mercredi 27 avril 2011

Gide 1907 ou Galatée s'apprivoise (1/2)

[Le blog e-gide prend un peu de vacances... pendant lesquelles je vous invite à redécouvrir chaque jour des pages de la Revue d'Histoire littéraire de la France de mars-avril 1970, consacrée à Gide. Aujourd'hui la première partie d'une étude de Claude Martin autour de la réception du théâtre de Gide en Allemagne en 1907, et des efforts de "publicité" que Gide consent dans l'espoir d'être mieux compris. En vain ! Mais il en reste quelques lettres dans lesquelles Gide trace les contours de son esthétique en cette année charnière. Le vœu formulé par Claude Martin en introduction a depuis été exaucé : voir les deux tomes du André Gide et le Théâtre (Cahiers André Gide 15 et 16, Gallimard, 1992) par Jean Claude. On pourra se reporter aussi à la revue de presse française du Roi Candaule et de Saül des Gidian Archives.]


Revue d'Histoire littéraire de la France,
mars-avril 1970, 70e année, n° 2


"GIDE 1907 OU GALATÉE S'APPRIVOISE

Dans l'étude qui reste à faire (1) des rapports d'André Gide avec le théâtre, l'histoire de l'unique représentation de son Roi Candaule au Kleine Theater de Berlin, le 9 janvier 1908, devra occuper une place importante. L'affaire déborde largement l'œuvre, par sa signification dans la carrière de Gide et dans l'évolution de son attitude à l'égard du public et de la critique. L'échec retentissant du drame se situe en effet à un moment où Gide, après quinze ans de vie littéraire assez secrète et retirée, semblait vouloir sortir de l'ombre et faire spontanément, afin d'être compris et « reconnu », quelques pas vers le public — ce public qu'il n'avait jusqu'alors guère daigné aider à sortir de son indifférence... Péniblement affecté par la froideur de l'accueil fait à la création de Candaule à Paris, par Lugné-Poe en mai 1901 (2), il attendait beaucoup de la représentation berlinoise et se félicitait de pouvoir la « préparer » et disposer son public à le mieux comprendre.

Depuis quelque dix ans (3), Gide était en relations épisodiques avec Emile Haguenin, lequel se trouvait en 1907 professeur de Littérature française à l'Université de Berlin, et lui avait manifesté son désir de préparer, en un article de portée générale qui présenterait Gide au public berlinois, les représentations du Roi Candaule prévues depuis l'année précédente au programme du Kleine Theater, dans la traduction de Franz Blei (4). Gide tint à lui fournir les éléments, de cette étude; de la bibliographie d'abord :

Hier employé presque toute l'après-midi à écrire à Haguenin à propos de la représentation de Candaule en Allemagne. Il m'avait demandé l'an passé quelques renseignements bibliographiques prêtant matière à un topo ; je les lui envoie. (Journal, 20 octobre 1907)

Puis il s'appliqua, quatre jours plus tard, à documenter Haguenin sur son œuvre même, et le fit sans déplaisir, ainsi qu'en témoigne encore son Journal (24 octobre) :

Submergé de nouveau. Ai travaillé hier depuis le matin jusqu'à deux heures, une lettre à Haguenin destinée à faciliter et à favoriser son zèle. Il parle de présenter mon œuvre au public berlinois. : il parle bien. Je commence à être las de ne pas être; dès qu'une grande ferveur ne me soutient plus, je me débats. L'amour-propre blessé n'a jamais donné rien qui vaille, mais parfois mon orgueil souffre d'un véritable désespoir. Et je vis certains jours comme dans le cauchemar de celui qu'on aurait muré vivant dans son tombeau. Misérable état qu'il est bon de connaître; d'avoir connu. J'écrirai cela plus tard, quand j'en serai sorti (5).

On devine l'importance de la lettre en question, dont Gide n'avait cependant conservé ni minute ni copie (6) et qui est demeurée inédite. Nous avons eu la bonne fortune, au cours de recherches au Département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, de découvrir ces cinq grands feuillets (22 X 33 cm), entièrement couverts au recto d'une écriture serrée; cette pièce, acquise en 1963 par la Bibliothèque, ne figure pas encore dans les fichiers. En voici la fidèle transcription (7) :


Paris 23 Octobre 1907.
Mon cher Haguenin,

Quel plaisir m'a fait votre lettre (8) ! Je me confondrais en remercîments, si je n'avais, d'après votre aimable proposition, beaucoup à vous dire : Je réponds point par point.

1° J'écris à Blei (sans doute s'il est à Berlin déjà, recevra-t-il ma lettre en retard), pour qu'il facilite au besoin vos entrées au théâtre et double votre voix si, assistant à quelque répet. quelque critique de mise en scène ou d'interprétation vous semblait utile. Ci joint du reste une lettre pour Barnowsky,
le directeur du Kleines Theater qui vous accréditera suffisamment.

2° Billets pour quelques amis ? — V. ma lettre à Barnowsky. Et merci pour la propagande.

3° Je cours au « Mercure » et vous fais envoyer tous ceux de mes bouquins que j'y trouve (9).

4° J'attache en effet une grande importance à ce que vous pourrez faire pour moi à Berlin — tant à cause de vous, qu'à cause du public qui vous écoute et qui est habitué à vous croire.

Jusqu'à présent j'ai joué à cache-cache avec « la critique » ; j'attendais qu'on me découvrit et me défendais d'envoyer mes livres aux [journa] professionnels des journaux ou des revues. A ce jeu je n'ai souvent pris que moi-même. Je suis resté si bien caché que l'an dernier, un détrousseur américain, traduisant de l'allemand mon « In Mémoriam » (Oscar Wilde) écrivait dans sa préface : About M. Gide I regret that I can tell you nothing ; I prefer to invent nothing (10). Si imprudent qu'il soit, ce jeu de Galathée (11) me flatte et m'amuse — moins peut-être pourtant que le raccrochage de célébrité auquel je les vois pour la plupart se livrer. — Ajoutons que j'attends de ce jeu quelque leçon. — C'est ainsi qu'il m'intéresserait bien davantage de savoir ce que
vous penseriez de mon œuvre par vous même, que de venir vous dire : voici ce qu'il sied d'en penser. Du reste, j'aime à croire qu'il en irait à peu près de même ; je crains seulement que le temps ne vous manque — car je demande à être lu lentement (12).

5° Idées directrices, conception de la vie et de l'art.

... J'ai bien peu de temps moi même pour élaborer ici une éthique et une esthétique... — Tenez, ces quelques lignes que cite Harden dans une de ses dernières Zukunft (13) m'ont, à les relire, paru bonnes et assez significatives [deux mots illisibles biffés]. Je n'ai plus sous la main la conférence dont elles sont extraites et c'est pourquoi je vous envoie ce texte allemand ; je crois que la traduction de cette conférence a été reproduite en guise de préface par Blei, dans son édition de Candaule qu'il vous donnera, j'en suis sûr, bien, volontiers. Blei n'est ni un vilain ni un sot ; vous ne l'avez malheureusement vu qu'éméché; j'étais honteux de lui ; il vaut mieux (14). Ci joint aussi, tant pour vous le faire connaître que pour vous renseigner sur moi, ce bout d'article-portrait, où ma foi je me reconnais assez bien. Cela a paru dans la Zeit de Vienne (15), puis a été reproduit dans un Almanach littéraire d'où je l'arrache. C'est intitulé « Nietzsche en France ». (Ceci dit pour vous permettre, à l'occasion, de lui en parler.) Je crois de plus que Blei sent assez bien ce que j'ai voulu dans Candaule et comment il faudrait le jouer.

