mardi 27 juillet 2010
Le mardi des auteurs sur France Culture
Elles sont également et bien heureusement sauvegardées sur le site de la Société des Lecteurs de Renaud Camus.
Journal des Indes, Mircea Eliade
« Il est grand temps que je fasse le point. Comment puis-je changer avec une aussi étonnante facilité ? Aujourd'hui, en finissant Si le grain ne meurt, je me suis senti dilaté et macéré par la même ferveur que celle qui me poignait quand je lisais les Nourritures terrestres, il y a cinq ans. Mon « idéal » de la semaine dernière (la science, l'orientalisme) et celui d'hier (le « style » de l'existence, le style asiatique) me paraissent éloignés, étrangers, froids, empruntés. Serait-ce une influence de la lecture ? Je ne crois pas. Les germes sont toujours en moi. Chaque expérience ou ardeur nouvelle, aussi spontanée, aussi fortuite qu'elle paraisse, je la retrouve quelque part dans mes désirs, dans mes rêves, dans mes vices inassouvis. Je veux aujourd'hui recommencer à cultiver les extrêmes. Je veux des errances, des bains de lumière, des effusions, des rythmes végétaux, des contradictions, du fantastique, du vice. Rien de Gide - il est une épave du véritable démonisme que je sens en moi, beaucoup plus violent, plus sincère, plus éruptif et, pourtant, plus logiquement soutenu par les concepts, par les raisonnements.
Je souffrirais atrocement si je ne devais jamais devenir un homme de science. Je Pense n'avoir jamais rien aimé au monde avec plus de ferveur que cette science qui m'apparaît maintenant si indifférente. »
Mircea Eliade, Journal des Indes*,
Premier Cahier, janvier-juin 1929,
traduit du roumain par Alain Paruit, Editions de l'Herne, 1992
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* le titre original Santier (Chantier en roumain) était beaucoup plus évocateur que celui-ci de l'homme en construction qu'était Eliade lors de son premier séjour en Inde. Il débarque à Calcutta à l'automne 1928 - il a 21 ans - et y restera jusqu'en 1931
Voir aussi ces extraits du Portugal Journal de Eliade paru il y a quelques mois aux éditions State University of New-York Press.
vendredi 23 juillet 2010
Fargue, piéton de Paris
Administrateur de La Critique Parisienne, président de l'association L'art sur vos chemins et membre du Pont des Arts, association organisatrice de la conférence, Jacques Pirson évoquera l'ensemble de l'œuvre de Fargue et plus particulièrement Un piéton de Paris.
Ses propos seront illustrés par des photographies et tableaux du Paris de l'entre-deux-guerres, rassemblés et préparés par Annick Lionel-Marie, ancien conservateur au Musée national d’Art moderne du Centre Pompidou.
(Entrée : 8 euros. Plus d'informations et réservations auprès de l’Office de Tourisme du Perche Rémalardais au 02 33 73 71 94 ou à o.t.p.r@orange.fr)
jeudi 22 juillet 2010
"Album" de Ravello
Jeudi 15 juillet, ouverture de la session Gide du festival de Ravello 2010 avec à gauche le professeur Giovanni Dotoli de l'Université de Bari, à droite Giovanella Fusco-Girard de l'Université de Naples, et au centre le réalisateur Jean-Pierre Prévost, auteur du film "André Gide, un petit air de famille" (2007) et de l'exposition "Gide : un album de famille", présentée jusqu'au 22 août à la Villa Rufolo dans le cadre du festival.
Sous les voûtes de la Villa Rufolo, l'exposition réalisée par Jean-Pierre Prévost avec l'aide de la Fondation Catherine Gide présente une centaine de photographies regroupées sur des colonnes-totems.
Les photographies de l'exposition feront l'objet d'un livre intitulé "Gide : Album de famille", à paraître en septembre chez Gallimard et présenté en avant-première à Ravello.
Vendredi 16 juillet : dialogue entre Pierre Masson et Emilia Surmonte sur le thème "Gide à Ravello. Renaître à Ravello : le baptême d'un immoraliste"." Près de Salerne, quittant la côte, nous avions gagné Ravello. Là, l’air plus vif, l’attrait des rocs pleins de retraits et de surprises, la profondeur inconnue des vallons, aidant à ma force, à ma joie, favorisèrent mon élan." (André Gide, L'Immoraliste, Folio n°229, p.64)
Le "baptême de Ravello" évoqué par Pierre Masson et Emilia Surmonte n'est pas que symbolique :
"Nous demeurâmes à Ravello quinze jours ; chaque matin je retournais vers ces rochers, faisais ma cure. Bientôt l’excès de vêtement dont je me recouvrais encore devint gênant et superflu; mon épiderme tonifié cessa de transpirer sans cesse et sut se protéger par sa propre chaleur.
