mardi 13 juillet 2010

Retour du Tchad, un album de voyage

Retour du Tchad. Expédition sur les traces d'André Gide
de J. Alessandra (illustrations),

P. Villecroix et A. Djar-Alnabi (textes)
La Boite à Bulles, juillet 2010


La Boite à Bulles publie un album de voyage intitulé « Retour du Tchad. Expédition sur les traces d'André Gide ». Pas une illustration du texte original mais la confrontation des notes gidiennes avec les impressions du voyage que font, 80 ans après, les trois auteurs :

Joël Alessandra, un aquarelliste spécialiste de l'Afrique qui lui a consacré déjà plusieurs albums et carnets de voyage dont Fikrie (inspiré de son expérience de directeur artistique à Djibouti, à La Boite à Bulles), Séjour en Afrique (La Boite à Bulles), Fierté de Fer (sur le train Djibouto-Ethiopien aux éditions Paquet).

Pascal Villecroix, assistant technique et conseiller du Ministre de l’Enseignement Supérieur du Tchad, responsable de 2003 à 2007 du département d'histoire-géographie à l’Université de Djibouti, et déjà auteur de La Caravane Rimbaud : paysages de Djibouti et La caravane Kessel : sur les traces de la grande piste en collaboration avec Joël Alessandra.

Attié Djouid Djar-Alanabi, fondateur de Tchad-Non Violence et de l’Union des Poètes Tchadiens, enseignant à l’Université Adam Barka d’Abéché, doyen de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, auteur de plusieurs livres.


Présentation de l'éditeur :

En 1925, André Gide part au Congo et au Tchad pour son plus long voyage. À son retour, deux récits sont publiés chez Gallimard (dont Le Retour du Tchad) dans lesquels l’auteur décrit au jour le jour cette aventure exceptionnelle, à la frontière de l’écriture et du reportage. Marc Allégret (futur grand cinéaste français) l’accompagne, photographie et filme ce périple.

Le Retour du Tchad de Gide est le fil conducteur de ce carnet de voyage : 80 ans plus tard, une équipe d’artistes tchadiens et français refait une partie de l’itinéraire à bord d’un radeau puis d’une pirogue et croise ses impressions avec celles de ses illustres prédécesseurs.

Au fil des fleuves, du lac Tchad, des rives du Logone et du Chari, les auteurs retrouvent les Massa, Kotoko, peuls et arabes qui peuplent depuis des siècles ces régions centrales de l’Afrique.

Textes et aquarelles dénoncent aussi l’inquiétante baisse des eaux des fleuves et du lac Tchad : problème environnemental dramatique.

Revue de presse :

DBD par Marie Moinard

« Si le voyage est difficile, la lecture de ce carnet, au contraire, est des plus agréables et nous profitons des somptueuses images du dessinateur ainsi que des rares planches de bd représentant le vyage d'André Gide. Romanesque et émouvant, le texte se veut pédagogique lorsqu'il s'agit de découvrir l'Afrique - les cases, les autochtones - humoristique à l'apparition des hippopotames, mais aussi pessimiste face au lac Tchad et à sa probable disparition. Magnifique ! »


lundi 12 juillet 2010

France Culture demain

Un petit rappel pour vous signaler que demain 13 juillet, l'émission Le Mardi des auteurs de France Culture sera consacrée à Gide, avec des invités prometteurs. La description se trouve ici.

dimanche 11 juillet 2010

Paludes et Semprun (2/2)

(première partie)

La lecture de Paludes marque aussi pour Jorge Semprun l'entrée dans la langue française qu'il veut désormais maîtriser comme un autochtone puisqu'une boulangère du Boul'Miche l'avait chassé en le traitant d'Espagnol de l'armée en déroute :

« Mon accent détestable ne m'avait pas seulement interdit d'obtenir le petit pain ou le croissant que je désirais, il m'avait retranché aussi de la communauté de langue qui est l'un des éléments essentiels d'un lien social, d'un destin collectif à partager.