Je voudrais joindre à ces découpures, l'excellente étude de Drouin sur l'Immoraliste — irretrouvable pour l'instant (16). Quel amusement je prendrais à vous entendre présenter ce livre à vos « belles écouteuses » (17). Les dames « avancées » de chez nous — une Noailles, une Delarue-Mardrus (enthousiaste article dans l'ex-revue Blanche) se sont éprises de ce petit roman (18) pour des
raisons peut-être un peu... louches, que vous saurez apprécier. Du reste, et grâce à mon système, le livre est demeuré presque inaperçu. J'ai confiance que le livre est assez bon pour [se payer ça] attendre. « Livre admirable, dont on n'a pas assez parlé » s'écrie Mirbeau, longtemps après, au cours d'une interview— fort galamment, car je n'avais pas été tendre pour lui du temps que moi même je « faisais de la critique » (19).

6° Mes grandes admirations : la Grèce

modernes : la plus grande je crois : Dostoïevsky — (puis Stendhal, puis Dickens ; — Balzac loin après — Ibsen — Goethe comme éducateur).

Malgré ce qu'on en a parfois dit en Allemagne, où l'on semble vouloir m'adopter — disons mieux : me reconnaître, — je suis français, je me sens Français jusqu'aux moelles — et Cartésien — et ne me reconnais pour ancêtres que Molière, Racine, Retz, Montesquieu, Constant, Flaubert. Dans le galvaudage et le sabottage général, je n'ambitionne pas d'autre gloire que : n'avoir pas trop dégénéré.

Que je serais heureux, cher Haguenin, si, trouvant un peu de temps pour me lire, vous pouviez [trouver] penser cela de moi.
Quelques mots encore sur Candaule.

A Vienne, dans le colossal Volkstheater, on me l'a joué (20) comme un grand opéra, avec un luxe de mise en scène, d'éclairages divers, de musique accompagnant chaque baiser, — des pauses, des effets dont je n'avais que faire et qui faussaient sensiblement la tenue de ma pièce. — Je compte assez sur l'exiguïté relative de la scène de Berlin ; ce qu'il faut éviter autant que possible, ce sont précisément les effets (spécialement ne pas insister à la fin du premier acte, au meurtre de la femme de Gygès — rideau très vite — A Vienne, on inventait un effet de clair de lune sur Gygès et sur le cadavre !!!) Candaule doit rester un jeu, presque un persiflage, pathétique mais toujours léger.

[ J'ai horreur des effets, en art — antithèses, mots sublimes, phrases « poétiques », tirades, — et de tout ce qui tend à faire passer le coton pour de la laine. — Concluez, je vous en prie, que j'ai tout le romantisme, à commencer par Hugo (que pourtant j'admire rudement !) (21) et l'artistisme (de Gautier, d'Annunzio (22) etc.) en horreur. — []] Ceux qui appellent sécheresse, dûreté dans mon œuvre la simplicité et la pûreté que j'exige, toujours plus, de moi, méconnaissent par quel effort on y parvient — et quelle complexité, tumultueuse d'abord, j'y réduis. ] (23)

La grande difficulté de cette représentation, c'est le rôle de Candaule. Ce rôle, je sens, je sais, j'ai la conviction qu'il est VRAI ; mais je crois aussi qu'il est neuf ; cela suffit pour le faire juger faux ; il ne rentre pas dans le répertoire des sentiments que l'acteur a l'habitude d'exprimer (24). — A Paris Lugne-Poë (25) en avait fait un lunatique ; à Vienne, l'acteur dont le nom m'échappe, un libidineux voyeur. — Candaule doit être d'une admirable santé. Il doit être admirable, à la façon du Timon (au 1er acte) de Shak. — dont il est descendu tout droit, je l'avoue (26). — Je ne m'amuse à peindre que des êtres admirables — admirables diversement, inconciliablement — et à faire jaillir le drame de cette inconciliabilité même [un mot illisible biffé], (Ainsi : Candaule Gygès et Nyssia ; ainsi mon Immoraliste et sa femme .—) je serais extrêmement heureux que vous sentissiez tout cela — et le reste — par vous même, à la lecture de ma pièce et de sa préface — (un peu puérilement
insolente — tant pis!).

Je ne connais pas du tout Max. Harden, ne [crois] n'imagine [un mot illisible biffé] même pas comment il a pu prendre connaissance de ma littérature — et crois n'avoir avec lui que bien peu d'idées communes. N'importe. Voici ce qu'il disait dans une conférence d'Avril dernier.

.... « nur der Wille, zu unterhalten, zu amüsieren, nirgends der Schein einer Weltanschâuungsfrage. Das bleibt allein der Deutschen Buhne, die man zu einer zentralen Kulturmacht auszugestalten den Wunsch hat. Vereinzelte Männer wollen dies ja in England und Frankreich ebenfalls : André Gide
hier, Bernard Shaw dort. » (27)

Je suis très fat au sujet de Candaule — assez pour croire que Harden ne se trompe pas en [un moi illisible biffé] me citant ainsi.

Et maintenant : Au revoir. Excusez la longueur et le décousu de cette . Je n'ai pas eu le temps de la faire plus courte (28). Merci d'avance pour ce que vous pourrez faire et très cordialement votre

ANDRÉ GIDE.
Je cours au Mercure.


Notes :

1. Et qu'a entreprise, pour sa thèse de doctorat à McGill University, Montréal, Mme Yvonne Waltz. Le travail de James G. McLaren, The Théâtre of André Gide. Evolution of a Moral Philosopher (Baltimore, The Johns Hopkins Press, 1953), se bornait à l'analyse chronologique des pièces et, en appendice, à quelques notes sur les représentations et leur accueil par la critique. La thèse allemande de Brigitte Kahr, André Gide und seine Dramen (Vienne, 1954, 476 p. dactyl.), n'a pas été imprimée.

2. Voir sa Préface à la seconde édition du Roi Candaule (avec Saut, Paris, Mercure de France, 1904), préface presque entièrement composée d'extraits de presse, « afin d'aider le lecteur à se faire une opinion [...] sur l'excellence de la critique dramatique dans les journaux de l'an 1901 » (p. 147).

3. Voir la lettre d'Emile Haguenin, datée du vendredi 9 juillet [1897], où il remercie Gide d'avoir accueilli avec indulgence quelques vers passionnés qu'il venait de publier dans L'Ermitage (sans doute ces Exhortations, d'ailleurs dédiées « à André Gide », parues dans le n° de mai, p. 343-4). Cette lettre (y 580.1) fait partie d'un ensemble de 18 pièces conservées à la Bibliothèque Jacques-Doucet (Paris) — 17 lettres et télégrammes de Haguenin, et un double dactylographié de la lettre de Gide du 13 janvier 1908 que nous donnons plus loin — ensemble essentiel pour l'histoire du Candaule berlinois, avec toutes les découpures de la presse allemande qu'avait conservées Gide
(Fonds Gide, classeur A-17, VI.I).