Le matin d’un des derniers jours (nous étions au milieu d’avril), j’osai plus. Dans une anfractuosité des rochers dont je parle, une source claire coulait. Elle retombait ici même en cascade, assez peu abondante, il est vrai, mais elle avait creusé sous la cascade un bassin plus profond où l’eau très pure s’attardait. Par trois fois j’y étais venu, m’étais penché, m’étais étendu sur la berge, plein de soif et plein de désirs ; j’avais contemplé longuement le fond de roc poli, où l’on ne découvrait pas une salissure, pas une herbe, où le soleil, en vibrant et en se diaprant, pénétrait. Ce quatrième jour, j’avançai, résolu d’avance, jusqu’à l’eau plus claire que jamais, et, sans plus réfléchir, m’y plongeai d’un coup tout entier. Vite transi, je quittai l’eau, m’étendis sur l’herbe, au soleil. Là des menthes croissaient, odorantes ; j’en cueillis, j’en froissai les feuilles, j’en frottai tout mon corps humide, mais brûlant. Je me regardai longuement, sans plus de honte aucune, avec joie. Je me trouvais, non pas robuste encore, mais pouvant l’être, harmonieux, sensuel, presque beau." (André Gide, L'Immoraliste, Folio n°229, pp.67-68)
"Plus rapproché du ciel qu’écarté du rivage, Ravello, sur une abrupte hauteur, fait face à la lointaine et plate rive de Paestum. C’était, sous la domination normande, une cité presque importante; ce n’est plus qu’un étroit village où nous étions, je crois, seuls étrangers. Une ancienne maison religieuse, à présent transformée en hôtel, nous hébergea ; sise à l’extrémité du roc, ses terrasses et son jardin semblaient surplomber dans l’azur. Après le mur chargé de pampres, on ne voyait d’abord rien que la mer ; il fallait s’approcher du mur pour pouvoir suivre le dévalement cultivé qui, par des escaliers plus que par des sentiers, joignait Ravello au rivage. Au-dessus de Ravello, la montagne continuait. Des oliviers, des caroubiers énormes ; à leur ombre des cyclamens ; plus haut, des châtaigniers en grand nombre, un air frais, des plantes du nord ; plus bas, des citronniers près de la mer. Ils sont rangés par petites cultures, jardins en escalier, presque pareils, que motive la pente du sol ; une étroite allée, au milieu, d’un bout à l’autre les traverse ; on y entre sans bruit, en voleur. On rêve, sous cette ombre verte ; le feuillage est épais, pesant ; pas un rayon franc ne pénètre ; comme des gouttes de cire épaisse, les citrons pendent, parfumés ; dans l’ombre ils sont blancs et verdâtres ; ils sont à portée de la main, de la soif ; ils sont doux, âcres ; ils rafraîchissent.L’ombre était si dense, sous eux, que je n’osais m’y arrêter après la marche qui me faisait encore transpirer. Pourtant les escaliers ne m’exténuaient plus ; je m’exerçais à les gravir la bouche close; j’espaçais toujours plus mes haltes, me disais : j’irai jusque-là sans faiblir ; puis, arrivé au but, trouvant dans mon orgueil content ma récompense, je respirais longuement, puissamment, et de façon qu’il me semblât sentir l’air pénétrer plus efficacement ma poitrine. Je reportais à tous ces soins du corps mon assiduité de naguère. Je progressais.
Je m’étonnais parfois que ma santé revînt si vite. J’en arrivais à croire que je m’étais d’abord exagéré la gravité de mon état ; à douter que j’eusse été très malade, à rire de mon sang craché, à regretter que ma guérison ne fût pas demeurée plus ardue." (André Gide, L'Immoraliste, pp.64-66)
Sur le mur de "l'ancienne maison religieuse, à présent transformée en hôtel", une plaque posée en 1999 par la société S3 Studium rappelle la présence d'André Gide. C'est à partir du 15 avril 1897 qu'avec Madeleine il passe trois semaines à Ravello, entrecoupées d'excursions à Naples, Amalfi, Minori et La Cava. Il versera ses souvenirs dans l'Immoraliste qui paraîtra en 1902 au Mercure de France. Cette plaque le relie à E.M. Forster, récemment évoqué ici, qui séjourna lui aussi à l'Hôtel-Pension Palumbo de Ravello en mai 1902.Il voyage alors à travers l'Italie en compagnie de sa mère, Lily, qui note que son fils retrouve la santé à Ravello et y est "étonnamment et étrangement plus calme". Il y retrouve aussi l'inspiration devant les paysages et se souvient comment The story of a panic est venue à lui : "Je pense que c'est en mai 1902 que j'ai fait une promenade autour de Ravello, je me suis assis dans une vallée à quelques miles du village, et le premier chapitre de l'histoire a foncé dans mon esprit comme s'il m'attendait là. Je l'ai reçu comme une entité et l'ai écrit d'un trait aussitôt de retour à l'hôtel." (E.M. Forster : a life, de Nicola Beauman, Knopf, 1994)
mercredi 21 juillet 2010
Les Caves du Vatican à Carqueiranne
Montrée notamment en 2008 au Festival d'Avignon, cette pièce a depuis été donnée en tournée. On peut en voir un extrait dans sa distribution d'origine (très légèrement modifiée dans sa version pour le Festival In Situ) sur le site de la Compagnie La Bigarrure.