[…]

La boulangère du boulevard Saint-Michel me chassait de la communauté, André Gide m'y réintégrait subrepticement. Dans la lumière de cette prose qui m'était offerte, je franchissais clandestinement les frontières d'une terre d'asile probable. C'est dans l'universalité de cette langue que je me réfugiais. André Gide, dans Paludes, me rendait accessible, dans la transparente densité de sa prose, cet universalisme. »

Adieu, vive clarté..., Jorge Semprun, Gallimard, 1998, pp.120-121


Et Semprun de démontrer en quoi Paludes est si particulièrement, si étrangement français :

« Je pourrais évoquer d'autres livres de cette époque qui ont eu pour moi davantage d'importance morale que Paludes. Mais celui-ci, à toutes ses qualités littéraires, qui sont exceptionnelles — extraordinaire modernité formelle d'un récit écrit il y a plus d'un siècle, en 1895 ; délicieuse insolence narrative ; imagination débridée ; concision sévère du phrasé et richesse lexicale, etc. —, ajoute une vertu qui lui est singulière : on ne peut le concevoir écrit dans aucune autre langue que le français.

Les romans que je viens d'évoquer*, la majorité de tous les autres qu'on pourrait également mentionner, ont été écrits en français, certes, et dans cette langue s'incarne le contenu matériel et idéel que constitue l'œuvre, bien entendu. Mais l'essence du Sang noir ou de La condition humaine ne se dissoudrait pas dans le néant si on appréhendait ces romans dans une autre langue. Ainsi, on peut parfaitement imaginer Le sang noir en russe. Quelqu'un m'a dit une fois, judicieusement — je crois bien que c'était Jean Daniel — que Guilloux a écrit le plus grand roman russe de langue française ! Pour leur part, l'immense majorité des lecteurs de Dostoïevski à travers le monde auront lu son œuvre romanesque en français, anglais, allemand ou espagnol : dans n'importe quelle langue littéraire autre que le russe. Pourtant, on sait pertinemment de quoi il est question dans Les Frères Karamazov même si on a lu le roman en français. Et même si on l'a lu dans une traduction médiocre, me risquerai-je à dire. Car l'essence de ce roman, de la plupart des grands romans, même s'ils se nourrissent de leur langue originaire et originale, qu'ils enrichissent à leur tour, n'est pas langagière.

L'essence de Paludes, en revanche, est dans sa langue. On ne peut concevoir Paludes dans aucune autre langue que le français.

J'en ferai la preuve immédiatement, en ouvrant le volume au hasard. Voici la page 114 de l'édition Folio.

D'ailleurs, sitôt sortis du parc que les sapins noirs encombraient, la nuit nous parut plutôt claire. Une lune à peu près gonflée se montrait indistinctement à travers la brume éthérée. On ne la voyait pas comme parfois, tantôt et tantôt, puis cachée, puis ruisseler sur les nuages ; la nuit n'était pas agitée ; — ce n'était pas non plus une nuit pacifique ; — elle était muette, inemployée, humide, et m'eussiez-vous compris si j'eusse dit : involontaire. Le ciel était sans autre aspect ; on l'eût retourné sans surprise. — Si j'insiste ainsi, calme amie, c'est pour bien vous faire comprendre à quel point cette nuit était ordinaire...

Si je cite ainsi, calme amie — qu'y a-t-il de plus tendre que de parler d'un livre qu'on a aimé avec une amie chère ? —, c'est pour bien vous faire entendre à quel point cette prose est extraordinaire. À quel point est-il inconcevable de parvenir, dans une langue autre que la française, à un semblable équilibre des éléments d'une phrase, du précis et du précieux, de la rigueur et de la fantaisie. »

Adieu, vive clarté..., Jorge Semprun, Gallimard, 1998, pp.118-119


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* Le sang noir, de Louis Guilloux, La condition humaine et L'espoir, de Malraux.

Paludes et Semprun (1/2)

Dans un beau chapitre de Adieu, vive clarté... intitulé Je lis Paludes... Jorge Semprun mêle ses souvenirs d'avril 1939 à d'autres, souvenirs de rencontres, de découvertes, de combats et bien sûr de lectures*. Paludes est le prétexte à toutes ces évocations où ne se faufile pas uniquement l'ombre de Gide, certes, mais où s'exprime sans doute le mieux la communauté d'esprits qui unie les amateurs de Paludes.


