mardi 18 octobre 2011

Trois rendez-vous cette semaine



Découvrir les images tournées par Marc Allégret, compagnon de voyage d’André Gide, lors de leur voyage africain de 1926, renvoie immédiatement au récit laissé par André Gide lui-même dont la publication à l’époque contribua à ouvrir les yeux de beaucoup sur certaines réalités du colonialisme.
La première chose qui frappe le spectateur est l’absence des colons pendant l’essentiel du film. Dans une démarche ethnographique, Marc Allégret s’est intéressé aux rites, aux pratiques quotidiennes (la chasse, la cuisine…) et aux formes d’habitat des peuples rencontrés.




Une promenade est également prévue samedi « par les hauts de la ville côté nord, à l'endroit où se trouvait (probablement) le cœur de cette saga, la maison des Alérac, c'est-à-dire la superbe maison de maître, dite Rond Gabus (Beauregard), qui appartenait à l'époque aux Courvoisier et qui a disparu il y a bien longtemps.... Ou encore à l'ancien hôpital, au Crêt Rossel, au home de la Sombaille, au Petit Monaco, un mémorable bistrot dans la saga des Alérac, en fait une maison rue de Jérusalem. Et bien sûr la maison Ravin 7 où la romancière passa son enfance. »






Sandra Travers de Faultrier est avocat, maître de conférence à Science Po et auteur notamment de Gide, l’assignation à être (Michalon, 2005). Notez aussi que les prochains rendez-vous de novembre et décembre concerneront « La justice et la miséricorde chez François Mauriac » et « Jean Giono et l’affaire Dominici ».



5 commentaires:

pechdalou a dit…

Me souviens avoir vu le court-métrage d'Allegret à la TV. Les colons : on les voit, furtivement, au début du film, quand ils embarquent à l'escale de Dakar (?). Le générique ne le dit pas mais il est évident que les cartons d'inter-titres sont de la main de Gide, son style y est reconnaissable entre mille. Ainsi pour la séquence citée plus haut, jugez vous-même : "les colons sont hissés à bord dans d'inconfortables nacelles"...in-di-ci-blement gidien n'est-ce-pas ? Encore félicitations pour ces abondantes informations, ces textes interessants, présentés avec goût.

Fabrice a dit…

Le film durant 1h30, je ne sais si l'on peut vraiment parler de court-métrage. Les cartons sont en tout cas d'une étonnante modernité graphique, la plupart très sommairement descriptifs. Gide a peut-être apporté sa contribution, ou Marc était tout simplement encore sous influence... ?

Vous me donnez l'occasion de rappeler que le voyage a aussi donné lieu à de nombreuses et belles photographies à voir ici : http://www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/fr/archives_photo/visites_guidees/congo.html

Merci pour vos encouragements et vos commentaires, toujours précieux !

pechdalou a dit…

Encore merci cher Fabrice. En effet : 1 heure 30, on ne peut parler de "court métrage". Je l'avais vu, il y' a déjà pas mal d'années, au Cinéma de Minuit, en complément d'un autre film d'Allégret ; c'est ce qui, probablement, m'en avait fait sous-estimer la durée. Quoi qu'il en soit j'avais trouvé ce film d'un grand intérêt. Et, très vite, le style gidiien des inter-titres m'avait frappé et amusé ( au point d'en avoir retenu des phrases !). Votre question - l'influence - est sensée, je me l'étais posé moi-même, mais maintenant je pense plutôt ceci : quoi de plus normal que le jeune Marc Allégret, qui écrivait plutôt gauchement avec une orthographe trés incertaine, ait confié la rédaction des cartons de son film au grand écrivain qui l'accompagnait durant tout le tournage ? Surtout qu'on peut imaginer que Gide n'a pas dû se faire trop prier, qu'il en était même "demandeur". Ceci est purement subjectif, je ne demande quà être contredit par les archivistes et les exégètes. Merci pour vos conseils et pour tout votre travail. Je viens de parcourir votre blog pour l'année en cours - me proposant de remonter plus haut, bien sûr - avec admiration. Album ? Keepsake ? Fatras ( au meilleur sens du mot) ? Cette collection d'images, de notes, d'avis, de textes exhumés ( remarquables ces Arland et Beaufort), finiront par constituer L'Encyclopédie Gide, incontournable pour les amateurs et pour les spécialistes.

Fabrice a dit…

Il existe un Dictionnaire Gide, d'une toute autre tenue, et qu'il faudra bien que je commente un peu ici, dans ce fatras, le mot est bien trouvé !

Je viens de me plonger dans les Cahiers de la Petite Dame et j'y ai trouvé, peut-être, une réflexion qui confirmerait votre intuition. Je songe qu'il existe aussi, toujours dans la Gazette de Lausanne, l'une des rares intervious de Marc Allégret sur Gide et le cinéma qui dit combien Gide était passionné par cette forme de narration. J'espère pouvoir mettre tout ça en ligne en début de semaine, vacances aidant...

pechdalou a dit…

Puisque vous avez la gentillesse de me répondre je me permets de revenir - ce sera la dernière fois, rassurez-vous- sur ce point d'histoire cinématigraphico-littéraire (oui, Gide aimait beaucoup le cinéma : je me souviens que dans le film de N. Vedrès, "La vie est à nous", il avoue à son intervieuveur - J.P Aumont - qu'il avait eu des époques où il allait voir trois ou quatre films par jour !) car je crois avoir trouvé la réponse aujourd'hui même. De façon toute bête : tandis que vous êtiez chez La Petite Dame ( où l'on a toujours profit à se rendre, on est sûr de ne pas y être "volé"), j'ai eu la curiosité d'aller voir dans la Pleiade "Souvenirs et voyages". C'est Daniel Durosay qui nous donne la réponse dans sa notice au Voyage au Congo, dès la première page ( exactement la p. 1194). Je le cite : "...un film aussi, qui rassemble leurs deux noms : si les prises sont d'Allégret, le titre (...) et les cartons (...) sont de l'écrivain". Comme quoi certaines énigmes sont plus façiles à résoudre qu'on ne le pense ! - Je ne doute pas de la "tenue" du Dictionnaire Gide, votre seul jugement en est un gage. Je l'ai parcouru, en librairie, surpris de ne pas trouver certaines entrées et, plus encore, l'absence de plusieurs noms dans l'index. Je sais bien que c'est la loi de ce genre d'ouvrages, qu'en dépit de leur titre, ils ne peuvent jamais être exhaustifs, aussi épais soient-ils, même en plusieurs volumes. C'est la raison pour laquelle je n'hésite pas - dût votre modestie en souffrir- à réiterer mon propos : je crois, sérieusement, que votre entreprise, ne serait-ce que par sa forme esthétique, par son ampleur, que lui permettent la mise-en-ligne, et surtout grâce à vos talents et savoirs, finira par surclasser tous les autres usuels. "Suffit !" ( Journal, 11 juillet 1922), je vous remercie pour votre patience. Bonnes vacances, très amicalement.