Extrait du programme du Festival In Situ :
Mardi 10 Août 2010 / 21h30
LES CAVES DU VATICAN
d’après André GIDE
Présenté par la Compagnie La Bigarrure
En coproduction avec la compagnie Nimbus / Durée 1h35 – Spectacle tout public à partir de 12 ans
Adaptation et mise en scène : Thierry Jahn / Assisté de : Patrick Floersheim / Création sonore : Romain Gerome et Thierry Jahn / Création lumière : Paco Galan / Décors : Paco Galan / Costumes : Morgane Salvaggio / Régie : Antoine Paris / Avec : Céline Ronté, Olivier Baucheron, Jean Lou de Tapia, Jérôme Ragon, Gabriel Le Doze, Sébastien Faglain.
Résumé :
A la mort du Comte de Baraglioul, Lafcadio apprend qu’il est son fils illégitime. Désormais riche, il décide de quitter Paris, et sa maîtresse Carola qui l’entretenait jusqu’alors. Parallèlement, Protos, l’ex souteneur de Carola, truand qui sévit entre la France et l’Italie, extorque des fonds aux fidèles en leur faisant croire que le pape a été kidnappé par les francs-maçons, et qu’un faux lui a été substitué à la tête du Vatican. Pris malgré lui entre ces deux intrigues, Fleurissoire, homme naïf, généreux et croyant, sera la victime de l’un et de l’autre. D’abord, en se rendant à Rome avec la folle résolution de sauver le pape, et ensuite, en croisant le chemin d’un Lafcadio curieux de vérifier sa théorie de l’acte gratuit.
Gide chez Mauriac en octobre
Mauriac et Gide en juillet 1949(photo du programme du Centre François Mauriac)
L'exposition « André Gide : un album de famille » se poursuit jusqu'au 22 août à Ravello. Son créateur Jean-Pierre Prévost sera également l'invité du Centre François Mauriac de Malagar en octobre prochain à l'occasion de deux journées consacrées aux rapports Gide-Mauriac. Jean-Pierre Prévost y présentera son film « André Gide, un petit air de famille », un film et un sujet qui siéent bien au lieu.
Extrait du programme de la saison culturelle 2010 à télécharger ici :
Le Centre François Mauriac et la Fondation Catherine Gide organisent deux journées consacrées aux deux Prix Nobel de Littérature : André Gide et François Mauriac.
Le programme de ces deux journées, en cours d’élaboration au moment de l’édition de ce document, reste à confirmer.
Vendredi 8 octobre à partir de 10h
Rencontre entre les plus grands spécialistes d’André Gide et ceux de François Mauriac en présence de Catherine Gide (fille de l’écrivain), Peter Schnyder, Jean-Pierre Prévost, Martine Sagaert…
Samedi 9 octobre à 15h
Projection de deux films documentaires :
Voyage au Congo (1927) de Marc Allégret.
De 1926 à 1927, Marc Allégret accompagne André Gide lors de son voyage en Afrique équatoriale française. De ce voyage, André Gide tire le très engagé Voyage au Congo suivi du Retour du Tchad, alors que le futur grand cinéaste tourne son premier film, sur les diverses tribus africaines rencontrées.
André Gide un petit air de famille (2007), de Jean-Pierre Prévost.
André Gide a eu secrètement une fille. Elle parle pour la première fois des rapports avec cet étrange père, et témoigne de sa vie et de ses rencontres avec des personnages aussi divers qu’Indira Gandhi, Roger Martin du Gard, Marc Allégret.
La projection sera suivie d’un échange avec Catherine Gide et Jean-Pierre Prévost.
Centre François Mauriac
Domaine de Malagar, 33 490 Saint-Maixant
Téléphone : 05 57 98 17 17
Site : malagar.aquitaine.fr
lundi 19 juillet 2010
... vu par Jean-Louis Barrault
André Gide et le théâtre, c'est une longue histoire un peu houleuse. Auteur et traducteur, il se serait voulu aussi acteur, metteur en scène, car il trouvait toujours le résultat des autres « décevant ». Mais son intérêt pour le théâtre ne faiblit jamais. Dès 1899 il rêve de théâtre. Le Roi Candaule est représenté le 9 mai 1901 à l'Œuvre de Lugné-Poe et en 1904 Gide prononce une conférence intitulée De l'évolution du théâtre.