4. Der König Candaules, Umdichtung von Franz Blei, Leipzig, Insel, 1905. Franz Blei, avec qui Gide eut jusqu'à la guerre de 1914 « d'assez bonnes relations littéraires » (Journal, p. 711), devait encore traduire sa Bethsabé (dans la revue Hypérion, en 1908) et Le Prométhée mal enchaîné (Munich, 1909) ; il fut aussi le traducteur de Claudel (Partage de Midi, L'Otage). V. ce que Gide écrivait de lui à Claudel dans ses lettres du 25 septembre 1905 et du 24 octobre 1907 (Correspondance Claudel-Gide, éd. R. Mallet, Paris, Gallimard, 1949, p. 50-51 et 77-78). Un choix important de son œuvre de critique a été récemment publié (Franz Blei, Schriften. in Auswahl [choix et préface de A.P. Giitersloh], Reinbek, Rowohlt, 1966).

5. Journal 1889-1939, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, p. 252 et 253.

6. C'est le mois suivant (novembre . 1907, v. Journal, p. 254), au moment où il prit Pierre de Lanux comme secrétaire, que Gide eut sa première machine à écrire, grâce à quoi il put garder le double des lettres qu'il jugeait importantes.

7. Cette lettre, préemptée à la Librairie Ahdrieux par là Bibliothèque Nationale le 16 décembre 1963, pour 1500 F, fait partie d'un petit ensemble relié de documents très divers, sous le titre Mélanges littéraires XIXe-XXe siècles (N.a.fr. 14.827, 97 S ; la lettre, constituée de 2 ff. doubles et 1 simple, cotée ff. 10 à 15). .Nous mettons entre crochets droits les mots ou fragments biffés, entre crochets obliques ce qui a été visiblement ajouté par Gide en marge ou dans les interlignes ; nous avons cru pouvoir nous dispenser de surcharger de sic notre transcription fidèle de l'autographe.

8. Nous n'avons pas retrouvé cette lettre de Haguenin.

9. Gide avait alors publié au Mercure Le Voyage d'Urien, suivi de Paludes (1896), Réflexions sur quelques points de littérature et de morale (1897), Les Nourritures terrestres (1897), Le Prométhée mal enchaîné (1899), Philoctète [avec Le Traité du Narcisse, La Tentative amoureuse et El Hadj](1899), Lettres à Angèle (1900) L'Immoraliste (1902), Prétextes (1903), Saül (1903, rééd. avec Le Roi Candaule en 1904) et Amyntas (1906).

10. C'est-à-dire : « De M. Gide, je regrette de ne pouvoir rien dire ; je préfère ne rien inventer ».

11. Allusion à la jeune fille de Virgile qui, mêlant la pudeur à la provocation, lance une pomme sur le séduisant berger Damoetas et fuit aussitôt se cacher sous les saules... espérant bien avoir été vue (Bue, III, 64-65) :
Malo me Galatea petit lasciua puella
Et fugit ad salices et se cupit ante uideri.

12. Cf. lettre à René Boylesve du 24 octobre 1912 (citée par Jean-Jacques Thierry, Gide, Paris, Gallimard, 1962, p. 238) : « Je lis très lentement, comme je voudrais qu'on me lise » ; et le célèbre «Je n'écris que pour être relu » du Journal des Faux-Monnayeurs (Paris, Gallimard, 1927, p. 53).

13. Maximilian Harden, célèbre polémiste allemand dont la revue Die Zukunft, qu'il rédigeait seul et à laquelle il se vouait jour et nuit, dénonça tous les scandales de l'Allemagne impériale et républicaine pendant trente ans jusqu'en 1922. Il y avait cité un fragment de la conférence faite par Gide à Bruxelles, en mars 1904, sur L'Evolution du théâtre, (publiée la même année en tête de l'édition de Saül-Le Roi Candaule au Mercure, puis reprise dans les Nouveaux prétextes en 1911).

14. « Ce vieux bohême paraît encore extraordinairement vert », notera Gide en 1930 de son ancien traducteur (Journal, 22 juillet 1930, p. 998)...

15. Cet article de Blei, Nietzsche en France, paru dans le n° du 18 juillet 1930 de Die Zeit, fut traduit et publié intégralement par Lucile Dubois dans sa rubrique « La France jugée à l'étranger » du Mercure de France de septembre 1903 (n° 165, p. 811-820).

16. Michel Arnauld (pseudonyme du beau-frère de Gide, Marcel Drouin) : « Les Livres : L'immoraliste, d'André Gide », La Revue Blanche, n° 227 du 15 novembre 1902, p. 470 sq.

17. Verlaine : « Les donneurs de sérénades / Et les belles écouteuses / Echangent des propos fades...» (Mandoline, Fêtes Galantes).

18. Lucie Delarue-Mardrus, qui avait écrit à Gide deux belles lettres sur L'Immoraliste
(17 et 29 juin 1902, inédites, Bibliothèque Doucet, y 462.6 et 7), donna à La Revue blanche (n° 219 du 15 juillet 1902, p. 413 sq.) un " Essai sur L'immoraliste ». Le dernier numéro de La Revue blanche avait paru le 15 avril 1903.

19. Le Matin du 8 août 1904 avait en effet publié une interview accordée par Octave Mirbeau au journaliste Vauxelles, où l'on pouvait lire : « M. Mirbeau, excité, s'abandonnait à des jugements sévères que je n'ose rapporter. [...] Citez-moi, dis-je enfin, des «jeunes» intéressants, originaux. Octave Mirbeau me loua vivement l'Immoraliste d'André Gide, «admirable livre dont on n'a pas parlé»; les drames touffus, où il y a des parties de premier ordre, de Paul Claudel, consul à Fou-Tcheou [...] ». Dans la première, surtout, des Lettres à Angèle (L'Ermitage, juillet 1898), Gide avait pourtant été fort sévère pour Mirbeau : « Voyez M. Mirbeau... Vous qui le connaissez et qui avec quelque influence sur lui, vous devriez bien tâcher de lui lire un peu ses articles. Ils sont stupides ». (Et voir le trait final de la deuxième, puis de la troisième Lettre...) Depuis 1901, Gide ne « faisait plus de critique », ou presque.

20. En 1906.

21. On se rappelle que c'est dans L'Ermitage de février 1902 (p. 109) qu'à l'enquête « Quel est votre poète?», Gide avait laconiquement répondu : « Hugo, — hélas!».

22. Un an plus tard, le « faux départ » de la N.R.F. et la brouille avec l'équipe d'Eugène Montfort seront notamment dûs à un article trop élogieux de Marcel Boulenger sur d'Annunzio. Et l'on connaît l'extrême sévérité de la conférence que Gide fera en 1914 sur Gautier (v. Incidences, Paris, Gallimard, 1948, p. 153-5).

23. Les grands crochets droits qui encadrent ce paragraphe sont de Gide lui-même.

24. Cf. la première Préface à Candaule (Paris, Editions de la Revue Blanche, 1901) : « Tout caractère neuf, au théâtre, paraît toujours, d'abord, un caractère d'exception. Le public, avant de l'admettre, proteste. Au théâtre, ce qui sort de la convention paraît faux. Le théâtre vit de conventions. On en veut à qui nous en tire ; à qui tâche de nous en tirer. Pour le public, il y a des sentiments naturels, et d'autres qui ne le sont pas. Tous les sentiments sont dans l'homme, mais il en est certains pourtant que l'on appelle exclusivement naturels, au lieu de les appeler simplement plus fréquents. Comme si le fréquent était le plus naturel que le rare ? le plomb plus naturel que l'or !
Tout ce que fait Candaule est naturel. »

25. Créant le drame au Théâtre de l'Œuvre le 9 mai 1901, Lugné-Poe en avait assuré la mise en scène et interprétait le rôle du Roi.