« Antoine revenait d'une promenade le long de la mer. « Que faites-vous là ? » avait-il demandé à cet inconnu. «Je lis Paludes », avait répondu le jeune homme. C'était vrai, il lisait Paludes. Il avait retourné le mince volume, afin qu'Antoine puisse en lire le titre. C'était Paludes...**

Ainsi avais-je écrit, près de cinquante ans après mon trimestre d'interne à Henri-IV. Juan Larrea attendait l'arrivée d'Antoine de Stermaria, devant la porte de l'atelier de ce dernier, à Nice. II lisait Paludes.

Dans la réalité romanesque de La montagne blanche, où cette rencontre est fidèlement rapportée, Larrea était mort à ma place: il pouvait bien lire Paludes pour mon compte. Je n'ai pas cessé de le faire moi-même, depuis cette lointaine époque.

Dans La montagne blanche, lorsque Antoine de Stermaria constate que c'est effectivement le roman d'André Gide que lit l'inconnu installé sur le palier, à l'attendre, un courant de sympathie s'instaure immédiatement. Ils avaient ri tous deux, avec une gaieté aussitôt partagée. Une sorte de coup de foudre de la complicité littéraire. Ou masculine, plus primitivement.

Moi aussi, toute ma vie, j'aurai eu la chance de nouer avec des inconnus, à cause de Paludes, des relations, parfois brèves, souvent sans lendemain, mais d'une fulgurante impudeur. Tout dire sur soi-même — l'essentiel, du moins: ça tient en quelques mots — tout écouter de l'autre, également. Peut-être parce qu'on aurait vu un inconnu, le petit volume de Gide a la main. Ou bien, parce que dans quelque conversation banale, ou il n'aurait été question que d'événements insignifiants, même s'ils avaient une dimension planétaire — quoi de plus insignifiant que l'insignifiance planétaire ! —, on aurait glissé un début de phrase de Paludes. Quelqu'un, alors, dont on n'avait pas, jusqu'à ce moment, soupçonné cette qualité morale, terminerait la phrase ébauchée. Avec le sourire entendu, donc discret, mais radieux pourtant, qu'arborent les agents secrets, ou les militants clandestins, quand on leur murmure, l'air de rien, le mot de passe convenu.

Ainsi: A six heures entra mon grand ami Hubert, il revenait du manège, aurais-je pu dire soudain d'une voix calme, nettement informative, sans que personne ne s'en préoccupât autour de la table. Car Hubert était sans doute un ami que chacun pouvait imaginer connu du reste des convives, et pourquoi, dans ce cas, ne serait-il pas revenu à six heures du manège ? Puisqu'il est admis, désormais, que la marquise sort à cinq heures ?

Mais alors que je pouvais penser qu'une fois de plus je ferais chou blanc, parlerais dans le désert de l'incompréhension, quelqu'un se tournerait vers moi, les yeux brillants. Il dit: « Tiens, tu travailles», dirait-il. Je répondis, répondrais-je aussitôt, j'écris Paludes.

Alors, dans l'éclat de rire qui nous aurait saisis, l'inconnu et moi-même, dans l'élan immobile de l'un vers l'autre, qui nous lierait soudain, nous déliant des contingences de ce dîner mondain, la maîtresse de maison aurait demandé : Qu'est-ce que c'est ? Et de répondre, ensemble — une fois, une seule, l'inconnu s'appellerait Hubert, de surcroît : nous en fîmes une apothéose ! — : Un livre!

J'ai écrit tout le temps inconnu au masculin, mais ce n'est pas parce que ce genre, d'un point de vue sémiologique, peut englober les deux sexes du genre humain, sans prêter à confusion. Si on dit « droits de l'homme », par exemple, on n'est pas en train d'en exclure les femmes, quoi qu'elles en disent. Certaines d'entre elles, en tout cas.

J'ai écrit ce mot au masculin, plus simplement, plus tristement aussi, parce que jamais une inconnue n'a réagi devant moi, pour moi, à l'incitation d'une phrase de Paludes. Je le regrette vivement. Non seulement parce que l'indifférence féminine au récit gidien, la méconnaissance où elles le tiennent, apparemment, me navrent. Aussi, surtout, parce que j'aurais vivement désiré qu'une fois, ne fut-ce qu'une seule fois dans ma vie, une belle inconnue, blonde, aux yeux clairs, lointaine, dédaigneuse de l'alentour, perdue dans le ravissement égotique de son propre charme, succombe imprévisiblement à l'idée farfelue, frénétique, d'une aventure, en m'entendant murmurer quelques mots de Paludes. Rien de plus : Rien de moins.