A la suite du manifeste de Jacques Copeau Un essai de rénovation dramatique paru dans la NRF de septembre 1913, l'aventure du Théâtre du Vieux Colombier prend forme. Une autre aventure est celle de la longue élaboration de la pièce Antoine et Cléopâtre que Gide traduit à la demande d'Ida Rubinstein et qui sera jouée en 1920. Saül est créé le 16 juin 1922 par Copeau et Jouvet au Vieux Colombier.
Lorsqu'en 1939 Jean-Louis Barrault monte La Faim au théâtre de l'Atelier, Gide est impatient de connaître les impressions de Maria van Rysselberghe qui a assisté à la pièce. En avril 1942, ils trouvent Barrault remarquable en Berlioz dans le film médiocre La Symphonie fantastique. Est-ce par procuration que Gide souhaite faire une comédienne de sa fille Catherine ? Il est question cette même année qu'elle intègre la troupe de Barrault et Madeleine Renaud.
Barrault, dans le texte qui suit, se souvient du « bon moment que nous avions passé ensemble tous les trois avec Madeleine Renaud » en 1942 à Marseille. Mais après ce séjour en zone libre, Gide embarque le 4 mai 1942 pour Tunis. A son retour en France en 1945, il retrouve Barrault qui a remonté Antoine et Cléopâtre dans la traduction de Gide. « Il avait de longues séances avec Barrault pour la mise en scène d'Hamlet », note aussi la Petite Dame en novembre 1945.
« Il est très exalté par ses rencontres avec Barrault qu'il déclare génial dans l'invention. Barrault a l'idée de porter à la scène d'abord, et au cinéma ensuite, Le Procès de Kafka, et il souhaite associer Gide à son projet, ce qui le tente beaucoup », poursuit Maria van Rysselberghe dans la même note qui résume ce mois de novembre 1945. On peut voir Gide et Barrault discutant cette année-là au pied de la statue de Diderot dans le film Lettre de Paris de Roger Leenhardt.
Les rencontres se poursuivent. Si les premières scènes du Procès sont achevées dès la fin 45, les premières répétitions ne débutent qu'en février 47 et la première en octobre sera un succès. Même Claudel signera une critique élogieuse, en trouvant toutefois le moyen de ne pas citer Gide... Plus tard, Barrault voulut jouer Œdipe mais Gide en avait cédé l'exclusivité à Jean Vilar. Tout comme celle pour Antoine et Cléopâtre au Français, théâtre qui donnera en 1950 Les Caves du Vatican auxquelles Gide consacre beaucoup de son temps, désormais compté.
L'hommage de Jean-Louis Barrault à André Gide qui suit est paru dans les Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud Jean-Louis Barrault, de décembre 1955. Il fait suite à une critique acerbe du André Gide de Marc Beigbeder. (Editions Universitaires, coll. "Classiques du XXe siècle", 1954, Paris) signée André Altier.
"ANDRÉ GIDE
par JEAN-LOUIS BARRAULT
André Gide était, je crois bien, l'homme le plus vivant et le plus obstinément jeune que l'on puisse avoir connu.
La silhouette humaine de Gide? Ce qui frappait lorsqu'on se trouvait face à lui, c'était tout d'abord son regard : ce regard qui vous transperçait, ce regard de microscope — sous son regard on était « vu »; on devenait transparent.
C'est que Gide était immensément curieux — ce qui est une bien grande qualité sur cette terre si alléchante; ce qui est aussi une bien élégante façon de rendre hommage à toutes les créatures de Dieu.
Quelque part dans son œuvre, je crois que c'est dans son Voyage au Congo, tandis qu'il se fait ballotter dans la brousse, il relit l'Oraison d'Henriette d'Angleterre de Bossuet et il s'écrie à propos d'un passage : « Imagine-t-on quelqu'un qui dirait à un voyageur : « Ne regardez donc pas le fuyant paysage, contemplez plutôt la paroi du wagon, qui elle, au moins, ne change pas, » — Et parbleu, lui répondrais-je, j'aurai tout le temps de contempler l'immuable, puisque vous m'affirmez que mon âme est immortelle; permettez-moi d'aimer bien vite, au contraire, ce qui va disparaître dans un instant. »
Gide, lui, a précisément passé sa vie, le nez à la portière, comme les enfants. Quel bon camarade, si merveilleusement curieux, nous avions !
Il avait un cœur universel; il nous aimait tous, que l'on soit petit ou grand, de quelque condition que ce fût, Gide se penchait aussitôt sur nous avec complaisance, avec amour. Il lui suffisait que l'on fût simplement un Être vivant pour qu'il nous prêtât quelque intérêt. Il y avait en lui du naturaliste. C'était un collectionneur d'humains.
