lundi 6 décembre 2010

Les tombes Gide à Uzès menacées ?

"Je retourne, seul, au petit cimetière protestant, d'où la vue est si belle, si romaine, sur la ville. Le conservateur me dit qu'il est intervenu pour qu'on dégage la tombe de Tancrède Gide (né à Lussan en 1800). Elle porte cette inscription : « Le soir venu, Jésus passa sur l'autre rive. »"
(Gide familier, Jean Lambert,
Presses Universitaires de Lyon, 2000, p.172)




Déjà en 1954 la tombe de Tancrède Gide et de son épouse Clémence avait dû être « dégagée », apprenait-on par Jean Lambert. Elle fait aujourd'hui l'objet d'une procédure de reprise et se trouve menacée (on trouvera ici une explication claire et détaillée de cette procédure).




Alertés, les Amis d'André Gide ont réagi par un premier courrier au maire d'Uzès. Sans réponse. Ils signaient un second courrier en forme de pétition lors de leur assemblée générale du 20 novembre dernier, pétition restée elle aussi sans réponse à ce jour :

« Monsieur le Maire,
Les soussignés, membres de l’Association des Amis d’André Gide, réunis en leur Assemblée Générale, avertis de la menace que fait peser sur les tombes de la famille Gide un projet de restructuration du cimetière d’Uzès, tiennent à vous exprimer leur inquiétude.
Dans le cimetière protestant d’Uzès se trouve en effet la tombe de Tancrède Gide, qui fut juge et Président du Tribunal civil d’Uzès, et de son épouse, Clémence Granier, cette tombe étant encadrée par deux autres tombes de la même famille.
Ces tombes sont en fait le dernier témoignage de la présence effective de la famille Gide à Uzès, (indépendamment des documents conservés dans la salle André Gide du musée Georges Borias), présence dont la ville peut légitimement s’enorgueillir : au nom de Tancrède Gide se trouvent associés celui de Charles Gide, né à Uzès, économiste de renommée mondiale, et celui d’André Gide, prix Nobel de littérature 1947, qui a célébré dans ses Mémoires le souvenir du berceau de sa famille.
Nous sommes bien conscients que toute ville doit faire face à des problèmes matériels incontournables. Mais dans la mesure où il s’agit là d’un mémorial dont l’importance dépasse la ville d’Uzès, et contribue à sa renommée, il semble qu’un traitement particulier devrait lui être accordé. L’Association des Amis d’André Gide souhaite vivement que des dispositions soient prises qui permettent de préserver ces tombes, en accord avec la Fondation Catherine Gide qui se dit prête à étudier avec la ville d’Uzès les conditions qui autoriseraient cette préservation.
Espérant qu’il vous sera possible de donner à cette requête un accueil favorable, nous vous prions de croire, Monsieur le Maire, à l’assurance de notre haute considération. »


Le blog e-gide a bien entendu décidé de relayer cet appel. Mais s'il semble assez simple de mettre un terme à la procédure de reprise, c'est davantage une préservation à long terme de ces sépultures et de leur environnement (deux autres tombes de la famille Gide encadrent celle de Tancrède et Clémence) qu'il faut tenter d'obtenir.

Le seul accord entre la Fondation Catherine Gide et la commune pose en effet plusieurs problèmes. Comment, alors que ces tombes sont déjà en état d'abandon, garantir leur entretien à moyen, à long terme ? D'autre part est-ce à la seule municipalité que doit incomber la charge financière de cet entretien alors qu'il s'agit d'un patrimoine qui dépasse très largement la ville d'Uzès ? D'ailleurs une commune ne peut intervenir sur une sépulture, qui relève du domaine privé.

L'exemple en 2008 des tombes de la famille Hugo à Villequier montre qu'un classement au titre des Monuments Historiques est possible et permet cette préservation à long terme. Dans le cas des tombes Hugo et Vacquerie, l'intervention du ministre de la culture de l'époque, Christine Albanel, a permis un classement en deux mois. Mais avant d'en arriver là, il est nécessaire que les autorités locales se mobilisent.

