lundi 5 avril 2010

Gide dans Paris Match

Le 5 février 1950, la Petite Dame consigne :

"Encore ceci : deux photographes, dont l'un amené par Amrouche, sont venus avec leurs aides le même jour, l'un le matin, l'autre le soir, bien entendu avec l'autorisation de Gide, prendre force clichés de lui dans tout l'appartement et aussi chez nous. Tous les deux souhaitent évidemment l'exclusivité qu'il est prêt à donner à chacun; il entre chez moi avec Amrouche (j'ignorais totalement ce projet) disant : «Chère amie, nous venons vous envahir un instant», on prend de lui une photo dans le grand fauteuil qu'il occupe souvent, puis Amrouche me dit : « Asseyez-vous à côté, nous allons en prendre une de vous deux.» Puis, on prend un cliché de Gide au piano; Elisabeth entrant chez moi, par hasard, Amrouche lui dit : «Tournez donc les pages à Gide.» Que vont devenir ces photos ? Pour qui ? Pour quoi ? Je suis certaine que Gide le sait à peine lui-même; poser des questions qui mèneraient peut-être à s'opposer risquent de le mettre, lui, dans une fâcheuse position, et c'est ainsi qu'on se trouve obligé de se laisser faire à son corps défendant."




Sur son lit étroit, avant sa sieste,
il lit du Virgile dans une ancienne édition scolaire.

(Photo Daniel Philipacchi)


L'un de ces deux photographes était Daniel Filipacchi qui, pour un Paris Match à paraître en mars 1950 (n°51), faisait poser le Vaneau "à son corps défendant". Gide, lui, prenait la pose pour la postérité, l'une de ses activités favorites en sa vieillesse, au grand regret de la Petite Dame... Le site de Paris Match s'en souvient ici.

"Le 22 novembre dernier, il a fêté ses 80 ans, mais il conserve les mêmes activités que dans sa jeunesse.

Il a reçu en exclusivité notre reporter Daniel Filipacchi qui a photographié sa vie quotidienne. Au cinquième étage d’un ­immeuble de pierre de taille, 1 bis, rue Vaneau à Paris, habite le plus célèbre écrivain français vivant : André Gide.

Ses livres sont traduits en toutes les langues, y compris le russe bien qu’ils soient aujourd’hui interdits en URSS. Son œuvre est inscrite au programme de la plupart des universités et un grand nombre de thèses lui ont été consacrées. Leur auteur n’appartient pourtant à aucune académie. Il a toujours refusé les ­honneurs. Le prix Nobel de littérature est la seule ­récompense qu’il ait acceptée.

L’auteur de « La symphonie pastorale » et des « Caves du Vatican » mène une existence des plus simples, entouré de sa fille, Mme Catherine Lambert, qui demeure habituellement avec lui, de sa secrétaire Mme Yvonne Davet et de quelques intimes : l’écrivain Roger Martin du Gard, Prix Nobel lui aussi, et Gaston Gallimard, son éditeur, qui lui rendent visite presque chaque jour. Il est servi par un valet de chambre, Gilbert, qui est aussi son chauffeur.

A 80 ans, André Gide garde l’emploi du temps qu’il s’est imposé toute sa vie : réveil à 7 h 30. Son régime ? Une nourriture frugale sans café ni alcool. Il fume des cigarettes américaines (deux paquets par jour). Ses seules distractions sont les «patiences» aux cartes, quelquefois le cinéma, mais surtout les voyages. Il fait de fréquents séjours dans le midi de la France et en Suisse. En ce moment, il s’apprête à partir pour la Sicile."

Sabine Cayrol - Paris Match n°51, mars 1950

1 commentaire:

A. Claude Courouve a dit…

"Le 22 novembre dernier, il a fêté ses 80 ans, mais il conserve les mêmes activités que dans sa jeunesse."

J'y crois pas...