Il était de ceux qui savent le mieux vivre et qui pouvait être le meilleur professeur de vie. Que j'aurais voulu faire un jour un voyage avec lui! Comme il devait savoir voyager! C'est cette joie de vivre qui ajoutait, à ce regard exceptionnellement brillant et intéressé, un sourire à la fois affable, communicatif et voluptueux — joie de découvrir, volupté de déguster le présent.
L'élégance était dans sa bouche ; des dents appétissantes, des lèvres nettes. Lorsqu'il fumait des cigarettes anglaises : celles qui savent le mieux dessiner leur fumée, il ne les mâchait pas comme le fumeur de « tabac gris », il avait l'air, du bout des lèvres, de les embrasser finement, à plusieurs petites reprises, comme s'il les caressait de petits mots secrets et émoustillants qui les faisaient grésiller de plaisir. Il les tenait avec délicatesse de ses longues mains fines et soignées.
Pour finir de captiver, il ajoutait à ce regard, à ce sourire, à cette élégance raffinée, une voix chaude et bien timbrée et une diction impeccable.
Quel acteur envoûtant il eût été.
Il était l'intelligence même; l'intelligence physique. Il sentait au maximum, il comprenait, il savourait de même et il jugeait au mieux. Il était de la plus grande lucidité. Cette lucidité l'accompagna, paraît-il, dans sa mort, comme elle l'avait accompagné tout le long de sa vie — sur son lit il avait gardé ce même sourire aimable; un de ses derniers mots, je crois, est à peu près celui-ci : « Voilà, c'est la fin ; ce n'est pas si difficile que cela de mourir ! » Sa vie, comme sa mort : une victoire personnelle complète.
Je le revois encore en 1942, à Marseille, après le bon moment que nous avions passé ensemble tous les trois avec Madeleine Renaud. Il nous quitte, on s'embrasse et le voilà qui bondit, saisissant au vol le tramway, dans un bruit de cape, la cigarette au bec et le feutre savamment bosselé. Gide était la « jeunesse ».
Lorsque quelqu'un disait : « Hier, j'ai passé la soirée avec Gide », il y avait dans l'œil de la personne une étincelle de joie, dernier écho enchanté de cette bonne soirée.
Son accueil, lorsqu'on lui rendait visite, soit pour lui parler d'un projet, soit pour travailler avec lui, était toujours chaud. Il vous faisait croire, dès la porte franchie, qu'il ne faisait pas autre chose que vous attendre; ce n'était pas une visite, c'était un rendez-vous!
Mais tout au long de l'entretien, il fallait guetter intimement le moment où, dans ce même sourire affable, apparaîtrait le premier grommellement de lassitude, d'usure du moment. Par respect pour cet être si merveilleusement indépendant, il était bon de ne pas dépasser ce moment. Une phrase venait de se terminer sur une « longue », suivant un petit temps, un « oui » soupiré, puis un « c'est cela » chantonné comme l'image même d'une minute neutre. Toujours ce sourire, mais le regard s'abaisse, l'intérêt se rabat : c'est fini. On se levait, prenait congé et aussitôt reparaissait, redoublé, ce chaud sourire reconnaissant qui semblait dire tout à la fois : « Comme je vous sais gré de me libérer de votre présence, mais aussi d'être venu et encore de me promettre de revenir souvent ! ».
On s'en allait de chez lui « rechargé » pour toute la journée. Grâce à lui les projets, les idées foisonnaient. Il avait su, en quelques mots, vous activer la circulation de l'esprit. Ou aurait voulu, à son exemple, se griser de toutes les sensations. L'amour de la vie, voilà Gide.
Gide fut un véritable conseiller.
Qui peut dire que Gide était de mauvais conseil? Qui peut dire qu'il a dévergondé la jeunesse? Qu'est-ce se dévergonder, si ce n'est de s'apercevoir qu'on était déjà dévergondé! Cher Gide, certains le disaient infernal. Mais si l'Enfer disparaissait, il serait frais, le Bon Dieu! N'est-ce pas sa création-vedette? Non : Gide a été lui-même. C'est une morale que de chercher à être soi-même. Il ne lui serait pas venu à l'idée de nous reprocher d'être différent de lui. Il encourageait simplement son semblable à devenir : soi. Il aimait l'Homme dans toute la généralité du mot; je préfère cela à ceux qui le méprisent.
Il a vécu librement. Les hommes libres se font de plus en plus rares. Il a su s'engager sans jamais se laisser embrigader.
Il a compris que pour faire face à l'organisation absurde et disloquée (out of joint) de ce temps, il fallait redevenir authentique, ressemblant à soi-même; espérant que la résultante de tous ceux qui réussiraient à devenir eux-mêmes, serait supérieure à ce qu'elle est par la composition de tous les groupements anonymes des chapelles, des sectes ou des partis. C'est une foi.
Sur le plan de l'art aussi, quelle bonne discipline il enseignait!
