoin d'un coup de main. On se décide à appeler à la rescousse le prisonnier unique qui travaille à côté, dans la cour des Freger. Je n'avais fait que l'entrevoir, perché sur un pommier dont il gaulait les pommes. Son aspect et l'expression de son visage m'avaient retenu de lui parler. C'est un Saxon, court et râblé, de 32 ans. Nous apprenons par Valentine, qui a engagé conversation, qu'il est cultivateur et père de trois jeunes garçons.
« Des futurs soldats », m'a-t-il dit tout de suite », ajoutait-elle avec indignation en rapportant ce mot qui semblait sorti de l'histoire romaine. Elle ajoutait : « Jamais un Français n'aurait dit ça. » — Tant pis !
Valentine cherche toujours beaucoup plus à se passionner qu'à s'instruire. Quand on lui demande de quels termes le soldat s'est servi, elle hésite; elle ne sait plus, on en vient à se demander si elle a bien compris.
Donc nous avons été chercher cet homme; qui, dans cette manœuvre difficile et même un peu périlleuse, car l'échelle n'en finit plus, se montre remarquablement adroit et fort. Edmond ne cache pas son épatement. Edmond a cinq fils sous les drapeaux, mais on voit bien tout de même que cet «ennemi» ne lui est nullement antipathique; il me l'exprime dans son langage hésitant, maladroit, confus; on voit qu'il a peur de dire des bêtises, peur de s'exprimer mal; mais pourtant, mis en confiance :
« II est tellement rapide ! Il allait trop vite, même... C'est un cultivateur, à ce qu'on dit... (Un long silence.) Oui; enfin, un homme comme nous. (Nouveau silence; puis, doucement, en souriant, mais tristement et comme tendrement :) Ces gens-là, ils ne demandent pas non plus à mourir... »
Dans la crainte alors qu'Edmond ne s'attendrisse à l'excès, je lui rapporte le mot du Saxon à Valentine; que d'abord il ne comprend pas. J'explique :
« Oui, de futurs soldats. Il veut dire : moi, je suis prisonnier; mais j'ai fait de la graine; j'en ai laissé trois là-bas, qui plus tard pourront me remplacer, me venger. »
Mais, tout en expliquant, je songe au sourire qu'avait cet Allemand tout à l'heure, en nous rendant service, à son regard — un sourire si enfantin, un regard si limpide — que je doute décidément si Valentine l'a bien compris. » (Journal, 28 octobre 1916)

En 1949, alors que Cuverville est désormais bien loin, Gide continue d'adresser ses vœux à la famille Guédon (le Robert mentionné dans la lettre est l'un des fils d'Edmond). Il apprend en ce début janvier la mort de son vieux jardinier et adresse à sa veuve le billet suivant (transcription de l'image plus haut)  :

«                                    12 janvier 49,

Les souhaits et les vœux que j'envoyais 
hier à Robert vont donc arriver trop tard :
le triste faire-part que je reçois ce matin
me l'apprend. La mort d'Edmond Guedon
m'émeut profondément : l'estime et 
l'affection que j'avais pour lui depuis 
ma première enfance n'avaient fait que
grandir avec l'âge et c'est de tout
cœur que je m'associe à votre deuil.
Avec mes sentiments fidèles 
et du fond du passé

                                       André Gide. »


lundi 15 décembre 2008

Trois Nobel à Troyes

Vendredi à la salle des ventes Boisseau-Pomez de Troyes, parmi les 540 lots qui passeront aux enchères, sera proposé un recueil des manuscrits des discours de réception du prix Nobel de Martin du Gard (1937), Gide (1947) et Camus (1957) reliés par Paul Bonnet avec un ensemble de documents et lettres qui expliquent comment ces manuscrits sont parvenus entre les mains du collectionneur. L'ouvrage est estimé entre 3500 et 4000 euros.