Une première réponse rassurante de la part du maire d'Uzès serait un signe encourageant. Nous l'assurons d'ores et déjà de tout notre soutien pour appuyer sa demande de classement des tombes de la famille Gide. D'ailleurs vous pouvez dès maintenant montrer ce soutien en envoyant un message à la mairie d'Uzès pour bien signifier votre attachement à la préservation de ce patrimoine unique.

Merci, dans votre message, de respecter les règles élémentaires de courtoisie et de ne faire part que de votre soutien au projet de préservation des tombes Gide à Uzès. Un commentaire ci-dessous ou un mail me signalant l'envoi d'un message serait en outre apprécié afin d'en tenir un décompte, même approximatif.


jeudi 2 décembre 2010

Une recette gidienne

Planche du très beau Retour du Tchad
de J. Alessandra (illustrations),
P. Villecroix et A. Djar-Alnabi (textes)
La Boite à Bulles, juillet 2010


Chirurgien urologue, François Desgrandchamps est aussi un passionné de cuisine et de littérature. En 2007 il compilait Littérature et gourmandise : Les plus belles recettes de la littérature française aux éditions Minerva et vient de faire paraître Lettres Gourmandes des Terres Lointaines et d'Outre Mer aux Editions de La Martinière.

A partir de textes de Daudet, Lamartine, Martin du Gard, Camus, Duras, Baudelaire ou Gide, parfois d'un seul mot ou d'une seule indication d'ingrédient, le chef-cuisinier Sophie Brissaud a imaginé des recettes que Claire Curt a photographiées. Tahar Ben Jelloun signe en outre la préface de ce volume consacré aux recettes d'inspiration africaine, antillaise, asiatique, polynésienne...

Sur son blog, Sophie Brissaud explique comment à partir d'une petite phrase anodine du Retour du Tchad, elle a imaginé une recette gidienne :

« André Gide (Voyage au Congo, 1927, pp. 140-145)* se remet d'une indisposition digestive au fil du fleuve Congo. Pendant que ses rameurs chantent les incantations nécessaires à sa guérison — ce qui l'impressionne —, on le nourrit de porridge, de riz à l'eau et d'une "délicieuse compote d'abricots (nous sortons de nos cantines ce que nous avons de meilleur) arrosés d'eau de Vichy et de Moët". J'ai immédiatement tiqué sur la cohabitation du régime et de la denrée de luxe, vichy et moët-et-chandon. L'entremets à base de riz et d'abricots que tout cela m'a inspiré se devait d'être faste. J'ai donc eu recours aux deux épices que l'on associe en Inde aux douceurs de fête. Le riz au lait est parfumé à la cardamome verte et garni d'une riche compote d'abricots moelleux étuvés au sucre, au safran et aux amandes. Pour la composition de la photo, retour en Afrique s'il vous plaît. Claire commence par choisir une très fine toile de coton dont la couleur s'harmonise avec le soleil couchant des abricots safranés. Puis elle pose le plat sur un petit tabouret malien. Nous contemplons l'effet produit. "On dirait un de ces portraits très frontaux faits en Afrique par les photographes de village, dit-elle. Le gâteau de riz pose comme un patriarche sahélien assis bien droit, digne et serein, devant sa tenture bleue." Le dessert se dote d'une personnalité. »


Le riz au lait parfumé à la cardamome verte,
compote d'abricots moelleux étuvés au sucre,
au safran et aux amandes : une recette gidienne !
(Photo de Claire Curt pour le livre)


Une recette qui n'eut certainement pas déplu à André Gide, amateur de fruits, exotiques ou non, et de confitures. Sa marotte est un temps le mélange poire-chocolat chaud, une autre fois les fruits givrés, passés aussi par goût de l'expérience dans la glacière récemment installée au Vaneau. Pendant la guerre, on le voit encore apprécier de précieuses confitures qu'il partage avec la Petite Dame dans sa chambre d'hôtel.