Mais la vie n'est pas un roman, semble-t-il. Revenons au roman de la vie.»

Adieu, vive clarté..., Jorge Semprun, Gallimard, 1998, pp.113-115

(suite)

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* sur la composition ce livre de souvenirs mêlés, voir ce document à télécharger

** extrait de La Montagne blanche, Jorge Semprun, Gallimard, 1986

vendredi 9 juillet 2010

Festival de Ravello


Après Chicago, direction Ravello en Italie pour son célèbre festival consacré cette année à « La Follia »... et en partie à André Gide. Présentation du site du Festival :

Du 15 juillet au 22 août à la Villa Rufolo, exposition « André Gide: un album de famille » de Jean-Pierre Prévost avec la collaboration de la Fondation Catherine Gide

Dédiée à André Gide, Prix Nobel de littérature 1947, cette exposition entend retracer la vie de l'écrivain à travers les positions originales et anti-conventionnelles qui ont influencé ses écrits et ses réflexions sur la liberté personnelle et sociale. Une manière d'album-souvenir avec des commentaires de Catherine Gide, la fille de l'écrivain, et une narration de Jean-Pierre Prévost, avec une parenthèse sur les voyages de Gide en Italie, dont la Campanie et Ravello au début du 20e siècle, où la « folie de la liberté » a trouvé écho dans le récit L'Immoraliste.

Auteur, réalisateur et photographe, on doit à Jean-Pierre Prévost des films, documentaires et séries pour la télévision française, canadienne et américaine. Il a réalisé deux films sur André Gide, Portrait d’André Gide et André Gide. Un petit air de famille, publié notamment les Entretiens avec Catherine Gide, et monté deux expositions photographiques autour de Gide.

Vernissage le jeudi 15 juillet à 12h : Interventions de Giovanni Dotoli et Giovannella Fusco Girard

Giovanni Dotoli enseigne la littérature française à l'Université de Bari. Essayiste et poète, auteur de plus de 500 publications, directeur de collection, il a reçu le grand prix de l'Académie Française en 2000.

Giovannella Fusco Girard, enseigne la littérature française à l'Université de Naples “L’Orientale”, et étudie les formes modernes de poésie et d'écriture narrative. Elle a publié de nombreux essais notamment consacrés à Baudelaire, Mallarmé, Apollinaire, Cocteau et Ponge.

Vendredi 16 juillet à 19h : Gide à Ravello. Renaître à Ravello : le baptême d'un immoraliste, par Pierre Masson et Emilia Surmonte

André Gide écrit à Ravello quelques-unes des pages les plus significatives de son récit L'Immoraliste, témoignant d'une vision du monde libératrice, d'une réflexion plus radicale sur la recherche du bonheur et le conflit entre les désirs de l'individu et les conventions sociales. Son protagoniste, après avoir recouvré la santé à Ravello, décide d'accepter son homosexualité et de se libérer de l'emprise de sa femme.

Pierre Masson est professeur émérite de l'Université de Nantes, Président de l'Association des Amis d'André Gide, et l'un des meilleurs experts mondiaux de l'œuvre de Gide. Il est l'auteur de nombreux essais sur Gide et l'éditeur de plusieurs de ses Correspondances ainsi que des Essais critiques, Souvenirs et Voyages, Romans et Récits de la Bibliothèque de la Pléiade.

Emilia Surmonte enseigne la langue et civilisation françaises à l'Université de Naples «L'Orientale» et poursuit des recherches en littérature moderne notamment sur la réécriture des mythes. Elle est l'auteur de Déclinaisons de la passion chez Yourcenar et de nombreux articles.

jeudi 8 juillet 2010

Madeleine remains

The Side Project Theatre de Chicago présente depuis le 2 juillet et jusqu'au 17 une courte pièce de Michael Martin intitulée Madeleine remains : in Memory, A Wife of Genius. Ce monologue inspiré par Madeleine Gide a été écrit tout spécialement par Michael Martin pour l'actrice Ariel Brenner. La présentation de cette pièce sur Facebook, les photographies de cette fragile incarnation et la critique de la Chicago Stage Review donnent très envie d'en savoir davantage sur cette création...