Cet homme libre, voluptueux, spontané dans ses actes, jouisseur, curieux comme pas un, devenait le plus scrupuleux dès qu'il s'agissait de créer.
Il refait valoir la contrainte, redonne le sens de la mesure, chante les vertus de l'obstacle, devient l'apôtre de toutes les qualités d'où est sorti le classicisme français.
II laisse Dostoïevsky pour suivre Racine, sans perdre de vue toutefois les charmes sensuels des « Mille et une Nuits ».
Ses essais (Montaigne, Chopin, Dostoïevsky), ses études critiques, ses feuillets, ses carnets de route, ses lettres (à Angèle notamment), son journal sans dates, etc., auront encore longtemps la même importance et la même utilité que les curiosités esthétiques, l'art romantique, les essais et notes de Baudelaire.
En cela, il est de la plus pure tradition française; il a libéré, pour nous, l'esprit classique de tout académisme. La conception classique, il la reprend « à neuf » — comme Valéry.
Gide nous aura appris à VIVRE; à vivre JEUNES et en accord toutefois avec la bonne, la véritable tradition.
« C'est une absolue perfection et comme divine, écrit-il, de savoir jouir loyalement de son Être. » Qui oserait dire qu'il n'a pas vécu loyalement? Lui, au contraire, a mis à jour, le premier peut-être, ce qu'il avait coutume d'appeler : « toutes les pièces du Procès »."
troisième année, quatorzième cahier,
« L'âge d'or espagnol » Jules Supervielle Jean Vauthier,
Julliard, décembre 1955, Paris.
vendredi 16 juillet 2010
L'Immoraliste au Festival de Ravello

Dimanche 18 juillet à 21h45 à la Villa Rufolo, représentation de L’Immoraliste, d'après le récit d'André Gide, de Ciro Scuotto, Adriano Saccà et Raffaele Ricciardi, sur une musique de Luca Marino (entrée : 20 euros). Plus d'informations par ici sur le site du festival et sur la page Facebook de l'évènement.
L'exposition André Gide : un album de famille, de Jean-Pierre Prévost est ouverte depuis hier et jusqu'au 22 août et ce soir à 19h, dialogue entre Pierre Masson et Emilia Surmonte autour de L'Immoraliste, à l'auditorium de la Villa Rufolo (voir ce précédent billet pour plus d'informations).
Le programme officiel du Festival de Ravello est disponible ici (document pdf).
mercredi 14 juillet 2010
La Revue blanche
mardi 13 juillet 2010
A la façon de... par G.-A. Masson
En 1950 paraît A la façon de, recueil de pastiches littéraires signés Georges-Armand Masson, journaliste (notamment au Canard enchaîné), peintre (créateur du Salon du dessin et de la peinture à l'eau), directeur des Beaux-Arts et auteur plus ou moins oublié.
Déjà en 1924 il publiait Georges-Armand ou le parfait plagiaire où il pastichait Maurice Maeterlinck, Anna de Noailles, Jean Giraudoux, Paul Claudel, André Gide, Jean Cocteau... Il récidivera en 1956 dans C'est pas beau de copier. Nouveaux pastiches de Corneille à Minou Drouet dans lequel il ajoute Boileau, le Livre de Job, Françoise Sagan, Paul-Jean Toulet, Paul Valéry, Charles Vildrac, Paul Géraldy, Pierre Corneille, Minou Drouet, Jonathan Swift, le général de Gaulle, Alfred de Vigny, Jean Rostand, Albert Simonin, Jean de La Bruyère, Daniel-Rops, Simone de Beauvoir, Marcel Jouhandeau, Paul Mousset et Roger Peyrefitte à son tableau de chasse.
En 1950 aux éditions Pierre Ducray, ses cibles sont : Jean Anouilh, Aragon (Les pieds dElsa), Marcel Aymé, Germaine Beaumont, Francis Carco, Peter Cheyney, Céline, Claudel, Eluard, Fargue, Gide, Giono (Le Ferblantier, scène rustiquissime), Green (journal écrit « à l'encre gris-perle sur du papier couleur de perles grises » dixit Reboux), Guitry, Kafka, Lacretelle, Mauriac, Montherlant, Miller, Pagnol (adaptation marseillaise de Shakespeare !), Prévert, Queneau, Sartre et Simenon.
Si je vous recommande cet opus, c'est non seulement parce que certaines charges sont très drôles, mais aussi parce que la préface est signée Paul Reboux, autre maître du genre. Une préface dans laquelle il explique longuement comment, avec son compère Charles Müller, ils mettaient au point leurs A la manière de... Et quelle réception ils eurent au début auprès des éditeurs, puis auprès de leurs cibles :
« Quelles ont été les réactions des auteurs pastichés ?
Certains n'ont pas été enchantés de ce qui leur arrivait.