C'est d'ailleurs la Petite Dame qui nous dévoile dans ses Cahiers le menu préféré de Gide : pour ses 69 ans, on lui concocte un « petit dîner fin spécialement de son goût : sole frite, pintade aux marrons, ananas. » (Cahiers de la Petite Dame, tome 3, 22 novembre 1938, p. 116).



de François Desgrandchamps (conception, choix de textes et introduction)
Sophie Brissaud (recettes, description culinaire et stylisme),
Claire Curt (photographie et stylisme).
Conception graphique de Marc Walter.
Préface de Tahar ben Jelloun.
Éditions de La Martinière - Atelier Saveurs, automne 2010.


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* L'extrait se trouve dans Retour du Tchad et non Voyage au Congo, au premier paragraphe du chapitre II :

« Il me semble que je vais mieux. Des vertiges encore, mais j’ai pu manger un peu, au chevet du lit de Marc, et avec lui. Porridge et riz à l’eau, avec une délicieuse compote d’abricots (nous sortons de nos cantines ce que nous avons de meilleur) arrosés d’eau de Vichy et de Moët. Après ce court repas, je me recouche. Et, tandis que j’essaie de dormir, mes pagayeurs d’arrière – six Sara que nous avions déjà à l’aller (ceux d’avant, cinq, sont des gens de Moosgoum) commencent un chant des paroles que me traduit Adoum,

Le Gouverneur il est malade.
Ramons, ramons pour aller plus vite que la maladie,
L’amener jusqu’au médecin de Logone. »

Rendez-vous en décembre

Grâce au calendrier du groupe e-gide Facebook un petit rappel des évènements qui se dérouleront dans les jours prochains :



mercredi 1 décembre 2010

Nouvelles ressources

160 documents en français et 9 en anglais sont désormais recensés sur la page des ressources en ligne. Parmi les 23 derniers ajouts, vous pourrez découvrir les "Lettres à Paul Desjardins" que les amis de Pontigny et Cerisy (parmi lesquels Alain Goulet) écrivaient pour le centenaire des décades, une étude de Elena Pellicciotti sur les préfaces de Malraux (dont celle pour les Cahiers de la Petite Dame), ou encore les très importantes thèses de Catharine Savage (André Gide: L'évolution de sa pensée religieuse) et Cyril Moulard (L'image dérobée : une esthétique du regard chez André Gide).

Vous aurez peut-être remarqué un nouvel onglet à côté de celui des ressources en ligne : une base bibliographique destinée à s'enrichir elle aussi progressivement en renseignements sur les éditions originales, les éventuelles illustrations, etc. Vos images, corrections et ajouts sont les bienvenus. D'autres onglets thématiques devraient s'ajouter par la suite, par exemple une page avec des documents sonores (émissions de radio, colloques, cours...) d'ici quelques jours et une page spéciale BAAG d'ici le mois de janvier.

Tous ces ajouts s'accompagneront enfin d'une nouvelle présentation du blog. Le 12 décembre e-gide fêtera ses trois ans. C'est très peu dans l'histoire de l'exégèse gidienne mais c'est beaucoup dans l'univers du net ! C'est assez en tout cas pour mériter un petit coup de peinture et quelques gouttes d'huile dans les rouages ici ou là... Si vous avez des suggestions ou des remarques pour cette nouvelle version d'e-gide : c'est le moment !

mardi 30 novembre 2010

Maurice de Gandillac à Pontigny

Restons encore un peu à Pontigny avec ces deux pages de l'Yonne Mag signées Nathalie Hadrbolec qui recueillait les souvenirs de Maurice de Gandillac à l'occasion de l'exposition "De Pontigny à Cerisy : un siècle de rencontres intellectuelles" de 2002.



(cliquez pour agrandir)

(cliquez pour agrandir)
 
 
 

lundi 29 novembre 2010

Gide-Desjardins : une relation sous-estimée (AG de l'AAG 3/3)

Tout comme la correspondance Gide-Blum, celle échangée entre Gide et Paul Desjardins a été saisie par les Allemands, lorsqu'ils firent main basse sur les archives de l'abbaye de Pontigny. A partir d'une vingtaine de lettres rescapées Pierre Masson proposera l'année prochaine une Correspondance Gide-Desjardins, qui fera l'objet du cahier annuel des Amis d'André Gide à paraître fin 2011.