26. L'aveu est intéressant, que Gide semble n'avoir répété nulle part ailleurs dans son œuvre — son œuvre où il a si souvent parlé de Shakespeare, mais jamais de Timon d'Athènes, lu à Yport entre le 17 mai et le 2 juin 1893 (d'après son Subjectif inédit).

27. C'est-à-dire : « [...] uniquement la volonté de faire passer le temps, d'amuser, nulle part l'ombre d'une question métaphysique. Cela demeure unique sur la scène allemande, que l'on souhaite transformer en une puissance culturelle centrale. Des hommes isolés veulent cela aussi en Angleterre et en France : André Gide ici, Bernard Shaw là-bas. »

28. Allusion évidente, faut-il le préciser, à la célèbre fin de la XVIe Provinciale : « mes lettres n'avaient pas accoutumé [...] d'être si étendues. [...] Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte. »"

mardi 26 avril 2011

Gide et Colette

[Le blog e-gide prend un peu de vacances... pendant lesquelles je vous invite à redécouvrir chaque jour des pages de la Revue d'Histoire littéraire de la France de mars-avril 1970, consacrée à Gide.]




"GIDE ÉCRIT A COLETTE
(une lettre inédite)

Gide et Colette : il y faudrait l'inévitable diptyque de ce qui les rapprochait — on placerait côte à côte Corydon et Le Pur et l'Impur, deux livres lucides et courageux — et de ce qui les séparait M. Maurice Goudeket l'a tenté, et réussi, en racontant l'unique visite que Gide fit à Colette, visite qui s'acheva sur la gêne mutuelle de leurs silences (1). II y a ainsi des êtres qui se nouent, si vifs soient-ils de nature, si soucieux d'autrui, faute d'une grâce : « curieux l'un de l'autre », toutefois, écrit justement M. Goudeket.

De cette curiosité de Gide, voici la première preuve en date, une lettre inédite conservée dans les Archives Colette et que nous devons à l'obligeance de Mme Catherine Gide comme de M. MauriceGoudeket de pouvoir publier (2).

ANDRÉ GIDE A COLETTE

Villa Montmorency
11 décembre 1920

Madame,

Une louange que vous ne vous attendiez guère à recevoir, je gagerais bien que c'est la mienne... Moi-même je suis tout étonné de vous écrire, tout étonné du si grand plaisir que j'ai pris à vous lire. J'ai dévoré Chéri d'une haleine.

De quel admirable sujet vous vous êtes emparée ! et avec quelle intelligence, quelle maîtrise, quelle compréhension des secrets les moins avoués de la chair ! ... D'un bout à l'autre du livre, pas une faiblesse, pas une redondance, pas un lieu commun. Tout au plus suis-je un peu déçu par les dernières pages ; il ne tenait qu'à vous, il me semble, de lancer ce livre plus haut, et le plus difficile était fait (cette étonnante scène du revoir, la plus réussie peut-être de tout le livre) après quoi la tirade de Chéri, p. 242 et 3, me plaît moins que n'eût fait son silence ; et les réflexions de Léa, ses excuses : « Je ne t'ai jamais parlé de l'avenir... » me paraissent quelque peu raisonnables et rétrécissantes. Vous expliquez ce qu'on comprenait sans paroles.

Quelle sûreté de trait ! quel naturel dans les dialogues. Et les personnages secondaires — merveilleux !

Comment aucun critique, à ma connaissance, n'a-t-il songé à rapprocher votre Chéri de l'insupportable Adolphe ; c'est l'envers du même sujet — presque.

Moi ce que j'aime surtout dans votre livre, c'est son dépouillement, son dévêtissement, sa nudité.

Déjà je voudrais le relire — et j'ai peur : Si j'allais le trouver moins bien ! Vite, envoyons cette lettre avant de la jeter au tiroir.

Votre très attentif

ANDRÉ GIDE


Les pages 242-243 de l'édition originale (3) nous montrent Chéri revenu à Léa après son mariage, faisant l'éloge de celle-ci et s'attirant des remarques désabusées. Ces propos étaient peut-être inutiles aux yeux de Gide, mais Colette et lui écrivaient-ils pour le même public ?

On a noté la réticence finale de Gide. Elle ne se retrouve pas dans le dernier passage du Journal relatif à Colette, le 11 février 1941, après une lecture de Bella-Vista et de La Maison de Claudine (4), mais elle apparaissait, le 19 février 1936, à propos de Mes apprentissages que Gide lut « avec un intérêt très vif ». Réticence qui n'a pas trait à l'art de Colette, mais au milieu qu'elle décrit.
Il convient de citer cette page, car elle explique la gêne ressentie par Gide devant Colette et par lui à elle communiquée :

« Il y a là bien plus que du don : une sorte de génie très particulièrement féminin et une grande intelligence. Quel choix, quelle ordonnance, quelles heureuses proportions, dans un récit en apparence si débridé ! Quel tact parfait, quelle courtoise discrétion dans la confidence (dans les portraits de Polaire, de Jean Lorrain, de Willy surtout, de « Monsieur Willy ») ; pas un trait qui ne porte et qui ne se retienne, tracé comme au hasard, comme en se jouant, mais avec un art subtil, accompli. J'ai côtoyé, frôlé sans cesse cette société que peint Colette et que je reconnais ici, factice, frelatée, hideuse, et contre laquelle, fort heureusement, un reste inconscient de puritanisme me mettait en garde. Il ne me paraît point que Colette, malgré toute sa supériorité, n'en ait pas été quelque peu contaminée (5). »

La dernière phrase constitue une pétition de principe : s'y opposent tout ce qui précède et tout ce qui figurera encore au Journal de 1941.

Du passage que nous venons de citer, Colette eut certainement connaissance : grand liseur, M. Goudeket le lui aura montré. Que Gide, quelque dix ans plus tard, survienne au Palais-Royal, on
comprendra que Colette, mal à l'aise, nait pu mettre à l'aise son visiteur. Un grief supplémentaire contre « Monsieur Willy ». Et même deux. La réticence de Gide n'a pas été, en effet, sans conséquence sur l'attitude, disons réservée, que la Nouvelle Revue française et les éditions Gallimard adoptèrent à l'égard de Colette (6). Au reste, Jean Paulhan, avec de moins bonnes raisons, relaya André Gide.

Ce que c'est, pour l'une, que d'avoir épousé Willy et, pour l'autre, d'avoir écrit Paludes. Les jeunesses ne se renient pas.

Mais quel beau dialogue des morts, à rêver ...

CLAUDE PICHOIS


1. M. Goudeket, Près de Colette, Paris, Flammarion, 1956, p. 109 -110. Cette visite se situe «peu de temps avant la mort de Gide».
2. Nos remerciements vont aussi à M. François Chapon, conservateur de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Celui-ci a bien voulu nous préciser que le Fonds Gide de la Bibliothèque ne contient aucune lettre de Colette à Gide.
3. Paris, Arthème Fayard, 1920.
4. Gide, Journal 1939-1949, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1954, p. 69-70.
5. Gide, Journal 1889-1939, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1941, p 1245.
6. A une exception près : les éditions Gallimard ont publié en 1936 (achevé d'imprimer du 19 mars) des Morceaux choisis de Colette, classés par thèmes et contenant plusieurs extraits de Chéri, notamment le passage critiqué par Gide."