Nous étions en très bons termes avec Henri de Régnier. Eh bien ! Henri de Régnier ne nous a plus adressé la parole. Les poètes sont d'une espèce irritable.
La comtesse de Noailles, avec une souplesse orientale, nous a fait bonne mine. Mais cette éminente poétesse n'aimait pas notre livre. Elle le picora, en dame du monde, à petits coups de bec, pour le diminuer.
Henry Bordeaux nous ignora. Il est vrai que c'était une œuvre littéraire.
Paul Géraldy ne m'en a pas voulu un moment. Paul Morand non plus.
Mirbeau s'est amusé, comme on s'amuse devant un miroir déformant. La caricature, c'était son affaire.
D'Annunzio, qui était notre ami, nous a embrassés : « Ah ! qué c'est parfait ! Qué c'est magnifique ! » II exagérait. C'était un poète. Et un poète italien.
Pierre Loti nous a écrit qu'il trouvait son Papaoutemari « tordant », c'est son mot. Et ce petit mot nous a fait un grand plaisir.
Enfin, Maurice Donnay, à propos de notre pastiche d'après un auteur très touffu, très ennuyeux, le romancier Paul Adam (aujourd'hui si oublié), nous a écrit : « C'est tellement réussi, c'est tellement ça... que je n'ai pas pu aller jusqu'au bout ! » »
Le pastiche du Journal de Gide est très amusant et révélateur puisqu'il condense, selon la loi du genre, les tics littéraires et défauts si souvent reprochés à Gide et les passions des dernières pages du Journal authentique paru dans la Bibliothèque de la Pléiade deux ans plus tôt : « égoïsme naïf d'homme de lettres nombrilocentriste » comme le dit encore Reboux dans sa préface, pingrerie, passion pour Simenon ici changé en Agatha Christie, langue...
« LE JOURNAL D'ANDRE GIDE (Extraits)
1er janvier.
L'AN nouveau m'apporte une surprise agréable : en recherchant un manuscrit, dans une vieille valise oubliée au fond d'un placard, j'ai retrouvé mon gilet de laine. On devrait toujours vider complètement ses valises au retour d'un voyage. Si je l'avais fait, je n'aurais pas été privé de mon gilet de laine pendant six longues années.
Je tenais énormément à ce gilet. Bien qu'acheté d'occasion, il m'avait loyalement aidé à lutter contre le lumbago et les douleurs intercostales. Je ne lui reprochais que d'être un peu trop court par derrière et de ne me protéger point les reins. Mais rien n'est parfait en ce monde, comme dit ce personnage d'Agatha Christie, dans L'Homme au pull-over beige.
Je poursuis avec ravissement la lecture, dans le texte anglais, de ce livre étonnant, dont certaines pages rappellent les Conversations avec Gœthe, d'Eckermann.
*
* *
On annonce que le métro et les autobus vont encore raugmenter. Légère hésitation de ma plume au moment d'écrire ce mot. Certains y voient une faute de français. Pourtant, ne dit-on pas «rabaisser», «rajuster», «remonter» ? Pourquoi, seul, raugmenter serait-il condamnable ?
*
* *
J'ai accroché mon gilet de laine au dos d'une chaise, devant la salamandre, pour le faire sécher, car il sent un peu le moisi, à la suite de son long séjour dans un placard humide.
De temps en temps, j'interromps ma lecture pour le regarder avec ravissement.
2 janvier.
Fort mal dormi malgré le codoforme et le gardénal. Mes démangeaisons, qui s'était calmées la semaine dernière, m'ont repris. Impossible de fermer l'œil. J'ai passé une bonne partie de la nuit à méditer sur ce retour du gilet prodigue, qui est bien la plus étrange histoire qu'on puisse imaginer.
Si je m'en rapporte au témoignage de mon Journal, c'est à Nice, en faisant la queue au seuil d'un cinéma, que j'avais constaté la disparition de mon gilet. Mes notes sur l'incident (il se passait le 7 décembre 1941, à dix heures quarante-cinq) ont la précision d'un procès-verbal de police : Sitôt passé le guichet, je m'aperçois que j'ai laissé tomber mon chandail grenat. Curieux ce que l'on peut s'attacher aux objets. (Dommage que cela n'entraîne pas la réciproque.) La perte de ce gilet de laine me cause une douleur très vive. Je le sens s'arracher de mon bras. J'ai averti le sergent de ville, la préposée au vestiaire, mais nul espoir de revoir mon linge. Un gilet de laine, aujourd'hui, c'est de trop bonne prise...
Il faudrait donc que, le 7 décembre 1941, à dix heures quarante-cinq, j'eusse été victime d'une hallucination ? Ou bien, ce qui serait plus vraisemblable, mon gilet m'a-t-il réellement faussé compagnie ce jour-là et, plus tard, est-il revenu, poussé par la nostalgie ou par le remords ?