La correspondance à proprement parler occupera un tiers du livre, et les deux autres tiers seront consacrés plus généralement à la relation de Gide avec Paul Desjardins (et avec les Heurgon qui prolongeront le dialogue). « Une relation qu'on a sous-estimée : il y a une partie « immergée » d'avant les Décades de Pontigny », souligne Pierre Masson. « Né dix ans jour pour jour avant Gide, Desjardins était un aîné proche, un repère intellectuel possible. »

Un exemplaire dédicacé des Cahiers d'André Walter, conservé par la famille Heurgon, témoigne de ce côté « grand-frère en réflexion » que Desjardins aurait pu être pour Gide. Mais dans Le voyage d'Urien le narrateur jette à la rivière Le devoir présent : par ce petit coup de griffe, Gide défend surtout Baudelaire que Desjardins juge dans ce livre d'un effet néfaste, « négatif » sur la société, contre les écrivains « positifs » au rang desquels Sully Prudhomme...

« Dans un deuxième temps, aux environs de 1906, Gide a mûri et est à la recherche d'un classicisme. Des textes de Desjardins comme Sur Poussin et Sur la méthode des classiques
vont marquer le retour de Gide qui lui enverra un tiré à part de son Prodigue et son Dostoïevski », poursuit Pierre Masson. Un « point commun mince » autour duquel s'articule désormais une relation faite d'ententes, de conflits, de méprise parfois.

« Pour Desjardins, l'œuvre doit être moralement impeccable parce qu'elle témoigne d'une vie elle-même impeccable : il va ainsi totalement se méprendre sur La Porte étroite. Et alors qu'il fait figure de représentant de la morale religieuse, Desjardins passe pour un laïc aux yeux des catholiques. Avec Gide il collabore à l'Union pour la Vérité et créé les décades de Pontigny. » C'est en 1906 qu'il a acheté, un an après la séparation de l'Etat et de l'Eglise, l'abbaye cistercienne, et c'est à partir de 1910 qu'il y organise les décades. « En 1911, la droite catholique attaque Desjardins au motif qu'il détourne les biens de l'église ! »

« Avec Desjardins rien n'est jamais simple, son comportement est agaçant car il donne l'impression d'être toujours en représentation », ajoute Pierre Masson. Desjardins doit « faire tourner » l'abbaye. « Il raisonne en hôtelier autant qu'en intellectuel. Il n'a pas de fortune personnelle et doit assurer la rentabilité de Pontigny. » Ainsi à la parution de Corydon, Desjardins est moins effarouché que soucieux de ne pas perdre sa clientèle. Des échanges diplomatiques fort amusants s'engagent : Desjardins voudrait que Gide ne participe qu'à la décade politique et non à celle concernant la morale et la religion...




Pierre Masson a donné un avant-goût de l'étude des rapports
Gide-Desjardins qui paraîtra l'an prochain

jeudi 25 novembre 2010

Signatures de l'album de famille


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Jean-Pierre Prévost sera le jeudi 2 décembre à 19h30 à la Librairie Gallimard du Boulevard Raspail pour une rencontre avec signature autour de André Gide : un album de famille et le vendredi 10 décembre à 18h30 à la librairie L'Arbre à Lettres, toujours pour présenter et dédicacer ce superbe livre accompagné d'un DVD autour des souvenirs de Catherine Gide.

A signaler que Jean-Pierre Prévost a en préparation un prochain film, actuellement au stade du montage, intitulé "Gide chez Mauriac" et qui fait suite au colloque qui s'est tenu à Malagar en octobre dernier. Le film raconte la fameuse visite de Gide à Mauriac en juillet 1939, avec la participation de Jean-Claude Ragot, Pierre Thilloy, Jean Touzot, Martine Sagaert, Peter Schnyder...

Musique, Peinture, Littérature autour d’André Gide



Musique, Peinture, Littérature autour d’André Gide

Journée d’étude organisée par le Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (EA 1002)
le 7 décembre 2010 à la Faculté des Lettres et Sciences humaines, Salle 218, 29 boulevard Gergovia, Clermont-Ferrand.