Ariel Brenner incarne Madeleine Gide
dans un monologue de Michael Martin
(photo Jordan Scrivner)


« Sometimes, combining two completely unrelated flavors creates a magical delicacy. Such is the case with Clove Productions’ remarkable presentation of Fruit Tree Backpack and Madeleine Remains: In Memory, A Wife of Genius. Both extraordinary new works completely transport you to suspended realities that are fascinating, provocative, entertaining, and yet are totally and contrastingly different.

In Madeleine Remains: In Memory, A Wife of Genius, playwright Michael Martin creates a detailed and delicate portrait of Madeleine. She is the unassuming wife of Nobel Prize-winning writer André Gide. Charming, soft-spoken, articulate and subtly devious, Madeleine shares her post-mortem (as both she and André are long gone by the time we meet her) revelations on life with the accomplished writer.

Martin imagines a life lost in the shadows of the fame that surrounded it. Madeleine was sweetly loved and simultaneously scorned by André. She was his platonic muse, floating above his homosexual indulgences. She is bothered but not bitter, loving but not naive. Madeleine does not wish to shame Gide’s reputation, usurp his place in history, or even stake out her own spot, but rather share the emotional interactions and isolations of the unconventional partnership.
Shannon Evans beautifully directs this enchanting monologue with great depth. She shines a restrained light on the emotion, as one would curate a fragile masterpiece in a museum.
Ariel Brenner takes on this dauntingly complex character with impressive nuance and splendidly soft strength. So many moments could go painfully wrong in the hands of a lesser actor, but Brenner not only makes these moments compelling, she also makes them magical. She is a single woman, in a simple parlor, telling a sweetly somber story with staggering effect. She brilliantly weaves as rare and resplendent a tale as Martin elegantly writes.
Madeleine tells us that, “Of all of the geniuses running about this poor good world, writers must be the worst… the urge to write is unnatural… Even acting is less perverse.”
If this be true, viva Martin’s profound and poignant perversions. »

Venus Zarris pour la Chicago Stage Review


Ajout du 9 juillet : une autre critique dans le Chicago Tribune.

"Madeleine Remains: In Memory, a Wife of Genius" ✭✭1/2

The early 20th century French writer Andre Gide spent his adult years traveling through North Africa and Russia and palling around with a group that included Oscar Wilde. His wife and muse, however, lived a far more colorless existence, and their marriage was more of a "spiritual union" owing to Gide's homosexuality.

What this prim woman may have thought of her husband's exploits is the subject of Michael Martin's one-woman show. "I inspired many of those works that I declined to read," she says of her husband's writing as she sits in a fusty wing-backed chair, absently smoothing the fabric. (Shannon Evans is the director.)

Homely and ill-at-ease, Madeleine (Ariel Brenner) describes herself as a woman who "put away any desire to be interesting" — in part, you surmise, because she neither had the instinct for it nor the invitation from her husband to be otherwise. Naturally, she is highly theatrical in her dullness, which makes her dissatisfied mien all the more intriguing.

What does it mean to be the spouse of a larger-than-life artiste?

A little more context about this relatively obscure writer (obscure despite a 1947 Nobel Prize for literature) would go a long way, but the play works an eccentric bit of magic as a character study of someone you might easily catch a glimpse of on the street in the course of your daily routine."

Nina Metz pour le Chicago Tribune




mercredi 7 juillet 2010

Le feuilleton de l'été sera crypté

"«Le chasseur du restaurant apportait sur une assiette une enveloppe»… Le dernier épisode du feuilleton Bettencourt résonne comme une phrase des Caves 
du Vatican de Gide. Il ne s’agit cependant pas d’une sottie mais probablement d’une affaire d’État."