(Revue d'Histoire littéraire de la France, mars-avril 1970, 70e année, n° 2)

Frank Lestringant sur Espace 2

L'émission Entre les lignes de la radio suisse Espace 2, présentée par Christine Gonzalez et Jean-Marie Félix, recevait Frank Lestringant pour sa biographie André Gide, l'inquiéteur (Flammarion). L'émission du 19 avril dernier peut encore être écoutée ou téléchargée sur la page de l'émission.

Présentation de l'émission :

"Familles, je vous hais".

Ses mots sont restés célèbres et montrent combien André Gide, imprégné dès son enfance de culture classique et de rigorisme protestant, eut très tôt à cœur de se détacher de ce cercle.


Mais ce sera pour mieux en créer d'autres autour d'hommes d'abord inconnus avec lesquels il s'éveille sexuellement, ou plus illustres comme Verlaine, Hérédia, Mallarmé qui vont le propulser dans le firmament littéraire de l'époque.

Dans le premier tome d'un volumineux travail consacré à Gide, l'inquiéteur, Frank Lestringant, pourtant spécialiste du XVIème siècle à l'Université de la Sorbonne, montre combien l'itinéraire de l'écrivain français est fait d'à-coups.

Il revient sur l'antisémitisme latent de l'auteur des Nourritures terrestres, sur son flirt avec l'Action Française, mais aussi sur ses relations compliquées avec Pierre Louÿs ou encore Marcel Proust.

Le lecteur pourra aussi revivre la naissance de la fameuse Nouvelle Revue Française (NRF) et comprendre avec quelle passion André Gide défendit la littérature, pas seulement nationale mais aussi allemande ou britannique avec certains illustres serviteurs desquelles il se lia d'amitié comme Joseph Conrad ou encore Stefan Zweig.

Par William Irigoyen

A lire: Frank Lestringant, André Gide, l'inquiéteur , éditions Flammarion

vendredi 15 avril 2011

Gide ou la tentation nomade




Dans La Quinzaine littéraire n°1034, du 16 au 31 mars 2011, 
Gilbert Lascault signait une chronique sur le Gide voyageur,
à l'occasion de la parution du livre de Jean-Claude Perrier, 
André Gide ou la tentation nomade en février dernier chez Flammarion.


"Un nomade sensuel et lucide
André Gide (1869-1951) serait un nomade perpétuel. Il n’est jamais sédentaire. Il n’est jamais assis, installé, ni « posé ». Amoureux du mouvement de son écriture et de sa vie, il voyage. Dès qu’il se repose un instant, il souhaite de partir ailleurs (1).

GILBERT LASCAULT

JEAN-CLAUDE PERRIER
ANDRÉ GIDE OU LA TENTATION NOMADE
Flammarion, 192 p., environ 200 ill., 45 €

Selon Jean-Claude Perrier, Gide n’est pas un « globe-trotter » (comme Pierre Loti et Paul Morand), ni un aventurier (comme Henri de Monfreid), ni un « travel-writer » professionnel (comme Jack London ou Albert Londres). Il veut bouger (2).
Nomade paradoxal, il adore les demeures nouvelles et les jardins qu’il découvre ; puis il les quitte pour en trouver d’autres. Dans Les Nourritures terrestres (1897), il décide et désire : « Partons ! Et ne nous arrêtons que n’importe où ! »
Les déplacements de Gide sont très fréquents. Une masse de documents « gidiens » (conservés) précise les dates exactes de ses randonnées et les motifs multiples et ambigus. Le Journal de Gide, ses écritures variées, ses correspondances, les témoignages contemporains, en particulier les indispensables Cahiers de la Petite Dame de Maria Van Rysselberghe, les très nombreuses photographies exposent les trajets de l’écrivain mobile et ondoyant. Il y a des années où il ne séjourne qu’à peine en France. En 1893-1896, il entreprend (avec son épouse Madeleine) un long voyage de noces atypiques et chastes. Il est totalement absent de la métropole en 1925-1926, à son premier voyage en Afrique de l’Ouest ; à cause de la guerre, il est réfugié en Afrique du Nord (1942-1945). Telles années (comme 1923 ou 1930-1931) donnent le tournis ; Gide, alors, ne tient pas en place… Et il jouit de la capacité de lire et d’écrire partout, dans tous les lieux, dans toutes les situations, même dans l’inconfort… À la manière du chat que Kipling décrit, l’écrivain nomade s’en va tout seul et « tous lieux se valent pour lui ».
L’ouvrage méthodique de Jean-Claude Perrier donne les étapes de l’odyssée de Gide. Tout commence en 1888 en Angleterre, à 19 ans. Il sera anglophile, voire anglomane. La littérature d’expression anglaise occupera une part importante de sa bibliothèque. Il reviendra régulièrement en Angleterre et n’ira jamais aux États-Unis. Il traduira des textes de Shakespeare, de William Blake, de Walt Whitman, de Joseph Conrad, de Rabindranath Tagore.
Pour Gide, l’Afrique du Nord est un espace de sensations, de plaisirs, de rencontres, d’amours. Il visite les déserts, les oasis, les villes (1893-1945). À 24 ans, il se décrit comme à la fois « vierge et dépravé ». Quand il publie Les Nourritures terrestres, il imagine les faims, les désirs, les tentations, les attentes, les dénuements, les espérances, la sensualité, les délices, la ferveur. Il célèbre ce territoire solaire qui parvient à le guérir de sa maladie physique. Il aime et respecte les habitants, leurs coutumes, le style de leurs vies, la religion.
Régulièrement, Gide est heureux en Italie (1894-1950). Parfois, il éprouve des réserves. À Naples, il n’est d’abord pas séduit : « Tout ce que l’âme italienne a de vulgaire, de déclamatoire, de voluptueusement sentimental, s’exagère dans la mélodie. » Puis, en écoutant les canzoni, il cède : « Au demeurant, cela chatouille à l’endroit faible et, pour peu que le printemps s’en mêle, me voilà pris. » À Rome, il est tantôt joyeux, tantôt déçu : « Rome nous ennuie. » Et il photographie ensuite les jeunes garçons, les modèles romains… Florence est sa ville italienne préférée, par sa beauté calme et, peut-être, à cause du David de Donatello.
De 1892 à 1948, il passe assez souvent en Suisse et en Allemagne. Parfois, la Suisse lui paraît trop sage, « honnête » : « C’est un pays trop chaste pour mon goût. » En 1894, durant l’été, il s’aventure jusqu’en Haute-Engadine en un hommage à Nietzsche ; il pratique aussi des heures de piano ; et il achève Paludes… En Allemagne, il lit et relit Hölderlin, Heine, Schiller, Rilke, surtout Goethe, Leibniz et Nietzsche. En 1931, il passe quelques jours avec Thomas Mann et sa famille. Il photographie aussi des jeunes athlètes (1932-1934).
À plusieurs reprises (de 1924 à 1944), il découvre la faune et la flore d’Afrique. Lucide, critique, Gide révèle les tares de l’administration coloniale française, soumise aux grandes compagnies qui mettent l’Afrique en coupe réglée. Dans son Voyage au Congo (1927), il propose des réformes utiles qui seront adoptées par la suite… Plus tard, en 1950, il célèbre « l’immense continent noir » ; il écrit : « On le croyait muet ; on croyait qu’il n’avait rien à nous dire. On sait aujourd’hui que simplement on ne savait pas l’écouter. »
Du 17 juin au 22 août 1936, Gide (et cinq jeunes intellectuels) observe l’URSS : « Oui, (écrit-il) je pensais que, pour bien voir et entendre, six paires d’yeux et d’oreilles ne seraient pas de trop. » S’il aime le peuple de l’URSS, il constate les dysfonctionnements du gouvernement, une grande misère résignée, la dictature. « La moindre critique (remarque-t-il) est passible des pires peines, et du reste aussi étouffée. » Après son Retour de l’URSS (1936), la presse communiste attaque Gide avec violence… Le 20 juin 1936, pour les funérailles de l’écrivain Maxime Gorki, Gide dresse l’éloge de Gorki. Sur une photographie, on voit, sur la tribune de la place Rouge, à Moscou, Gide, Boulganine, Molotov, Staline, Dimitrov. Et, Gide et Staline ne se sont pas parlé…
Gide aurait souhaité de voir l’Inde. En 1913-1914, il traduit (à partir de l’anglais) cent trois poèmes de Rabindranath Tagore (1861-1940)… En 1946, il se sent las : « L’Inde, la Chine… Il est trop tard. »
Le 31 janvier 1946, dans son Journal, Gide regrette de n’avoir pas assez voyagé : « Je devrai prendre mon congé de cette terre mal satisfait, n’en ayant presque rien connu. Cette absurde paresse qui m’induisit à retourner aux mêmes lieux, parce que cela coûtait moins d’effort. Je contemple avec une sorte de désespoir une carte des au-delàs… » Nous serions, nous aussi, peut-être, trop sédentaires, trop immobiles, trop résignés.