Programme : 

9h00 : Accueil des participants

9h15 – Président : Peter Schnyder : 
Éric Lysøe, En guise d’introduction

9h30 : Jean Bollack, Gide, une dialectique dans l’écriture

10h30 – Président : Jean Bollack
Peter Schnyder, Gide et ses peintres
Franck Lestringant, Gide, collectionneur de Walter Sickert

14h00 – Président : Franck Lestringant
Joachim Sistig, La Topographie esthétique de l’univers musical gidien
Yvonne Heckmann, Musiques lues, musiques entendues – facettes du fait musical dans l’œuvre critique et littéraire d’André Gide

15h45 – Président : Joachim Sistig
Aliocha Wald-Lasowski, Gide au piano : le rythme chez Schumann et Chopin
Anne-Sophie Angelo, Le Roman des Faux-monnayeurs : des personnages en mode fugué

mercredi 24 novembre 2010

Gide-Blum : les lettres retrouvées (AG de l'AAAG 2/3)

C'est à la suite de l'assemblée générale des Amis d'André Gide le 20 novembre 2010 à l'Ecole Alsacienne que Pierre Lachasse a donné un aperçu de la prochaine édition de la Correspondance Gide-Blum. Une nouvelle édition alors que la précédente (Léon Blum - André Gide, Correspondance 1890-1951, édition établie, présentée et annotée par Pierre Lachasse, PUL, 2008) date d'il y a deux ans seulement ? Oui, et qui s'explique par de récentes lettres retrouvées...

« En 1940 les Allemands pillent l'appartement de Léon Blum au 25, quai de Bourbon à Paris et ses archives disparaissent. Puis Blum sera arrêté et déporté à Buchenwald. En 1945 l'Armée Rouge prend les archives de Berlin et les rapporte à Moscou. Les lettres de Gide seront retrouvées plus tard par l'un de ses biographes,et transférées en 1996 au Fonds Blum de la Fondation Nationale des Sciences Politiques », rappelle Pierre Lachasse. Ce qui lui a permis de publier dans la précédente édition 57 lettres, 33 de Blum et 24 de Gide, plus le résumé conjectural de 14 lettres fantômes.

« En septembre dernier les Russes ont envoyé de nouveaux documents aux services historiques du Ministère de la Défense, parmi lesquels on a retrouvé de nouvelles lettres qui ont rejoint le Fonds Blum. » La prochaine édition sera enrichie de 29 nouvelles lettres de Gide, soit au total 86 lettres plus 10 conjecturées. Des lettres retrouvées parmi lesquelles Pierre Lachasse donne quatre exemples :

- une lettre de voyage, datée du 7 mars 1896 à Tunis où le couple Gide est en voyage de noces et qui illustre pour Pierre Lachasse la porosité entre les genres de la lettre privée, de la page de journal et du récit de voyage à la façon des Nourritures ;

- une lettre datée du 8 janvier 1898 qui illustre l'amitié Gide-Blum, Gide écrit de Nice et déplore de n'avoir pu y trouver les Blum ;

- une lettre à teneur politique du 14 janvier 1898 dans laquelle Gide s'excuse de n'avoir pas signé une première pétition en faveur de Dreyfus. « Il me déplaisait, protestant, de faire bande avec des protestants », plaide Gide qui assure désormais son ami de son soutien au vu de la tournure des évènements de l'Affaire ;

- une lettre illustrant le Gide critique, datée du 1er mars 1908, dans laquelle Gide demande à Blum de le remplacer dans la critique du roman de Boylesve, Mon amour, au motif que celui fait l'éloge de la monogamie pour la femme et que Blum a traité du sujet avec une bien plus grande libéralité des mœurs dans Du mariage. Gide aime Boylesve mais se refuse comme toujours à faire une critique idéologique et préfère avoir le plaisir de lire ce que Blum dira de Mon amour.

