mardi 15 octobre 2013

Un néologisme dans les Nouvelles Nourritures


Christian Angelet avait donné une belle porte d'entrée à l'étude de La néologie d'André Gide, pour reprendre le titre de sa communication dans les Cahiers de l'Association internationale des études françaises, (1973, N°25. pp. 77-90). Des néologismes qui deviennent de plus en plus difficiles à dénicher pour nos cervelles modernes, lorsqu'ils ne sont pas déconstructivo-normandistes...

André Thérive en signale un amusant et notable dans ses Querelles de langage :

M. André Gide, dans les Nouvelles Nourritures, parle d'une jatte de lait couverte d'une couche de poussière et ajoute : « Nos gobelets déchirèrent ce film fragile. » Voilà le premier exemple d'un anglicisme où film remplace pellicule en dehors de son domaine consacré.
Film, mot désormais européen, n'a eu d'abord de succès qu'en matière de cinéma ; depuis quelque temps il concurrence pellicule quand il s'agit de nommer celle des appareils photographiques d'usage courant. Mais les cinéastes ont tendance à réserver pellicule pour désigner l'objet matériel, et film pour l'œuvre (sens abstrait). On notera que l'espagnol, si hospitalier aux mots étrangers, continue à dire pelicula dans tous les cas. (Les Grecs disent tainia, notre ténia bande.) Bande est encore très vivant chez nous, pour les spécialistes, et je ne sais si film l'éliminera absolument. Aussi regrette-je l'usage que fait M. Gide de ce dernier mot.
André Therive, Querelles de langage
troisième série, Editions Stock, Delamain et Boutelleau, 
Paris, 1940, p. 116

1 commentaire:

A. Claude Courouve a dit…

" Voilà le premier exemple d'un anglicisme "

Sur ces sujets, il faut toujours être prudent. On ne peut parler que du premier exemple que l'on connaît.