1. Jean-Claude Perrier est journaliste littéraire, directeur de plusieurs collections, grand voyageur. Certains de ses livres sont consacrés à Malraux, à Pierre Loti, à Saint-Exupéry.
2. Cf. aussi la passionnante biographie de Gide : Frank Lestringant, André Gide, l’inquiéteur, Flammarion, 2011, t. I, 1 100 p., 35 €. Ne pas oublier le remarquable livre de Jean-Pierre Prévost, André Gide : un album de famille, Gallimard/Fondation Catherine Gide, 2010, 192 p., 320 ill. + DVD, 35 €. La fille d’André Gide, Catherine (née en 1923), commente son « album » avec vivacité et humour."

lundi 11 avril 2011

... vu par Claude Michel Cluny

Le tome 9 de L'invention du temps, le journal de Claude Michel Cluny, est paru en janvier dernier aux Editions de la Différence, sous le titre Moi qui dors toujours si bien. Un titre emprunté à la réponse que faisait Florence Gould quand on lui demandait si elle avait peur de la mort. Dans le premier tome, Le silence de Delphes, couvrant les années 1948-1962, Cluny évoquait Gide à l'occasion de sa mort en février 1951 :


« Une fois tombés ses "prétextes", comment l'œuvre de Gide va-t-elle subir l'usure du temps ? Nous ne lisons plus Voltaire par rapport à son époque, mais pour ce qu'il peut nous dire, comme s'il écrivait aujourd'hui, et pour la manière de le dire.
Il est possible, et même probable, que les témoignages courageux de Gide, ses critiques du colonialisme et du communisme, ne soient plus lus que pour leur valeur documentaire, comme demeurent exemplaires les batailles de Voltaire pour la liberté de la pensée et de l'individu. Mais c'est l'œuvre de l'écrivain dont l'avenir reste indéchiffrable. Sa diversité a donné dans tous les genres avec un inégal bonheur. Je ne crois pas aux maigres romans gnangnan, pas davantage aux Faux-Monnayeurs, mais aux petits traités du début, si originaux, peut-être aux Caves, aux souvenirs et, certainement, au Journal. Les générations qui viennent n'imagineront pas de quel empois moral il a contribué à nous débarrasser. Pour moi, il m'a conforté dans un souci d'exigence. La liberté sexuelle, elle m'était acquise, naturellement, sans questions inutiles : je voulais aimer qui j'aimais, et n'avais besoin ni d'un guide ni d'un blanc-seing. Mais il a eu, certainement, une influence libératrice sur beaucoup, et surtout sur la société. Ce n'était pas rien ! »

235 documents en ligne


La dernière mise à jour des ressources en ligne a permis d'ajouter 19 nouveaux liens vers des documents en français, parmi lesquels Postures journalistiques des années 1930, ou du bon usage de la « bobine » en littérature, de Paul Aron, sur les rapports Béraud-Gide, ou encore un Gide et Tolstoï de Akio Yoshii. Quatre ajouts vers des documents en langue anglaise, mais aussi un en portugais et un en néerlandais (sur la traduction de Paludes/Moer) portent à 235 le nombre total de documents recensés et liés.


dimanche 10 avril 2011

Swann : le dénouement

Il n'est pas prouvé que Gide ait menti, répond Henri Bonnet dans le Bulletin de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray de 1958, suite à l'article paru l'année précédente et signé Jacques-HenryBornecque. Une défense basée sur la disqualification du témoignage direct de Céleste Albaret qui, à l'époque n'était pas encore au service de Proust.

Dans ses souvenirs (Monsieur Proust, Robert Laffont, 1973), Céleste Albaret donne une autre version : c'est Proust qui lui aurait raconté cet épisode de la ficelle nouée par Nicolas Cotin, son domestique, qu'il tenait pour la preuve formelle qu'on ne l'avait pas lu à la NRF. En 1976 dans Un autre Proust (A.G. Nizet), Jacques-Henry Bornecque reprendra cet argument.

Surtout Henri Bonnet mettait sur la piste des deux précédents lecteurs de la NRF qui avaient eu le manuscrit en main avant Gide : Jacques Copeau et Jean Schlumberger. Ce dernier déplora d'ailleurs assez la publication de la lettre d'excuses de Gide et dès 1950 relança la thèse selon laquelle la NRF a écarté « sans même les ouvrir » le blocs du manuscrit de Swann... Voilà qui fera l'objet d'un prochain billet...


IL N'EST PAS PROUVE QUE GIDE AIT MENTI

Jacques-Henry Bornecque, dans le dernier numéro du « Bulletin des Amis de Marcel Proust », a publié un petit article sur Gide et « Du côté de chez Swann » que tous nos lecteurs auront lu avec beaucoup d'intérêt et sans doute un peu de surprise. En effet, Gide y est pris en flagrant délit de mensonge. Un mensonge qui se compliquerait d'une ingéniosité diabolique puisqu'il va, dans la lettre qu'il écrivit en janvier 1913 à Proust, jusqu'à citer un passage précis de Swann (« où il est parlé d'un front où des vertèbres transparaissent ») qui lui aurait déplu, alors que selon J.-H. Bornecque il n'aurait même pas défait le paquet contenant les cahiers.
En relisant la lettre en question on remarquera que Gide donne une autre précision: je n'avais pour me tirer de mon erreur, dit-il, « qu'un seul des cahiers de votre livre ». Il faut penser que le double dactylographié, que Proust possédait encore (Lettres à la N.R.F., 3e lettre) après avoir envoyé le premier exemplaire à Fasquelle, et qui, bien qu'incomplet, comportait 600 pages, avait été divisé par lui en cahiers. Or Gide dit qu'il n'en avait qu'un, ce qui laisse supposer (hypothèse vraisemblable) que les autres étaient en d'autres mains, celles de Schlumberger ou de Copeau. Mais comment Gide aurait-il pu parler de cahiers s'il n'avait pas ouvert le paquet ? Est-il vraisemblable aussi qu'il ait pu inventer de dire qu'il n'avait eu qu'un seul cahier à sa disposition ?
Voilà déjà qui devait rendre un peu suspecte la thèse (habilement !) défendue par J .-H. Bornecque. On aurait pu aussi estimer tendancieux ou peu décisif l'argument selon lequel Gide aurait mis beaucoup de temps pour se décider à écrire sa lettre de janvier 1914, l'œuvre ayant paru le 22 novembre 1913 (disons même le 14 !) et ayant été saluée le 10 décembre par Paul Souday. On ne voit pas pourquoi Gide aurait dû se précipiter sur un livre qu'il avait dédaigné et qui lui était signalé par un feuilleton plein de réserves. A vrai dire c'est l'article de Ghéon paru le 1er janvier 1914 dans la N.R.F. qui a déclenché le ralliement de toute l'équipe - celui de Gide en particulier, vraisemblablement. D'où sa lettre de janvier.