Début de l'éditorial de Patrick Apel-Muller,
L'Humanité du 7 juillet 2010

Gide et Forster

Dans un article joliment intitulé « Corydon in Croydon » du Sunday Times du 10 octobre 1971 et consacré à la parution posthume de Maurice de E.M. Fortser, le critique Cyril Connolly affirme que « Forster est plus près de Gide qu'aucun autre écrivain anglais ». Il est sans doute un peu abusif d'autant les rapprocher, et pourtant...

Gide nait en 1869. Forster en 1879. Confrontés jeunes à la mort du père, ils sont élevés par des femmes dans un milieu bourgeois traditionnel. Ils ont en commun la difficulté d'intégrer le monde de l'école, de se fondre dans la masse brutale de leurs camarades. Et une mère conciliante qui protégera son fils unique en le gardant auprès d'elle... Très tôt, Gide et Forster se découvrent une vocation littéraire.

S'il est exact que certains romans de Forster ressemblent à certains récits de Gide, c'est surtout par leur volonté commune de s'inscrire dans une tradition : celle du roman de mœurs anglais pour le premier et celle du récit à la française pour le second. Gide continuera l'expérimentation de la forme avec son unique roman achevé en 1925, ce qui lui vaudra une attentive critique de la part de Forster, alors que ce dernier abandonne le roman en 1924.

1924 : l'année où l'édition courante de Corydon paraît en France... Mais Forster a pris connaissance de ce texte depuis 1920. Gide débarque pour la deuxième fois en Angleterre où il souhaitait le faire lire à Goldsworthy Lowes Dickinson, puisque Dorothy Bussy lui avait affirmé qu'il était « inchoquable », et lui demande de le transmettre ensuite à Forster.

Forster sera aussi un admiratif lecteur de Si le grain ne meurt. Mais voilà bien là une différence entre ces deux auteurs : si Gide retarde la parution de Corydon, il le fait tout de même paraître, et suivre de ses mémoires, alors que Maurice restera posthume, tout comme le journal de Forster qui ne paraîtra qu'en 2011.


Ralph Partridge, E.M. Forster, Lytton Stratchey,
Pierre Lancel et Frances Partridge dans les années 20.
(photo des Archives Frances Partridge, King's College, Cambridge)


Alors que ses amis de Cambridge (cet Apôtre" de la Conversazione Society est proche du groupe de Bloomsbury) connaissent ses préférences sexuelles, il considère comme impossible leur affirmation au grand jour en Angleterre. Et lorsque ces amis lui citent Gide en exemple, il répond que Gide n'a pas une mère encore vie, lui ! Pourtant longtemps après la mort de cette mère en 1946, par exemple en 1960 alors qu'il continue de remanier Maurice et déclare dans une postface qu'il est désormais publiable, il n'en fera rien.

Wilde, à sa sortie de prison, avait conseillé à Gide de ne jamais dire « je ». Forster ira plus loin en bannissant le sujet de ses nouvelles activités. Il faut dire que les lois anglaises étaient plus dures à l'encontre de l'homosexualité qu'en France, le procès Wilde avait marqué les esprits. Et Forster était devenu un écrivain reconnu qui, même s'il n'écrivait plus de romans, était demandé à la BBC ou à l'université.

Dans Aspects of the Novel, une série de conférences que Forster fit au Trinity Collège en 1927 et reprises sous le même titre dans un volume paru la même année, les Faux Monnayeurs font l'objet d'une analyse poussée. Forster y loue l'expérience littéraire mais n'en reste pas moins déçu par le résultat trop froid à son goût et par la critique du freudisme :

« Those who are in touch with contemporary France say that the present generation follows the advice of Gide... and resolutely hurls itself into confusion, and indeed admires English novelists on the ground that they so seldom succeed in what they attempt. Compliments are always delightful, but this particular one is a bit of a backhander. It is like trying to lay an egg and being told you have produced a paraboloid — more curious than gratifying. And what results when you try to lay a paraboloid, I cannot conceive — perhaps the death of the hen. That seems the danger in Gide’s position — he sets out to lay a paraboloid; he is not well advised, if he wants to write subconscious novels, to reason so lucidly and patiently about the subconscious; he is introducing mysticism at the wrong stage of the process. However that is his affair. »