« Ces nouvelles lettres de Gide à Blum, écrites avant la guerre de 14 pour la plupart, permettent de réfléchir à la frontière des genres, à la question complexe des motivations qui poussent Gide à intervenir, au problème de l'intervention chez Gide et au degré d'intimité de Gide avec ses différents correspondants », conclut Pierre Lachasse. La nouvelle mouture de la correspondance Gide-Blum devrait paraître avant l'été 2011 aux Presses Universitaires de Lyon.



Pierre Lachasse reprend la correspondance Gide-Blum
augmentée de 29 lettres rendues en septembre par la Russie



Archives de Moscou vs Caves du Vatican

Le mystère des « archives de Moscou » est également au cœur de la discussion qui suit la présentation de Pierre Lachasse lorsque Michel Drouin fait remarquer : « L'état de conservation de cette correspondance retrouvée est remarquable. D'ailleurs le degré de conservation des archives russes est inouï et il y a de fortes probabilités qu'elles contiennent encore le gros « dossier Gide » constitué lors de son voyage en URSS de 1936. »
« Il y a tout lieu de croire que ce dossier a existé : j'avais fait il y a quelques années une demande à l'attaché culturel, demande qui n'a reçu que des réponses diluées... Il y faudrait du temps et surtout de l'argent, mais c'est une des choses les plus passionnantes qui restent à explorer dans l'univers gidien. »

lundi 22 novembre 2010

A paraître en 2011 (AG de l'AAAG 1/3)

« Le public était peu nombreux, et l’excellence des amis faisait de cette cérémonie banale une cérémonie touchante. »

Pierre Masson ouvre par une allusion au second chapitre de L'Immoraliste l'assemblée générale des Amis d'André Gide. En ce samedi 20 novembre, ils sont une vingtaine seulement dans cette petite salle de l'Ecole Alsacienne autour d'un auteur à l'actualité plus brûlante que le radiateur qui ronronne pour la frime.

Enjambons les bilans, moral par le président Pierre Masson et financier par le trésorier Jean Claude, ils sont bons, et tournons-nous vers l'avenir : « L'actualité gidienne a été prolongée au-delà du centenaire de la NRF, ponctuée d'émissions de radio, de manifestations et de publications. Le centenaire de Gallimard va-t-il prolonger cette actualité ? », s'interroge Pierre Masson.

La liste des titres annoncés pour 2011 laisse croire que Gide sera encore très présent, même sans cela :

- Le Dictionnaire Gide, projet lancé il y a deux ans par Pierre Masson et Jean-Michel Wittman, devrait paraître au second trimestre 2011 chez Garnier. Un « gros livre » de 580 notices !

- De Jean-Michel Wittman toujours, un Gide politique, à partir des Faux-monnayeurs, est attendu chez Garnier.

- Alain Goulet prépare un livre sur Corydon.

- Une biographie de Gide (en deux volumes, le premier serait à paraître au printemps 2011 chez Flammarion) par Franck Lestringant. Ajout du 29/11 : Franck Lestringant co-organise également un colloque "Musique, peinture, littérature autour d'André Gide" le 7 décembre à Clermont-Ferrand, voici ici.

- Une nouvelle édition de la Correspondance Gide-Blum est aussi prévue puisque, comme son auteur Pierre Lachasse l'expliquera après l'assemblée générale, 29 nouvelles lettres de Gide ont été rendues par les autorités russes (L'intervention de Pierre Lachasse est résumée ici).

- Le cahier 2011 des Amis d'André Gide sera quant à lui consacré aux relations entre Gide et Paul Desjardins. C'est Pierre Masson qui en est l'auteur et l'annonce « pour un tiers consacré à leur correspondance, très lacunaire puisque les archives de Pontigny ont été prises par les Allemands, et pour deux tiers aux relations de Gide avec Paul Desjardins, sa fille Anne et son mari Jacques Heurgon » (Le résumé de cette intervention est disponible ici).

Un documentaire autour du Voyage au Congo serait également en préparation, tandis qu'on attend toujours la diffusion des Faux-monnayeurs de Benoît Jacquot sur France 2. Dans une récente déclaration, le réalisateur l'annonçait pour le début 2011. Ajout du 29/11 : Jean-Pierre Prévost annonce également un "Gide chez Mauriac" actuellement au montage, voir ici.