Pouf échapper à l'obsession de ce mystère, je m'efforce de travailler à mon second article, pour le Figaro, sur la « Défense de la Langue française ». Mais ce ne va pas. Ma plume crache. L'encre est mauvaise. Et je n'ai sous la main que du papier quadrillé, qui a toujours un effet désastreux sur mon imagination. Je ne peux écrire quand je suis guidé par des lignes. Besoin de liberté, de liberté totale. Horreur du conformisme et de voir ma pensée captive derrière ce grillage.
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La radio annonce que la température restera stationnaire dans la région parisienne. Puisse-t-elle dire vrai !3 janvier.
La lecture de livres anglais dans le texte original a ceci d'agréable qu'on n'y trouve point, ou peu, de fautes de français. Cette pensée est à développer.
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Parcouru quelques pages du Journal de M... C'est vraiment agaçant. Il ne parle que de lui-même. Et que de détails insignifiants !...*
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Moins de démangeaisons pendant la nuit. J'ai lu ce matin, d'un bout à l'autre, dans une sorte d'enchantement, un second roman d'Agatha Christie, La Mystérieuse affaire de Styles. Quel beau titre pour un article dans le Figaro. Ces petites controverses sur la langue française m'amusent beaucoup. Dans mon courrier, une lettre d'un évêque, fulminant contre les journalistes qui font de «sortir» un verbe transitif : L'Amérique sort un nouveau modèle d'avion... L'individu sortit son browning... Je sortis vingt sous de la poche de mon gilet... Déjà, il y a trente ans, Emile Faguet dénonçait la faute : Je sors Azor. Pourtant, ne trouve-t-on pas dans de bons auteurs l'expression : Sortez-le ! Et j'ai plus d'une fois entendu Mélanie me dire : Je vous ai sorti de l'ormoire des caneçons propres.
Tout à l'heure encore, elle m'a dit : « Je vois que Monsieur a ressorti son gilet de laine ! »
Qui croire ?... A propos du gilet de laine, je retrouve dans mon Journal, à la page 167 : Il avait fait, auparavant, déjà quelques tentatives de départ. Aussi le surveillais-je de très près. On sent si bien quand un objet se détache de vous, veut vous quitter comme un enfant qu'on ne tient plus en main, qui s'émancipe. Un instant d'inattention, et le tour est joué.
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II a plu pendant une bonne partie de la journée.
4 janvier.
Il est rare qu'un écrivain éprouve quelque agrément à être raillé.
Je lisais hier un article d'un humoriste. Je ne l'ai pas trouvé drôle. Ce qu'on nomme « esprit » est une chose horripilante.
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Mes progrès en anglais, depuis quelques jours, sont remarquables. Peut-être dois-je en attribuer le mérite à mon gilet de laine. Je l'ai mis sur mes épaules. Il me gratte un peu aux aisselles, mais il me tient chaud, et je travaille toujours mieux quand j'ai chaud, surtout en hiver.J'avance aussi lentement dans l'étude du français. Etonnant ce qu'on peut commettre de fautes quand on ne fait pas attention. En recherchant dans mon Journal une note sur la position de Nietzsche à l'égard du christianisme, je tombe, page 151, à la date du 13 novembre 1939, sur cette ligne : II y a aura lieu de ressortir ce texte plus tard. Je me suis empressé de téléphoner à Gallimard pour qu'il fasse sauter cette phrase dans les futures éditions.
Quelle démangeaison m'a pris d'écrire ces articles sur la langue française ? Tous les matins, maintenant, je reçois un courrier fou.
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Dans mon dernier article, j'ai écrit : « Comment se fait-il que notre langue, nonobstant, se corrompe? » Un receveur des postes prend un malin plaisir à me mettre en boîte, au sujet de ce «nonobstant» que l'on ne doit pas employer tout seul. « C'est, dit-il, du style gendarmique. » II eût fallu que j'écrivisse : « Ce nonobstant » ou bien : « Nonobstant cette circonstance. »Je ne m'en rappelais pas. A partir de dorénavant et de désormais, je n'emploierai plus ce mot, malgré qu'il soit joli, dans le but d'éviter des critiques et de façon à ce qu'on ne puisse pas dire que je ne cause pas français correctement.
Il faudra que je revoie cette phrase mot par mot avec l'aide du Littré, car j'ai l'impression qu'il y a une faute ou deux, peut-être davantage. Mais où se procurer un Littré ? Cet ouvrage est aujourd'hui hors de prix.
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Je me félicite de n'avoir à aucun moment succombé à la tentation d'acheter un autre chandail. C'eût été de l'argent inutilement dépensé : je me trouverais aujourd'hui à la tête de deux gilets de laine... »
Georges-Armand Masson, A la façon de..., préface de Paul Reboux,
Pierre Ducray Editeur, Paris, 1950, pp. 34-38