Un commun intérêt pour les questions sociales rapproche encore les deux hommes et les fait se rencontrer à la tribune du Congrès des Ecrivains en juin 1935 à Paris. Gide ouvre la séance par sa fameuse déclaration selon laquelle « C'est dans une société communiste que chaque individu, que la particularité de chaque individu, peut le plus parfaitement s'épanouir. »

Un espoir qui sera vite déçu mais que partage Forster, qui suit Gide à la tribune : « Peut-être serais-je communiste, si j'étais plus jeune et plus brave, car, dans le communisme, je vois de l'espoir. » Forster qui espérait aussi être, selon sa célèbre formule, « connecté » à Gide dîne le soir avec lui et Malraux. Mais la « connexion » ne se fait pas.

Forster n'en voudra pas à Gide de l'avoir battu froid après ce dîner comme en témoigne le texte Gide and George prononcé à la BBC en 1943 et reproduit dans Two Cheers for Democracy. André Gide et Stefan George illustrent pour Forster la réaction humaniste et la réaction autoritaire (« two contrasted reactions in this age of misery: the humanist's reaction and the authoritarian's »).

C'est dans ce texte qu'il définit l'humaniste Gide comme possédant les qualités essentielles de curiosité, de liberté d'esprit, de foi dans le bon goût et de foi en la race humaine ( « curiosity, a free mind, belief in good taste, and belief in the human race ») ou encore d'absence totale de cynisme envers l'humanité (« total lack of cynicism with regard to the human race »).

A la mort de Gide, Forster fait paraître dans The Listener du 1er mai 1951 l'article André Gide : a personnal tribute, qui sera repris sous le titre Gide's Death dans le volume déjà cité Two Cheers for Democracy, à la suite de Gide and George, en 1951. Là encore, il souligne l'humanisme de Gide et, s'il hésite à le qualifier de grand esprit, reconnaît en lui un esprit libre, et les esprits libres sont aussi rares que les grands esprits, et même plus précieux de nos jours (« he had a free mind, and free minds are as rare as great, and even more valuable at the present moment »).



Premier Congrès international des écrivains
en juin 1935 au Palais de la Mutualité.
Julien Benda, André Gide, E.M. Forster (debout),
Waldo Franck et Jean-Richard Bloch.
(Photo Roger Viollet)

mardi 6 juillet 2010

E.M. Forster, a new life, de Wendy Moffat

E. M. Forster, A New Life, de Wendy Moffat
Bloomsbury Publishing, juin 2010, Londres

En attendant la parution prévue en mars 2011 de The Journals and Diaries of E.M. Forster aux éditions Pickering and Chatto (1200 pages, trois volumes couvrant les notes éparses prises entre 1895 et 1967), une nouvelle biographie de Forster vient de paraître qui puise dans ces matériaux inédits : E.M. Forster, A New Life, par Wendy Moffat (Bloomsbury Publishing, juin 2010).

La biographie s'ouvre sur l'arrivée du manuscrit de Maurice chez Christopher Isherwood en 1971, quatre mois après la mort de Forster et 57 ans après sa rédaction. Malgré l'insistance d'Isherwood, jamais Forster ne consentit à le publier de son vivant. Et quand on lui citait Gide en exemple, il répondait : « But Gide hasn't got a mother ! » Déroulant alors la vie de Forster, Wendy Moffat montre combien tout cela était bien plus complexe...

Certes, les explications par la sexualité, refoulée ou non, sont de mode. La découverte des journaux de Forster dont le « sex diary » valide toutefois ce qui n'est pas présenté comme une thèse, mais comme une explication convaincante de l'absence de tout nouveau roman après A Passage to India en 1924 liée à la découverte tardive de la sexualité. Pour discrète qu'elle fût dans ses écrits, l'homosexualité de Forster était connue de ses proches. Et c'est davantage sur le front social qu'il s'engage, à la BBC, dans ses essais ou au Congrès des Ecrivains de juin 1935, où il rencontre Gide...


lundi 5 juillet 2010

"Une vie de mécènes" à la Villa Noailles

Après sa présentation en avant-première en mars au Palais Royal, l'exposition « Charles et Marie-Laure de Noailles : une vie de mécènes » s'est installée depuis le 2 juillet à Hyères à la Villa Noailles où elle devient exposition permanente. Plus de deux-cents œuvres et documents inédits sont présentés dans la partie initiale de la villa, les salons, salles à manger, chambres d'ami du rez-de-jardin, chambres des Noailles, chambre d'ami du dernier étage.