"Une autre « rareté » avec un dossier du Vieux Colombier, réunissant des pièces manuscrites de Roger Martin du Gard et de Jacques Copeau. Un important recueil, très rare, relié en maroquin vert et doublé de daim rouge, « magnifiquement relié en 1958 dans le célèbre décor « irradiant » de Paul Bonet ». Un recueil qui pourrait atteindre 5 000 à 6 000 €", signale aussi l'Est-Eclair.

Plus rapide et mieux informé que moi, Philippe Brin donne le descriptif et les photos de ces lots sur son blog à RMG consacré.

lundi 1 décembre 2008

URSS : dupeurs et dupes

Pages de carnets autographes
(merci à Philippe Brin)


Transcription :

"Il importait de donner une direction à la marche, et vers un but qui ne fût pas trop éloigné. Je crois que de nombreux chefs aujourd'hui savent que cet oasis vers où l'on se dirigea est un mirage, mais qu'il est bon de laisser ignorer la déconvenue pour ne point décourager trop d'avancer. Mieux vaudrait enseigner aux hommes que ce paradis sera ce qu'il le feront ; qu'il ne peut y en avoir de tout fait ; que tout reste à la mesure de l'homme et que tant vaut l'homme tant vaudra la "constitution".
Mais aujourd'hui, vu cette frime, je ne vois plus, parmi les communistes stalinisés, que dupeurs et dupes. Mais les aveuglés, volontaires ou non, verront la preuve que Staline lutte contre la restauration du capitalisme dans ceci que, ceux qu'il accuse d'abord de la vouloir, cette restauration, il les fusille. Excellente façon tout à la fois de se débarrrasser d'eux et de se couvrir
."


Fort aimablement, Philippe Brin m'envoie la reproduction de deux pages de carnets autographes d'André Gide. Outre le plaisir de voir le trait sans rature d'une pensée "au courant de la plume", ce document donne une idée de ce que sont les "Feuillets" qu'on retrouve annexés au Journal en fin de chaque année.

Pour les Oeuvres complètes dont l'édition est confiée en 1931 à Martin-Chauffier, la Petite Dame donne dans ses Cahiers un aperçu de l'ampleur de ce matériau épars : feuilles volantes, pages arrachées à des carnets sur lesquelles Gide traite d'une idée, d'une personne, le plus souvent non datées, et qu'il faut par conjecture verser à la bonne année.

Ces deux pages sont "reprises pour la première fois par Martine Sagaert dans la nouvelle édition du Journal II (Pléiade 1997,p.590)", précise Philippe Brin. Ce qui les place à l'année 1937. On y voit en effet un Gide "Retour d'URSS", bien critique vis-à-vis de l'URSS de Staline. La démonstration et le ton sont ceux des "Retouches à mon Retour d'URSS" dont ces pages sont sans doute des fragments de réflexion.

L'allusion à la "constitution" vise très probablement l'adoption de la nouvelle constitution de l'URSS par le VIIIe Congrès des Soviets le 5 décembre 1936. La fin du texte, le deuxième procès de Moscou de janvier 1937. Gide porte ses Retouches à la NRF en mai 1937. Pour moi, ces feuillets datent donc des premiers mois de cette année 1937.

Il y a bien entendu un avant et un après au voyage que fit Gide en URSS en 36. Il y a aussi une profonde évolution entre les deux textes de critique que sont Retour et Retouches pourtant publiés à huit mois d'intervalle. Gide dira à la Petite Dame avoir regretté de ne publier dans le Retour d'URSS que ses conclusions et que les Retouches constituaient donc les raisonnements qui avaient conduit à ces conclusions.

Malraux voit juste lorsqu'il dit à Gide (et Gide le répète à la Petite Dame qui le consigne dans ses Cahiers, page 37 du tome 3) qu'il a vu dans le Retour le livre d'un homme ému, et dans les Retouches l'oeuvre d'un homme irrité. Irrité parce que jugé sinon calomnieux, mensonger, du moins ingrat. Gide s'emploie alors à expliquer pourquoi il brûle ce qu'il a aimé.