Mais il y a mieux et plus grave.

Comment Céleste Albaret qui a épousé le chauffeur de Proust, Odilon Albaret, en mars 1913, qui est venue à Paris à cette occasion, quittant pour la première fois sa province natale à 21 ans, et qui n'est entrée en contact avec Proust que dans le cours de cette même année, a-t-elle pu faire le paquet en question et le fameux nœud particulier? Proust l'avait chargée notamment de ses courses. Elle porta ainsi Du côté de chez Swann à ses destinataires à la fin de 1913 et fit sans doute à cette occasion bien des paquets et bien des nœuds.

Car c'est fin 1912 que se place la tentative de publication à la N.R.F. Proust était en lecture chez Fasquelle quand les frères Bibesco insistèrent pour qu'il essayât la N.R.F. qui le tentait d'ailleurs beaucoup. Un dîner fut organisé en novembre ou décembre 1912, auquel assistaient les « augures» de la N.R.F., Gide, Copeau et Schlumberger et le manuscrit leur fut remis par les frères Bibesco à l'issue du repas. Céleste Albaret était à ce moment-là dans sa province natale, ignorante de Proust, et du rôle qu'elle jouerait un jour auprès de ce grand écrivain.

On peut donc affirmer que la scène du retour du paquet est purement imaginaire. Proust, en particulier, n'a pas dit, n'a pas pu dire: « Céleste! Ils n'ont pas eu la politesse autrefois d'ouvrir votre paquet... ». Pourquoi d'ailleurs trouver étonnant que ce paquet ait été refait avec le même papier ! N'était-il pas normal de remettre le manuscrit dans le papier même qui avait servi à l'envoyer ?

Quant à la visite de Gide s'inclinant devant Proust et battant sa coulpe, elle eut lieu en présence de Céleste. Mais il faut préciser, car cela n'apparaît pas dans l'article de M. Bornecque, qu'il faut la dater de 1916 (voir la lettre de Proust du 28 septembre 1916 et le Journal de Gide de la même année, page 543 : « Achevé la soirée avec Marcel Proust que je n'avais pas revu depuis 92 »). Les propos de Proust concernant la N.R.F. : « Aujourd'hui ils se battraient entre eux pour en avoir la suite... » sont certainement de l'époque de la résiliation du contrat avec Grasset et du traité avec la N.R.F., c'est-à-dire de l'époque de cette même visite de Gide.

Ceci dit, Céleste Albaret atteste et certifie que Proust, qui avait fait d'elle sa confidente, lui a raconté que le paquet n'avait pas été ouvert à la N.R.F. Ce témoignage, formel, de Céleste, est certainement à prendre en considération. Mais nous avons le droit - et même le devoir - de le soumettre à un examen critique, même si nous devons conclure (et nous nous en excusons) dans un sens qui n'est pas le sien. Or, comment, après tout ce que nous avons dit, ne pas avoir un doute ? Certes, Gide au cours de la visite dont nous venons de parler a reconnu n'avoir pas lu le manuscrit. Mais entre « pas lu » et « pas ouvert », il y a une nuance. Mais c'est un simple pas, que l'esprit qui interprète d'une certaine manière, a vite fait de franchir. De même il n'y a qu'une infime distance, par exemple, entre : « Dire qu'autrefois ils n'ont même pas ouvert mon manuscrit ! » et : « Dire qu'autrefois ils n'ont pas même lu mon manuscrit ! » - propos auquel Proust a d'ailleurs pu ajouter dans son irritation rétrospective: « Je ne suis même pas sûr qu'ils aient défait la ficelle, car le nœud était resté le même ! ».

Mais comment peut-on être assuré qu'un nœud est resté le même! Sans compter qu'on peut défaire un paquet en faisant glisser la ficelle. Proust, au surplus, ne confectionnait probablement pas ses emballages lui-même et ne possédait vraisemblablement pas l'art des nœuds, etc.., etc...

Notre conclusion est que Gide, dans la très belle lettre de janvier 1914, qui est en tête du recueil des lettres qu'il a échangées avec Proust, a été franc. Ne reconnaît-il pas qu'il avait pris ce dernier pour « un snob, un mondain amateur, quelque chose d'on ne peut plus fâcheux pour sa revue » ? Pouvons-nous ignorer que Gide a passé sa vie à se confesser, qu'il a tout avoué, même les choses les plus inavouables, et qu'il a même été une sorte de maniaque de la sincérité ? Tous ses biographes le reconnaissent, Maurice Sachs le premier. Le mensonge n'est donc pas plausible. N'en chargeons pas, jusqu'à plus ample informé, la mémoire d'André Gide.

Henri Bonnet

(Bulletin de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, n°8, 1958)

mercredi 6 avril 2011

Swann : le noeud du problème

Dès que l'on veut raconter l'histoire de Gallimard – et cela ne manque pas en ces temps de centenaire – l'une des premières péripéties les plus commentées est le refus du manuscrit de Du côté de chez Swann. Refus attribué le plus souvent à Gide, parce que Gide se l'attribue dans une lettre cendreuse devenue célèbre.

Une véritable légende a pris forme autour de cette histoire. Encore aujourd'hui on peut lire chez certains commentateurs qu'on n'aurait pas même ouvert le paquet contenant le manuscrit, les « nœuds » de la ficelle, formés tantôt par Céleste Albaret, tantôt par Nicolas, un autre domestique de Proust, faisant foi. Tout comme les vertèbres qui pointaient sous le front de cette pauvre tante Léonie...

Pour retracer cet épisode j'ai eu envie de vous livrer deux petits textes parus en 1957 et 1958 dans le Bulletin de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray. Jacques-Henry Bornecque, dans la parution de 1957, énumérait les principaux éléments à charge contre Gide. Dans le bulletin de l'année suivante, Henri Bonnet montrait qu'ils étaient nuls et non avenus dans un article intitulé "Il n'est pas prouvé que Gide ait menti", qui fera l'objet d'un prochain billet...