Le Clos Saint-Bernard, Villa Noailles, à Hyères

C'est au cours de l'hiver 1924-1925 que la villa est construite selon les plans de Robert Mallet-Stevens sur l'ancien couvent du Clos Saint-Bernard. Fonctionnalisme (toits-terrasses), hygiénisme (salle de bains-sports) et équipement (horloges intégrées, placards) sont les mots d'ordre de cette avant-garde architecturale qui se poursuit, chose encore rare, par des aménagements intérieurs et ameublements en accord avec cette structure moderne.
De 1925 à 1932, la maison évolue - seconde salle à manger (1926), chambres supplémentaires dans une petite villa attenante (1926), nouveau salon (1927), piscine (1927), gymnase (1928), terrain de squash (1932-1933) - pour s'étendre au final sur 2400 m2 étagés sur la colline que prolongent le jardin cubiste de Gabriel Guévrékian (1926) et l’installation de sculptures d’Henri Laurens et Jacques Lipchitz (1927).

La salle de gymnastique de la Villa Noailles

Un confort et des installations sportives qui plaisent à Gide ainsi qu'il le note le 3 janvier 1930 dans son Journal :

« A Hyères, chez les Noailles, où je retrouve Marc, en compagnie de Cocteau et d'Auric. J'arrivais pour déjeuner, seulement; je me laisse volontiers retenir à dîner, puis à coucher. Extrême et charmante amabilité de nos hôtes; prodigieuse ingéniosité du confort; fonctionnement si parfait de tout l'outillage des aises que, ce matin, lorsqu'après mon bain le valet de chambre anglais m'apporte mon breakfast, je beurre mes toasts avec cuillère, dans la crainte que l'oubli d'un couteau, sur le plateau chargé de délicatesses et de fruits, ne prenne l'aspect d'une catastrophe.
Gymnastique, natation dans une assez vaste piscine, jeux nouveaux, dont je ne sais les noms, avec volants, balles, ballons de toutes tailles — un surtout, que nous jouons à quatre (le très agréable professeur de gymnastique, Noailles, Marc et moi) avec un ballon de médiocre grosseur qu'il s'agit de ne point laisser retomber en deçà d'un filet haut tendu qui départage les deux camps. On joue à peu près nu, puis, en moiteur, on court se plonger dans l'eau tiède de la piscine. Ce jeu de ballon m'a plus amusé que je n'eusse cru qu'il était encore possible, amusé comme un enfant et comme un dieu, et d'autant plus que je ne m'y sentais pas malhabile. Que Pascal a donc dit sur le jeu des choses absurdes ! et que la gratuité précisément de cette lutte, de cet effort, me paraît belle ! Oui vraiment, je ne me souviens pas avoir pris, même dans ma jeunesse ou mon enfance, plaisir plus ardent, plus pur et plus complet. »
Marc Allégret prend de nombreuses photographies lors de ce séjour à la Villa Noailles dont certaines ont servi récemment à l'illustration du DVD-ROM André Gide : l'écriture vive, de Martine Sagaert. Quelques-unes sont à voir sur imaGide...

La Villa Noailles à Hyères rouvre du 7 juillet jusqu'au 26 septembre tous les jours sauf mardi et jours fériés de 14h à 19h. Le vendredi, ouvert uniquement en nocturne de 16h à 22h. Du 7 au 31 juillet, visites commentées gratuites le lundi, mercredi, jeudi, samedi et dimanche à 14h30, 15h45 et 17h. Plus d'informations sur le site de la Villa Noailles.
Une présentation très documentée de l'exposition est disponible en ligne sur le site du ministère de la culture.
A noter : jeudi 8 juillet à 15h, France Culture consacre son émission Les jeudis de l'expo à cette exposition.
Une monographie sur l'architecture et les évolutions du Clos Saint-Bernard : Mallet-Stevens, La Villa Noailles, de Cécile Briolle,Agnès Fuzibet et Gérard Monnier, Editions Parenthèses, 1990.