"ANDRE GIDE ET « DU COTE DE CHEZ SWANN »

« L'on sait qu'après le fâcheux refus de Du côté de chez Swann par la N.R.F., André Gide, qui en était alors, non seulement le co-directeur, mais le conseiller le plus écouté, écrivit à Proust une lettre de repentir que tous les amis des deux connaissent. Encore mit-il quelque temps pour s'y décider : sa lettre est de janvier 1914, et l'œuvre, parue le 22 novembre 1914, avait été saluée le 10 décembre par un long feuilleton de Paul Souday, dans ce Temps dont André Gide, en me remerciant d'un hommage que j'avais publié dans Le Monde (successeur du Temps) pour son 80e anniversaire, se plaignait à moi qu'il l'eût toujours « escamoté ». Une des deux grandes critiques de Souday portait d'ailleurs sur le style de Proust et les « incorrections » que Souday se plaisait à y trouver.
Dans sa lettre, André Gide, après avoir déclaré : « Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la N.R.F., — et (car j'ai cette honte d'en être beaucoup responsable) l'un des regrets, des remords les plus cuisants de ma vie... » — s'attache, on le sait, à expliquer, à confesser les raisons d'une décision déplorable. La réputation de Proust, d'abord : « Un snob, un mondain amateur, quelque chose d'on ne peut plus fâcheux pour notre revue. » Et surtout le mauvais hasard par lequel, n'ayant en main « qu'un seul des cahiers », ouvert « d'une main distraite », il était précisément tombé sur une phrase « où il est parlé d'un front où des vertèbres transparaissent. »(1) Et Gide terminait en réitérant d'une façon émouvante ses regrets de son « absurde déni ».
Telle fut l'explication officielle: peu flatteuse, certes, mais du moins fondée en raison. Une maison sérieuse, des directeurs scrupuleux, peuvent-ils avouer à un auteur dont le talent s'est avéré que l'on n'a pas lu, que l'on n'a même pas ouvert son envoi?... C'est pourtant ce qui arriva très exactement, à en croire le témoignage réitéré de Céleste Albaret. Sans réticence aucune, avec une précision totale aussi, Céleste, qui fit le paquet et le reçut en retour, m'a raconté plusieurs fois (entre autres le 30 septembre 1953, et j'ai noté ses déclarations aussitôt après) que le volumineux paquet de Du côté de chez Swann était revenu ficelé comme elle l'avait fait, non seulement dans le même papier déjà poussiéreux, mais avec le même nœud particulier, etc. Proust le constata d'abord avec ironie, puis, abasourdi, avec un abattement déconcerté. « Allons, Céleste! Je suis toujours un petit gandin... ». Et elle me raconta encore qu'après une visite de Gide venu pour s'excuser personnellement de son « er-reur... Quelle er-reur ! Et comment racheter? », Proust, pensant tout haut, dit avec une ironie amène : « Céleste, c'est crevant! Ils n'ont pas eu la politesse autrefois d'ouvrir votre paquet et mon livre, et aujourd'hui ils se battraient entre eux pour en avoir la suite... »
Dira-t-on que c'est invraisemblable ? que Proust eût protesté ou manifesté son chagrin par quelque allusion déclarée ? Allons donc ! Certaines âmes sont trop fières, certains caractères trop élégants pour s'abaisser en reproches violents ou en démentis formels. Il est cependant bien des manières de montrer avec une générosité charmante que l'on n'est pas dupe pour autant, surtout quand l'on s'adresse à quelqu'un qui sait lire entre les lignes - quand il veut bien lire... L'on peut dire, sur le plan affectif: « Si vous regrettez de m'avoir peiné (et vous l'avez fait encore d'une autre manière, mais que je vous dirai plutôt de vive voix si jamais ma santé me permettait de le faire) ... ». L'on peut aussi écrire, en des termes voilés qui deviennent clairs quand on a la clef : « Je me disais: « Sije suis édité à la N.R.F., il y a grand chance pour qu'il me lise. (...) Or, ce plaisir-là, plus heureux que le voyageur, je l'ai enfin eu, pas comme je croyais, pas quand je croyais, mais plus tard, mais autrement... » (2).
J'ai longtemps hésité, ayant connu et aimé André Gide, à verser ce témoignage au dossier proustien. Mais ne sait-on pas qu'il y avait deux Gide intimement unis, et luttant : l'un dur, et l'autre généreux ? L'un, ductile, et l'autre n'aimant point à avoir tort dans les faits, quoi qu'il en ait dit ou pensé ? Le premier avait commis une faute dans le règne du quotidien: l'autre, sur le plan des grandes âmes, s'est acharné ensuite à la racheter. En cette circonstance aussi, le temps « perdu » a fini par être retrouvé.


(1) Marcel Proust et André Gide. Lettres. 1949. pp. 9-11. Il s'agit du front de Tante Léonie.
(2) Op. cit. p. 15. C'est moi qui souligne, mais Proust, plus haut, avait souligné qu'il avait été soutenu dans ses démarches par cette perspectives : « le plaisir d'être lu par vous. »
Jacques-Henry Bornecque

(Bulletin de la Société des Amis de Marcel Proust
et des Amis de Combray, n°7, 1957)

Mercredi littéraire autour du centenaire Gallimard

Mercredi 6 avril à 20h au News Café, 78 rue d’Assas, Paris VIe
Dédicace en partenariat avec la librairie l’Œil écoute  


« Toute la question est de savoir si une entreprise commerciale peut vivre en n'éditant que des ouvrages excellents de forme et de fond », écrivait Paul Claudel à André Gide, le 2 juin 1910, à la veille de la création de la maison Gallimard. Mercredi 6 avril, au New's Café, Lauren Malka et Ariane Charton reçoivent Olivier Bessard-Banquy, spécialiste de l'édition et co-auteur de Gallimard, un siècle d'édition (éd. Gallimard). Celui-ci reviendra sur les grands noms qui ont illustré la mythique couverture ivoire à filets rouges et noirs – Claudel, Malraux, Sarraute, Queneau, Sartre, Camus, Ionesco Prévert... – et évoquera l’évolution de la maison, ses succès, ses échecs, et les secrets de sa longévité.

Plus d'infos sur la page Facebook des mercredis littéraires.

lundi 4 avril 2011

L'atopia et le grincheux

La maison d'édition associative Le Vampire Actif publiera le 28 avril Atopia, petit observatoire de littérature décalée, d'EricBonnargent. L'atopia , cette « attitude par rapport à l'existence qui consiste à ne pas se sentir concerné par l'ordre du monde, ou du moins à se tenir en retrait de cet ordre afin de l'interroger » était depuis plusieurs années au cœur du blog de l'auteur, Bartelby les yeux ouverts, dont ce recueil est en quelque sorte l'heureux aboutissement. Eric Bonnargent passe, entre autres, Le Grincheux de Gide par ce filtre.

Atopia, petit observatoire de littérature décalée est en souscription avant sa sortie le 28 avril. Présentation de l'éditeur :

« Dans cet ouvrage, Éric Bonnargent nous livre un regard singulier et volontairement subjectif sur une trentaine d’œuvres marquantes des XXe et XXIe siècles, écrites par des auteurs de plus de vingt nationalités différentes qui ont la particularité de s’organiser autour de personnages évoluant en atopia ou non-lieu.

À travers dix grandes thématiques où se manifeste ce concept, l’auteur imagine des rencontres originales et des mises en écho entre les textes de Stig Dagerman, André Gide, Cormac McCarthy, B.S. Johnson, Sébastien Doubinsky, R.D. Brinkmann, Roberto Bolaño pour ne citer qu’eux.
Porter l’œil sur les fragments du prisme de cette littérature décalée offrant les aspérités les plus saillantes lui permet aussi de questionner la production littéraire consensuelle dite aussi « de masse ».
La démarche mise en œuvre dans ce Petit observatoire tend enfin à démontrer que la richesse caractérisant tout texte atopique ne laisse pas le lecteur en paix et l’oblige à remettre en question sa propre relation au monde et sa place dans un quotidien par définition chaotique. »